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29/11/2010

Schwyzerdütsch à l'école. Pourquoi tant de häääään?

Grisée par le plébiscite populaire sur la réforme du Cycle, l'audace de Charles Beer semble avoir dépassé toute mesure mercredi passé. Les réactions courroucées pleuvent et les quolibets s'accumulent.

Qu'a donc commis l'impudent ? A-t-il proposé l'érection d'un crucifix en travaux manuels ou la suspension d'un portrait du duc de Savoie dans chaque classe ?

Bien pire, il a osé suggérer que les élèves du canton s'initient à la langue parlée par 70% de leurs concitoyen-ne-s...

Si je m'associe aux regrets de la FAMCO concernant le manque de concertation présidant (une fois de plus...) au projet, je suis consterné par la quantité des réactions négatives, et par leur virulence, pour ne pas parler d'idiotie...

Allons-y, abdiquons le peu de sympathie que je pouvais espérer inspirer à mes rares ami-e-s, avouons-le, je trouve que, sur le coup, Charles Beer n'a pas tout faux. Et pour tenter de faire valoir mon point de vue à celles et ceux qui continuent malgré mon infamie à me lire, je reprends les "arguments" les plus souvent évoqués pour démolir le projet de Charles le Téméraire :

 

  • Les Suisses-Allemands sont tous des barbares réactionnaires qui votent les initiatives UDC du haut de leurs alpages parsemés d'edelweiss et de cors des alpes.
  1. Quel argument pertinent, venant justement de ceux qui se prévalent de leur ouverture à l'étranger par leurs votes clairvoyants ! L'alterité, du point de vue du Genevois progressiste, c'est les 6'800'000'000 d'êtres humains, moins les 5'000'000 de Suisses-Allemands. D'accord pour ne pas renvoyer Ivan S., mais alors, de là à vouloir communiquer avec Hans-Werner K., il ne faut tout de même pas pousser !
  2. Si l'on observe objectivement une malheureuse tendance à voter de façon encore plus réactionnaire de l'autre côté de la Sarine, il faut tout de même humblement se rappeler les Zurichois, les Bernois et même les Argoviens ont été plus nombreux à refuser l'initiative UDC que les Genevois, et que notre canton si ouvert et si généreux ne l'a refusée qu'à 55%... Par mon expérience personnelle, après avoir traversé 25 des 26 cantons suisses sur mon vélo, je suis arrivé à la conclusion objective que le taux de tronches de rats et de faces de raie était en fait sensiblement égal A-048-D.jpg(quoiqu'étonnamment élevé) dans toutes les parties de notre merveilleux pays.
  3. Et pour finir, c'est en apprenant à connaître son adversaire qu'on découvre les moyens de le (con-)vaincre !
  • Le schwyzerdütsch n'est pas une langue, c'est un dialecte.
  1. Quelle est la différence au juste ? Un dialecte, ça s'écrit ! On trouve quantité de textes écrits en schwyzerdütsch... Une langue, ça ne varie pas d'un village à l'autre ! Grave erreur ! Seul le français, langue hyper-centralisée et hyper-normalisée ne varie pas (ou presque). La norme, c'est la variation continue d'une région à l'autre et l'élaboration tacite ou non d'une lingua franca utilisée par les médias et les instances nationales. Exactement comme le suisse-allemand !
  2. Et alors ? Pourquoi ne pas apprendre un dialecte, au nom de quoi un "dialecte" serait moins digne d'intérêt qu'une langue ?
  • Le schwyzerdütsch, de toutes façons, ça ne sert à rien !
  1. Quelle assurance ! Qui peut vraiment déterminer ce qui sert à quoi ? A quoi servent les maths, l'art, l'accord du participe passé ? Ou, à l'inverse, qui peut sciemment décider qu'un pan du savoir humain est tellement indigne d'intérêt qu'il faut militer avec virulence pour que nos enfants ne puissent pas y avoir accès...
  2. Plus prosaïquement, il s'agit tout de même de la langue parlée par 5'000'000 d'êtres humains qui vivent à un jet de pierre de notre jet d'eau et qui, qu'on le veuille ou non,  habitent (encore) dans notre pays. Et d'ailleurs, si l'on discutait sérieusement de scission, on s'apercevrait bien vite que bien des Bâlois se sentent bien plus à l'aise avec les Genevois que les habitants du Muothatal et préfereraient sans doute être minoritaires en Suisse occidentale... De plus, si l'on refuse d'apprendre le schwyzerdütsch, les langues suivantes, par ordre de proximité, sont le tchèque, le slovène et le catalan. Personnellement, je n'ai rien contre - je les ai vaguement étudiées les trois-, mais je ne suis pas sûr d'être majoritaire.
  • Pourquoi encombrer l'esprit déjà bien rempli des élèves avec une langue supplémentaire ?
  1. Ce sophisme est proféré par celui qui croit que le cerveau humain fonctionne comme une clé USB. Plus on remplit, moins il y a de place. Or on sait depuis longtemps que notre fonctionnement est presque inverse. Plus on apprend, plus on a de facilité à apprendre. Plusieurs expériences faites avec l'espéranto, dans le but de démontrer sa valeur propédeutique, ont été très concluantes. Il n'y a pas de raison que cela soit différent avec le schwyzerdütsch.
  2. Et, en particulier, découvrir instinctivement les façons de dériver des mots d'une langue (heute -> hütt, abend -> aabe, Blut -> Bluet, gewesen -> gsii...) à l'autre permet d'accéder plus facilement à la compréhension d'une quantité inimaginable de langues, et en premier lieu les langues latines (Comment passer du portugais au gallego, au castillan, au catalan, etc...). Vous le faites tous les jours lorsque que vous comparez les versions norvégienne et danoise du mode d'emploi de votre dernier lecteur MP3 (Vous ne le faites pas ? étrange... moi j'adore ça)

