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20/04/2011

Il n'y aura jamais d'éco-quartier aux Cherpines !

Depuis quelques jours, les Genevois-es doivent supporter les affiches de la Chambre Immobilière inondant les bus et les journauxlogotypeWEB.jpg du canton. L'agacement lié tant à ce tsunami de propagande qu'au caractère infantilisant du tutoiement utilisé s'est décuplé hier, lorsque elles-ils ont découvert les affiches officielles du PLR, qui, dans le pur style de la dénonciation politique rappelant les pamphlets de G. Oltramare, accusent les Verts de refuser un éco-quartier aux Cherpines !

Le caractère outrancier de cette affiche (de même que l'esthétique inspirée du MCG - qui en l'occurence en a profité pour repousser les frontières de la grossièreté politique d'un cran) devrait nous dissuader d'en parler. Il nous semble cependant important de clarifier certains points, pour ne pas laisser le champ libre à nos adversaires, et réexpliquer à celles et ceux qui ne l'auraient pas compris qu'il ne s'agit en aucun cas de construire un véritable éco-quartier aux Cherpines.


1. Qui se cache derrière ces affiches ?

Mark Muller et ses amis de la Chambre Immobilière sont les plus acharnés défenseurs du déclassement. Lorsque nous avons lancé le référendum, nous pensions nous lancer dans un débat politique contre des adversaires qui défendraient des arguments. Nous réalisons notre naïveté, puisque nous nous trouvons face à des promoteurs qui défendent un marché. Dans ce contexte, les armes utilisées sont toutes différentes, puisqu'il s'agit de faire feu de tout bois et d'investir (au sens premier du terme) dans l'espoir d'un rendement.

Le potentiel immobilier de la Plaine de l'Aire s'élève à environ 3 milliards de francs ! En ne dépensant qu'un dix-millième de cette somme (à savoir 300'000.-), les bétonneurs ont déjà un budget 20 fois supérieur à celui des référendaires. De quoi bétonner une campagne (aux sens propre et figuré) !

C'est ainsi qu'il faut comprendre qu'ils n'hésitent pas à renier leur passé et leurs idéaux. Jamais on n'a vu un libéral militer contre le règne de l'automobile, contre le nucléaire ou pour la taxation des pollueurs. Leur prétendue conversion à l'écologie est si peu durable que, le même jour, ils appellent à refuser la très consensuelle initiative pour la mobilité douce. Pour la petite histoire, Christophe Aumeunier, chantre du site "Urgence-logements", défendait jeudi passé au Grand Conseil le renvoi en commission d'une résolution visant à court-circuiter un nième recours des communes dans le dossier des Communaux d'Ambilly. L'urgence semble manifestement plus forte lorsqu'il s'agit de détruire des terres alluviales que lorsqu'il s'agit de contraindre des communes libérales à accueillir des habitants moins nantis que leurs électeurs...

En bref, Muller qui milite pour un éco-quartier, c'est aussi crédible que Blocher qui voudrait construire une éco-mosquée


2. Pourquoi n'y aura-t-il jamais d'éco-quartier aux Cherpines ?

Le terme "éco-quartier", tel qu'utilisé à Fribourg-en-Brisgau dans le quartier Vauban, puis à Malmö, Copenhague, Bedzed et plusieurs autres villes (y compris Genève dans le cas d'Artamis), désigne des projets de revalorisation de friches industrielles ou militaires, conduites de façon participative par des citoyen-ne-s désireux de ne pas laisser aux promoteurs le soin de les loger.

Dans le cas des Cherpines, c'est exactement l'inverse qui est en train de se produire. L'Etat déclasse pour livrer aux promoteurs des terres agricoles d'une fertilité exceptionnelle. Il n'est question ni de coopératives d'habitation, ni de participation citoyeaffiche_pt.jpgnne dans l'élaboration du projet, puisque justement, une fois le déclassement voté (Ce qui ne sera, nous l'espérons, pas le cas), l'aménagement de cette zone relèvera des urbanistes mandatés par les pouvoirs publics.

On nous oppose quelques objectifs consensuels sur la gestion de la mobilité douce et la récupération des eaux (Un cahier des charges de 25 pages sans aucun objectif de performance chiffré a été publié).  On retiendra surtout que le projet vainqueur du mandat d'études parallèles présenté il y a une année proposait 7'718 places de stationnement pour 2'500 logements. (Les chiffres figurent dans le tableau de la première page du document téléchargeable - en tout petits caractères...)

