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25/04/2012

L'excès de multinationales nuit à la santé économique !

Elle ne manque pas d'air, la droite genevoise, qui, par les talents conjugués de MM. Unger et Mauris, capitalise sur la détresse des employés de M&S en s'attaquant aux théories de la décroissance, théories que ces fanfarons ne connaissent manifestement pas... Un peu comme si TEPCO rendait les antinucléaires responsables de la catastrophe de Fukushima, au prétexte qu'ils mettaient en garde depuis longtemps contre les risques de l'atome.

Reprenons: Une multinationale dont la vocation première était de remplir les poches de ses actionnaires en vidant celles des victimes d'une maladie particulièrement rentable puisque cantonnée dans les pays les plus riches, avait placé un centre de recherche et développement dans notre belle cité, qui l'a1000770312.jpgvait attiré à l'aide d'un juteux arrangement fiscal. Ses employés cherchant beaucoup mais ne trouvant rien, et la pauvre société ne pouvant vivre éternellement sur une seule découverte, la logique économique a conduit les dirigeants à fermer ce site sans aucun égard pour les gens qui y travaillaient, malgré un chiffre d'affaire record. Que la guerre économique est jolie !

Ce malheureux épisode est une illustration évidente du bien-fondé de la critique envers ce genre d'entreprise (cf. mes notes du 15 mars , du 31 janvier et du 4 octobre 2011). Critique relayée d'ailleurs hier par M. Unger qui ne trouvait pas de mots assez forts pour qualifier l'attitude de Merck-Serono, entreprise de voyous qui piétinent sans scrupule tous les principes du partenariat social en vigueur sous nos latitudes... tout en réitérant que le canton doit attirer les multinationales, seul vecteur de félicité économique à ses yeux.

Reconnaissez-vous le syndrome de celui qui reconnaît être dépendant à une substance, tout en utilisant les mots les durs pour la qualifier ?

Reconnaissez-vous le syndrome du même dépendant qui insulte ceux qui le rendent attentif à sa maladie et lui suggèrent le sevrage, dans le but de le soigner ?

Le Dr Unger devrait, un fois sa phase d'anosognosie passée, déterminer le type de cure de désintoxication nécessaire à la République. Sevrage immédiat ? Traitement de substitution ? Ce n'est en fait que lorsque le diagnostic d'addiction sera admis par une majorité que nous pourrons sérieusement envisager les façons de bien vivre ensemble, sans la tutelle de ces parasites de l'économie mondiale.

En attendant, je suggère à M. Unger de prendre connaissance des théories qu'il critique sans discernement, en commençant par les bouquins de Bernard Maris et de Jean Gadrey, professeurs d'économie dans des universités réputées..., puis de s'attaquer à ceux Serge Latouche !

Commentaires

Des professeurs d'économie qui n'ont jamais eu la responsabilité d'une entreprise, il y en a profusion, dans toutes les universités du monde ou presque. La plupart ont des avis extrêmement tranchés, mais qui n'ont jamais été mis en pratique nulle part sur ce qu'il faudrait faire... Quant à comment le faire, c'est une autre paire de manches... En dehors de cultiver des cardons ou des montres de luxe, quel secteur pourrait-on bien développer à Genève qui permettrait à des PME de payer suffisamment d'impôt pour verser à nos nombreux fonctionnaires un salaire médian à 9000 balles par mois, dans un monde où le salaire médian des fonctionnaires doit tourner autour de 450/mensuel et dans une Europe où il doit péniblement dépasser les 1000... Votre réponse m'intéresse. Sérieusement.

