UA-74655322-1

12/01/2012

Vive le gaz de schiste de proximité ?

2012 risque fort d'êtgaz.jpgre l'année du gaz. Depuis plusieurs années, la consommation de ce volatile hydrocarbure croît continûment. Sans doute est-ce dû à ses inconstestables vertus (pour peu qu'on le compare aux autres énergies fossiles) mais aussi à une campagne à la limite de l'honnêteté des milieux gaziers qui usent et abusent de l'adjectif "naturel" (L'usage courant veut en effet qu'on nomme "gaz naturel" le méthane, mais, après tout, le pétrole, comme le charbon mériteraient autant d'être appelés "naturels" !), joint à une jolie feuille verte censée nous faire croire que la consommation de gaz protège l'environnement...


Évidemment, il s'agit d'une forme grossière de greenwashing, car si le rendement énergétique du méthane est relativement bon et ses émissions de gaz à effet de serre légèrement plus faibles que celle du gaz greenwashing.jpgtrole, son transport est excessivement compliqué et polluant. En effet, les pertes sont énormes quel que soit le moyen choisi (env. 10% par gazoduc et 25% par liquéfaction puis transport par méthanier), et il faut savoir que le méthane non consumé (donc filant par les fuites des forages et des oléoducs) provoque un effet de serre 20 fois plus puissant que le CO2...

Pour notre bonheur, un consortium canado-britannique semble avoir résolu le problème du transport, puisqu'il a découvert d'importantes réserves de gaz aux alentours immédiats de Genève et a obtenu des permis de prospection, notamment à Humilly, c'est-à-dire à exactement 1700 mètres de la commune genevoise d'Avusy. Certains esprits chagrins ont immédiatement relevé qu'il s'agissait de gaz non-conventionnel (dit "gaz de schiste") dont l'extraction a déjà causé d'irréparables dégâts environnementaux aux États-Unis. Les techniques utilisées consistent essentiellement à créer des séismes artificiels à 5'000 m de profondeur et injecter des quantités énormes de produits chimiques irrécupérables par la suite. Les mobilisations citoyennes ayant convaincu la France d'interdire la technique décrite ci-dessus (poétiquement nommée "fracturation hydraulique"), le consortium n'en a pas moins confirmé sa volonté d'exploiter ces gisements en renonçant à la fracturation hydraulique, sans toutefois donner la moindre indication sur
non gaz schiste.jpg la technique pressentie. Cette affirmation semble satisfaire notre gouvernement qui a manifesté sa confiance dans les exploitants et le gouvernement français dans sa réponse à l'IUE de la députée Anne Mahrer.

Tout cela pour dire, et se réjouir, qu'un mouvement citoyen international s'est emparé de l'affaire et entend bien faire renoncer ces affreux à leurs noirs desseins. Signons tous les pétitions et participons aux manifestations (la prochaine aura lieu le 11 février à Saint-Julien) !

Oui... mais, dans le même temps, les autorités fédérales et cantonales de même queles SIG continuent leur lobbyisme pro-gaz: le GNV (gaz naturel pour véhicules) a obtenu d'importantes détaxes et les SIG continuent à rêver d'une centrale chaleur-force à gaz, parée de toutes les vertus, centrale adoubée par les députés lorsqu'ils ont refusé la demande de moratoire sur sa construction.

On se trouve donc à la croisée des chemins: Soit on continue à défendre le gaz et, dans ce cas, on ne peut pas refuser qu'on l'extraie à nos portes, sachant que les forages en Russie, en Azerbaïdjan ou en Iran causent des dégâts sociaux et environnementaux en tout cas aussi importants, soit on reconnaît enfin que la seule solution responsable est de se défaire de notre dépendance à toutes les énergies fossiles... et vite.

Dans ce sens, il serait malvenu que les milieux défendant les vertus du gaz lorsqu'il s'agit de créer de la chaleur, de l'électricité ou du transport s'offusquent qu'on vienne exploiter les gisements se trouvant à nos portes.

Et si vous n'êtes pas encore convaincus que les milieux gaziers valent bien les pétroliers, en matière de culte du secret, de pression sur les gouvernements, de non-respect de l'État de droit et de destruction de l'environnement, ne manquez pas la rediffusion de l'excellent documentaire Le grand monopoly du gaz, produit par Arte.




Commentaires

Le cerveau humain de certains serait-ilcomplètement bouzillé si l'on sait le nombre de campagnes pour soi disant protéger l'environnement tandis qu'à l'arrière sont signés des contrats prouvant le contraire,y'a comme qui dirait de l'eau dans le gaz!

Écrit par : lovsmeralda | 12/01/2012

On a voulu l'arrêt du nucléaire et ben voilà...

Écrit par : Baha | 12/01/2012

@ Baha: C'est précisément le genre d'arguments que se renvoient les pro-gaz et les pro-nucléaires, laissant croire qu'"il n'y a pas d'alternative" (comme le dit Isabel Rochat). Or les gisements d'économie (qu'ils se trouvent dans l'isolation, les pratiques individuelles, mais aussi les contraintes légales et les incitations par des prix progressifs) sont très certainement suffisants pour se passer du nucléaire et d'une part importante des énergies fossiles sans trop affecter notre qualité de vie - encore faut-il s'entendre sur la définition de la qualité de vie.

Écrit par : Julien Nicolet | 12/01/2012

Les commentaires sont fermés.