Pour conclure, j'ai plus que souvent constaté qu'on n'apprend pas une langue en classe. En revanche, on peut y découvrir les bases qui permettront de l'apprendre sur place, ou au contact de ses médias. Passer 5, 7 ou 10 ans à réviser l'accord de l'adjectif au datif ne transformera jamais automatiquement les Genevois-e-s en habiles germanophones. En revanche, leur faire entrevoir que les peuplades paissant au-delà de Fribourg présentent peut-être quelque intérêt et que leur(s) langue(s), contrairement à ce qui est véhiculé par l'opinion publique et ses blagues de comptoir, est d'une richesse et d'une beauté insoupçonnées, permettrait peut-être d'en faire des citoyen-ne-s plus ouvert-e-s d'esprit.

28/11/2010

Mieux vaut en rire...

Les électeurs suisses, incités par le matraquage de l'UDC et leurs bas instincts racistes de bourgeois auto-satisfaits, ont donc, une fois de plus, sapé un des fondements de l'Etat de Droit. Il suffit de rappeler en quels termes Talleyrand avait rédigé l'art. 6 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen en 1789:

[La loi] doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse

et le débat sur l'opportunité de cette intiative (sans évoquer même son utilité) est clos.


On peut aussi se réjouir du fier résultat de notre canton et brocarder nos compatriotes suisses-allemands pour leur crasse bêtise. Cela ne mange pas de pain et permet d'oublier que 43% des Genevois-es ont voté le texte, ce qui fait tout de même pas mal de monde dans la file de la caisse à la Migroop demain.


La Migroop, justement, s'est salement ramassée. Et toute la droite (et avec elle la soi-disant économie - pourquoi  d'ailleurs seuls les économistes de droite parlent-ils au nom de l'"économie"?). Et pourquoi cela, alors que le texte avait tout pour plaire au citoyen-consommateur tel qu'on croit le connaître ?

  • Petit à petit, la population comprend que, à terme, la consommation pour la consommation ne pourra plus suffire comme modèle de société. Cela est très important, car, depuis 1945, tout le discours politique a été axé sur la croissance de la qualité de vie, qui n'était conçue que comme dépendante de la croissance de la consommation et l'amélioration de la technologie. Mais, dans un monde physique, toute croissance finit par cesser et les citoyens commencent à comprendre que la qualité de vie dépend autant du niveau de convivialité, de temps libre et de partage que de la taille de son caddie. ET CA, C'EST BON POUR LA SOCIÉTÉ !


  • Les petits commerces ont sans doute joué un rôle important en montrant que cette loi ne pouvait que les affaiblir face aux grandes surfaces. Le volume de consommation n'augmentant pas proportionnellement à l'élargissement des heures d'ouverture, seuls les plus grands pouvaient s'adapter aux fluctuations de clientèle et tirer profit de la loi. Quand on connaît les ravages économiques et écologique71927_163846093644544_163844660311354_429621_3442992_n.jpgs de la grande distribution, on ne peut que se réjouir de ce refus. ET CA, C'EST BON POUR L'ÉCONOMIE !


  • La campagne a été menée avec un talent et un investissement hors du commun. Cela en particulier par la Jeunesse Socialiste et les Jeunes Verts. Elles et ils ont réussi à occuper le terrain avec des visuels efficaces et des actions audacieuses et originales,  qui ont habilement évité le piège de la gratuité ou de l'attaque personnelle (contrairement malheureusement aux affiches "Oskar F." des JS neuchâteloises). Les distributions de câlins, la superbe affiche "Faites l'amour, pas les magasins.-" ont marqué et fait réfléchir. Pour la première fois, la pompe des shadoks a été efficace ! ET CA, C'EST BON POUR LA POLITIQUE !

 

En conclusion, malgré le prévisible cataclysme de l'initiative UDC et la déroute de celle du PS (Quel gâchis, comment peut-on voter ainsi ?!), je termine ce 28 novembre, jour 1 de mon blog et jour 5 de ma fille cadette, avec un léger sourire et un optimisme plus que jamais chevillé à mes neurones.