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19/12/2010

Culpabilité et écologie

"Vous êtes dans la culpabilité !". C'est de façon péremptoire que mon contradicteur (en l'occurence le conseiller administratif vert'libéral de Plan-les-Ouates L. Seydoux) m'a interrompu lors d'un débat radiophonique mardi passé sur Radio-Cité. J'essayais alors péniblement de montrer que les sols sont des ressources d'autant plus menacées que leur rareté et leur préciosité sont ignorées.
Cet épisode parfaitement anodin m'a turlupiné pendant toute la semaine. Après plusieurs heures de vélo (c'est sans doute à vélo que je réféchis le plus, sinon le mieux...), j'ai esquissé quelques réflexions, sans doute incomplètes (et certainement contestables) sur l'usage de la culpabilité dans la politique écologique.


renault-espace.jpgA. Pourquoi ne pas culpabiliser ceux qui portent atteinte à l'environnement ?
Depuis le début de notre siècle, un consensus tacite semble se dessiner autour de la politique environnementale. Tout le monde veut faire prendre conscience aux autres que la planète est en danger (d'ailleurs, ce n'est pas la planète, mais l'humanité qui est en danger), mais il faut trouver des moyens de la sauver sans que les citoyens soient culpabilisés. Comme la raison de ce postulat ne saute pas aux yeux, j'émets quelques hypothèses:
1. Est-il inefficace de culpabiliser ceux qui se comportent mal ?
On peut légitimement se poser la question. Mais si c'était vraiment le cas, il faudrait aussi renoncer à culpabiliser tous les autres comportements nuisibles (cyclo-terroristes, abuseurs d'aide sociale, chauffards, v(i)oleurs, fraudeurs fiscaux...). On a plutôt l'impression que l'esprit du temps ne va pas dans ce sens...
2. Ceux qui portent atteinte à l'environnement sont-ils plus fragiles émotionnellement que les autres ?
L'hypothèse est d'autant plus vraisemblable qu'ils se sentent manifestement vite mal à l'aise face à l'évocation de simples faits (voir la réplique précédente de mon interlocuteur: "Ne faites pas de l'émotionnel avec ça !"). Il doit s'agir donc d'une catégorie de population particulièrement sensible, émotive. Cela semble tout de même surprenant, si l'on sait qu'il y a une très forte corrélation entre les revenus et le niveau de prédation des ressources naturelles, et que ce seraient donc les classes les plus aisées - et les plus puissantes - qui souffriraient de fragilité émotionnelle...
3. Est-il absurde de culpabiliser "Monsieur Tout-le-Monde" ?
Un certain nombre de comportements très communs peuvent être nuisibles (et ce d'autant plus qu'ils sont répétés par une importante partie de la population). Est-il pour autant absurde de le dire ? Je ne vois pas pourquoi. Ce d'autant plus que nous nuisons pas de loin pas tous de façon égale à l'environnement et que ce sont généralement les plus nuisibles qui prétendent que leur comportement est le fait de tout un chacun.
Plus insidieux, il y a derrière cela la validation de l'idée qu'il est normal de se comporter mal, puisque les autres le font également... ce qui enjoint les autres à le faire, et ainsi de suite, jusqu'à la légitimation de comportements complètements aberrants (changer de téléphone tous les 6 mois, aller au fitness en voiture,...) par interaction spéculaire.
Pire encore, ce genre de réflexion écarte complètement du débat les milliards d'humains qui, de gré ou de force, ne causent presque pas de nuisances environnementales, vu leur faible niveau de consommation. Dès lors qu'on élargit son angle de vue, on se rend compte que "Monsieur Tout le Monde" ressemble plus à un Européen opulent sorti d'une publicité, qu'à un spécimen humain pris au hasard...
4. Culpabiliser les gens est-il contre-productif ?
C'est fort probable, s'il s'agit d'accumuler les voix pour la prochaine élection.
Personnellement, j'ai tendance à croire à la maturité de mes concitoyen-ne-s et à penser qu'il vaut mieux être minoritaire en disant ce que je pense que majoritaire en carressant les gens dans le sens du poil. Mais j'ai peut-être tort.

