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26/10/2011

La nature ne reconnaît que les valeurs absolues.

Ma note d'avant-hier, intitulée "L'écologie, ce n'est pas le capitalisme, plus des panneaux solaires" a généré quelques réactions plutôt agressives, parmi lesquelles un long commentaire (en trois parties) et même une contre-note intégralement consacré à ma prose et à ma personne...

Je ne chercherai pas à répondre aux accusations personnelles de mauvaise foi ou de malhonnêteté. Ce sont des appréciations personnelles de mon contradicteur et, en ce sens, elles me laissent indifférents. Je n'aurais sans doute pas non plus réagi aux allusions à mes origines et ma formation (les deux partiellement erronées d'ailleurs) si l'auteur ne s'était rendu compte de lui-même dans un 2e commentaire qu'elles passaient les bornes de la décence dans ce genre de débat. Après tout, l'indignation étant dans l'air du temps, il est assez logique qu'elle gagne tous les bords de l'échiquier politique.

C'est donc exclusivement sur le fond de ces commentaires que je répondrai, en me conformant au plan élaboré dans ma brève réponse d'hier matin: "Je vous promets d'ici demain une réponse dans laquelle il sera question de valeurs relatives et absolues, de goûts et de couleurs et d'arithmétique électorale".

 


L'environnement ne s'intéresse qu'aux valeurs absolues

Bien souvent, pour nier ou minimiser les effets d'un comportement, ses tenants le relativisent au sens propre du terme. Ainsi, le président Bush, en divisant les gaz à effet de serre émis par le PIB arrivait à l'étrange conclusion que Madagascar polluait plus que les Etats-Unis (par unité de PIB...). Ici, on essaie de démontrer qu'un 4x4 à 100'000.- ne polluant que trois fois plus qu'une voiture à 20'000.-, son achat serait vertueux, puisque l'investissement polluerait moins par franc dépensé. C'est évidemment un sophisme. En effet, les processus causant l'effet de serre se moquent complètement du coût généré par l'émission des gaz. La nature ne reconnaît que les valeurs absolues.

En reprenant cet argument, on essaie par la suite de démontrer qu'il est préférable d'avoir une population où la richesse est répartie de façon très inégalitaire, puisque chaque franc marginal de richesse générera moins de pollution que s'il était distribué aux démunis qui s'empresseraient de polluer avec. (Suit alors l'incroyable apologie du cheikh arabe millardaire écologiste, car il ne parvient pas à dépenser les 5'000'000.- de rente gagnés mensuellement )...On ne reviendra pas sur l'aspect immoral de se réjouir de l'étendue de la misère, mon contradicteur semble l'assumer volontiers.

En revanche, il faut relever que, toute séduisante qu'elle paraisse, cette démonstration ne tient pas... Les faits sont têtus: A PIB équivalent, plus un pays est inégalitaire, plus il pollue. On prendra simplement l'exemple des Etats-Unis ou du Koweit qui émettent 3 fois plus de GES que la Suisse ou la Suède alors que les inégalités y sont bien plus importantes.

Pourquoi cela ?

  • Tout d'abord, il faut relever que l'exemple de la voiture cache que ceux qui ont une grosse voiture en ont souvent plusieurs... et roulent beaucoup alors que, à côté de ceux qui ont une petite voiture, on trouve quantité de foyers qui n'en ont ... pas ! Ce raisonnement peut-être étendu à quantité d'autres consommations "de luxe" (climatisation, piscines, voyages en avion, repas au restaurant, régime fortement carné...). Ainsi, celui qui gagne dix fois plus, pollue sans doute plus de dix fois plus...
  • Les sociétés inégalitaires ne créent pas de systèmes collectifs permettant des économies énergétiques d'échelle. Pas de transports publics, pas de chauffage à distance, pas de piscine municipale dans les Etats ultra-libéraux...
  • L'épargne que vous imaginez neutre, est également génératrice de pollution par les activités qu'elle permet de financer.

