UA-74655322-1

09/05/2011

Voter NON aux Cherpines: une cure de désintoxication !

Après avoir perdu toute crédibilité en faisant la promotion, qui d'une patinoire de 10'000 places, qui d'un faux "éco-quartier", les bétonneurs des Cherpines entament le dernier round argumentatif contre les référendaires d'une étrange façon: Le tronçon de la Plaine de l'Aire concerné par le vote ne représenterait qu'une petite part de la zone agricole genevoise.logotypeWEB.jpg

On a ainsi eu coup sur coup:

- Un conseiller d'Etat affirmant en débat public que le tronçon au-delà de l'autoroute ne serait pas rendu déclassable dans le prochain Plan Directeur.

- Un conseiller administratif plan-les-ouatien se lançant dans une périlleuse querelle de chiffre, qui affirme que la zone déclassée ne représente que 15% d'une Plaine de l'Aire dans laquelle il inclut manifestement une bonne partie de la Champagne ou, qui sait ?, le Signal de Bernex.

- Une lettre de lecteur dans Le Courrier d'aujourd'hui, signée par un certain Steve Bernard, qui a l'humilité de ne pas mentionner qu'il est le directeur de la fondation "Genève Place Financière", ses amis banquiers n'ayant sans doute aucun intérêt dans l'éventuel bétonnage des Cherpines. (Si vous n'êtes pas abonné au Courrier, achetez-le, vous aurez ainsi l'occasion de lire l'excellente lettre de L. Luisoni, qui, lui, a l'honnêté d'indiquer qu'il est ingénieur-agronome EPFZ)


Outre le fait que l'inévitable confrontation des chiffres met en évidence que cette part n'est pas si négligeable (surtout si on la rapporte à la somme des terres maraîchères), l'argument sous-entendu est le suivant:

On sait très bien que les terres arables sont précieuses, qu'il ne faut pas les bétonner, que la souveraineté alimentaire, l'agriculture de proximité sont des sujets capitaux, vitaux, mais bon, juré promis, c'est le dernier déclassement. Après le 15 mai, on arrête.

On perçoit immédiatement la proximité entre ce discours et celui de la personne dépendante, qui sait identifier son mal, mais qui ne trouve aucune autre solution que de replonger périodiquement dans son addiction en se promettant d'arrêter le lendemain.

- Le mal profond qu'il faudrait soigner, c'est évidemment le développement économique de Genève, axé sur le prestige, les grandes entreprises et la démesure. Toutes les études de qualité de vie montrent qu'au-delà d'un seuil, la croissance apporte plus de nuisances que de bénéfice au commun des mortels. Comment s'étonner dans ce cas que les plus acharnés promoteurs du déclassement sont précisément ceux qui s'intéressent plus à leurs affaires qu'au sort des Genevois-es, au premier rang desquels les promoteurs immobiliers et les équilibristes de la haute-finance (et leurs relais politiques, cela va de soi).

- La dépendance n'étant pas une tare, mais une maladie, il convient de réfléchir sérieusement aux moyens de se passer de notre substance addictive. C'est précisément le débat qu'a lancé le comité référendaire. Et force est denuirept.png constater que, s'il y a quelques semaines, on pouvait penser que l'avalanche de publicité des Libéraux et de la Chambre Immobilière parviendrait à occulter ce débat, les articles récents, les innombrables discussions que nous avons avec les Genevois-es lors de nos distributions de tracts (eh oui, nous n'avons pas les moyens de les faire encarter dans les journaux locaux...) nous montrent que le débat s'est petit à petit recentré sur les thèmes que nous souhaitions discuter: La protection de l'agriculture de proximité et de qualité, la promotion de l'économie sociale et solidaire, la redéfinition de la politique économique du canton. La population est très réceptive à ces questions et nous réserve un accueil en général très positif.

C'est pourquoi nous posons une question simple à tous ceux qui nous promettent que ce déclassement sera le dernier, à tous ceux qui affirment que la zone concernée n'est pas si grande:

Quel argument contre un déclassement d'une autre portion de la Plaine de l'Aire serait valable demain (ou dans dix ans), et ne serait pas valable aujourd'hui dans le cas des Cherpines ?

J'ai eu l'occasion de poser la question à plusieurs responsables politiques. On m'a expliqué que l'air du temps allait changer, que la préoccupation pour l'agriculture de proximité irait croissant, bref, que nous étions des précurseurs et que, dans 20 ans, un pareil déclassement sera inimaginable. Cela m'a certes flatté, mais fort peu convaincu et donné l'impression que ces arguments dilatoires cherchent surtout à éviter de se poser une question peut-être douloureuse, mais incontournable à court ou moyen terme: Comment sortir indemnes de la spirale de la croissance exogène de notre région ?

Alors, que l'on cesse avec les "Demain, promis, j'arrête !", soyons adultes et responsables et votons aujourd'hui (si ce n'est pas déjà fait) NON au déclassement de la Plaine de l'Aire !

 

 

 

 

Commentaires

" L'équipe opérationnelle [ de ' Genève Place Financière ',dont Steve Bernard est le Directeur ] élabore et met en œuvre la politique d'action de la Fondation.