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2012

Quelques pistes de réponses, forcément incomplètes, et qui ne sont pas incompatibles entre elles, d'ailleurs:
1. En dehors des cardons et des montres de luxe, secteurs particulièrement inutiles aux Genevois, on trouve toute une série d'activités - médecine, services à la personne, informatique, tourisme, restauration, mécanique, banque de proximité, transports... - qui ont le double avantage d'être utiles et de pouvoir être exercées par des PME ou même par des entreprises de type ESS. Pour rappel, une gentille initiative socialiste vise juste à imposer les multinationales au même niveau que ces PME... initiative frontalement attaquée par M. Unger et le PLR, pourquoi ?
2. Dès lors que l'on propose une nouvelle donne économique, on peut envisager de réduire la masse salariale des fonctionnaires. Cela de plusieurs façons:
- On peut évidemment songer à réduire les salaires - à tout le moins réduire l'écart entre les plus hauts et les plus bas. L'État fait exactement l'inverse puisqu'il a instauré un 14e salaire pour les classes les plus élevées.
- On peut réduire le nombre de fonctionnaires. Cela ne peut marcher que si l'on supprime la raison d'être de certains. Et l'on peut imaginer qu'en développant une société plus égalitaire, les services sociaux, les services pénitenciaires et même la police verront leur coût baisser.
- On peut également imaginer que, vu l'incroyable pression à la hausse sur les prix causée par les multinationales, leur départ permette une baisse des prix et un réajustement des salaires (même si l'État renonce fréquemment à les indexer au coût de la vie ;).
3. Comme je l'ai suggéré plus haut et dans d'autres textes, il ne s'agit pas uniquement de "chasser les multinationales". Il s'agit de créer les conditions d'une vie en commun harmonieuse qui tienne compte des réalités du XXIe s. à plusieurs échelles. Une de ces réalités, c'est la disparition progressive des ressources naturelles et leur accaparement par des sociétés du type Cargill ou Glencore. Une autre de ces réalités est la reprise de la croissance des inégalités après plusieurs décennies de mouvement inverse. Une troisième, c'est l'affaiblissement du pouvoir politique et citoyen au profit de nébuleuses peu distinctes mais extrêmement puissantes. A moyen terme, la décroissance ne sera plus un choix, mais un constat, or il n'est rien de pire qu'une société de croissance sans croissance (nous commençons à l'expérimenter...). C'est pour cela qu'il faut ici et ailleurs (en Bolivie ou en Équateur par exemple), redéfinir un projet nous permettant de vivre ensemble. Et en regard de ce défi, le salaire des fonctionnaires genevois ne me semble pas être un enjeu capital !

Écrit par : Julien Nicolet | 25/04/2012

Bien, on va devoir baisser le salaire et le nombre des fonctionnaires, merci de le reconnaître, cela n'a pas toujours été le cas. Ce serait sympa d'aller l'expliquer à ceux de l'Etat qui comptent manifester ces jours prochains.
Pour le reste, je note que toutes les activités que vous proposez sont des activités de service. Nous sommes d'accord, c'est un gisement. Mais comment fait-on pour équilibrer notre balance commerciale si l'on ne produit rien et que l'on se contente de se délivrer des services parmi, en autarcie ? Parce que vous n'êtes pas sans savoir que les ordinateurs pour faire de l'informatique, par exemple, il faut bien en acheter les composants quelque part ?
Ce quelque part, ce n'est pas à Genève, nous n'avons pas les matières premières pour les produire et s'ils parviennent à se passer de Cargill et Glenncore - ce qui est le but - les pays producteurs n'ont pas pour autant vocation à nous en faire cadeau. Leur intérêt est bel et bien de nous les vendre le plus cher possible...

Écrit par : Philippe Souaille | 25/04/2012

La bonne foi étant un préalable à tout débat honnête, j'aimerais que vous ne me faisiez pas dire ce que je n'ai pas écrit !

1. Si j'admets que la fonction publique n'est pas une vache sacrée, l'éventualité d'une baisse des salaires ne peut se faire que dans le cadre d'un nouveau projet économique - on en est vraiment loin ! - et prioitairement par la réduction des inégalités salariales, c'est à dire par la baisse des hauts revenus - on en est également fort loin. La grève annoncée pour le 10 mai est parfaitement légitime, puisque les attaques contre le service public se font sans aucun projet économique durable et qu'il n'y a aucune raison - quels que soient ses a priori idéologiques - que ce soit la génération actuelle de fonctionnaires qui paient une augmentation de la capitalisation de leur caisse de pension décidée par Berne. (cf ma note à ce propos:http://bit.ly/HnM8op)

2. Comme toute réflexion économique, celle sur la fonction publique doit mettre en regard les coûts et le service rendu. Que l'on mette tout à plat ne me dérange guère quand je connais les conditions de travail des infirmières et des sages-femmes ou quand je sais à quoi sont confrontés certains enseignants ou certains policiers. Mettons donc à plat, mais reconnaissons que dans certains postes mériteraient d'être créés !