Quelle voie privilégier alors ? Si les inégalités croissantes vous conviennent, ne rien faire conviendra parfaitement. Il suffira de développer une armée et une police en mesure de réprimer les démunis. C'est clairement le choix de mon contradicteur, ce n'est pas le mien. Dans ma note, je proposais deux pistes: la redistribution et le changement social. Si la première est nécessaire elle n'est pas suffisante. En effet, enrichir les pauvres ne résoudra pas la crise énergétique, au contraire, si l'on ne reconnaît que le modèle de développement à l'occidentale...

Notre ethnocentrisme fait que nous n'imaginons pas d'autre développement que celui qui nous a permis, au cours des siècles passés d'accéder à la santé, à l'éducation, à la TV avec console de jeux, au digicode, aux CFC et aux anti-dépresseurs. Or, comme le suggère ma liste, les peuples en voie de développement doivent exercer un droit d'inventaire, ce que les institutions financières internationales s'entêtent à leur refuser.

Le débat sur les modèles de développement nous entraînent bien loin et je suggère au lecteur de se plonger dans Serge Latouche (par exemple Survivre au développement).

Des goûts et des couleurs

Un peu plus de légèreté pour la suite... Un certain Godwin ayant enoncé la loi de regresion ad Hitlerum, j'ose proposer son pendant: la loi de regresio ad Stalinem. Il est en effet certaines personnes qui, dès lors qu'on parle de justice sociale, voient immédiatement le moustachu géorgien derrière leur contradicteur. En l'espèce, m'attribuer la couleur "rouge" est particulièrement mal approprié si l'on sait que peu de régimes furent aussi productivistes et polluants que ceux de l'URSS et ses vassaux. Je ne sais pas à titre personnel quelle couleur me va le mieux. J'aime bien l'orange, couleur de mon vélo, mais il est déjà pris par d'autres...

Et, en ce qui concerne mes goûts, je n'apprécie que modérément le cardon, ce d'autant plus que ce malheureux légume a surtout été instrumentalisé par les adversaires de la défense des Cherpines pour faire passer pour des bobos les maraîchers qui refusaient son bétonnage. Le Jardin des Charrotons, par exemple, n'a jamais produit de cardons...


Un peu d'arithmétique électorale

Et pour finir, un rapide retour l'étrange dernier commentaire affirmant que la campagne de défense des Cherpines aurait coûté des voix aux Verts. C'est en fait exactement l'inverse, ce qui se démontre très facilement. En effet, le score du NON au bétonnage des Cherpines (43.5 %) est de 5 points supérieur au score cumulé (38.8%) des partis ayant soutenu le référendum. On trouve donc plus de gens ayant voté NON et ayant néanmoins renoncé à voter Vert que l'inverse... Raison de plus pour les Verts de renforcer leur discours économique et social !

