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21/09/2016

Fermer des routes pour limiter le trafic pendulaire ? Chiche ?

Enfin... enfin voilà le DETA qui, au lieu de prétendre "fluidifier le trafic" par des mesures démagogiques, semble comprendre que ce n'est pas en facilitant le transit qu'on obtiendra du report modal. Enfin, on parle de limiter le trafic, on imagine même fermer des routes aux heures de pointe...

Sauf que, les seuls axes visés sont des routes transfrontalières et que, en l'absence de lignes de transports publics fiables et de mesures d'accompagnement, la mesure dévoilée hier par la Tribune ressemble plus à un outil de vexation des frontaliers ou de captage des voix MCG que de gestion cohérente du trafic.

Oui, les communes de Soral et de Chancy souffrent du trafic de transit. Mais leur plainte serait sans doute plus cohérente et audible si la majorité de leurs habitants - qui, eux, disposent de transports publics satisfaisants - n'allaient pas quotidiennement s'engluer dans les bouchons, sous les fenêtres des habitants de Lully, Plan-les-Ouates ou Bernex.

Il faut donc sans doute oser fermer des petites routes de campagne pour réorienter les flux sur les axes principaux, mais il ne faut pas le faire qu'à la frontière et, surtout, il faut proposer une alternative crédible de transport à ceux qui, pour leur travail ou la scolarisation de leurs enfants, passent quotidiennement de Valleiry à Chancy ou de Viry à Avusy.

On trouvera ci-dessous un carte où figurent, dans le secteur sud-ouest du canton, une dizaine de barrières qu'il serait opportun de fermer aux heures de pointe pour éviter que des flux de pendulaires ne nuisent à la qualité de vie des villageois. Toutes occasionneraient bien moins de difficultés que les quatre fermetures douanières proposées par le DETA, car toutes permettent d'être facilement contournées par un itinéraire de longueur comparable sur le réseau principal et, surtout, toutes relient des lieux déjà accessibles en transports publics.

Evidemment, du point de vue des villages genevois, elles sont nettement moins populaires car, comme je l'ai expérimenté lors de mon court passage au conseil municipal d'Avusy, ce sont les mêmes qui hurlent contre les frontaliers envahissant Sézegnin et qui refusent de limiter le trafic sur des petites routes rurales (en l'occurrence celle de Forestal) situées en aval de la commune...

Si le DETA veut rapidement faire la démonstration de sa bonne volonté (et de son absence d'électoralisme anti-frontaliers) dans la gestion du trafic pendulaire, je lui suggère de "tester" (puisque c'est l'argument en vogue pour expliquer la mise en application de projets bâclés) l'une ou l'autre de ces limitations...

 

 

11/09/2016

Ne supprimez pas l'élection de nos maires !

Au menu des votations du 25 septembre, perdu au milieu d'objets bien plus importants et médiatisés, une modification de la Constitution mérite de retenir notre attention. Il ne s'agit ni plus ni moins que d'introduire la possibilité de supprimer de l'élection des maires et de leurs adjoints.

Champignay.pngBien évidemment, il n'est pas question de renoncer aux élections des communes-villes, où la concurrence entre partis fait rage et les candidatures sont nombreuses. Non, la mesure ne concerne que les quelques communes rurales où les candidatures correspondent au nombre de sièges à pourvoir. Dans ce cas, la technocratie cantonale estime superflu de procéder à l'élection.

Par conséquent, il serait désormais possible d'avoir des maires qui, de législatures en législatures seraient reconduits sans aucun scrutin pendant 15, 20 ou 30 ans...

L'élection, même lorsque les candidats sont autant que les sièges, n'est pas un moment à prendre à la légère. A cette occasion, la population transmet une part de pouvoir et de responsabilité aux élus... ou non, quel que soit le nombre de candidats. Ainsi, un maire élu à 90% des voix aura plus de légitimité et de marge de manœuvre que son collègue élu à 60%... sans compter les malheureux qui ne parviennent pas à réunir une majorité absolue sur leur nom, quand bien même il n'y a pas d'adversaires, cas qui s'est tout de même présenté dans quatre communes en 2015 !

