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03/11/2011

Un géant au 2e pilier d'argile

Des syndicats qui exigent des placements boursiers plus risqués et des rendements plus élevés, des patrons qui viennent gémir que la bourse ne rapporte guère plus que le Tribolo. A force de tourner autour du 2e pilier, on finit par confondre la gauche avec la droite...tribolo.jpg

Réglons rapidement le sort des assureurs et leurs alliés habituels des milieux patronaux. En bons requins, ils se battent jusqu'à la moindre poussière de pourcent pour accroître leurs bénéfices. Après tout, ce n'est pas le sort de leurs assurés, mais celui de leur assurance, et donc de leurs actionnaires qui les motive. Leur souci de cohérence étant occulté par leur avidité, il ne faut donc pas s'étonner qu'ils crachent dans la soupe qui les nourrit - la bourse. On fera mine de s'étonner de constater que le Conseil Fédéral semble acquis à leur cause, puisqu'il a décidé hier de baisser le taux de rendement des capitaux LPP, sans voie de recours possible.

La position de certains milieux de gauche, notamment des syndicats, apparaît nettement moins compréhensible. Comment s'indigner sérieusement d'un rendement de 1,5%, alors que le taux obligataire des emprunts fédéraux n'atteint pas même 1% ? Est-ce à dire que les syndicats souhaitent que les caisses de pension placent l'argent des travailleurs sur les marchés d'actions les plus risqués (ou pire encore, en produits dérivés si chers à notre ministre des Phynances) ? Veulent-ils que ces capitaux soient prêtés aux Etats en semi-faillite à des taux usuraires ? Désirent-ils que les locataires des immeubles appartenant à nos caisses de pension soient pressés comme des citrons ?

 


On comprend volontiers les syndicats lorsqu'ils luttent pied à pied contre les assureurs pour que les cotisations ne servent pas d'engrais à millionnaires, mais ils seraient bien inspirés, en préambule à toute communication sur les systèmes de retraites, de rappeler que le problème ne réside pas tant dans les taux de rendement ou de conversion que dans le principe même des retraites par capitalisation.


Or le système de prévoyance professionnelle suisse (ou 2e pilier), basé essentiellement sur la capitalisation souffre d'importants défauts qui auraient dû le rendre rédhibitoire :

  • L'immobilisation pendant des périodes très longues de capitaux très importants est un pari pour le moins hasardeux. En effet, ces sommes sont à la merci de l'inflation, des aléas boursiers et des erreurs de gestion (voire des faillites) des caisses concernées. Sur la durée d'une vie active (danaides.jpgprès de 40 ans), la probabilité qu'un de ces risques survienne est excessivement élevée, surtout si l'on considère les montants énormes en jeu.

 

  • Les impératifs de rendement incitent les caisses de pension à se conduire comme des investisseurs sans scrupules. On peut se retrouver dans des situations où des employés sont licenciés du fait des exigences d'actionnaire de leur propre fonds de pension... A titre personnel, le pire bailleur que j'ai rencontré (et qui a, heureusement, fini par refuser de signer le bail qu'il me proposait) était une caisse de pension...

 

  • L'employé n'a aucune maîtrise sur les capitaux investis pour lui. C'est l'employeur qui choisit la caisse qui lui convient, et c'est la caisse qui définit sa politique d'investissement. A l'heure où l'on prétend moraliser la bourse, où l'on veut croire qu'il est possible d'investir ses capitaux de façon responsable (et durable...), il est pour le moins étrange de ne laisser aux "consommacteurs" aucune marge de manoeuvre dans ce domaine...


  • Le système est extrêmement tributaire de l'allongement de l'espérance de vie, un des principaux déterminants du taux de conversion. La dernière tentative de le diminuer s'est soldée il y a deux ans par un refus massif du modèle présenté par le Conseil Fédéral. Il est certain (et inévitable) que les services de D. Burkhalter préparent une nouvelle tentative pour tout bientôt

 

Le système par répartition évite tous ces écueils (sauf, partiellement, celui de l'allongement de l'espérance de vie et donc du déséquilibre actifs/retraités. On peut imaginer plusieurs solutions pour le compenser, à commencer par la régularisation des travailleurs clandestins malgré eux). En effet, l'argent circulant en permanence, il ne craint ni l'inflation, ni les aléas boursiers. De plus, ce système est le seul à même de garantir la solidarité entre les générations.

En Suisse, la répartition est l'apanage du premier pilier, cible régulière des attaques des milieux libéraux, qui pour de sombres raisons idéologiques, lui préfèrent la capitalisation.

On trouve aussi plusieurs caisses de pension publiques fonctionnant partiellement par répartition. C'était jusqu'à maintenant le cas de la CIA - une des caisses de pension les plus exemplaires de Suisse - ça le sera de moins en moins.

En effet, les caisses publiques avaient le droit de n'être capitalisées qu'à hauteur de 50%. La fonction publique étant pérenne, le système pouvait vivre sans danger à moitié sur la répartition. Las, les Chambres fédérales ont décidé l'automne passé d'augmenter le taux de couverture à 80%, et les syndicats ont courageusement renoncé à lancer le référendum.

Alors que l'on prétend les assainir, cette décision aura pour conséquence une fragilisation des caisses concernées et coûtera des sommes faramineuses aux collectivités publiques et aux cotisants (qui passeront pour le coup à la caisse deux fois: pour la part de répartition de leur aînés et pour leur part de capitalisation...). Nous aurons l'occasion d'en reparler lors d'un prochain billet, le projet de loi concernant la caisse des employés de la fonction publique genevoise étant sur le point d'être traité par le Grand Conseil.

 

 

Commentaires

Juste un "à-côté" à propos 2e pilier : peut-être un trou à combler pour les suisses frontaliers

au sujet du versement des rentes issues de ce fameux 2e pilier,
cotisations de retraite complémentaire obligatoires avec l'AVS qui est gérée par des caisses de compensation ne s'occupant pas du 2e pilier

les frontaliers n'étant pas tous que français ou double-nationaux, n'ayant pas tous doubles carrières et pouvant n'avoir été que salariés suisses en Suisse, peuvent se poser quelques questions sur leur 2 pilier lors de leur retraite!

La succession des accords bilatéraux a accumulé toutes sortes de changements de droits et procédures pour les citoyens. Les dernières informations, françaises, concernent un changement de l'imposition sur le capital du 2e pilier.

Les suisses sont supposés conserver leurs acquis sociaux lorsqu'ils deviennent frontaliers, mais aucune précision n'est disponible au niveau 2e pilier-rente. Espérons que le flou des infos CH fasse que je me trompe.

Écrit par : globalisé | 03/11/2011

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