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16/05/2012

La Grèce, l'Euro et la Vache qui rit

Au printemps 1988, notre prof de grec revenait hilare de ses vacances pascales, avec carton rond surmonté de l'inscription Η Αγελάδα που Γελά : « C'est incroyable, j'ai trouvé de la Vache qui rit dans un magasin grec ! Grâce à son adhésion à la CEE, la Grèce devient européenne ! »retsinaPT.jpg

Vingt ans plus tard, plus personne ne s'étonne de voir les Grecs (pas plus d'ailleurs que les Portugais, les Polonais ou les Bulgares) se presser dans les rayons d' innombrables Carrefour ou Lidl pour y acheter des produits Danone, Unilever ou Nestlé, se meubler chez Ikea, s'habiller chez H&M et communiquer grâce à Nokia et à Orange. Au point qu'aujourd'hui, même les produits typiquement grecs comme la retsina, la feta ou le tzatziki sont distribués par des entreprises nord-européennes qui ramassent leur part du gâteau (ou de la spanakopita) au passage.

On peut regretter l'uniformisation des modes de vie européens et la standardisation des paysages urbains qui en résulte, on doit surtout s'interroger sur les rapports économiques qu'ont entretenus les prétendus partenaires européens au cours des 30 dernières années et sur leurs conséquences désastreuses:


On le sait, les pays riches, du nord-ouest européens, ont investi des milliards chez leurs voisins méridionaux et orientaux. Les budgets destinés au différents programmes de cohésion intereuropéenne atteignent en effet 300 milliards d'euros pour les années 2007-2013, versés par différents fonds structurels ad hoc. L'importance de ces montants génère aujourd'hui une forme de rancœur dans l'opinion publique des pays "donateurs", qui estime que ces fonds n'ont servi à rien puisque le320px-Attiki-odos1.jpgs pays "aidés" sont encore plus endettés aujourd'hui qu'il y a 30 ans.

Et pourtant, ces masses financières ne se sont pas évaporées... puisqu'elles ont permis à la Grèce (et aux autres pays bénéficiaires) de développer de magnifiques autoroutes sur lesquelles circulent des limousines allemandes et françaises, de faire construire par une entreprise allemande un aéroport flambant neuf ou par un consortium français un pont aussi cher qu'inutile et surtout... de créer des « joint-ventures » qui ont permis aux monstres européens du commerce de vendre aux descendants d'Hector et d'Agamemnon de la Vache qui Rit et des étagères Ivar.

Autrement dit, lorsqu'un euro d'aide européenne partait vers la Grèce, il revenait démultiplié par les programmes d'investissements ahurissants des dirigeants grecs, cautionnés par les instances européennes fort heureuses de bénéficier de retours sur investissements aussi importants.

Et pendant ce temps, aucun effort n'était entrepris pour stimuler l'économie locale, aux produits peut-être moins chatoyants, mais qui aurait maintenu des emplois et des savoir-faire sur le territoire national. Depuis plus de dix ans, la Grèce ne produit presque plus rien, les camionneurs que l'on croise sur les ferries de l'Adriatique reviennent en Italie presque tous à vide...

Faut-il que la Grèce sorte de l'euro ?

On le voit, les dés étaient suffisamment pipés pour que la population grecque, tôt ou tard, se retrouve coincée entre des eurocrates méprisants et des partis politiques clientélistes incapables de définir une politique économique durable et juste...

On pourrait se demander pourquoi les Français et les Allemands semblent aussi acharnés à maintenir la Grèce dans l'euro et se demander une nouvelle fois à qui le crime profite...

On pourrait se moquer des experts auto-proclamés qui annoncent la fin de l'Europe, ou l'impossibilité technique de faire sortir la Grèce de l'euro (après tout, la Slovénie est sortie du dinar yougoslave et l'Estonie du rouble soviétique dans la plus parfaite improvisation, sans réel dommage...)

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On pourrait espérer qu'un retour à une drachme qui connaîtrait une inévitable dévaluation serait un stimulus aussi violent qu'efficace pour relancer l'activité économique locale.

On doit surtout rappeler que l'essentiel n'est pas là. Il réside dans la définition des rapports économiques entre les pays européens. Euro ou pas, la Grèce ne doit pas rembourser des dettes qu'elle a plusieurs fois payées sous forme d'investissements hasardeux profitant uniquement aux entreprises françaises, allemandes, britanniques, autrichiennes ou suédoises et doit pouvoir redévelopper une économie endogène.

Dans ce sens, il faut se réjouir de l'inflexibilité du parti SYRIZA, qui, sans réclamer la sortie de l'euro, préfère une vacance temporaire du pouvoir à une participation dans un gouvernement qui accepterait les diktats insensés des riches européens.

22:55 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, grèce, économie |  Facebook | |

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