On est plutôt consterné du manque de considération du Conseil d'État pour la vie politique communale et de son manque de connaissance des réalités du terrain.Dans combien de villages, le candidat de traverse - qui doit déjà, aujourd'hui s'armer de courage pour affronter les notables en place - sera accusé de dilapider l'argent public en contraignant l'État à une élection supplémentaire ? (Argument soit dit en passant peu convaincant, l'élection du conseil municipal ayant lieu le même jour, l'organisation de celle de l'exécutif ne génère presque aucun coût ! )

L'élection, c'est aussi pour les communiers, l'occasion de découvrir le nom de leurs autorités et d'établir un contact avec elles. Cela paraît anodin, c'est en fait très important, car, si l'on peut regretter le manque de vigueur de la vie politique locale, on ne la vivifiera pas en supprimant les occasions de contact entre la population et ses élus (terme qu'il faudra d'ailleurs modifier ?)

Solon, lorsqu'il eut posé les bases de la démocratie athénienne décida de quitter la ville pour au moins 10 ans, pour que le système puisse être éprouvé avant de songer à le modifier. Nous aimerions que François Longchamp, certes un peu désoeuvré, ait la même sagesse et ne propose pas des mesures à l'emporte-pièce, à peine 3 ans après son entrée en vigueur !

Votons donc, sans hésiter NON à la loi 11757 qui rend possible la suppression de l'élection de nos maires !

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21/06/2016

Les cyclistes, les piétons et les amendes

Imaginez une rue, belle, large, fréquentée. Empruntée chaque jour par des milliers d'automobilistes, de cyclistes et de piétons. Sans compter les transports publics...

Imaginez maintenant que, conséquence heureuse d'une politique visant à limiter la voiture dans l'environnement urbain, le nombre de piétons et de cyclistes soit en constante augmentation, au point de se mettre en danger mutuellement...

Ailleurs, on aurait tracé une piste ou une bande cyclable, quitte à empiétPiste cyclable, Gérone, Girona, bicier légèrement sur l'immense royaume bitumé des bagnoles. On aurait même envisagé d'instaurer des sens uniques pour gagner de l'espace de voirie pour la mobilité douce, comme on le voit désormais partout, de l'Espagne à l'Estonie.

A Genève, on a inventé la "zone mixte". En profitant d'une modification de 1998 de l'Ordonnance sur la Signalisation Routière qui rendait possible la circulation des cycles sur les "trottoirs peu fréquentés" (sic !), on a parsemé la ville de ces autorisations, partout où la peur de rétrécir l'espace dévolu aux voitures rendait paresseux.

Depuis, sur des axes aussi fréquentés que la route de Chancy à Onex, les Grandes-Communes à Lancy, mais également entre Uni-Mail et le pont des Acacias* ou devant l'hôpital (quand les travaux ne repoussent pas simplement les cyclistes sur la route), les milliers de cyclistes et de piétons quotidiens se partagent une très étroite bande commune.

Jusqu'à présent, cette politique se ne faisait que générer conflits et malentendus entre usagers qui, prompts à s'ériger les uns contre les autres, ne percevaient pas que, s'il devaient se partager une si petite portion d'espace, c'était dû à la gourmandises des motorisés.

Désormais, soutenues par une certaine vox populi avide d'inflexibilité envers les plus fragiles, les autorités semblent distribuer des amendes extravagantes à ceux qui pâtissent de ces aberrations d'aménagement. L'autre jour, on apprenait qu'un respectable pendulaire à pédales était invité à payer plus de 1000.- d'amende pour avoir tenté de s'extirper du bouchon automobile du quai du Mont-Blanc. Aujourd'hui, c'est une retraitée qui, non contente d'avoir fini à l'hôpital, victime de ces fameuses "zones mixtes", se voit infliger plus de 2500.- d'amende, sans n'avoir blessé personne d'autre qu'elle même !

Cette application ridicule du droit à des situation où l'aménagement est complètement défaillant devrait nous faire sourire. C'est omettre, qu'en plus des montants réclamés, elle révèle que l'incurie des autorités en matière d'aménagements cyclables et piétons, met en danger quotidiennement l'intégrité de centaines d'usagers respectueux...

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* La situation à Uni-Mail, bien que très insatisfaisante compte tenu de l'étroitesse du trottoir à se partager n'est toutefois pas celle d'une "zone mixte", puisqu'une bande cyclable y est tracée. Cependant, vu la fréquentation de ce trottoir et l'étroitesse de l'espace dévolu aux piétons, en particulier ceux qui sortent des commerces, la situation est de facto la même.

10:10 Publié dans Transports | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | |

03/03/2016

Amis vaudois, soutenez vos PME et votez NON à la RIE III !