bmw.JPGB. La culpabilité est-elle un sentiment négatif ?
La culpabilité est un sentiment relativement complexe, puisqu'il renvoie à la perception de sa propre responsabilité face à la société. Dans ce sens, il est indissociable du sentiment d'empathie, qui est sans doute à la base de tout comportement social.
C'est parce que je sais que mon action fera du bien ou du mal à autrui que je la perçois positivement ou négativement et que, le cas échéant, je renonce à agir.
Il est légitime de penser que la culpabilité a joué son rôle dans des progrès politiques aussi importants que les abolitions de l'esclavage et de la peine de mort, ou l'élaboration des systèmes de protection sociale.
Depuis quelques années, un certains nombre de dirigeants se gargarisent d'appartenir à une droite "décomplexée" - comprendre "qui assume son individualisme forcené, sa vision inégalitaire de la société et son mépris des faibles." Ce refus de la culpabilité - et pas uniquement en politique environnementale -  est en quelque sorte le point culminant de cette droite qui, non contente de revendiquer sa vilenie, refuse qu'on la mette face à son inhumanité.

C. Culpabilité personnelle et culpabilité collective.toyota.JPG
En matière d'écologie, un doux mélange est constamment fait entre les comportements individuels (éteindre la lumière...) et les choix collectifs (construire des trams, refuser de déclasser des terres maraîchères...). Logiquement, la culpabilité peut se retrouver à ces deux niveaux.
La culpabilité personnelle m'intéresse peu - et j'en ai déjà parlé plus haut. Même s'il est louable d'agir chacun de son côté, rien de sérieux ne pourra être fait sans accepter de modifier collectivement notre façon de vivre ensemble, de gérer nos ressources et de percevoir et de mesurer notre progrès.
En matière de culpabilité collective, on est souvent confronté aux antiennes de la culpabilité des peuples face à leur histoire. Les Etatsuniens du XXIe siècle sont-ils responsables du massacre des Indiens ? Suis-je collectivement responsable du "J" dans les passeports des juifs allemands ? C'est très douteux. C'est même dangereux de le croire, car le pendant de cette culpabilité, c'est la vertu supposée de tel ou tel peuple (Je suis plus vaillant que les autres, car je descends de Guillaume Tell, de Skanderbeg, de Pépin le Bref ou de Ladislas II Jagellon...).
Par extension, en matière écologique, il est contestable de générer de la culpabilité sur des choix passés, faits par d'autres ou dans des circonstances telles que l'information n'était pas connue. Il est difficile par exemple de culpabiliser les Genevois parce qu'ils ont détruit leur réseau de trams dans les années 50-70...
En revanche, la responsabilité collective est incontestable lorsqu'il s'agit de choix politiques actuels. Si un élu ne fait le bon choix pour sa collectivité, qu'il se sente coupable est la moindre des choses. Le débat politique ne doit donc pas traiter de la culpabilisation de tel ou tel individu ou groupe, mais de l'opportunité de ses choix politiques, ce qui est, je le concède, beaucoup plus délicat.
On peut étendre cette réflexion à l'entier du corps électoral, puisqu'en Suisse, la démocratie semi-directe fait de chaque citoyen-ne un-e femme/homme politique. Dans ce sens, la responsabilité collective des individus dans les choix qu'ils font en tant que citoyen-ne-s et incontestable, et donc il n'est pas illégitime de les culpabiliser si le choix effectué ou la position défendue le mérite.

Pour conclure...
La culpabilité ne doit sans doute pas être au coeur du discours écologiste, qui doit surtout veiller à mettre en évidence les gains en matière de qualité de vie, de partage social et de santé d'une vraie politique écologique. Cependant, il ne doit pas renoncer à énoncer des faits au prétexte que tel ou tel se sentirait culpabilisé. Certains comportements, certaines positions politiques sont irresponsables. La moindre des choses est de le dire...

Après quelque jours de réflexion, j'accepte donc volontiers l'apostrophe de L. Seydoux et j'ai la fatuité d'estimer que ma réponse, certes un peu improvisée ("Lorsqu'on est coupable, ce n'est pas un mal de se sentir coupable !") n'était pas si insensée que ça. Je vais juste essayer de trouver quelque chose de plus élégant pour les prochains débats à propos du déclassement de la Plaine de l'Aire...