3. Pour terminer sur les fonctionnaires, il faut également considérer de façon globale les comptes de l'État. L'accumulation de lois permettant diverses déductions fiscales a intentionnellement asséché les ressources de l'État et favorisé les plus nantis. Dans une perspective de décroissance soutenable (ou de sobriété heureuse), on peut admettre de baisser le salaires des fonctionnaires les mieux payés, mais il faudra nécessairement imposer sérieusement les hauts revenus.

4. En ce qui concerne les activités, j'ai listé celles qui me venaient à l'esprit en premier. Il va de soi que, dans une perspective de relocalisation nécessaire de la production (Lisez Latouche !), il faudra relancer une forme d'industrie au service de la population (qui renoncera par exemple à l'obsolescence programmée). Cela était inclu dans les domaines informatiques et mécaniques, par exemple... Les matières premières ? Effectivement, une partie devra être importée, mais l'essentiel devra nécessairement provenir du recyclage des matériaux (tiens, encore un autre secteur intéressant !). Quant à la balance commerciale, son examen recquiert toute notre attention, mais plus que l'équilibre, c'est la diminution progressive des inputs et des outputs qu'il faut viser !

PS: Il est assez facile d'opposer les théoriciens aux praticiens. Cela participe d'une forme de conservatisme (ceux qui ont pratiqué savent comment pratiquer et refusent $ cause de cela le changement proposé par les penseurs) qui ne correspond pas à ma vision idéale du libéralisme (il faut toujours expérimenter les idées intéressantes, quitte à se planter parfois). Pour info, Bernard Maris est également chef d'entreprise (Je vous laisse découvrir laquelle) et, personnellement, j'ai cofondé une coopérative, dont je participe toujours à l'administration, dont le modeste chiffre d'affaire de 200'000.- permet de verser quelques salaires à temps partiel !

Écrit par : Julien Nicolet | 25/04/2012

Franchement, je vous trouve très patient et l'esprit très pédagogue, pour tenter de convaincre une personne comme le P. Souaille.

Écrit par : Djinus | 25/04/2012

@Djinus: Cela fait partie du jeu... Ce n'est pas M. Souaille que j'essaie de convaincre - tâche vaine -, mais les lecteurs de ses propos!

Écrit par : Julien Nicolet | 25/04/2012

"Des professeurs d'économie qui n'ont jamais eu la responsabilité d'une entreprise, il y en a profusion, dans toutes les universités du monde ou presque. La plupart ont des avis extrêmement tranchés, mais qui n'ont jamais été mis en pratique nulle part sur ce qu'il faudrait faire..."

Tiens, je ne sais pas, mais ce commentaire me fait furieusement penser à son auteur. Grand donneur de leçons, qui sait mieux que quiconque ce dont l'humanité toute entière a besoin et bien sûr qui sait quelles sont LES solutions à TOUS les problèmes économiques et pataphysiques. On peut toujours compter sur lui pour défendre becs et ongles les multinationales. Une façon comme une autre de passer de l'internationale trotzkiste à l'internationale capitaliste et impérialiste.

Écrit par : Johann | 25/04/2012

"les pays producteurs n'ont pas pour autant vocation à nous en faire cadeau. Leur intérêt est bel et bien de nous les vendre le plus cher possible..."

Comme si - à part le pétrole peut-être, et encore - le contrôle des matières premières était dans les mains des pays producteurs et non des multinationales qui font flamber les prix à coup de spéculations...

Écrit par : Johann | 25/04/2012

Ils étaient où les pleurnicheurs lorsque disparaissaient tous les fleurons de l’industrie genevoise ?
En son temps pas une larme à tirer de ces bobos urbains qui se réjouissaient des départs de

Sécheron, Ateliers des Charmilles, Tavaro, Instruments de Physique, Usine de dégrossissage d’or, Ed.Laurens, Laboratoires Sauter, les Compteurs Gardy.

Ma liste est bien incomplète. J’ai fait mon deuil de ces sociétés qui furent les vedettes de la cote à la bourse de Genève.

Alors que Merck-Serono parte ! Je ne vais pas verser la moindre larme car j’estime que la ville en trop fait pour cette société qui ne mérite nullement de survivre comme le furent les pharmaceutiques américains Syntex et Upjohn qui n’avaient plus aucun produit nouveau dans le pipeline.

Écrit par : Hypolithe | 26/04/2012

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