Il arrive parfois que le résultat d'un scrutin ait des conséquences bien au-delà des frontières du territoire considéré. Sans atteindre l'importance de l'élection présidentielle américaine, le vote vaudois sur la RIE III aura des répercussions sur toute la Romandie... puisque le taux vaudois servira de référence aux débats qui s'amorcent dans les autres cantons, en particulier à Genève.

Car il ne s'agit ni plus ni moins de diminuer la facture fiscale des entreprises les plus florissantes de plusieurs centaines de millions de francs, et donc d'assécher d'autant les finances publiques... sans pour autant donner le moindre coup de pouce aux entreprises qui en auraient besoin, bien au contraire.

Et là, on est frappé par le double discours des milieux patronaux qui, tout en pleurnichant sur les difficultés à maintenir les PME à flot, luttent avec acharnement pour une baisse des impôts sur le bénéfice. Or, du bénéfice, une entreprise en difficulté n'en fait aucun, ou si peu que le taux d'impôt lui importe peu. On peut d'ailleurs remarquer que le mot "bénéfice" n'apparaît qu'une fois dans les explications officielles de l'Etat, qui préfère un prude "taux d'imposition des entreprises" particulièrement dissimulateur.

Car, en bonne logique économique, on doit demander que le bénéfice d'une entreprise - qui n'est en fait rien d'autre qu'une ponction sur ses employés ou sur ses clients - soit taxé à une hauteur élevée, bien plus que le revenu des personnes physiques.

Le plus étonnant, c'est que la contrepartie à ces cadeaux faits aux entreprises largement bénéficiaires sont compensés par quelques mesures sociales, certes intéressantes, mais surtout financées par les cotisations sociales des entreprises.

Autrement dit, du point de vue d'un entrepreneur, plus vous avez de personnel et mieux vous le payez, plus la réforme vous coûtera cher. En revanche si vous voulez bénéficier de la réforme, baissez vos charges de personnel (licenciements, baisses salariales ?) et gonflez vos factures !

Amis vaudois, aidez vos PME, soutenez vos familles, augmentez les allocations familiales, mais, surtout, NE VOTEZ PAS LA RIE III !

 

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26/01/2016

Comment assurer (vraiment) la sécurité au Gothard ?

Le 24 octobre 2001, à l'intérieur du tunnel du Gothard, un camion transportant des pneus d'Allemagne en Italie entre en collision avec un poids-lourd chargé de matériaux d'isolation à destination de la Belgique. Les pneus s'embrase et leurs émanations tueront 11 personnes. C'est le chauffeur du deuxième camion, passablement alcoolisé et dépourvu de permis de travail, qui a causé l'accident.

Cette tragédie sert de prétexte sécuritaire aux tenants d'un projet insensé: gaspiller des milliards pour construire un deuxième tunnel complètement inutile à côté du premier.

Vous voulez un transit plus sûr ? Soit. Voici quelques pistes d'idées bien plus efficaces et meilleures marché.

Pourquoi transporter des pneus à travers les Alpes ?

Comme dit plus haut, les poids-lourds transportaient des marchandises que l'on peut aisément produire des deux côtés des Alpes (des pneus et des isolants, auxquels on peut ajouter la margarine belge qui a embrasé le tunnel du Mont-Blanc). Ne serait-il pas plus sage de trouver des moyens, fiscaux par exemple, de limiter ou d'interdire le passage absurdes de pareilles marchandises (d'autant plus quand elles sont inflammables) ? Si on limitait le passage aux poids-lourds chargés de produits impossibles à concevoir de l'autre côté des Alpes, sans doute gagnerait-on bien plus en sécurité...

Pourquoi faire conduire des chauffeurs sans permis de travail ?

C'est un secret de polichinelle, le monde du transport routier est extrêmement déréglementé. Son atomisation et la faible protection sociale des chauffeurs, ajouté à la capacité des entreprises de se jouer des législations nationales sont une des causes majeures d'accidents. L'immense majorité des drames impliquant des poids-lourds sont liés à la fatigue, au mauvais entretien des véhicules et à la mauvaise formation des chauffeurs. Imposer des normes plus contraignantes aurait le triple avantage d'améliorer la sécurité de tous, la qualité de vie des chauffeurs et de limiter les trajets inutiles, devenus trop onéreux. Mais de cela, on n'en parle jamais, sur les bancs de la droite...

Comment lutter contre l'alcoolémie au volant ?

