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20/05/2011

Plan-les-Ouates: Le champ du signe

A l'aube du 4e jour suivant le déclassement des Cherpines, la police a tenté de déloger les jardiniers occupant pacifiquement le "Champocc2.jpg-des-Filles" à Plan-les-Ouates. Ils sont arrivés avec un agriculteur et son tracteur dont la mission était de détruire tout ce qui y était cultivé depuis un mois, tout ce qui y avait été construit depuis 4 semaines...

Désarçonnés par la résistance passive des occupants, ils s'en sont allés.

Cette nuit, ils sont revenus, réveillant les dormeurs, intimidant les occupants et arrêtant certains d'entre eux.

Cele fait plus de 20 ans que cette parcelle avait été déclassée en zone industrielle, cela faisait plus de 20 ans qu'elle restait en friche.

Quelques réflexions désabusées,... en vrac:


- Je me suis rendu plusieurs fois au Champs-des-Filles, parfois en famille. J'ai admiré le courage, l'imagination et la persevérance de ceux qui ont monté ce projet. Dimanche après-midi, quelques heures après la publication des résultats du vote, un vent frais soufflait sur la parcelle ensoleillée. Un accordéon mélancolique berçait le travail lent de ceux qui, à la main, essayaient de redonner vie à ce lieu. C'était un moment suspendu en marge de la laideur du temps, inoubliable. Cela, aucun promoteur, aucun occ1.jpgtechnocrate ne pourra sans doute le vivre...

- Détruire le travail de ces gens, les produits cultivés par leur main serait un geste d'une telle ignominie que personne n'oserait l'accomplir. C'est sans doute pour cela que la police préfère agir par harcèlement, intimidation. Ces méthodes sont ignobles. Elles rappellent douloureusement les années les plus noires de notre continent. Honte à vous, qui donnez ces ordres ! Honte à vous, qui les appliquez !

- Durant toute la campagne sur le déclassement des Cherpines, les tenants du oui nous affirmaient que créer une zone industrielle était indispensable et que la relocalisation des activités agricoles des exploitants de cette région ne poserait aucun problème. C'est à eux de nous prouver qu'ils avaient raison... et vite ! Là, il y a urgence, au sens premier du terme. Tous ceux qui sont venus au Champ-des-Filles, tous ceux qui ont manifesté leur sympathie pour cette action, tous ceux qui répètent que les terres ne manquent pas à Genève doivent maintenant prendre la parole et exposer leur solution !

- Mais... la propriété privée, me direz-vous ? Comme vous, j'ai grandi dans un monde sacralisant la propriété privée, comme vous, je dois petit à petit admettre que, si dans certains cas, sa protection est oeuvre de salubrité publique, dansocc4.jpg d'autres, la priorité logique, morale doit reléguer la propriété au second plan. Le cas de la maîtrise du sol est exemplaire. Comment admettre, dans un canton aussi petit, que certains hyper-riches s'offrent des surfaces indécentes pour ne pas les utiliser ? Comment admettre que des promoteurs spéculent sur des terres industrielles sans rien produire dessus ? C'est à nous d'inventer des solutions qui permettront de rendre efficient l'usage de notre sol. Sans faire la révolution, on peut tout imaginer:  propriété "fondante", contrat d'aménagement entre collectivité publique et propriétaire, nationalisation progressive et gestion par droits de superficie, retour en zone agricole des terres non bâties,... et bien d'autres idées qui permettraient un usage un tout petit peu plus raisonnable de notre précieux sol.

Merci aux occupants de nous contraindre à nous poser ces questions ! Longue vie au Champ-des-Filles !

Commentaires

Un très vif merci de mettre autant d'engagement dans la défense de la terre et de la vie en contact avec la nature. L'argent ne sera jamais une deuxième nature, ce n'est qu'un satellite de l'être humain.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 20/05/2011

Petit rappel.

Art. 186 du code pénal : Violation de domicile

Celui qui, d’une manière illicite et contre la volonté de l’ayant droit, aura pénétré dans une maison, dans une habitation, dans un local fermé faisant partie d’une maison, dans un espace, cour ou jardin clos et attenant à une maison, ou dans un chantier, ou y sera demeuré au mépris de l’injonction de sortir à lui adressée par un ayant droit sera, sur plainte, puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire.


Petit rappel qui ne peut qu'amener à douter des compétences de la police dont le porte parole a affirmé péremptoirement que les occupants commettaient une infraction pénale. Désinformation sans doute favorable au propriétaire.

Certes le trouble de la possession aurait peut-être, en le considérant comme un trouble de l'ordre public, pu justifier une intervention immédiate ordonnée par le Procureur général. Mais il semble qu'il se soit écoulé un trop long délai depuis l'occupation. Il ne reste plus qu'au propriétaire à assigner les occupants devant le Tribunal civil de première instance.

Quelles est la base légale de l'intervention policière ? De la privation de liberté de certains occupants ? Et dire que notre police se plaint du surcroît de travail généré par le NCPP !

Rappelons encore qu'il n'appartient pas au propriétaire de se faire justice lui-même. L'auto-protection de la possession ne peut plus être invoquée au vu du mois écoulé depuis que l'ancien possesseur a perdu la possession immédiate. C'est dire que les actes de contraintes dont sont victime les occupants sont illicites. Ils tombent sous le coup de l'article 181 CP, infraction poursuivie d'office dont il appartient à la police de poursuivre d'office les auteurs et non pas de les soutenir.

Cela étant je ne crois pas qu'il faille blâmer les policiers qui sont sur le terrain.

Écrit par : CEDH | 20/05/2011

Au delà de ce qui à pu être dit/écrit, je suis surtout effaré par le comportement et l'éthique de "l'agriculteur", qui s'est dit d'accord de détruire une culture ...

Sans doute que celui-ci à reçu des garanties bien particulières pour commettre cette action. Je serais bien curieux de connaitre son implication politico-financière, le cas échéant ses liens d'intérêts ?!

Écrit par : Boris Calame | 21/05/2011

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