Commentaires

Je n'ai jamais écrit qu'un régime inégalitaire était plus écologique, ce qui serait stupide, tout comme de prétendre qu'il le serait moins d'ailleurs. Je peux vous citer des dizaines de pays bien plus inégalitaires que la Suisse, à commencer par toute l’Afrique et toute l’Amérique latine, qui pourtant polluent bien moins que nous par tête d’habitant. A l’inverse, comme vous le remarquez les ex-pays de l’Est polluaient énormément. Or on peut leur reprocher énormément de choses, mais ils étaient plutôt égalitaires. Plus que la Suisse en tout cas. Idem du Vietnam ou de la Chine, avant que l’économie de marché n’y développe l’inégalitarisme… Ainsi que le sentiment écologique ! La Chine est aujourd’hui le 2ème investisseur mondial dans les technologies vertes, derrière les Etats-Unis, mais devant l’UE…
Et puisqu’on voyage dans le bloc communiste, je ne vous ai jamais traité de stalinien. Vous êtes juste partisan de Uelenberger, ce qui ne fait en tout cas pas de vous un « orange ». L’orange étant la couleur en politique du MODEM ou des démo-chrétiens…
Ce que j’ai dit, et vous n’y répondez pas, c’est que de répartir la fortune d’un très riche entre beaucoup de pauvres occasionnera davantage de pollution. En chiffres absolus. Du genre de ceux que la nature se prend en pleine figure. Que vous le vouliez ou non. Je n’approuve ni ce fait, ni l’existence des hyperriches, que je condamne au contraire fermement. C’est d’ailleurs pourquoi je prône depuis des années une gouvernance mondiale, seul moyen de contrôler des hyperriches qui se rient des frontières. J’énonce un état de fait, indépendamment de tout jugement moral. L’écologie n’est pas de droite ou de gauche. Pas plus que la nature. Cela vous embête et perturbe vos raisonnements politiques, mais ce sont vos raisonnements politiques qu’il faut revoir, inutile d’incendier le messager.
Pour le reste que vous aimiez ou pas les cardons, quelle importance ? En revanche, l’intérêt qu’il peut y avoir à planter des légumes au coeur d’une métropole, en repoussant les habitants au loin, et en multipliant les transports de centaines, voire de milliers de personnes au lieu de rallonger le parcours d’un seul camion chargé de légumes qui viendrait du Genevois français, j’avoue, je ne l’ai toujours pas compris. Au niveau du bilan écologique, c’est nul. De même que si je peux comprendre le discours de paysans du crû, choqués de devoir céder du terrain à l’avancée de la ville, je comprends mal que des suisses venus d’autres cantons pour profiter du dynamisme économique de Genève se plaignent des « expats ». Toute nouvelle arrivée en ville est une mauvaise nouvelle en période de pénurie de logements. Qu’elle que soit sa nationalité en ce qui me concerne. Mais si c’est pour y planter des choux, cela frise l’absurde.
Au fait, dans vos calculs électoraux, n'avez vous pas oublié de compter l'UDC parmi les anti-Cherpines ?

Écrit par : Philippe Souaille | 26/10/2011

Je vous remercie de me consacrer autant de temps et d'attention. Je crois qu'effectivement, il sera difficile de nous mettre d'accord.

Quelques remarques a propos de vos exemples:
-Les pays d'Afrique et d'Amérique du Sud évoqués sont loin d'égaler le niveau de PIB/hab. de la Suisse et des Etats-Unis, la comparaison ne tient donc pas... ou plutôt permet de démontrer que la prédation augmente à raison que le PIB augmente...

-En ce qui concerne la Chine, c'est évidemment dès qu'elle a adopté un fonctionnement hyper-capitaliste et libre-échangiste qu'elle a fait exploser ses émissions, qui croissent bien plus vite en valeurs absolues, que sa production énergétique renouvelable...

-En ce qui concerne les ex-pays communistes (qui se trouvent d'ailleurs toujours à l'est ;) ), on pourrait également citer le cas de Cuba, seul pays au monde à atteindre un niveau de développement humain satisfaisant (d'après le PNUD) et à avoir une empreinte écologique durable (selon le WWF). Loin de moi de faire l'apologie de cette dictature, mais force est de constater que c'est bien le consumérisme qui détruit l'environnement et qu'il devrait être possible de développer des sociétés modernes, solidaires ayant un bon niveau médical et éducatif. Le tout étant évidemment de le choisir démocratiquement... et on est loin, malheureusement !

PS: En ce qui concerne les goûts et les couleurs, je faisais référence au titre de votre contre-note (Les propos rouge (sic) masqués d'un cardon fâché) qui assimilait clairement mon propos au communisme façon soviétique dissimulateur et reprenait le motif éculé du cardon, qui n'a aucun rapport avec la question.
Par ailleurs, je n'ignore évidemment pas que l'orange est déjà utilisé par d'autres (je le dis d'ailleurs), mais vu que la mode est à la captation de couleurs...
Pour finir, non, je n'ai pas oublié d'ajouter l'UDC, même si, l'expérience de notre campagne nous a convaincu qu'au delà d'Eric Leyvraz (et parfois Ch. Meissner), l'enthousiasme des troupes UDC pour la sauvegarde du maraîchage de proximité était quasi-nul, ce qui ne m'a guère étonné d'ailleurs...

