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29/01/2012

Plus fort que le bonneteau: L'épargne-logement

«Approchez, Mesdames et Messieurs, tout le monde peut gagner! Et une, et deux...un petit coup à gauche, un petit coup à droite, et... votre argent a 800px-Three_Card_Monte.jpgdisparu dans la poches de mes copains...!»

Scène de bonneteau ? Non, campagne électorale pour l'épargne-logement. Admettons d'emblée que la comparaison est excessive. En effet, les sommes en jeu sont bien plus importantes dans l'épargne-logement et, si l'on peut reconnaître un vague talent de prestidigitation aux
racailles à la petite semaine qui arnaquent les gogos sur les quais, les ficelles utilisées par les milieux immobiliers et bancaires sont bien plus faciles à repérer, au point que l'on se demande si la fixation sur le bonneteau des milieux qui précisément défendent les prochaines initiatives sur l'épargne-logement (le 11 mars et le 17 juin) ne relève pas plus de la crainte de la concurrence que du délire sécuritaire.


Décodage:

Acte 1: «Approchez, Mesdames et Messieurs, tout le monde peut gagner.»
En faisant miroiter le fantasme désuet de la villa-piscine-clébard-thuya-4x4, les initiants osent faire croire que leurs initiatives s'adressent à la classe moyenne. A l'examen, on se rend compte que, pour en profiter pleinement, il faut pouvoir épargner 15'000.- par personne, soit 30'000.- par couple, par année. Faites le compte, pensez-vous vraiment que les ménages qui peuvent mettre de côté 2'500.- par mois font partie de la classe moyenne ?

Acte 2: «Et une, et deux...un petit coup à gauche, un petit coup à droite...»
Particularité étonnante de ce jeu, ceux qui ne peuvent pas y jouer peuvent néanmoins y perdre. En effet, selon les initiatives, les 30'000.- épargnés par nos "classes moyennes", seraient déductibles des impôts. Les pertes fiscales seront à n'en pas douter énormes et les milieux bourgeois sont en train de nous rejouer le jeu du Conseil Fédéral qui avait sciemment publié des prévisions fausses pour minimiser les pertes liées à sa réforme de la fiscalité des entreprises en 2008.
Qui dit pertes fiscales dit soit augmentation des impôts (et donc pression accrue sur les vraies classes moyennes, celles qui bouclent juste leurs mois), soit diminution des prestations (et donc pression sur les plus fragiles et sur les vraies classes moyennes qui bénéficient des services de l'État). Les deux effets pouvant évidemment se cumuler.

Acte 3: «et... votre argent a disparu dans la poches de mes copains...!.»
On pourrait se consoler en se disant que tout ce qui sera perdu par les classes moyennes et les plus pauvres sera récupéré par ceux qui pourront profiter de cette épargne et donc réaliser leur rêve de propriété privée.

Même pas...

En effet, l'immobilier est un secteur hautement spéculatif. Autrement dit, les prix ne sont pas fixés par la somme du travail, des matériaux requis pour créer le bien, et de la plue-value des prestataires (comme c'est le cas à la boucherie ou chez le coiffeur), mais par le jeu de l'offre et de la demande. C'est particulièrement évident pour le prix du terrain, ça l'est de plus en plus pour celui du bâti.
Or, créer des fonds d'épargne-logement équivaut à mettre plus d'argent du côté des acheteurs potentiels. Mécaniquement, dans un marché tendu, cela fera augmenter les prix des objets immobiliers. Ainsi, l'appartement qui valait 800'000.- avant l'épargne-logement verra son prix augmenter
approximativement d
e ce que l'acheteur aura économisé en impôts. Les mêmes acheteurs pourront donc s'offrir (ou non) les mêmes objets immobiliers, paieront le même loyer et ce sont uniquement les vendeurs qui profiteront des gains de l'épargne-logement.

Ce sont donc les milieux immobiliers qui capteront l'intégralité de la perte fiscale subie par la collectivité ! Pour mémoire, on a observé exactement le même phénomène lorsque les autorités françaises ont progressivement prolongé la durée maximale des crédits immobiliers, ce qui n'a eu comme effet que d'augmenter les prix.


L'épargne-logement est donc une gigantesque "pompe à phynance" qui dirige l'argent de la population droit dans les poches des milieux immobiliers (et de leurs complices banquiers qui profiteront de prélever leur part de l'argent épargné).

Votons toutes et tous NON à ce jeu de dupes le 11 mars et le 17 juin !

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