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22/11/2011

Droit des pauvres contre droite des kiosquiers

Le parent pauvre des 5 objets soumis le 27 novembre, est sans aucun doute le projet d'exécution définitive du Droit éponyme. Sans doute est-ce un travers lié à l'automaticité du référendum sur les questions fiscales, aucun groupe ne semble vouloir faire campagne sur cet objet. Il s'agit pourtant d'une loi tout sauf anodine, puisqu'elle prétend rafler d'un coup 15 millions à l'aide sociale, cela au seul bénéfice d'une corporation certes estimable, mais sans réel besoin de soutien étatique.

Résumons: Alors qu'il y a 11 ans la droite avait fini par obtenir l'abolition du droit des pauvres sur les spectacles, ce qui avait débouché sur une baisse provisoire de 2.- du billet de cinéma (qui était passé de... 16.- à 14.-! avant de remonter continûment jusqu'à aujourd'hui), les kiosquiers, et avant tout la multinationale quasi-monopolistique qui contrôle l'écrasante majorité des kiosques genevois, ont commandé aux partis bourgeois une loi achevant ce qui restait du droit des pauvres, à savoir une taxe de 13 % sur les loteries et tombolas.


N'osant pas clairement afficher leur volonté de servir ce lobby, les défenseurs de cette loi recourent à des contorsions argumentatives qui rendent la lecture de la brochure électorale assez plaisante...

Quelques exemples : Les citations de la brochures sont marquées en bleu

  1. A propos du montant du manque à gagner... ou à perdre...
    On chercherait en vain dans l'argumentaire des défenseurs l'ombre d'une idée de piste permettant de combler le manque à gagner de 15'200'000 frs suite à l'abolition éventuelle de cet impôt. La somme n'est pas mince (L'argumentaire nous apprend pourtant qu'il "rapporte peu".) Elle équivaut en effet à 1300 ans d'aide sociale individuelle (ou 1 km de tram...) Et, dans le contexte économique que nous connaissons, il y a fort à parier que les institutions sociales qui en bénéficient imaginent mal comment se passer de cet argent. Sur ce point, la palme de la fiscalo-tartufferie revient au Conseil d'Etat qui s'enorgueillit d'avoir demandé que "l'abrogation soit différée et n'intervienne que dès l'année 2013, compte tenu des incertitudes qui règnent actuellement...", chacun étant persuadé que, d'ici 13 mois, notre canton aura résolu tous les problèmes sociaux qui s'amoncèlent présentement.

  2. A propos de l'incitation à jouer... à ne pas jouer... ou à faire toute autre chose...
    Le coeur de l'argumentation des amis des kiosquiers se base sur la relativement faible propension des Genevois à gaspiller leurs revenus en tickets à gratter et autres tombolas. N'osant chanter les vertus du jeu de hasard dans la Rome calviniste, ils se voient contraints de rappeler que ces jeux "constituent des produits d'appel pour les kiosquiers [...] et que les joueurs procèdent par la même occasion à d'autres achats". Au-delà de la promotion du consumérisme sans raison que cela suppose, arrêtons-nous un instant sur ces autres achats que les kiosques proposent et traduisons en français courant: Baissons le prix du Tribolo, ça fera vendre des clopes...

    Suite de l'argumentaire: L'impôt n'a "aucun effet préventif sur le jeu excessif".
    Si je comprends bien, on affirme tout à la fois que les autres Suisses jouent massivement plus que les Genevois, mais en même temps que ces 13 % n'ont pas d'effet préventif... Que croire ?...


  3. A propos du "droit des pauvres"...
    Pauvre droit des pauvres... "impôt compliqué, unique au monde", "impôt qui date". Que de qualificatifs dénigrants qui permettent surtout de mesurer l'incapacité de ses abolitionnistes à trouver des arguments convaincants pour le combattre.
    - "Unique au monde, ancien" ? Et alors, s'il permet une juste redistribution, pourquoi l'abolir ? Faut-il absolument renouveler périodiquement le nom des impôts ou singer nos voisins pour que notre système fiscal soit plus juste ?
    - "Compliqué" ? A d'autres ! Si l'administration fiscale estime compliqué de prélever une taxe à taux fixe sur une activité bien définie et concernant un nombre restreint de commerçants, tous les autres impôts devraient être immédiatement supprimés !


A moins de vouloir absolument faire plaisir à votre dealer de cigarettes (et encore, rien n'est garanti...), il n'y a aucune bonne raison de voter cette loi qui, sur la base d'une démarche volontaire (nul n'est obligé de jouer) permet de réunir des fonds importants pour l'aide sociale et de prévenir (quoi qu'on en dise) le jeu excessif et (si l'on en croit les défenseurs de la loi) l'addiction au tabac, aux friandises industrielles sucrées et autres produits aux vertus discutables que les kiosquiers rêvent de nous refourguer sans qu'on en ait besoin !


Votons NON à l'exécution du droit des pauvres le 27 nove
mbre !

 

mendiant tribolo.jpg

Question du jour: Qui des deux pourra toujours se gratter le 27 novembre ?


 

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