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19/12/2010

Culpabilité et écologie

"Vous êtes dans la culpabilité !". C'est de façon péremptoire que mon contradicteur (en l'occurence le conseiller administratif vert'libéral de Plan-les-Ouates L. Seydoux) m'a interrompu lors d'un débat radiophonique mardi passé sur Radio-Cité. J'essayais alors péniblement de montrer que les sols sont des ressources d'autant plus menacées que leur rareté et leur préciosité sont ignorées.
Cet épisode parfaitement anodin m'a turlupiné pendant toute la semaine. Après plusieurs heures de vélo (c'est sans doute à vélo que je réféchis le plus, sinon le mieux...), j'ai esquissé quelques réflexions, sans doute incomplètes (et certainement contestables) sur l'usage de la culpabilité dans la politique écologique.

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12/12/2010

Qu'ainsi s'unissent les amis de la République !

L'Escalade-Mere_Royaume.jpgA peine arrivés dans le canton de Genève, les étrangers (comprendre: les Vaudois, Valaisans, Neuchâtelois et autres Confédérés...) marquent leur étonnement devant l'importance des festivités liées à l'Escalade. Leur séjour se prolongeant, ils constatent l'effort des écoles pour enseigner ce haut-fait de l'histoire genevoise.

Dès les classes enfantines, les élèves colorient des images de bataille et les maître-sse-s racontent la vilenie du Duc qui cherchait à s'emparer de la fière Genève. Les écoliers de la Ville visitent les lieux de mémoire: Le Passage Monnetier, les endroits où se trouvaient les portes, la herse d'Isaac Mercier...

On ne peut que s'incliner devant cette volonté de s'intéresser à son passé et transmettre un forme de mémoire collective aux générations futures, mais on doit se rappeler que l'Escalade est avant tout un épisode militaire, certes défensif, et que, en tant que tel, sa mémoire charrie des remugles patriotico-revanchards et occulte souvent les souffrances et l'horreur vécues par les deux parties.

Pour preuve, le contenu des chants patrotiques qui louent par exemple ces "vaillants Genevois" qui se battaient contre des "Savoyards furieux", tout cela sous l'oeil bienveillant de "C'é qu'è l'ainô, le maître dé bataillé ", éternel refrain du "Gott mit uns", célébrant la victoire, la justice et l'histoire des vainqueurs.

Depuis quelques années, les maître-sses de mon village - et peut-être d'autres - font également chanter des chants de l'Escalade célébrant la fraternité et mettant en évidence la souffrance des petites gens face aux décisions des princes belliqueux. Je trouve la démarche salutaire et courageuse, dans un temps où le nationalisme et la haine de tout ce qui vit au-delà de la frontière se réveillent (voir certains commentaires à cet article !). Merci à elles et eux !

Voici quelques vers des ces chansons, dont je ne connais malheureusement pas les paroliers.

Il était savoyard
Il avait sa maison
Du côté de Fillinges
Elle s'appelait Lison
Elle vivait au Molard
Elle était blanchisseuse
Allait livrer le linge
Léon le petit ramoneur
Noir des pieds à la tête
L'a trouvée si jolie
Transportant ses paniers
Quand ils se retrouvaient
C'était toujours la fête
C'était dur de se séparer

Les enfants de l'Escalade
N'ont rien à faire des frontières
Ils préfèrent les mascarades
A la guerre, à la guerre.


La nuit de l'Escalade
En mille six cent et deux
Quand les soldats du Duc
Ont attaqué Genève
Lison a eu très peur
Au bruit des coups de feu
Attendant sous son lit
Que le matin se lève
Léon le petit ramoneur
Aimerait la retrouver
Mais il faut passer les remparts
La maman de Lison
En veut aux Savoyards
...
Quand les grands font la guerre
Ce sont les pauvres gens
Et les petits enfants
Qui ont de la misère

Sur les champs de bataille
Quand sonne le clairon
Quand tonne le canon
Au coeur de la mitraille...

Savoyards, Genevois, on est chocolat, chocolat !
Savoyards, Genevois, on est chocolat !

