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16/12/2012

À propos de Depardieu, des fonctionnaires et des impôts

Les journaux nous apprennent donc qu'un acteur, dont le talent s'est progressivement effacé derrière l'obscénité de ses cachets et la grossièreté de ses frasques, s'est décidé à fuir son pays Néchain.jpgpour une riante bourgade frontalière belge (qu'on en juge sur la photo !).

Ce n'est évidemment ni la guerre, ni la peur de l'emprisonnement pour ses nobles idées qui l'ont transformé en réfugié d'outre-Quiévrain, mais les millions en jeu, avidemment convoités par le fisc français et, manifestement, encore plus chéris par leur détenteur, sans d'ailleurs qu'il n'ait jamais précisé l'usage qu'il comptait en faire. En effet, son train de vie parisien apparaissait suffisamment fastueux pour témoigner que le reliquat de l'avidité fiscale suffisait amplement à mener un train de vie honnête, loin du besoin et des soucis matériels.

Jusque-là, la ridicule vilenie du bonhomme semblait incontestable et l'adjectif "minable", employé par le premier ministre français, bien faible pour désigner pareil comportement.

Et voilà pourtant le ban et l'arrière-ban de la droite libérale de nous rechanter l'antienne du vampire fiscal français, qui assommerait les classes moyennes, sous-entendLouisXVI.jpgant à la fois que Depardieu en fait partie, et que sa fuite est encore plusestimable que celle de Louis XVI (qui, lui fut toutefois arrêté avant d'atteindre la Belgique...). Vous en trouverez quelques brillants exemples sur les réseaux sociaux, en particulier ceux relatifs à l'émission de la RTS "En ligne directe" qui traite de ce sujet lundi.

Au risque de briser quelques idées reçues, il faut rappeler que le système fiscal français, où seuls 46% des foyers paient de l'impôt sur le revenu et seuls 0,75% de l'impôt sur la fortune (tant décrié par les adorateurs de Sarcopé), est particulièrement juste sur le plan social et épargne largement la classe moyenne, qui, pour une grande part y échappe complètement ! On objectera que cette justice est amoindrie par un taux de TVA très élevé, particulièrement antisocial donc. Mais, à ce que je sache, ce n'est pas cela qui a fait fuir Depardieu, ce d'autant plus qu'il n'entend manifestement pas renoncer à fréquenter les commerces de son pays d'origine.

On remarquera aussi, avec un petit sourire, que les mêmes qui justifient que des ultra-riches se soustraient à la solidarité fiscale estiment que les employés de l'État sont outrageusement trop payés. La question de la juste rémunération ne pourra pas être traitée exhaustivement ici, mais on est tout de même en droit de se demander pourquoi une chanteuse peroxydée mérite des revenus quotidiens équivalents au salaire annuel d'une employée de l'Hospice Général, pourquoi un lippo-suceur mérite une meilleure rémunération qu'un fossoyeur et pourquoi un acteur faisandé peut se vanter de payer à lui seul plus d'impôts que 38 ans de budget de fonctionnement du Théâtre de Carouge ?

Un peu de cohérence donc ! Soit l'on estime avec les tenants du "moins d'impôt!" que la classe moyenne commence à 200'000 francs annuels pour se terminer à 5'000'000 et on adapte les salaires de la fonction publique en conséquence, soit on admet humblement que ceux qui gagnent trop pour simplement vivre, peuvent simplement partager un peu...

Commentaires

Partager un peu : 85 % d'impots. Vous êtes ridicule et vous le savez. Depardieu a déjà payé entre 145 et 185 millions d'euros. Peut-être a t-il envie de garder quelques sous pour lui plutôt que de voir sa fortune servir à donner des allocs à des feignasses dont la seule qualité est de voter socialiste ?

Écrit par : Géo | 17/12/2012

@Géo: Merci pour ce commentaire dont j'apprécie la pondération et la mesure. On pourrait commencer par contester le chiffre de 85%, évidemment sans aucun sens, dans un système qui taxe à 75% la part supérieure à 1 mio d'€ de revenus. On pourrait aussi se demander sur quels revenus les prétendus 145 mios (ou avez-vous lu 185 ?) auraient été payés. Le fait est que, comme je le dis dans la note, ce qui reste suffit amplement à Depardieu pour mener un train de vie outrageusement luxueux, en comparaison de celui des Français moyens.
Sans doute pourrait-on accuser le star système qui rémunère de façon obscène des acteurs sur le déclin. Sans doute pourrait-on accuser le bon peuple, qui continue à mordre au hameçon des navets de plus en plus consternants livrés par ce parangon de beauf.
Mais, dans une économie de marché, il est bien plus efficace de corriger les inégalités par la fiscalité que par des pressions sur les revenus. Dans ce sens, il n'est pas exagéré de taxer de façon forte (et 75% est à mon avis plutôt modéré) les revenus dont les bénéficiaires ne peuvent profiter tant ils sont éhontément élevés.