Étonnamment, ceux qui militent pour un deuxième tube sont les premiers à dénoncer les prétendus excès de Via Sicura. Les accidents de la route sont pourtant causés majoritairement par de braves gens alcoolisés ou des bons gars un peu généreux sur la pédale des gaz, à côté de chez nous. Le drame du Gothard est, quant à lui, extrêmement exceptionnel.

Et si les tunnels à contre-sens étaient vraiment dangereux ?

Ce ne sont pas les contre-sens qui sont dangereux, mais la vitesse associée au poids des véhicules (ce que les physiciens appellent la quantité de mouvement). Alors oui, deux mobiles circulant en sens opposés additionnent leur vitesse. Mais il faut rappeler que, lors de l'impact de 2001, un camion roulait à 40 km/h et l'autre à 10 km/h. Le choc a été latéral. Autant dire que l'impact est moins violent que celui d'un camion qui, ne respectant pas les distances de sécurité, entrerait en collision à 50 km/h avec un véhicule à l'arrêt, situation tout à fait vraisemblable dans un cas de sens unique. Et si le sens unique était la seule solution garante de sécurité, pourquoi ne pas le mettre en vigueur dès maintenant, en alternant le sens de circulation toutes les heures ? Nord-sud les heures paires, sud-nord les heures impaires. Voilà une mesure qui serait également de nature à limiter les passages inutiles tout en améliorant la sécurité !

 

Quelles solutions pour faire passer les marchandises, les passagers (et les blessés) ?

Le Gothard est sans doute l'axe alpin le mieux doté en passages possibles. Qu'on en juge:

  1. Une route historique pavée (celle du Val Tremola, magnifique à gravir à vélo !)
  2. Une nouvelle route passant le col, très large et facilement déneigeable, comme celle du Simplon.
  3. Un tunnel routier, le quatrième plus long du monde relié à deux autoroutes quatre pistes.
  4. Un tunnel ferroviaire de faîte à double voie
  5. Un tunnel ferroviaire de base, le plus long du monde, qui sera ouvert cette année, et parcouru par des trains à grande vitesse.
  6. Un tunnel routier alternatif, par le San Bernardino

Affirmer que la fermeture provisoire d'une de ces 6 solutions équivaut à isoler le Tessin est un non-sens complet, qui fait d'ailleurs bien rire mes amis tessinois.

On a même entendu que les blessés ne pourraient plus être transférés du Tessin en Suisse-Allemande, cela alors qu'un train à haute vitesse permettra de joindre Biasca à Erstfeld en 20 minutes, contre une heure pas la route. Sans compter que, pour transférer quelques dizaines de blessés, il semble de toute façon moins onéreux de les mettre dans un avion à Agno que de leur creuser un tunnel à 3 milliards !

 

Comme on le voit, au-delà des enjeux écologiques et de respect de la volonté populaire, la construction d'un deuxième tube au Gothard n'a aucun sens, même lorsqu'on envisage la question sous l'aspect de la sécurité.

Privilégions les solutions de mobilité douce, investissons dans les agglomérations et, surtout, pour cela, refusons le deuxième tube du Gothard !

 

 

02/12/2015

De la volupté d'être élu

Les quelques mois que j'ai passés au Conseil Municipal d'Avusy m'ont valu quelques séances un peu houleuses, quelques succès d'estime et... deux délicieux repas fort bien arrosés, dans les deux excellents restaurants de la commune, offerts comme il se doit, par le contribuable. On peut y ajouter un très joli cadeau de départ et, évidemment, des jetons de présence constituant nettement plus qu'un défraiement.

Je n'ai pas boudé mon plaisir et ai accepté sans arrière-pensée ces cadeaux, comme j'ai accepté, l'autre soir, de piocher avec délices dans le buffet nems-champagne à gogo servi, dans un café Universal privatisé pour l'occasion, aux députés et aux membres des conseils d'administration des régies publiques à l'issue de la représentation spéciale de la Revue. J'y étais gentiment invitée par une amie députée qui a reçu, comme tous ses collègues, deux billets gratuits (vestiaire compris !).

Ces agapes et petits cadeaux ne pèsent pas lourds dans les comptes publics et sont nullement responsables de l'accroissement de la dette. Il n'empêche qu'ils donnent aux élu-e-s, y compris à l'échelle municipale, un sentiment très particulier, largement partagé de la gauche à la droite: Puisque je suis élu à de nobles fonctions, il est parfaitement normal que l'Etat se plie en quatre pour moi et, surtout, me permette d'accéder gratuitement à de menus à-côtés dignes de mon rang.