Les reines et les rois
Les ducs et les princes
Se battent pour des provinces
Des plaines et des bois

Dans leur lointain château
Ils préparent des combats
Ils sont là bien au chaud
Sans penser aux soldats

D’Espagne ou d’Italie
De Flandre ou de Navarre
De Rome ou de Paris
On commande l’histoire

Même si ça vous déplaît
Vous, les grands de ce monde
Depuis qu’on est en paix
Le bonheur nous inonde

Savoyards, Genevois, on est chocolat, chocolat !
Savoyards, Genevois, on est chocolat !


 

 

07/12/2010

Citius, altius, stultius...

Dépassé par ses amis de droite qui craignent de voir des plus pauvres qu'eux s'établir dans leurs communes (voir les blocages aux Communaux d'Ambilly, le vote municipal de Troinex ce week-end,...) et massivement désavoué par les 15'000 citoyen-ne-s qui refusent de brader les meilleures terres du canton pour un projet mal ficelé et pauvre en logements, Mark Müller se débat pour regagner une illusoire popularité. Le Courrier nous rappelle en effet qu'il souhaite que Genève accueille les Jeux Olympiques d'hiver 2022 ou 2026.

Loin de m'opposer au sport (j'en pratique quotidiennement)  et même à la compétition (j'ai le plaisir de participer à quelques courses chaque année) - je ne peux que m'étonner de cette prise de position, alors qu'on s'attendrait que ce magistrat s'occupe principalement de ce pour quoi il a été élu et ce à quoi il s'est engagé: Trouver des solutions justes, raisonnables et abordables pour loger les résidents du canton.

Sur son site personnel, il met sur le même plan les manifestations sportives populaires que sont la Course de l'Escalade ou le Triathlon de Genève et des compétitions ultra-élitistes comme l'Euro 2008 ou les Jeux Olympiques. Soit il méconnait profondément le monde du sport, soit il prend l'électeur pour plus naïf qu'il ne l'est. Je crois qu'il n'est pas nécessaire de rappeler dans quelles conditions de corruption, sous quelles contraintes économiques (sponsors, TV,...), sont attribuées ces manifestations, les derniers choix de la FIFA nous l'ont à nouveau rappelé.

Je crois surtout que ce baroud d'honneur met en évidence la rupture fondamentale qu'il y a entre une part de la classe politique qui rêve d'une Genève internationale, prestigieuse, métropolitaine et l'avis du Genevois moyen qui constate, chaque jour, que cette course à la croissance se traduit principalement par des hausses de loyers, de la pollution et des projets démesurés à l'inutilité patente (Stade de Genève, Halles 6 et 7 de Palexpo, agrandissement de l'aéroport...). Il n'est pas étonnant de constater que toutes les enquêtes sur la qualité de vie montrent que ce sont dans les petites villes que l'équilibre entre des services de bonne qualité et des nuisances supportables peut être atteint.

Il est évident que les Genevois n'accepteront pas que leurs impôts servent à flatter des ersatz d'ambassadeurs à la solde du CIO, que leurs rues soient bariolées d'affiches criardes vantant tel ou tel soda ou magnétoscope. Ils refuseront également de voir leur ville quadrillées par les forces de l'ordre pour assurer la sécurité des potentats qui n'ont rien de mieux à faire que de regarder des millionaires se battre pour une rondelle de caoutchouc. En 1988, les Vaudois avaient déjà fait le même raisonnement, quand bien même les conditions dans lesquelles se choisissaient les villes hôtes et se déroulaient les jeux étaient bien plus acceptables.