Forte de son expérience et de son savoir-faire, elle s'appuie également sur le support de spécialistes en banque et finance et sur les réseaux associatifs tissés à Genève et ailleurs. Ceci lui confère une grande flexibilité pour mener à bien ses actions. "

Une flexibilité qui honore le sus-mentionné haut personnage Bernard Steve. Une flexibililté qui, alliée à l'humilité ( ah, ces messieurs trop discrets ) que souligne Julien Nicolet en ce lieu, fait faire à cet homme de direction un détour par une autre direction - le journal Le CouRrier - qui n'est pas sans rappeler les péripéties, inhérentes à la nature humaine, d'un immense philosophe, francophone de surcroît, j'ai nommé M. Pierre Dac, l'auteur inextricable de l'indécultissimable '' Le chemin le plus court d'un point à un autre est la ligne droite, à condition que les deux points soient bien en face l'un de l'autre. '' 


Écrit par : Vincent Rey-Bellet | 09/05/2011

Genève Place Financière tient à faire savoir que la lettre de M. Steve Bernard, parue dans Le Courrier du 9 mai, a été écrite de sa propre initiative et à titre personnel, sans aucun lien avec sa fonction professionnelle.

Écrit par : Genève Place Financière | 10/05/2011

M. Nicolet me fait l'honneur de commenter ma lettre parue ce lundi dans Le Courrier.
Manifestement ma lettre a fait mouche, puisque M. Nicolet essaie de la discréditer de manière vicieuse : en s'attaquant au messager plutôt qu'au message.

Il a voulu connaître mon identité professionnelle, et a trouvé - bravo ! - que je travaille pour une fondation qui agit au service la Place Financière genevoise.
Il en déduit que je suis téléguidé par "mes amis banquiers" pour avoir rédigé une lettre en faveur du déclassement proposé.

Je rassure M. Nicolet, mes amis banquiers (et autres) vont bien, mais ils ne sont pour rien dans ma lettre qui dérange tant M. Nicolet.
Il se trouve que l'école genevoise m'a appris à construire un raisonnement et à écrire des lettres de lecteur tout seul.
J'ai rédigé des dizaines de lettres qui ont été publiées dans des médias, dont plusieurs ont noirci des colonnes du Courrier.
Si ces lettres sont liées à mon activité professionnelle, je les signe avec ma fonction. Si elles sont de mon initiative personnelle, je les signe à titre privé.
(M. Mugny, un ancien Rédacteur en Chef dudit quotidien, m'avait fait un procès similaire à l'occasion d'une de mes lettres antérieures qui l'avait manifestement aussi dérangé; je lui avait répondu par la même démonstration : qu'on peut avoir des avis personnels sur des sujets d'actualité, nonobstant notre fonction professionnelle.)

Vivement que le souverain genevois (auquel j'ai la prétention d'appartenir, même si cela dérange certains) tranche cet objet des Cherpines, le 15 mai.

M. Nicolet est en effet à court d'arguments et en devient pathétique lorsqu'il encense une lettre attenante à la mienne, opposée au déclassement, car sa signature porte le titre de la formation obtenue par son auteur (ingénieur à Grenoble, comme aurait dit Coluche).
Que M. Nicolet explique en quoi l'adjonction d'un titre académique à une lettre de lecteur est un signe "d'honnêteté" (car on n'en sait pas plus sur la fonction de ce monsieur).

Seuls les gens formés à certaines écoles auraient donc le droit d'expliquer au peuple les enjeux d'une votation !?
En l'occurrence, je suis titulaire d'un Master's en Relations Internationales. Je remplis donc ce critère élitiste que M. Nicolet semble vouloir imposer à l'information-citoyenne, mais qui m'échappe, car l'avis d'un citoyen-lambda vaut au demeurant celui d'un d'un titulaire de diplôme.

M. Nicolet souhaite museler mon droit d'expression, car mes arguments le dérangent. C'est pour moi la définition d'un extrémisme inquiétant pour la démocratie.
Et dire que M. Nicolet est hébergé sur la page des 'Blogs citoyens' (sic) de la Tribune de Genève.

Steve Bernard
Genève

Écrit par : St. Bernard | 10/05/2011

Je vous remercie beaucoup, Monsieur, d'avoir pris soin de me répondre de façon si complète à la demi-ligne mettant en cause votre courrier au Courrier.

Je n'y perçois cependant aucune tentative de vous museler, ni de vous dénier le fait que vous appartenez, comme moi, au souverain genevois. Votre lettre ne me dérange d'ailleurs aucunement puisque je m'appuie précisément sur votre argumentation pour établir mon raisonnement.

Je constate simplement que, au cours de cette campagne, les partisans du déclassement ont beaucoup de peine à avouer leurs liens d'intérêt, parce que, en général, ils ne sont guère à leur honneur. On a remarqué par exemple que le site "urgence-logements" est resté parfaitement anonyme plusieurs semaines, chose que nous avons légitimement dénoncée.

Mais vu votre réaction, je ne peux plus douter que votre démarche soit désintéressée, et vous accepterez certainement mes excuses d'avoir insinué le contraire.

