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07/12/2010

Citius, altius, stultius...

Dépassé par ses amis de droite qui craignent de voir des plus pauvres qu'eux s'établir dans leurs communes (voir les blocages aux Communaux d'Ambilly, le vote municipal de Troinex ce week-end,...) et massivement désavoué par les 15'000 citoyen-ne-s qui refusent de brader les meilleures terres du canton pour un projet mal ficelé et pauvre en logements, Mark Müller se débat pour regagner une illusoire popularité. Le Courrier nous rappelle en effet qu'il souhaite que Genève accueille les Jeux Olympiques d'hiver 2022 ou 2026.

Loin de m'opposer au sport (j'en pratique quotidiennement)  et même à la compétition (j'ai le plaisir de participer à quelques courses chaque année) - je ne peux que m'étonner de cette prise de position, alors qu'on s'attendrait que ce magistrat s'occupe principalement de ce pour quoi il a été élu et ce à quoi il s'est engagé: Trouver des solutions justes, raisonnables et abordables pour loger les résidents du canton.

Sur son site personnel, il met sur le même plan les manifestations sportives populaires que sont la Course de l'Escalade ou le Triathlon de Genève et des compétitions ultra-élitistes comme l'Euro 2008 ou les Jeux Olympiques. Soit il méconnait profondément le monde du sport, soit il prend l'électeur pour plus naïf qu'il ne l'est. Je crois qu'il n'est pas nécessaire de rappeler dans quelles conditions de corruption, sous quelles contraintes économiques (sponsors, TV,...), sont attribuées ces manifestations, les derniers choix de la FIFA nous l'ont à nouveau rappelé.

Je crois surtout que ce baroud d'honneur met en évidence la rupture fondamentale qu'il y a entre une part de la classe politique qui rêve d'une Genève internationale, prestigieuse, métropolitaine et l'avis du Genevois moyen qui constate, chaque jour, que cette course à la croissance se traduit principalement par des hausses de loyers, de la pollution et des projets démesurés à l'inutilité patente (Stade de Genève, Halles 6 et 7 de Palexpo, agrandissement de l'aéroport...). Il n'est pas étonnant de constater que toutes les enquêtes sur la qualité de vie montrent que ce sont dans les petites villes que l'équilibre entre des services de bonne qualité et des nuisances supportables peut être atteint.

Il est évident que les Genevois n'accepteront pas que leurs impôts servent à flatter des ersatz d'ambassadeurs à la solde du CIO, que leurs rues soient bariolées d'affiches criardes vantant tel ou tel soda ou magnétoscope. Ils refuseront également de voir leur ville quadrillées par les forces de l'ordre pour assurer la sécurité des potentats qui n'ont rien de mieux à faire que de regarder des millionaires se battre pour une rondelle de caoutchouc. En 1988, les Vaudois avaient déjà fait le même raisonnement, quand bien même les conditions dans lesquelles se choisissaient les villes hôtes et se déroulaient les jeux étaient bien plus acceptables.

Comme un commentaire sur ma note précédente me reprochait de ne pas être assez positif, j'ai décidé de m'engager tout de même aux côtés de Mark Müller pour une candidature genevoise aux Jeux Olympiques 2022, pour autant que les conditions ci-dessous, qui me semblent relever d'un bon sens minimum, soient remplies:

  • Aucun centime ne sera utilisé pour offrir des cadeaux aux délégués du CIO. Ils se déplaceront à leurs frais et paieront leur note d'hôtel. On acceptera toutefois de leur donner un dossier d'une dizaine de pages photocopiées sur papier recyclé vantant les mérites de notre candidature.
  • Toutes les délégations et tous les spectateurs se déplaceront par voie maritime et ferroviaire ou à vélo. Ils seront transportés d'un site à l'autre à l'aide des TPG, des CFF et des autobus de la Poste. Evidemment, l'organisation de ces Jeux ne pourra servir de prétexte à la construction de nouvelles infrastructures routières (traversée de la rade, 3e voie autoroutière).
  • Aucune publicité autre que celle tolérée (malheureusement...) sur les panneau de la SGA ne viendra enlaidir la ville ou les autres sites.
  • Les infrastructures existant permettant la pratique de tous les sports olympiques, rien de neuf ne sera construit. Les compétitions de patinage de vitesse auront lieu sur le Lac de Joux et seront remplacées par des concours de natation en cas de redoux. Evidemment, aucun canon à neige ne sera utilisé, et les skieurs montreront qu'ils sont sportifs en remontant les pistes à pied.
  • Le village olympique sera composé d'appartements simples qui seront réattribués à des familles peu argentées après la compétition. Ils seront construits sur les communes proches du centre où la densité de logement est la plus faible (Vandoeuvres, Cologny, Pregny-Chambésy,...). Aucune zone agricole ne sera déclassée pour leur construction.

Et ainsi, je pourrai, comme tou-te-s les Genevoises, sentir mon coeur palpiter lorsque,  la flamme olympique - au biogaz - illuminera les gratte-ciel du PAV, du haut du Stade de Genève.

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