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08/05/2012

Cinq bonnes raisons de soutenir la grève de la fonction publique du jeudi 10 mai (chapitre 2)

Les syndicats l'ont annoncé, les parents d'élèves ont reçu l'information, la fonction publique a lancé un mot d'ordre de grève pour l'après-midi de jeudi prochain.

Ce mini-mouvement (pudiquement appelé « débrayage » ou même « après-midi de discussion ») risque d'être pourtant l'objet de telles médisances d'une partie du public et des médias que de nombreux agents de la fonction publique hésiteraient à y participer.

Et pourtant, les enjeux sont colossaux !

Ne nous y trompons pas. Il ne s'agit pas (que) de défendre des acquis ou des positions favorables au revenu ou au bien-être des fonctionnaires. Non ! De cet embryon de lutte se dégagent cinq questions fondamentales dont les réponses devraient nous inciter à rejoindre ou à soutenir ce mouvement. Hier, nous avions traités les deux premières de ces questions, aujourd'hui, nous nous attaquons aux deux suivantes:


3. Quels rapports voulons-nous entretenir avec notre employeur ?

Tout le monde conspue, à juste titre, Merck Serono, qui licencie massivement malgré ses bénéfices. Rares sont ceux qui se demandent pourquoi l'État ne remplit pas ses engagements - en l'occurrence la grille d'annuité négociée il y a trois ans avec les représentants du personnel - quand bien même il continue à faire des bénéfices. De fait, le Grand Conseil a purement et simplement supprimé l'annuité 2012 et s'apprête à faire de même pour l'année prochaine... Et quand l'État méprises ses employés, il donne un signal très néfaste à tous les autres employeurs de la place...

Faire la grève, c'est dire NON aux patrons qui se dédisent sans raison et rappeler que l'État doit être un employeur exemplaire !


4. Quel État voulons-nous ?

Depuis 30 ans, la masse fiscale diminue au gré des allègements fiscaux qui profitent essentiellement aux grandes entreprises et aux plus aisés. De ce fait, l'argent pour mener à bien ses missions essentielles - formation, santé, aide sociale, sécurité, culture,... - vient à manquer cruellement et les mêmes qui luttent pour diminuer les impôts expliquent la bouche en cœur que l'État n'a plus les moyens de ses ambitions... Le plan financier quadriennal 2011-2014 prévoit donc des coupes insupportables dans des secteurs vitaux... et la droite s'apprête à s'attaquer aux timides mesures visant à faire entrer quelque argent...

Faire la grève, c'est dire NON à un État qui renonce aux ressources lui permettant d'accomplir ses missions essentielles !

Suite et fin demain !

Commentaires

Cette analyse (point 3) me semble un peu courte. Si l'on peut discuter du juste équilibre entre recettes et dépenses, il convient d'admettre que le ménage de l'Etat ne saurait se mesurer qu'en sa capacité à maintenir le revenu de ses collaborateurs et assurer des retraites futures qui, par le système actuel de primauté des prestations, ne peut que nous amener à la ruine.

Votre commentaire sur la renonciation à l'annuité servie aux fonctionnaires est par ailleurs réducteur et ignore que les charges salariales de la fonction publique n'impliquent pas que les budgets de l'année en cours mais ont vocation à durer et se reproduire au cours des années suivantes.

Le véritable enjeu devrait être compris comme étant : quelle économie et quelle structure de coûts étatiques voulons nous laisser à nos enfants ?

Soutenir ou appeler à la grève des fonctionnaires est-ce un moyen raisonnable de faire comprendre qu'ils ne sont pas privilégiés ou est-ce un moyen de se tirer une balle dans le pied ?