3. Mais encore...

Il faut rappeler à la population que la crise du logement est instrumentalisée par les bétonneurs. En effet, si l'on devait déclasser 60 ha de terres agricoles pour loger 6'000 habitants, il faudrait le faire chaque année ! C'est pourquoi il faut s'attaquer aux causes de la crise plutôt qu'à ses symptômes. Ces causes sont bien connues, elles ont été relevées par le PS, par les Vert'Libéraux vaudois, par Daniel Rossellat, syndic de Nyon: C'est la politique de développement économique précisément défendue entre autres par les milieux immobiliers qu'il faut reconsidérer !

Dans le cas des Cherpines, on fait exactement l'inverse, puisqu'à côté des x logements prévus (x variant de 1'500 à 3'000 selon l'humeur des bétonneurs), 13 ha sont déclassés en zone industrielle. Or, à une densité normale de 1, 13 ha de ZDIA équivalent à 3'900 emplois ! On s'apprête donc à créer plus d'emplois que de logements dans la Plaine de l'Aire c'est à dire un ratio encore plus mauvais que dans le projet PAV. Au lieu de résorber la crise du logement, le déclassement des Cherpines contribuera donc à l'entretenir.

Pour le reste de l'argumentaire, je vous renvoie à www.plainedelaire.ch.

Pour finir, je dois faire part de mon amertume face à la tournure d'un débat, que l'on souhaitait productif d'une réflexion sur l'agriculture de proximité et l'économie sociale et solidaire et qui s'est transformé en vague de propagande des amis du béton qui ont, par leurs moyens, confisqué le débat. J'espère sincèrement que les médias nous donneront la parole et que nous aurons l'occasion d'y défendre nos idées, ce qui a été rarement la cas jusqu'à présent.

Quoi qu'il en soit, nous avons déjà en partie gagné notre combat:

- C'est en effet la première fois que les partis doivent se positionner sur leur conception concrète de l'agriculture de proximité.

- C'est grâce à notre combat que le nombre de logements prévus sur la zone a triplé. (Sans garantie toutefois que ce chiffre ne soit pas revu à la baisse en cas d'acception, comme cela s'est passé dans le cas des Communaux d'Ambilly).

- Notre référendum a généré des prises de position d'une saveur particulièrement surréaliste, puisque nous avons vu pour la première fois Mark Muller défendre un éco-quartier et Christophe Aumeunier se réjouir du taux élevé de loyers subventionnés dans un projet immobilier !

 

Commentaires

Je pense qu'il est maintenant important d'obliger le PLR et la CGI à publier in extenso les montants qu'ils ont consacrés à cette campagne de propagande.

Écrit par : Dji | 20/04/2011

Je vous ai vu l’autre soir au débat. Dans le genre antitout, difficile de faire mieux. Etes vous certains que vous auriez eu une meilleure vie en Chine, en Corée du nord ou encore dans une région pauvre de France ou d’Irlande ? Non, vous avez eu la chance, que dis-je le privilège de vivre à Genève, une des villes les plus riches au monde et, le ventre plein et la petite chemise à carreau griffée, vous nous la jouez méprisant et donneur de leçons qui ne veut pas qu’on vienne le déranger dans sa cour.
Pathétique !
Ceci dit, vous avez sûrement raison sur les problèmes agroalimentaires mondiaux et même sur le néo-libéralisme mais ce ne sont là que des prétextes pour vous faire mousser non ? Parce que concrètement, vous nous proposez quoi ? Vous voulez quoi ? En dehors de pouvoir cultiver égoïstement votre petit jardin avec vos petits amis jusqu’au… grand soir !!

Écrit par : Vincent | 21/04/2011

Cherpines-Charottons,

C'est en tous les cas un mauvais, très mauvais projet.

Il est opportuniste, notamment de par sa façon, annoncé presque quotidiennement, de pseudo-évolution ... et les arguments verts qu'il prétend défendre ...

Effectivement, il ne faut pas se tromper, oser dire que les verts et les associations environnementales s'opposent à un écoquartier est bien le comble d'une profonde débilité "économico-politique" ...

De fait, on ne votera pas seulement sur un déclassement, mais bien aussi sur une affectation du territoire et un projet urbanistique sur lequel, si le déclassement est accepté, en aucun cas l'Etat reviendra en arrière ...

C'est pour cela qu'il est indispensable actuellement de s'opposer, jusqu'à que l'Etat propose un projet qui réponde aux besoins de Genève, de la population de Genève, et non seulement à des propriétaires, promoteurs et bâtisseurs particulièrement alléchés ...

Boris Calame, constituant

Écrit par : Boris Calame | 21/04/2011

Il y a beaucoup de terrains propres à être construits, plus près de Genève, regardez sur Google Earth!