0ec9f72744.jpgCe sentiment est parfaitement incompatible avec la morgue avec laquelle ces mêmes élu-e-s traitent la fonction publique.

Conseiller municipal, lorsqu'il s'est agi de voter le statut du personnel communal, j'ai dû ferrailler, face à des collègues qui alignaient des poncifs complètement hors de propos sur des employés qu'ils côtoyaient pourtant quotidiennement. Avusy étant une petite commune, l'entier de sa fonction publique est connue personnellement des élus !

A l'échelle cantonale, c'est encore pire. On l'a vu cette semaine, ce sont ceux qui s'apprêtaient à envoyer en "camp de ski" le Grand Conseil in extenso dans un palace de luxe à Gstaad qui tiennent les propos les plus dénigrants, les plus décalés et les plus vils sur les vrais serviteurs de l'Etat.

Il va sans dire que, en bientôt dix ans d'enseignement à Genève, je n'ai jamais reçu le moindre repas, le moindre voyage ou spectacle gCapture du 2015-12-02 02:14:58.pngratuit en dehors de l'exercice strict de mes fonctions. Au point que c'est à nous de payer notre billet TPG lorsque nous accompagnons des classes au théâtre ou au musée !

Cette année, comme d'habitude, le repas de Noël est organisé par une équipe de collègues... et financé intégralement par nous.

Cela est parfaitement normal, il est peut-être temps que nos chers députés en prennent de la graine !

30/09/2015

Lettre ouverte à Serge dal Busco exposant les conditions auxquelles je suis prêt à continuer à payer des impôts les prochaines années.

Monsieur le Conseiller d'État,

Cher Serge,

J'ai appris dans la presse d'hier qu'il était désormais possible et souhaitable que chaque contribuable expose publiquement les conditions fiscales auxquelles il exige d'être soumis.

Aussi prends-je la plume pour vous faire part des miennes:

Tout d'abord, j'annonce solennellement que je compte participer activement et généreusement aux œuvres qui cimentent la solidarité et irriguent le tissu économique genevois.

Je m'engage donc à verser 500.- de la façon suivante:

- 100.- pour Terre des Hommes

- 100.- pour la Fondation le Lombric, qui défend et promeut l'agriculture locale

- 180.- pour un panier de produits de l'Affaire Tournerêve

- 100.- pour Solidar Suisse (payés en bons cumulus)

- 20.- sous forme d'un bon Balexert offert à ma femme

J'imagine que vous serez autant ébahi par cet accès de générosité qu'inquiet pour l'équilibre de mes finances. Ne vous en faites pas trop, je compte diminuer la taille des cadeaux de Noël des mes enfants et vais renoncer à augmenter le salaire de ma femme de ménage pour financer tout cela...

En compensation de cette importante participation à la vie économique locale et globale, je ne demande qu'une réduction de mes impôts de 5000.- (cinq mille francs, zéro centime) comme préalable non négociable à toute discussion sur la répartition de la généreuse contribution exposée ci-dessus, que je suis, évidemment prêt à négocier avec vos services (la répartition de la contribution, pas la réduction d'impôts, cela va sans dire).

En espérant que vous accueillerez ma proposition aussi favorablement que vous traitez celle - parfaitement identique - du représentant des entreprises dans le cadre de la réforme de leur imposition, je vous adresse, Monsieur le Ministre, mes cordiales salutations.

 

PS: Le lecteur distrait estimera sans doute que ma proposition est exagérée et qu'elle relève du marché de dupes. Elle est pourtant parfaitement analogue à celle des entreprises genevoises qui exigent, dans le cadre de la RIE III, que l'Etat fasse passer de 24% à 13% leur taux d'imposition, en "échange" d'une contribution 10 fois moindre, qui plus est proportionnelle à leur masse salariale et non à leur bénéfice. Tout cela en annonçant qu'elles refusent tout débat sur ce fameux 13%. Un simple calcul montre pourtant qu'un modeste passage à 14% sans ristourne serait bien plus favorable à l'État... et qu'il serait souhaitable pour chacun de fixer ce taux entre 18% et 22%, ce qui représenterait d'ailleurs une baisse fiscale déjà considérable pour les entreprises.