Chaque jour me permettant d'accroître ma petite expérience des usages de la politique, je saurai, grâce à vos conseils avisés, distinguer le Steve Bernard citoyen sans arrière-pensée au service exclusif de la collectivité et l'autre Steve Bernard au service de ses amis de la place financière genevoise.

De même, j'ai appris à faire la différence entre le Christophe Aumeunier, député libéral défendant ses amis libéraux de Chêne-Bourg et Thônex lorsqu'ils bloquent la construction aux Communaux d'Ambilly, et le Christophe Aumeunier secrétaire de la Chambre Immobilière qui affirme qu'il y a urgence à bétonner les terres maraîchères des Cherpines.

Ou encore: Je connaissais un Mark Muller secrétaire de la Chambre Immobilière pourfendant le logement social, j'ai connu un Mark Muller député libéral défendant la voiture et le nucléaire et je ne confonds plus guère avec le Mark Muller Conseiller d'Etat préposé aux éco-quartiers qui se réjouit du taux élevé de logements sociaux dans son futur eden de béton érigé sur la Plaine de l'Aire.

Avec mes maraîchères salutations ! Julien Nicolet

Écrit par : Julien Nicolet | 10/05/2011

Cher Monsieur,

Je prends acte de vos excuses et les accepte.

S'agissant de mes liens d'intérêt qui vous fascinent tant (au vu de votre commentaire complémentaire), ils sont assez nombreux en plus de ceux que j'entretiens avec mes amis banquiers.
Nous pourrions aussi discuter de mes autres amis auprès de structures dont je suis membre :
- une association internationale à vocation humanitaire,
- un club-service,
- une association patriotique,
- une association religieuse,
- etc.
mais peut-être reconnaîtez-vous (enfin) qu'il n'y a aucune relation entre mes liens d'intérêt et ma lettre dans Le Courrier, sur le fond de laquelle je n'ai toujours pas reçu de votre part un commentaire, en dehors de la polémique que vous avez initiée sur ma fonction professionnelle.

(Comme cette dernière vous intéresse, vous pourrez lire une autre lettre de lecteur de ma part, à ma signature professionnelle cette fois-ci, dans le dernier numéro du périodique de Banque & Finance.)

Avec mes citoyennes salutations.

re-S. Bernard
re-Genève

Écrit par : St. Bernard | 11/05/2011

Extraits de l'interview de Jeremy Rifkin par Katarzyna Gornik, dans la Tribune de Genève du jeudi 12 mai 2011.
Jeremy Rifkin est enseignant à Wharton School, essayiste américain, fondateur-président de la Fondation sur les tendances économiques (basée à Washington). Il vient de publier un essai :
" Une nouvelle conscience pour un monde en crise".

J. R - " [...] Ce que je suggère, c'est que nous devons aller au-delà d'un simple effort de régulation des marchés financiers et de l'économie. Le véritable est que notre espèce vit à l'opposé de ses idées.

K. G - Quel lien avec l'économie ?

J. R. - Nous avons une conception problématique de la nature humaine, qui s'est mise en place au début de l'avènement de l'économie de marché. A l'époque des Lumières et des philosophes rationalistes, on a commencé à considérer les êtres humains comme naturellement compétitifs, agressifs, égoïstes et matérialistes. Cette conception a influencé notre façon d'organiser notre société, de penser nos écoles, nos modèles d'affaires, nos gouvernements. En réalité, nous les avons modelés de façon à refléter cette idée. Mais si nous sommes réellement agressifs et égoïstes, alors nous sommes perdus. Car il nous faut accélérer l'essor d'une conscience de la biosphère, en réalisant la convergence entre les technologies de l'information (Internet) et les énergies renouvelables.
[...]

K. G. - Une nouvelle civilisation reste-elle à inventer ?

J. R. - Nous devons nous demander ce que nous avons découvert de neuf à propos de la nature humaine ces trente dernières années. Pendant lesquelles, justement, on a fait des découvertes remarquables en neurosciences et en psychologie. Ce que les scientifiques ont découvert, c'est que nous sommes biologiquement programmés pour être un animal social, pour ressentir de l'empathie. Mais je précise que je ne parle pas d'une 'innocence' originelle, défendue par le courant romantique. Les chasseurs-cueilleurs ne pouvaient pas développer la conscience de soi et donc de l'empathie pour un cercle élargi au-delà de la famille.

K. G. - Remettez-vous en cause le capitalisme ? Etes-vous en faveur de la décroissance ?

J. R. - Les systèmes communistes et capitalistes se sont pareillement basés sur une conception matérialiste de l'homme. Quant à la décroissance... Je suis plutôt d'avis qu'il faut renoncer à la notion de PIB. Il ne reflète que la productivité, et donc la capacité à polluer. Il vaudrait mieux valoriser la qualité de vie des populations. Répondre aux besoins matériels de base est essentiel. Mais ce n'est pas suffisant. "


Ah pour ça non ce n'est pas suffisant.
Profitez-en, c'est tous les 500 ans.

Écrit par : Vincent Rey-Bellet | 14/05/2011

Les commentaires sont fermés.