Écrit par : Julien Nicolet | 17/12/2012

Le problème est à la base, ces énormités de revenus! ça n'a plus de sens et les français et européens bien qu'ils ne puissent faire une initiative, seront contents d'apprendre qu'en mars 2013 les suisses pourront voter sur ce sujet....et que cela sera un grand OUI!
Tout le reste c'est du blabla... et plus personne n'y retrouve son chat!

Écrit par : Corélande | 17/12/2012

Soyons clairs, l'installation de Depardieu en Belgique est un non-événement !

Le fait que la presse et les médias hexagonaux en parlent en boucle permet de faire diversion. On se défausse sur un lampiste, bien que riche et célèbre, ou plutôt à cause de son image rabelaisienne qui identifie le personnage à la France.

C'est cette identification à la France qui rend cette affaire médiatique. Pensez, "un homme qui doit tout à sa Patrie" et qui déserte avec armes et bagages, sans état d'âme, quelle ingratitude tout de même ! Quel lyrisme !

Le gouvernement français a choisi de taxer davantage ses riches contribuables, par la voix du Président Hollande la France a dit aussi qu'elle n'aimait pas les riches. On ose espérer que ces propos exprimés et les décisions prises sur la fiscalité ont été mûrement réfléchies. Dès lors pourquoi donc faudrait-il s'étonner du départ de cette ex-icône ?

Dans cette affaire, Depardieu n'est qu'un bouc émissaire qui permet aux dirigeants français par médias interposés, de se défausser des véritables problèmes, au point d'en faire oublier le chômage qui croît, la dette publique qui se creuse, la balance commerciale déficitaire déficitaire à hauteur de 70 milliards d'€uros, le manque de compétitivité économique, les réformes institutionnelles attendues comme l'Arlésienne, celles des régimes de retraites des fonctionnaires, j'en passe et des meilleures ...

Dès lors chacun sait à quoi s'en tenir et les contribuables les premiers, eux qui ne sont pas captifs. Car émigrer est un droit que personne ne saurait leur contester, même au pays des Droits de l'Homme.

En traitant la décision de Depardieu de "minable", Ayrault ne s'est pas élevé, il a failli.

Les "exilés fiscaux", une expression ô combien péjorative pour qualifier ceux qui sauvegardent leurs intérêts, en toute légalité faut-il le rappeler ?

Quand donc la France s'attaquera-t-elle au fond du problème, plutôt que de gloser sur les effets ?
Le temps n’est-il pas encore venu de sortir du déni de réalité et de voir enfin la réalité en face ? Va-t-on continuer longtemps encore à casser des thermomètres en pensant couper la fièvre ?

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 17/12/2012

Jean d'Hôtaux a répondu sur l'essentiel pour moi. Mais il faut ajouter que Depardieu n'est pas qu'un acteur mais un propriétaire de restaurants et de domaines viticoles qui emploie plus de 80 personnes. Et c'est là que le bât blesse. Si l'Etat confisque l'essentiel de ses revenus, il est évident que l'avenir de ces entreprises est en jeu. Le programme des socialistes est simple : il faut détrousser les riches. Autrefois, ils les détroussaient et leur tranchaient la tête. Il y a progrès...

Écrit par : Géo | 17/12/2012

"Si l'Etat confisque l'essentiel de ses revenus, il est évident que l'avenir de ces entreprises est en jeu."

Pas du tout, ces entreprises, grâce au travail de leur salariés génèrent justement suffisamment de marge pour être très rentable et permettre à Depardieu de déclarer des revenus astronomiques. S'il n'est pas d'accord de s'acquitter de son dû, soit qu'il part et cède ses entreprises à quelqu'un qui sera plus citoyen. Il a également la possibilité de ne pas gagner autant en rémunérant un peu mieux ses employés ... Cirano l'en garde !