Comme un commentaire sur ma note précédente me reprochait de ne pas être assez positif, j'ai décidé de m'engager tout de même aux côtés de Mark Müller pour une candidature genevoise aux Jeux Olympiques 2022, pour autant que les conditions ci-dessous, qui me semblent relever d'un bon sens minimum, soient remplies:

  • Aucun centime ne sera utilisé pour offrir des cadeaux aux délégués du CIO. Ils se déplaceront à leurs frais et paieront leur note d'hôtel. On acceptera toutefois de leur donner un dossier d'une dizaine de pages photocopiées sur papier recyclé vantant les mérites de notre candidature.
  • Toutes les délégations et tous les spectateurs se déplaceront par voie maritime et ferroviaire ou à vélo. Ils seront transportés d'un site à l'autre à l'aide des TPG, des CFF et des autobus de la Poste. Evidemment, l'organisation de ces Jeux ne pourra servir de prétexte à la construction de nouvelles infrastructures routières (traversée de la rade, 3e voie autoroutière).
  • Aucune publicité autre que celle tolérée (malheureusement...) sur les panneau de la SGA ne viendra enlaidir la ville ou les autres sites.
  • Les infrastructures existant permettant la pratique de tous les sports olympiques, rien de neuf ne sera construit. Les compétitions de patinage de vitesse auront lieu sur le Lac de Joux et seront remplacées par des concours de natation en cas de redoux. Evidemment, aucun canon à neige ne sera utilisé, et les skieurs montreront qu'ils sont sportifs en remontant les pistes à pied.
  • Le village olympique sera composé d'appartements simples qui seront réattribués à des familles peu argentées après la compétition. Ils seront construits sur les communes proches du centre où la densité de logement est la plus faible (Vandoeuvres, Cologny, Pregny-Chambésy,...). Aucune zone agricole ne sera déclassée pour leur construction.

Et ainsi, je pourrai, comme tou-te-s les Genevoises, sentir mon coeur palpiter lorsque,  la flamme olympique - au biogaz - illuminera les gratte-ciel du PAV, du haut du Stade de Genève.

04/12/2010

Bienheureux les pollueurs, car ils pourront dépolluer.

btn-inscrire.pngDepuis quelques semaines, les SIG tapissent les murs, les journaux et leur site Internet d'annonces incitant les citoyen-ne-s à participer à l'action "double-éco" dont le but est de faire la chasse aux "énergivores".

Loin de vouloir stigmatiser l'entreprise dans son ensemble - rares en effet sont les producteurs et les distributeurs d'électricité à développer des politiques aussi responsables - je dois avouer que cette offre me laisse plus que dubitatif.

De quoi s'agit-il ?

L'idée, fort simple, consiste à payer une prime équivalente au montant économisé par le consommateur grâce à la diminution de sa consommation d'électricité.

Où sont les problèmes ?

- Cette mesure est-elle juste ? Imaginons une famille A, qui par souci de protection de l'environnement, économise depuis longtemps l'énergie. Depuis plusieurs années, son compteur est au plancher. Sa voisine, la famille B, en revanche, chauffe son appartement au sèche-cheveux, n'éteint pas son four de toute la nuit et laisse son projecteur halogène allumé pendant ses vacances. On comprendra rapidement qu'en améliorant superficiellement son comportement, la famille B pourra toucher d'importantes primes tout en consommant bien plus que sa voisine qui, elle ne touchera rien (et contribuera de plus, via sa facture SIG, à financer ces primes ...et la publicité pour cette action !).

Cette logique, qui rappelle étonnamment celle qui a permis l'attribution du prix Nobel de la Paix à des criminels notoires, part du principe qu'il vaut mieux récompenser le pêcheur repenti que celui qui a toujours été vertueux. Je peine à percevoir où s'y niche la justice, sans doute aurais-je besoin d'un psychologue ou d'un théologien pour me l'expliquer.

- Cette mesure est-elle efficace ?

NON, car tous les analystes sérieux (lisez J.-M. Jancovici par exemple) rappellent que ce type de mesures crée un effet rebond. Pour l'expliquer simplement, il est impossible de savoir ce que la famille B fera de la prime (payée en partie par la famille A, rappelons-le). Mais, statistiquement, il y a fort à parier que son utilisation générera de la pollution sous une forme ou sous une autre qui anihilera tout ou partie de l'économie effectuée pour gagner la prime.

OUI, car, malgré l'effet rebond, on peut supposer que la quantité de kWh consommés à Genève va bel et bien diminuer grâce à ce genre de mesure. Et c'est là que se pose le problème éthique. Dans le domaine des économies d'énergie, toute mesure est-elle automatiquement bonne dès lors qu'elle est efficace ? Personnellement, je ne le pense pas, même si je suis convaincu qu'il est urgent de réduire notre consommation énergétique.

