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31/05/2011

Plan directeur cantonal 2030: Laisse béton ?

Lundi soir, la population du quart sud-ouest du canton, désormais technocratiquement nommé "Rhône-Arve", était invitée à la présePD_Satigny.jpgntation du projet de Plan Directeur Cantonal 2030, mis en consultation jusqu'au 8 juillet.

Quelques minutes avant 19h00, une foule impressionnante se pressait dans la salle communale du Grand-Lancy, dont, (prémonitoirement ?) l'aménagement était laissée au libre arbitre de chacun, invité à se saisir d'une chaise et à la placer à l'endroit qu'il jugeait le plus adéquat.


Première surprise, le Conseiller d'Etat préposé aux éco-quartiers, Mark Muller, en charge du dossier, avait préféré participer à la première assemblée fusionnelle de son nouveau parti plutôt que d'expliquer aux citoyen-ne-s à quelle sauce ils seraient aménagés. Premiers quolibets dans l'assistance: "On perçoit bien l'ordre des priorités de notre éco-ministre !" ou "Quel couard de laisser sa collègue Michèle Künzler affronter la population de la partie du canton la moins ménagée (car la plus aménagée) par le projet !"...

S'ensuivit un discours fort bien conçu de la ministre suppléante et de Bernard Leutenegger, directeur du projet. Fort bien conçu car présentant de façon concise et précise les méthodes, les principes et lePD_Bernex.jpgs choix du Plan, avec une vraie volonté de vulgarisation, de rendre accessible à chacun une matière complexe.

On remarque très nettement chez les concepteurs du plan une volonté de lier les enjeux de mobilité et de construction et celle d'intégrer les aspects transfrontaliers. Cela est véritablement louable (malgré la présence de la traversée routière de la rade - rebaptisée pompeusement "traversée du Lac"- dont la probabilité de construction est tellement faible que personne ne semblait y croire).

Très vite cependant, quatre éléments reviennent comme des litanies, au point qu'il semble évident que l'on désire convaincre par la répétition plus que par la persuasion. Un peu comme ces religions, qui, à force de credo et de chahada, témoignent plus de la fragilité que de la force de leur foi...

1. L'élaboration du Plan se fait de façon consensuelle et participative. Je ne mets aucunement en doute la bonne foi des intervenants. Mais, force est de constater que la procédure de consultation est non seulement très brève - Il faut se prononcer avant le 8 juillet -, mais surtout, de par son élargissement à toute la population, elle ressemble un peu à une façon de noyer le poisson: Plus il y a d'avis divergents, plus on sera légitimé à ne rien changer...

2. Les zones agricoles ne sont plus considérées comme des réserves en attente d'être bâties. On le souhaiterait, évidemment, mais toutes les mesures envisagées semblent montrer le contraire. On ménage la zone villas (on prévoit même d'en construire 4'000 supplémentaires), on ne touche pas à celle des communes les plus riches (aucPD_obj.jpgun projet à Cologny, Vandoeuvres, Corsier, un vague projet sans définition précise à Collonge-Bellerive). Le diable se nichant dans les lapsus, B. Leutenegger va même jusqu'à affirmer que le Plan ne contraint pas nécessairement un déclassement, qu'"on peut imaginer, en cas de détente du marché immobilier, ne rien faire d'une zone agricole" - comme si la production de nourriture était une activité se situant à mi-chemin entre le néant et l'accessoire.

3. Le concept propose plusieurs objectifs ambitieux et séduisants. Certes, l'idée de créer une ville à la fois "verte", "compact", et "multipolaire", est en soi louable, mais la multiplication d'objectifs contradictoires entre eux (Comment prétendre aPDCn_brochure_PSD_200.jpgssurer la durabilité d'une ville qui croît à pareille vitesse ?) et contradictoires avec la réalité des rapports de force politiques et économiques (Comment vouloir créer une ville compacte, quand la densité à quelques kilomètres au nord-est du centre est inférieure à celle d'une bourgade auvergnate, et entend bien le rester?) fait que cela donne une impression de vernis cachant une réalité bien moins riante.

4. Toutes les régions du canton sont concernées par les aménagements. Je l'ai déjà suggéré plus haut, cela est largement faux, on constate aisément sur la carte des "PSD" (Plans de sites - ci-contre) que presque tous les projets concernent la zone au sud-ouest de la ligne Thônex-Meyrin et épargnent l'autre moitié du canton.

Au moment des questions, si l'on excepte quelques cas particuliers de propriétaires de petites villas se faisant du souci (vraisemblablement légitime) pour leur deuxième pilier investi dans un terrain bientôt déclassé, on est impressionné par l'altruisme de la population et son désarroi face au manque de vision, de projet, pour l'avenir de Genève.

Quel avenir pour l'agriculture de proximité ? Comment intégrer la déplétion des ressources naturelles dans le plan ? Pourquoi affirmer comme un donné que la population croîtra de 100'000 âmes à l'horizon 2030 ? Quelle vision a-t-on du développement de Genève au-delà de l'horizon de ce plan ? Comment justifier que ce plan renforce les disparités au sein du canton au lieu de les combler ?

Si, dans ses premières réponses, Michèle Künzler peine à se départir de son costume mollement collégial, étonnament, plus les questions deviennent véhémentes, plus elle déboise sa langue et une sorte de connivence s'installe pour aboutir à son dernier aveu: "Je comprends pourquoi mon collègue a préféré m'envoyer ici ce soir !".

Et lorsqu'on l'interroge sur les disparités inter-régionales, elle admet partager ce souci et rappelle que seuls 30% des député-e-s habitent sur la rive droite... de l'Aire (et non du Rhône) et que si les Lancéens se mobilisaient autant que les Colognotes au moment des élections, peut-être que notre parlement aurait plus d'égards envers le vulgus pecus qui a le malheur d'habiter à plus d'un kilomètre du lac. Sur ce point, nul ne pourra lui donner tort...

 

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