UA-74655322-1

27/01/2013

Pince-mi et Pince-moi sont dans une caisse de pension...

Une pincette, voilà le prosaïque ustensile que j'associe spince-a-linge.jpgpontanément à la campagne sur la nouvelle caisse de pension de l'État. Après plusieurs mois de débats, suite à l'absurde modification de la LPP de décembre 2010, après un référendum attisant les divisions syndicales, il faudra bien nous prononcer sur cette loi. De mon côté, ce sera un OUI résigné et frustré. Frustré de ne pas avoir à me prononcer sur les vraies questions portant sur notre système de retraite et frustré d'assister une fois de plus à un déchirement des forces progressistes causé par une droite qui risque une fois de plus de se mettre en retrait de la campagne. D'où la pincette...


Une pincette... ça pince

Certes, rien à voir avec les brodequins, la vierge de fer ou la gégène, il n'empêche qu'il n'y a rien d'agréable à se faire tenailler, même par un si frêle outil. Le plan de prévoyance proposé par la nouvelle caisse de pension, sans être objectivement insupportable, constitue une nette régression. Élévation de l'âge de la retraite, baisse des rentes, forte augmentation des cotisations, ajoutons à cela des mesures manifestement vexatoires et indignes, comme la forte diminution des rentes de veuve et d'orphelin.

On pourra toujours argumenter qu'une partie importante des employé-e-s du privé connaissent des conditions moins favorables, mais lorsqu'on se rappeKlamerki.JPGlle que l'État, en tant qu'employeur modèle, est généralement à l'avant-garde des progrès et des régressions, personne n'a de bonnes raisons de se réjouir du coût social de cette loi...

D'ailleurs, loin de ne pincer que les fonctionnaires, cette loi s'attaque également aux contribuables, puisque l'État doit également mettre des sommes importantes dans l'affaire...

Une pincette... ça permet de se boucher le nez

On accepterait avec résignation ces régressions si elles étaient proportionnées à l'évolution des conditions démographiques et économiques. On a d'ailleurs toujours admis que l'élevation constante de l'espérance de vie nécessite un ajustement du plan de prestations. On est même prêt à accepter - avec un regard critique toutefois - que la baisse des rendements boursiers implique une péjoration des conditions de retraites.

Malheureusement, ici, la part la plus importante - personne n'a pu me la chiffrer précisément ! - des baisses de prestations est directement liée aux nouvelles exigences fédérales, qui imposent une forte élévation des taux de couverture des caisses publiques.

Exigence absurde... nuisible même, puisqu'il s'agit de ponctionner une part importante des recettes de l'État pour les verser dans un pot inutile... et peut-être même percé. Ces milliards seraient bien mieux utilisés en investissements publics, mais les chambres fédérales ont décidé qu'ils devraient aller s'entasser dans les caisses de pension, à la merci des krach boursiers et des phénomènes inflationnistes.

J'ai cherché à comprendre les motivations des parlementaires genevois qui avaient voté une réforme plombant à ce point les finances publiques. J'ai reçu une réponse largement hors-sujet de la part de Martine Brunschwig-Graf, des invectives anti-fonctionnaires de la part de Luc Barthassat et ai eu l'occasion de développer un débat intéressant avec Antonio Hodgers, que je crois, avec l'aide d'autres partenaires, avoir (partiellement ?) convaincu du danger d'une recapitalisation excessive, surtout en des temps moroses financièrement.

Tout cela pour dire que, le carcan de cette loi fédérale imposant un plan de recapitalisation pour début 2014, le statu quo est malheureusement impossible et les conséquences d'un refus de la loi seraient impérativement l'élaboration d'une nouvelle loi, dont le contenu ne pourrait guère être plus favorable à la fonction publique et/ou aux contribuables, au vu de la composition du Grand Conseil, des exigences de la LPP et des conditions financières...

Sans compter que la tranche la plus réactionnaire du Grand Conseil (dont les partenaires au niveau fédéral ont justement voté la modification de la LPP...) ont déjà annoncé qu'ils tenteraient d'imposer des conditions encore plus vexatoires pour la fonction publique.

Nous sommes donc pris dans un toile. Tout mouvement fera empirer notre situation... Soldons donc les comptes en nous réjouissant d'éjecter, lors des prochaines élections ces Diafoirus de l'économie qui occupent les bancs de la droite parlementaire à Genève comme à Berne !

Une pincette... ça permet d'exposer le linge sale lavé en famille

Fotothek_df_roe-neg_0006415_001_Detail_einer_Wäscheklammer.jpgC'est devenu une spécialité, les forces de gauche s'écharpent sur des objets dont la droite devrait assumer la défense. On peut comprendre que le SSP, dont le référendum constitue une erreur à mes yeux, défende bec et ongle sa position, mais il est à espérer que les partis et associations progressistes usent de nuances dans leur défense d'un OUI résigné à une loi qui émane directement des rangs fédéraux et cantonaux de la droite fédérale.

