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06/11/2012

PLR: L'effroyable machination !

On savait que les Libéraux rêvaient d'un autre monde, plus injuste, où l'État serait recroquevillé sur ses fonctions policières et juridiques. On savait que, en fonction des époques, ce rêve séduisait parfois les nébuleuses radicales et démocrates-chrétiennes qui gravitent autour de ce trou noir de la politique, paroxysme du néant auto-proclamé - Je veux que l'État dont je suis le représentant disparaisse ! -, dont la force gravitationnelle est parfois capable de dévoyer certaines formes d'humanismes et d'altruismes.

Les idées brouillées par ce maëlstrom, nous faisions mine d'oublier que la réalité est souvent moins poétique et que, pour parvenir à leurs funestes desseins, les archontes PLR n'hésitent pas à jouer les satrapes de fantaisie en tentant d'accomoder Machiavel à la sauce locale.

On peut résumer la farce tragique que ces apprentis Basam-Damdu sont en train de nous jouer en sept actes dont le prochain dénouement nous confirmera que, une fois les masques tombés, se révèlent à nos yeux de mesquines faces cupides d'arrivistes sans scrupule.


Acte I: Décembre 2010, Palais Fédéral: Dans un grand élan de générosité envers leurs amis banquiers et bétonneurs, le PLR, secondé en l'occurence par tous les partis, décide de contraindre les caisses de pension publiques à augmenter leur taux de couverture. Autrement dit, à puiser dans l'argent publique (et dans la poche des fonctionnaires) pour combler le manque à gagner des instituts financiers en période de crise. On a déjà dit et tout le mal que nous pensions de cette aberrante décision.

Acte II: Décembre 2011, Salle du Grand Conseil: Dans une atmosphère de curée, le PLR propose des coupes budgétaires bien plus importantes que celles proposées par le Conseil d'État. À part le PS, aucun parti ne réagit, même sur la rupture des engagements de l'État-employeur envers ses employés. À l'évidence, un galop d'essai réussi pour un parti qui ambitionne déjà de transformer le législatif en chambre d'enregistrement de ses propres décisions.

Acte III: Septembre 2012, Dans la presse puis dans la rue: Arguant des mauvais résultats financiers (Qui vous disait que la capitalisation est un choix périlleux ?), le PLR semble découvrir qu'il faudra bien plus que prévu pour combler les trous béant créés par sa loi fédéral de 2010. Sans rougir, il propose de briser l'accord signé par le Conseil d'État et la fonction publique et de péjorer fortement les conditions de retraite dans la loi instituant la fusion de la CIA et de la CEH. Ses élus tiennent des propos inadmissibles sur la fonction publique et font croire qu'il est impossible que l'État rembourse lui-même la dette virtuelle qu'il a accumulée en ne payant qu'en partie ses cotisations employeurs. Le débat se brouille vite et se transforme en chambre d'accusation du personnel de l'État. Comme attendu, seul le PS propose des amendements et refuse le texte.

Acte IV: 20 septembre 2012, AG du SSP: Face à ce mauvais texte de loi, et en prenant sans doute à la légère les risques de péjoration encourus, le SSP décide de lancer le référendum contre la fusion des Caisses Publiques. L'unité syndicale se brise, à la plus grande satisfaction du PLR, qui entrevoit la possibilité de remettre une couche de mesures anti-fonctionnaires dans la nouvelle loi, rendue nécessaire par le droit fédéral (merci qui ?), en cas de refus de celle votée en septembre. Machiavélique ? Non, non. A ce moment là. seule une partie de la machination est visible...

Acte V: 11 octobre 2012, Salle du Grand Conseil: Le PLR parvient à faire renvoyer le projet de budget au Conseil d'État, empêchant ainsi la Commission des Finances de l'étudier et de l'amender au besoin. La mesure apparaît tout d'abord comme une saute d'humeur infantile. Il s'agit en tout cas à l'évidence d'un acte anti-démocratique (et pourtant légal), puisqu'il s'agit de soustraire à son cheminement normal une des tâches essentielles de notre parlement.

Acte VI: 5 novembre 2012, Conférence de Presse du PLR: Hors de toute institution démocratique, les représentants du parti convoquent la presse pour lui présenter ses solutions budgétaires (au contenu évidemment fortement anti-social et protecteur des plus riches, d'autres les ont analysées mieux que je ne le ferais). Le parti s'arroge ainsi le droit de court-circuiter les autres composantes de la vie politique locale en distillant hors débat démocratique ses scandaleuses propositions (parmi lesquels l'explosion de la taxe personnelle, forme moderne de la capitation de l'Ancien Régime).

Acte VII: 5 novembre 2012, studiogenève,plr,machination,manipulation,pierre weiss,budget,fusion,caisse de pension,grand conseil genevois de la RTS: Lors de l'émission Forum, Pierre Weiss, le Grand Timonier de la manoeuvre affirme benoîtement et sans sourciller que les exigences de sont parti sont "la condition pour que l'on puisse faire accepter par notre base la fusion des caisses de pension publiques". Chantage évident qui voit l'un des partis les plus influents de Genève admettre que sa position sur une question particulière dépend non pas de ses convictions, mais de de l'attitude des autres partis sur un sujet complétement différent. La boucle est bouclée, le PLR tient les citoyens dans sa nasse...

Que faire ?

Une fois que le roi est nu, il faut le reconnaître comme tel. Si ce modeste billet permet au lecteur de réaliser l'incroyable culot de ce parti dans sa quête effreinée de profits pour ses proches, il aura atteint son but. Car, tant dans la population que parmi les élu-e-s, on compte une majorité de gens pour qui le respect, l'honnêteté intellectuelle et la transparence des actions valent plus que la préservation d'une niche fiscale ou l'instauration d'une flat tax.

Rappelons-nous que ce parti ne compte "que" 31 députés (auquel il faut certainement ajouter les 9 UDC qui les suivront aveuglément sur les questions budgétaires). Rappelons-nous que, au sein même du PLR, certain-e-s, issu-e-s principalement de l'aile radicale, ne toléreront plus longtemps ces chantages et manipulations. Rappelons-nous que, si les Verts, le PS et le PDC s'entendent sur une politique budgétaire raisonnable, le PLR n'aura aucune façon d'imposer ses funestes idées.

Et rappelons-nous surtout que, dans moins d'une année, nous aurons l'occasion d'ajouter à la série en cours une nouvelle défaite cuisante à ces sous-Thatcher de comédie.

Commentaires

Si le PLR se sent bien représenté par Monsieur Weiss, son porte-voix qui, du haut de son minaret chrétien prie chaque jour (et parfois plus souvent) pour l'écrasement de la plèbe fonctionnaire, en plus de la plèbe tout court, la gauche devrait gagner beaucoup de voix ces temps-ci.
A condition qu'elle ne cesse de se couler systématiquement sur nombre de problèmes que sa cécité idéologique contraint de traiter selon les principes-mêmes qui devraient inspirer son action.

Écrit par : Mère-Grand | 07/11/2012

Après la révision de l'imposition des entreprises qui a entrainé un énorme transfert d'argent public vers le privé, voici le nouveau scandale, les caisse de pensions publics mises au pas ... avec les mêmes effets.

Avec l'acquiesement de la majorité de la population, qui manifestement ne comprend rien aux dessins des partis du centre-droits.

Écrit par : Djinus | 07/11/2012

D'après le nombre de commentaires de votre billet, les gens s'en f*, pardon, s'en moquent.

Écrit par : Mère-Grand | 14/11/2012

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