Commentaires

Je ne peux qu'abonder dans votre démonstration du rôle de la culpabilité dans notre société et heureusement que la culpabilité existe. Malheureusement l'utiliser systématiquement avec la peur dans le discours écologique est contre-productif à la cause du développement durable.

En effet, la culpabilité-peur engendre chez chacun d'entre nous une défense naturelle tendant à trouver de bonnes raisons pour continuer avec nos habitudes et demander que ce soit les autres qui changent.

La responsabilité individuelle d'un changement de mode de fonctionnement passe par un discours pragmatique et encourageant à l'échelle du citoyen et de la possibilité de ses actions, sans lui faire endosser individuellement la responsabilité d'un dysfonctionnement collectif.

Voila une des grandes grandes différences entre les verts dogmatiques et les vert'libéraux pragmatiques.

Laurent Seydoux
Président des vert'libéraux genevois

Écrit par : Laurent Seydoux | 20/12/2010

Il faut absolument distinguer les notions de culpabilité (en relation avec ce que j'ai fait) et de peur (sentiment sur lequel je n'ai aucune prise). La différence entre les deux réside au niveau de la responsabilité.

C'est pour cela que je ne partage pas l'avis émis dans le 2e §, en tout cas, lorsqu'il s'agit de culpabilité. L'histoire nous montre qu'une culpabilité bien comprise permet de modifier les comportements individuels et collectifs.

Même si je trouve le concept de "discours encourageant" un peu lénifiant (nous nous adressons tout de même à des adultes), je suis prêt à le partager lorsqu'on s'adresse à des individus lambda.

En revanche, lorsqu'on se place au niveau du discours politique - et en Suisse, tout citoyen est un politicien - cela ne suffit plus du tout. Tout positionnement politique (et, en ce qui concerne la Plaine de l'Aire, nous sommes en plein dedans) dépasse l'individu et ne peut relever que de la responsabilité (et donc de l'éventuelle culpabilité) collective.

Quant au "dogmatisme" supposé de certains verts, je vous en laisse la responsabilité. En ce qui me concerne, je ne me sens ni plus dogmatique ni plus vert qu'autrui. J'ai simplement quelques convictions (et, osons le mot, principes) qui me permettent de mener modestement ma barque au quotidien et de me regarder sans trop d'horreur chaque matin dans mon miroir.

Écrit par : Julien Nicolet | 20/12/2010

la saison étant au fameux vermicelles,laisson les Verts se transformer en vers de terre,si cela les amuse mais protégeons nous du terrorisme écolo qui si l'en en croit certains scientifiques sont des groupes aux mains de gens n'ayant qu'un but,faire vivre dans la crainte la majorité,depuis la fin de la guerre tout fut mis en oeuvre en Suisse pour apprendre à lutter contre la pollution,alors sachons discerner le vrai du faux et encourageons les jeunes à écouter leurs ainés,ainsi ils éviteront les nombreux pièges mis à leur encontre pour les destabiliser,et surtout les faire douter d'eux-mêmes,et par la même occasion de leurs parents
bien à vous et bonne journée

Écrit par : lovsmeralda | 20/12/2010

a trop stigmatiser la peur et la culpabilité ,les citoyens sont transformés en moutons,mais sans doute est-ce le but recherché par tous ces mouvements considérés par beaucoup comme anti-démocratique!

Écrit par : line.bielmann | 20/12/2010

L'irresponsabilité est une chose sur laquelle il faudrait travailler tout comme l'incivilité. La culpabilité est d'un autre nature car ceux qui la pratiquent comme les Verts se mettent en avant comme modèles de vie. Mais depuis 20 ans, le message écologique est passé dans la population avec des changements évidents de comportement. Mais aujourd'hui sur notre territoire, les politiciens qui prônent le tout écologique comme dogme notamment en matière de mobilité, s'attaquent au trafic automobile avec comme programme des taxes, des restrictions, des frustrations voir des interdictions (fermeture arbitraire de rues) mais pas un mot sur la question aigüe du logement (conséquence directe de l'engorgement dû au trafic métropolitain) avec laquelle la population et notamment les jeunes doivent faire face.

Écrit par : Demain | 20/12/2010

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