 

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29/09/2015

Le mythe du franc fort

Les plus de trente ans se rappellent souvent avec nostalgie leurs voyages en Europe, à l'époque où les paëlla et les vitello tonnato étaient payés en lires et en pesetas et ne nous coûtaient presque rien. Le franc français, le schilling autrichien et la livre anglaise perdaient chaque année de leur valeur et le franc suisse était alors la seule vraie monnaie refuge. Il était vraiment fort... et personne ne s'en plaignait...

Aujourd'hui, tout ce que la Suisse compte de petits et de gros patrons geignards, de politiciens et de syndicalistes en quête de formules faciles pour quémander des avantages pour les lobbies qu'ils défendent utilisent le "franc fort" comme une formule magique, bien économique pour qui veut éviter de trop réfléchir... Jusqu'au Conseil d'État qui se permet d'utiliser cet argument pour broder un budget 2016 particulièrement dévastateur.

Brisons donc le mythe du franc fort en quatre étapes:

1. La Suisse gagne un franc sur deux sur le marché intérieur.

Si l'on dit souvent qu'un franc sur deux est gagné à l'étranger, on oublie parfois que la conséquence logique est que l'autre franc est gagné chez nous. Autrement dit que la moitié de l'économie est insensible à la question du change... ou même, comme nous le verrons ensuite, bénéficie du franc fort.

2. L'économie suisse achète beaucoup de matières premières, de produits manufacturés et de services à l'étranger

Les entreprises bénéficient ainsi de la valorisation du franc, puisque leurs charges diminuent. Ce phénomène adoucit fortement la hausse du franc, en particulier pour les entreprises qui génèrent une faible valeur ajoutée sur les produits qu'elle vend, qui sont en général les entreprises les plus fragiles.

3. Une part importante de l'économie suisse se situe hors de la simple loi de l'offre et de la demande

On pourrait croire qu'un renchérissement des prix a systématiquement une influence négative sur la demande. C'est souvent inexact, voire carrément faux.

Le secteur du luxe, par exemple, est absolument insensible au renchérissement, puisque c'est le prix élevé du bien proposé qui en fait l'attrait. Autrement dit, porter une Rolex sera d'autant plus valorisant pour vous lorsque vos interlocuteurs sauront que son prix a augmenté !
Par ailleurs, un certain nombre d'entreprises suisses sont tellement spécialisées dans leur niche économique que c'est la qualité et la spécificité de leurs produits et services qui déterminent le choix du consommateur et non le prix.

 

4. Le franc suisse n'est pas plus fort qu'il y a deux ans !


Certes, la découplage franc-euro opéré par la BNS en janvier a causé un sacré remous sur le marché des changes. Mais tout semble indiquer que, après deux mois troublés, le franc suisse a repris une place standard dans l'éventail des monnaies.

Si l'on compare le franc au dollar, à la livre sterling ou au yuan, on se rend compte qu'il s'est en fait affaibli, bien au contraire. Il ne faudrait donc pas parler de "franc fort", mais d'"euro faible".

Or chacun sait que l'UE n'est qu'un partenaire économique parmi d'autres. Vous trouverez sur le graphique ci-dessous l'évolution des taux de change entre le franc et 5 monnaies importantes ainsi qu'un indice correspondant à un panier composé de l'euro (30%), du dollar (30%), du yuan (20%), de la livre (10%) et du yen (10%).

Surprise: en 2 ans, le franc suisse s'est apprécié de moins de 2% par rapport à ce panier !

 

franc fort, mythe, graphique, indice

 

Conclusion

De façon générale, le franc n'est donc pas particulièrement fort et les entreprises qui utilisent sans vergogne cet argument pour justifier leur demandes anti-sociales doivent être dénoncées.

Cela ne signifie pas pour autant que la décision de la BNS n'a eu aucun impact sur les entreprises. Celles qui sont particulièrement exposées à la concurrence de leurs voisines européennes sont lourdement touchées et méritent un soutien, dans la mesure où leurs activités présentent un intérêt social ou économique.

Cependant, pour celles-ci - on pense en particulier à l'agriculture ou à certaines activités touristiques - l' "euro faible" n'a été qu'un révélateur supplémentaire du manque structurel de vision économique de nos gouvernants, incapables de choisir clairement quels types d'activités économiques doivent recevoir un soutien de l'État en échange des services environnementaux ou sociaux qu'elles livrent.

Si, pour vous, l'agriculture biologique fait partie de ces activités à protéger, n'hésitez pas à signer l'excellente initiative d'Uniterre sur la souveraineté alimentaire !

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