Ce genre de mesure sous-entend que nous sommes tous égaux face aux pollutions, que nous partageons tous la même responsabilité quels que soient notre position sociale, notre comportement ou notre réflexion politique. Ces présupposés sont non seulement lénifiants, ils sont surtout erronés.

La nécessaire et incontestée réduction de la voilure ne peut être acceptée et bien vécue par la population que si les plus nantis, les plus pollueurs, reconnaissent leur responsabilité particulière et, dans un certain sens, montrent l'exemple (sur ce sujet, vous pouvez lire Hervé Kempf). Sans réduction des inégalités, il n'y aura pas de vraie politique écologique. Or cette mesure consiste justement à favoriser ceux qui polluent le plus, donc ceux qui ont les moyens de se le permettre...

- Que faire ?

Ce genre de mesure repose sur un consensus autour de l'idée que les ressources énergétiques sont limitées et qu'il faut les préserver. Cependant, on n'ose pas (et la raison m'en échappe - à nouveau, un psychologue à ma rescousse, svp !) utiliser le mot qui correspond à cette situation: pénurie.

Et en situation de pénurie, il y a trois options:

- Laisser le marché libre agir et faire que les plus riches se gavent éhontément au détriment des plus faibles qui n'ont pas les moyens de se payer le strict nécessaire (à ce sujet, vous pouvez lire F. Nicolino). Comme chacun le sait, il s'agit d'ailleurs de la solution retenue actuellement à l'échelle mondiale.

- Appliquer un taxation progressive de l'énergie. Un socle jugé indispensable n'est pas taxé (ou est même subventionné) et chaque kWh supplémentaire est taxé de plus en plus fortement. Ce système est apparemment simple, mais pose le problème de la définition du socle, de l'extrernalisation de la consommation (quand je mange au restaurant, je ne consomme pas d'énergie domestique, mais je nuis plus à l'environnement que quand je mange chez moi), et surtout, est complètement incompatible avec le processus de libéralisation du marché de l'électricité qui incite justement les opérateurs à proposer des prix de gros aux consommateurs importants.

- Mettre en place un rationnement. Le mot rappelle péniblement les années grises du marché noir et de l'occupation. Mais il faut surtout rappeler que ç'a été la seule solution pour permettre aux populations européennes de jouir du minimum malgré la pénurie. Evidemment, les vents économiques et politiques soufflent dans la direction opposée, évidemment, un système juste et incontestable ne serait pas facile à élaborer, évidemment l'acceptabilité sociale d'une telle mesure est douteuse. Mais, à bien y réfléchir, ne serait-ce pas le seul moyen juste et efficace de parvenir à vivre bien ensemble tout en évitant de constuire qui une centrale nucléaire, qui une centrale à gaz... ? A voir...

02/12/2010

Un peu de poésie dans un monde de brutes !

432px-Omar_Khayam.jpgAu XIIe siècle déjà, Omar Khayyâm militait pour la sobriété heureuse: Un petit quatrain (robâ'y) traduit par mes soins en espéranto :

Labori por pagi veston aŭ trinkaĵon

Malgrande malbonas - Mi pardonegas vin

Ĉio alia sencelas - Rifuzu ĝin !

Ne vendu la vivon nek perdu junaĝon

ﺁن مايه که نوشى ز جهان پوشى

معذورى اگر در طلبِ ﺁن کوشى

باقى همه رايگان نيرزد هُشدار

تاعمرگرانيايه ندان نفروشى


Pour être tout à fait honnête, mes compétences en farsi médiéval étant limitées, je me suis basé sur la jolie traduction française de Vincent Mansour Monteuil:

Si tu travailles pour te vêtir et pour boire,
c'est là un moindre mal - tu es tout excusé.
Mais tout le reste est vain : il faut le refuser.
et quant à v
endre ta vie en échange : voire !


Et pour être complétement franc, j'ai aussi rédigé ces lignes pour tester la résistance de ce blog aux caractères exotiques !