Écrit par : Djinus | 17/12/2012

Merci Djinius, pour cette réponse. Je ne l'aurais pas mieux exprimé.
Il y a en effet un autre mythe à casser, c'est celui des grands patrons pourvoyeurs d'emplois. En effet, ceux-ci sont pour la plupart des rentiers, qui recueillent de juteux bénéfices de leurs investissements sans rien créer. Ce sont les innovateurs et les formateurs qui créent de la richesse. Ceux-là ne sont jamais à la tête de grandes entreprises, mais soit dans des PME, soit dans les secteurs R&D des majors.
Le cas de Depardieu est à ce propos caricatural. En se payant des entreprises comme je m'offre des hôtels au Monopoly, il n'espère qu'en tirer une rente,... sur le dos de ceux qui produisent la richesse.

Écrit par : Julien Nicolet | 17/12/2012

Le fond du problème: c'est qu'on reproche à ceux qui émigrent (légalement) de faire de la place à ceux qui immigrent (illégalement). Quelle horreur!

Écrit par : petard | 17/12/2012

"... sur le dos de ceux qui produisent la richesse"

Si votre théorie néo-communiste tenait debout, les millions de chômeurs qui se glandent seraient au boulot et créeraient de la richesse, plutôt que de plumer les riches.

Écrit par : petard | 17/12/2012

Avec cette idéologie, il n'y a plus rien à discuter. Mais l'expérience a déjà été faite en URSS, en Chine, au Vietnam, en Corée et à Cuba. Sans oublier le Cambodge. Et de toute façon, les patrons issus du régime communiste sont bien pires que les patrons capitalistes envers les ouvriers.
Vous pouvez continuer de fantasmer sur ce merveilleux système tranquillement, cela ne mange pas de foin. Contrairement à vous...

Écrit par : Géo | 17/12/2012

@Petard et Géo: En ce qui concerne les ponctions des rentiers, vous pouvez croire qu'elles sont bénéfiques à l'économie, c'est juste faux. Je ne sais quelles sont vos références, mais manifestement vos compétences en sciences économiques sont plutôt limitées. Commencez par lire Bernard Maris et on reparlera ensuite du rapport rente/revenu du travail en relation avec la santé d'une économie.
Pour le reste, si je prends la peine de répondre, c'est surtout pour mettre en évidence une constante ressemblant à s'y méprendre au principe de Godwin (http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Godwin): dès qu'un contradicteur est à court d'argument face à un débatteur défendant un soupçon d'égalité, la discussion tend vers l'accusation de stalinisme. C'est évidemment grotesque (tout autant d'ailleurs que les insinuations xénophobes du premier commentaire de petard). Je n'ai jamais prétendu vouloir appliquer un système lénino-stalino-polpoto-kimilsungo-castriste. A vrai dire, mes références sont plutôt à chercher du côté des démocraties scandinaves, qui ont tout de même fait leurs preuves, non ? (En tout cas bien plus que les pantalonades Berlusco-sarkozystes que vous semblez défendre...)

Écrit par : Julien Nicolet | 17/12/2012

" vrai dire, mes références sont plutôt à chercher du côté des démocraties scandinaves, qui ont tout de même fait leurs preuves, non ? "

Les pays scandinaves ont opté pour les recettes libérales que veut aussi la droite suisse et que vous la gauche désaprouve sans cesse. Libéralisation des services publiques, privatisations, abolitions du statuts des fonctionnaire et fin de l'emploi à vie, relèvement de l'âge de la retraire etc...

Vous aimez le modèle scandinave que sur les avantages sociaux et non sur les raisons qui leur permet de les financer sans mettre en péril les comptes publiques.

D.J

Écrit par : D.J | 17/12/2012

"Autrefois, ils les détroussaient et leur tranchaient la tête. Il y a progrès..."

Et toujours le révisionnisme historique de géo, qui refuse d'apprendre ce qui ne confirme pas ses préjugés. Parce qu'évidemment les milliers et les milliers de morts des guerres napoléoniennes, de cet empereur qui s'est définitivement débarrassé des "détrousseurs" pour le compte de la bourgeoisie de l'époque, lui, il n'en a rien, mais absolument rien à faire.

L'idée des "détrousseurs" était que la vie des gens ne pouvait pas être mise en danger par ceux qui accaparaient la nourriture pour créer une pénurie et faire monter les prix. Pour eux le droit à la vie, à la nourriture primait le droit à la propriété. Et ceux qui mettaient en danger ce droit à la vie des gens du peuple avaient le droit de perdre la leur, de vie. Une sorte de légitime défense. Et on sait aussi comment ces "détrousseurs" ont fini. Mais ça monsieur géo, il s'en fiche, que lui importe la canaille! Et que les va-nu-pieds crèvent n'est-ce pas, si cela permet tous les jours l'enrichissement d'une "élite".