Écrit par : Julien Nicolet | 27/10/2011

Je viens de lire votre texte, "l'écologie ce n'est pas le capitalisme plus les panneaux solaires".

Entièrement d'accord.

Oserais-je néanmoins dire, et contre votre discours économique, que l'écologie, ce n'est pas non plus le socialisme plus la bougie?

Écrit par : mais tout à fait | 31/10/2011

Je publie le commentaire précédent, bien qu'anonyme, car il illustre une tendance à l'excès commune chez les détracteurs de la pensée écologiste, résumé par "Vous voulez revenir à la bougie."
Rien dans ce que j'écris ne suggère une fascination pour la vie dans les cavernes où l'éclairage au suif. La base de ma réflexion vient juste du fait que, alors que nous dépassons déjà les tolérances de la nature, nous espérons continuer à faire croître notre degré de prédation, car nous ne trouvons aucun autre moyen pour développer nos sociétés. De plus, cette fuite en avant consumériste, si elle a permis d'incontestables progrès dans l'après-guerre, génère aujourd'hui surtout de l'inégalité et de la détresse sociale. Il faut donc la remettre en question.
L'outil le plus remarquable à cet effet est à mon avis "l'empreinte écologique", développé par M. Wackernagel, qui estime la surface planétaire utilisé par tel ou tel individu ou groupe d'individus. Malgré plusieurs flous méthodologiques, cette mesure indique clairement que, si nous "consommons" 1,5 planète par an, ce qui n'est guère durable, le mode de vie des années 1970 était inférieur à 1 planète.
Autrement dit, plutôt que de rechercher à tout prix la croissance (même si on la qualifie de "verte", "immatérielle" ou autres rideaux de fumée), on serait bien inspiré de se demander comment améliorer la qualité de notre vie en commun, plutôt que la quantité de biens et services consommés.

Écrit par : Julien Nicolet | 31/10/2011

De retour à Genève, avec une connection internet qui fonctionne, je peux enfin vous répondre.
Evidemment que la consommation (et la production de biens) sont intimement liés au degré de pollution. C'est d'ailleurs pourquoi 1000 pauvres consommant pour 1000 francs par mois polluent davantage qu'un seul riche percevant un million de francs par mois, mais qui ne peur les dépenser intégralement...
Par ailleurs, à niveau de consommation sensiblement égaux, il importe de savoir quelles technologies sont utilisées ? Les Etats-Unis et le Koweit sont les champions toutes catégories de la consommation d'essence par habitant. Alors que l'Europe préfère des voitures plus petites et d'autres modes de production d'énergie. Ce qui explique les différences de pollution par tête dans vos exemples mais n'a rien à voir avec le niveau de solidarité sociale. Et vous le savez très bien.
Pourquoi donc utiliser un argument bidon pour conforter votre idéologie selon laquelle l'écologie serait nécessairement de gauche? Manquez-vous d'arguments honnêtes ?

Écrit par : Philippe Souaille | 31/10/2011

@Ph. Souaille: Je publie votre commentaire, bien que le constat de notre difficulté à nous mettre d'accord sur le sujet ait déjà été fait et que le débat tourne au dialogue de sourd, ce qui arrive malheureusement parfois en démocratie.

En revanche, je dois confesser que le ton que vous employez et les accusations répétées de malhonnêteté intellectuelle que vous proférez à mon encontre sont pour le moins déplacées et inconvenantes et me convainquent de vous prier de clore ce débat... en espérant le reprendre sur de meilleures bases à propos d'un autre billet.

Cordialement.

Écrit par : Julien Nicolet | 31/10/2011

toujours du mal à devoir considérer comme valant analyses scientifiques,
de tels propos opportunistes

s'imposant ici comme partout ailleurs,
de ces français sans formation de base, établis en Suisse

comme le fait ce journaliste au titre des années 1970
(j'aurais aussi pu obtenir ma carte de presse car zéro école à l'époque),
Philippe Souaille

Écrit par : graphycs | 31/10/2011

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