Les terrains entre la route du Pont Butin et Onex, par exemple, très bien desservis par les transports en communs!

Si on avait eu au 19ème siècle, cette attitude on aurait jamais démoli les fortifications (ce qui à fait la fortunes des grandes familles genevoises), et il y aurait encore des jardins potagers au pied de la Treille (comme à Berne)!

Il faut être un peu réaliste, on doit construire des logements, la chose est évidente, et des solutions existent!

Ce que l'on ne sait pas faire à Genève c'est des Siegmund's comme on en voit par centaines en Suisse allemande!

Il y en a partout, tous plus beaux les uns que les autres: Bern, Bâles, Zuriche en sont richement pourvus!

Alors on se réveille à Genève "teDieu!"

Écrit par : dominiquedegoumois | 21/04/2011

Mais quelle surprise, mon petit commentaire que je vous ai adressé hier ne figure pas sur votre blog. Ne me dites pas qu'en plus vous êtes contre la liberté d'expression !
Ca commence à faire beaucoup là, dans le genre caricature du gauchiste bobo qui se dit ouvert et tolérant, qui juge ceux qui le sont moins mais qui ne supporte aucune... contradiction.

Allez, joyeuses pâques pareil, je vous souhaite même de la pluie...pour vos carottes....

Écrit par : Vincent | 22/04/2011

@Vincent: Aucune censure de ma part (Même si j'aurais apprécié que vous soyez moins anonyme!). Simplement, contrairement à la caricature que vous vous plaisez à tracer de ma personne, je ne consulte pas Internet à chaque instant et je découvre vos deux messages en même temps.
(et, si tout ce que vous dites de moi ne peut être contesté, vu qu'il s'agit essentiellement de vos impressions, après tout légitimes, je tiens à préciser que je ne porte jamais d'habits griffés - et que je ne vois pas le lien entre ma réflexion politique et le régime de Kim Jong Il...).
Quant à mes propositions, si je n'ai pas été assez clair, je vous invite à lire les derniers ouvrages d'économie ou de sciences politiques de J. Gadrey, B. Maris ou G. Rist qui sont à mon avis assez éclairants.

Écrit par : Julien Nicolet | 22/04/2011

Bon d’accord autant pour moi, vous n’êtes pas contre la liberté d’expression et peut être même pas contre les libertés individuelles, si ça ce trouve. Même celles de faire des affaires ?

Quoi qu’il en soit, effectivement, l’autre soir vous m’êtes apparu comme la caricature parfaite du bobo qui en d’autres temps se battrait pour le logement mais, parce qu’il est question de construire dans son jardin, se transforme tout à coup en « neinsager » intolérant et prêt à tout pour que… rien ne change. Pour cela, vous allez même jusqu'à vous entendre (et, comme mardi, à applaudir avec un enthousiasme surprenant !) avec… l’UDC !?!

Du coup et vous m’en voyez désolé, à l’heure où Genève est en proie à une pénurie de logement sans précédent, je n’arrive pas à voir dans votre combat autre chose que l’expression classique d’un égoïsme il est vrai partagé avec la grande majorité de celles et ceux qui sont confrontés de prêt à des projets de construction importants.

C’est votre droit, sauf que si tout le monde se met à agir comme vous, la crise du logement n’est pas prête de se résorber avec toutes les conséquences humaines, économiques et… politiques que cela implique.

Vous l’assumez ?

Écrit par : Vincent | 23/04/2011

@Vincent: A mon tour d'être désolé de vous avoir semblé aussi caricatural. De fait, ce n'est pas mon jardin que je défends (pour dissiper tout malentendu, je n'ai aucun intérêt économique dans "Le Jardin des Charrotons". Je participe bénévolement à son administration depuis 4 ans et je paie mes légumes comme tous les autres coopérateurs), c'est un modèle alimentaire que j'estime valable et un modèle économique qui me semble incontrounable dès lors que l'on admet que les ressources naturelles ne sont pas infinies.
Par ailleurs, mardi, ce n'est pas l'UDC que j'ai applaudie, mais l'intervention d'E. Leyvraz qui, en l'occurence, défendait une perception tout à fait sensée de l'agriculture. Ne vous en faites pas, pour avoir eu l'occasion de discuter avec lui, nous avons pu faire la somme de nos désaccords - même s'il est loin politiquement de l'UDC raciste blochérienne.
J'espère ainsi vous avoir convaincu qu'"égoïsme" n'est pas le terme qui décrit le mieux ma démarche !

Écrit par : Julien Nicolet | 23/04/2011

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