Écrit par : Johann | 17/12/2012

Xénophobie, vous avez dit xénophopie, que c'est vilain! C'est sûr que je n'allais pas vous servir un fil dans le sens du poil, M. le professeur. Parce que du haut de votre mètre d'enseignement humaniste, votre: "acteur faisandé", déployé ici, dépasse les bornes de la bienséance.
Quant à votre principe de Godwin, grand bien vous fasse d'en faire une interprétation à géographie variable lorsqu'elle sert à conforter vos idées embrumées.

Cependant, vos camarades "innovateurs et formateurs", ont-ils déjà essayé de monter une boîte, puis de créer des emplois sans un rond, juste avec leur génie? Génie Gégé l'a fait même en "faisan" le pitre.

Et j'en connaissais un autre, de la même veine "faisandée" qui l'a fait aussi: feu Aimé Pouly du Pain Paillasse. Sûr qu'il ne figure pas dans vos références.

Écrit par : petard | 17/12/2012

Il n'y a qu'en Europe qu'on puni le succès et glorifie les cas sociaux, dans moins de deux générations on aura atteint votre objectif: tous unis dans la misère, mais plus personne a taxer pour nous entretenir.

Écrit par : Eastwood | 17/12/2012

@DJ: Comme vous le voyez, mes références ne sont effectivement pas à chercher du côté des monstres stalinoïdes, mais des systèmes qui ont su, par la confiance et le sentiment d'appartenance qu'ils généraient, créer une cohésion sociale forte. C'est le cas des pays scandinaves, ça l'était évidemment plus dans les années 1980 qu'aujourd'hui. Je n'ai jamais été un forcené du statut de la fonction publique et ai toujours admis qu'on examine sereinement les compétences et l'investissement de ses acteurs. En revanche, les privatisation à la Thatcher, lorsqu'elles concernent des services publics, me hérissent, et les faits ont démontré qu'elles ont débouché in fine sur des baisses de prestation et des augmentation de prix.
@petard: Décidément votre agressivité vous aveugle et vous fait proférer quelques non-sens. OK pour dire que feu-l'ami du FN et des pains chewing-gum ne fait pas partie de mes références. Pour le reste, vous vous fourrez le doigt dans l'oeil jusqu'à la moëlle. Si vous me connaissiez mieux, vous auriez que je co-administre une société coopérative, que j'ai contribué à créer il y a 6 ans, qui génère de l'emploi et de la richesse, tout en n'ayant profité d'aucun soutien public (bien au contraire...) et eb étant partie sur un capital très modeste.
Quand à mes amis innovateurs ou formateurs, rassurez-vous pour eux, ils gèrent leurs PME avec l'enthousiasme de gens modestes quant à leurs ambitions financières et exigeants quant à la qualité de leur production... exactement l'inverse de l'acteur dont nous parlons...
@Eastwood: Libre à vous de préférez les systèmes hyper-inégalitaires ayant vogue au sud du Golfe Persique, en Corée du Sud ou même aux États-Unis. Je vous rappellerai juste qu'ils sont encore plus soumis aux turbulences de la finances que nous. Personnellement, je trouve que le modèle européen (en particulier avant Thatcher, Berlusconi, Merkel et Sarkozy) était effectivement plutôt une réussite. Cela fait 100 ans que l'ultra-droite nous prédit la misère "dans deux générations", la réalité, c'est que ça marchait bien jusqu'à ce que cette même droite aveugle, imbécile et anti-humaniste accède au pouvoir dans les années 80-90...

Écrit par : Julien Nicolet | 18/12/2012

@ Julien,

" C'est le cas des pays scandinaves, ça l'était évidemment plus dans les années 1980 qu'aujourd'hui. "

Modèle qui avait mené la Suède en faillite dans les années 90.

" Personnellement, je trouve que le modèle européen (en particulier avant Thatcher, Berlusconi, Merkel et Sarkozy) était effectivement plutôt une réussite. "

Pour l'Anglettere; je vous rappel aussi que Thatcher à hérité d'un pays tel que se trouve la Grèce aujourd'hui. Un pays en faillite et ruiné qui fut mis sous tutelle du FMI.

A part cela je sais bien que vous n'êtes pas stalinien puisque vous êtes ouvert au débat. Merci à vous.

D.J

Écrit par : D.J | 18/12/2012

@ Johann

" Pour eux le droit à la vie, à la nourriture primait le droit à la propriété. "

Les grandes famines furent là ou la propriété privée fut abolie et remplacé par l'agriculture selon le modèle soviétique notamment en Afrique et en Inde dans les année 60.

D.J

Écrit par : D.J | 18/12/2012

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