Malheureusement, à ce que j'ai appris, le cartel intersyndical et les partis institutionnels de gauche s'apprêtent à s'investir bille en tête, avec force slogans réducteurs dans ce qui s'annonce être un énième remake de la bagarre au village des Gaulois à laquelle nous assistons régulièrement depuis quelques mois...

Laissons donc à la droite le soin de défendre une loi qu'elle a conçue toute seule, plutôt que de'afficher nos éternelles divisions. Que Pince-mi ou Pince-moi tombe du bateau, le résultat sera négatif pour toutes et tous !

Rappelons aussi que le moment le plus important de l'année citoyenne, ce n'est pas le 3 mars, mais le 6 octobre, date à laquelle la gauche devra nécessairement se présenter unie, si elle ne veut pas que les sièges perdus par le PLR et le PDC soient récupérés par le MCG.

Commentaires

Ne pouvant poster sur le profil de M. Decaillet, je vous expose ici ma vision des choses et, peut-être, une éventuelle réponse à votre question restée sans réponse.

Le problème de votre raisonnement, quant à l'inutilité de la couverture (qui devrait être de 100% de mon point de vue), c'est que vous considérez l'état comme pérenne. Partant de ce postulat, vous ne pouvez qu'arrivez à vos conclusions actuelles. L'état n'a rien de pérenne, c'est une fausse illusion, d'ailleurs, quelle garantie avez-vous pour l'affirmer ?

La prévoyance professionnelle des fonctionnaires n'a pas à être utilisée, par l'Etat ou qui que ce soit, pour d'autres fins que celle pour laquelle elle est constituée. Elle se doit donc d'être couverte à 100% sans quoi, en cas de chute, on assistera à une belle chaine de Ponzi.

Écrit par : Lustenberger Cédric | 30/01/2013

Merci, Cédric Lustenberger, pour votre commentaire. Effectivement, si vous considérez l'État comme une entreprise lambda, il faudrait une capitalisation à 100%. Partant du principe que l'État est pérenne (car sa vocation est de l'être tout de même, non, à moins d'imaginer un monde où l'action publique disparaitraît...), le système ne ressemble pas à une chaîne de Ponzi, car il n'y a pas d'effet démultiplicateur. Chaque assuré paie un peu pour lui et un peu pour les retraités. C'est une solution hybride entre la capitalisation (chacun paie pour soi) et la répartition (tout est redistribué).
Pour aller dans votre sens, j'avais relevé dans un note (http://bit.ly/NoWE1R) le fait qu'il est vraisemblable que l'augmentation du taux de couverture imposé soit fait dans le dessein de réduire la fonction publique. Car si le nombre d'employés venait à diminuer fortement, la partie "répartition" du système ne serait plus assurée.

Écrit par : Julien Nicolet | 30/01/2013

En fait, je pars du principe que rien n'est éternel, de ce fait, je ne peux concevoir un état pérenne, quel que soit sa vocation première. Vu la situation économique du monde et de l'Europe, je pense qu'on a la preuve que nos sociétés et nos gouvernements dépendent totalement du système financier, qui lui même ne repose sur plus rien et que, par conséquent, ils peuvent basculer du jour au lendemain, nous faisant par là même retourner 1 siècle en arrière.

Écrit par : Lustenberger Cédric | 30/01/2013

OK pour admettre que rien n'est éternel ! Mais dans ce cas, c'est le meilleur argument pour renoncer au système par capitalisation, qui parie justement sur le maintien éternelle des conditions actuelles (croissance économique, inflation quasi-nulle, état de paix,...). Le système par répartition, qui redistribue en permanence les cotisations est bien plus flexible et moins exposé aux aléas financiers.
C'est pourquoi un système de financement mixte, donc une couverture inférieure à 100%, est moins exposé aux risques économiques et financiers, et cela d'autant plus que l'objectif de couverture est bas.
Quand tout va bien, les deux systèmes sont équivalents pour les assurés. Quand tout va mal, la répartition évitent d'énormes pertes...

Écrit par : Julien Nicolet | 30/01/2013

C'est tout le problème de la finance mondiale actuelle. La majorité de l'argent scripturale étant indexée sur du vent, l'inflation et l'hyperinflation peut tout descendre d'un seul coup.

En ce sens, le risque est plus faible sur votre système de gestion, oui. Par contre, ce qui me gêne, personnellement, c'est que l'argent dû aux assurés n'est pas présent, on retombe dans les mêmes travers que le système bancaire qui est censé pouvoir rétrocéder l'argent qu'on lui a confié, n'importe quand, mais qui en est physiquement incapable puisque la couverture est insuffisante.

Pour ma part, la seule épargne valable, à mes yeux et à ce jour, avec la vision économique que j'ai de notre futur proche, c'est le métaux précieux puisqu'ils ne sont pas soumis à l'inflation eux. Je vais d'ailleurs faire sauter mon 3e pilier libre dans ce sens prochainement. Je n'ai absolument aucune confiance dans les marchés et encore moins dans l'argent papier.

Écrit par : Cédric Lustenberger | 30/01/2013

Les commentaires sont fermés.