Écrit par : Pavédanslamare | 08/05/2012

Merci pour votre commentaire, Pavédanslamare, qui, malgré son anonymat, tranche singulièrement avec le déferlement de platitudes haineuses qui s'abat sur la fonction publique !
Quelques compléments qui devraient éclairer mon point de vue:
- La fonction publique n'est pas une vache sacrée, j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire. Cependant, je reste persuadé que les éléments qui doivent déterminer les bases du "ménage" de l'État sont avant tout ses missions essentielles et qu'il doit se donner les moyens de les accomplir. C'est ce que j'essaie de montrer dans le point 4.
- En ce qui concerne la caisse de retraite, j'y reviens demain dans le point 5. Je ne crois pas que le problème vienne de la primauté de prestations, mais bien du principe des retraites par capitalisation qui ne marche que lorsque la croissance est forte, ce qui risque de ne pas être le cas pendant longtemps. Paradoxalement, le financement mixte de la CIA, qui devrait la protéger, la plombe à cause des décisions aberrantes des chambres fédérales.
- En ce qui concerne l'annuité, je peux tout à fait imaginer un système où elle n'existe pas. Seulement, il ne faudrait pas la promettre. Or vous n'ignorez pas qu'elle est un des éléments du protocole d'accord signé il y a trois ans par l'État et les syndicat... Dès lors, il y a bien tromperie de la part de l'employeur.
- Entièrement d'accord avec vous sur la question de la pérennité de l'économie et de la structure des coûts étatiques que nous voulons laisser à nos enfants. C'est pour cela que je milite pour une réduction des écarts de salaire dans la fonction publique (l'État fait l'inverse) et une répartition des charges entre les générations, plutôt qu'une préservation des aînés sur le dos des plus jeunes. J'ai développé ces deux points dans mon billet précédent (http://bit.ly/IPIIPN)
- Pas convaincu par l'argument de la "balle dans le pied" ! Je crois qu'une fonction publique ne gagnera en estime qu'en étant digne et pugnace... et irréprochable dans l'accomplissement de ses missions. Sinon, toute manifestation de mécontentement, de quelque origine que ce soit, devrait être considérée comme un auto-goal, ce qui serait absurde dans un État démocratique.

Écrit par : Julien Nicolet | 08/05/2012

Tres franchement je suis tiraille...
D'un cote je me dis qu'effectivement l'Etat doit etre un employeur exemplaire et donc respecter ses engagements.
De l'autre, je pense que les fonctionnaires restent une tranche privilegiee de la population, si l'on se refere aux conditions de travail (salaire, horaire, securite de l'emploi, caisse de compensation, abonnement telephone, etc...).

En ce qui concerne les enseignants, je pense que la greve est totalement injustifiee et comprenez que les personnes qui travaillent dans le prive peuvent se sentir choque de voir des gens avec de telles conditions de travail, faire greve.

Je pense que ce debrayage va tout simplement davantage creuser le fosse entre prive et public et qu'il va raviver des tensions deja existantes....et j'en suis desole.

Écrit par : Bob | 09/05/2012

"Ne nous y trompons pas. Il ne s'agit pas (que) de défendre des acquis ou des positions favorables au revenu ou au bien-être des fonctionnaires. Non !"
-
Cher Julien (vu ce que vous nous coûtez avec vos amis fonctionnaires, le mot est fort à propos), vous ne manquez vraiment pas d'humour, n'avez-vous jamais pensé à faire un one-man show?

Écrit par : Vrai travailleur | 09/05/2012

@Bob: Je comprends votre point de vue, mais reste d'avis que, en matière de conditions de travail, c'est à l'Etat de donner le ton. S'il se met à élargir l'échelle des traitements, à renoncer à ses engagements ou à recourir à la sous-traitance, c'est donner un blanc-seing au privé pour faire pareil... et pire !
Renoncer à manifester son mécontentement lorsque les risques encourus sont faibles, serait un signal désastreux envers tous les salariés du privé qui s'engageront (je l'espère) dans des mouvements revendiquant des conditions de travail décentes !
@Vrai travailleur: On peut en effet considérer qu'une part importante de mon métier est de faire une sorte de one-man-show ! Je me donne plus en spectacle que Bigard, prétends être plus fin, mais pour un salaire plus modeste... Peut-être aurais-je dû adopter son ton pour vous inciter à découvrir la suite de mon billet... que vous n'avez manifestement pas lue, puisque vous ne la commentez pas.

Écrit par : Julien Nicolet | 09/05/2012

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