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15/03/2013

Catalogue des idées reçues en politique locale - 1

En appendice à Bouvard et Pécuchet, Gustave Flaubert nous laissait un Dictionnaire des idées reçues, certainement inachevé, catalogue de clichés et de tournures rhétoriques vides de sens. Cent trente ans plus tard, nous devons malheureusement constater que, si le discours politique permet parfois la transmission de positions et d'arguments clairs, il est trop souvent parasité de formules toutes faites, sortes de raccourcis permettant aux orateurs de retomber sur leurs pieds sans avoir pris le risque d'émettre la moindre idée...

Dans le double but de nous amuser et de réfléchir à notre usage des mots dans le débat politique, nous proposerons quelques termes à fréquence irrégulière et les ajouterons, au fur et à mesure, dans une ébauche de catalogue.


Angélisme: Argument ultime contestant tout projet partant du principe que la convivialité, le respect et la bonne foi pourraient être des alternatives à la répression et la surveillance pour assurer le bien-vivre. Assez étonnamment, plutôt que de contester la vacuité de l'argument, ses victimes adoptent aussitôt une posture mettant en évidence leur dureté, voire leur inhumanité. (v. bisounours)

Exemple humide: "Je suis désolé d'avoir à doucher le bain d'angélisme dans lequel nous baignons depuis le début de ce débat, en rappelant deux ou trois choses qui me paraissent relativement importantes." (R. Gautier, 2008)

 

Autogoal: Conclusion d'un discours alambiqué visant à convaincre son adversaire que son projet sert l'inverse de ses intérêts. On notera au passage que l'usage du terme "autogoal" en est un en lui-même, puisqu'en défendant une position inverse à celle des ses adversaires et en suggérant que cette position sert leurs intérêts, on aboutit à la conclusion que l'on défend soi-même également une position contraire à ses intérêts. (v. Fausse bonne idée)

"En proposant au Parlement une surtaxe de 400% sur les premix et alcopops, le Conseil fédéral marque un magnifique autogoal." (Fédération suisse des spiritueux, 2003)


Classe moyenne: Contrairement aux autres, notre parti la défend vraiment. Classe sociale plutôt floue dont le revenu équivaut à celui de l'orateur (± 50%). Le néologisme classe moyenne supérieure a été introduit par ceux dont le revenu ne pouvait décemment pas être qualifié de "moyen". L'artifice consiste à faire entendre qu'il s'agit de la frange supérieure de la classe moyenne et non de la tranche supérieure à la classe moyenne.

"...un couple gagnant entre 150000 et 200000 F par an - à deux revenus, c'est quelque chose de tout à fait acceptable, c'est ce que l'on appelle la classe moyenne." (J.-R. Roulet, 2001)

"D'abord, je termine de répondre à Monsieur Pagani: non, je n'ai pas honte, car il est aussi de notre devoir de nous occuper de la classe moyenne dans ce canton !  Et cette classe moyenne a le droit, même si c'est une classe moyenne supérieure, d'avoir des logements..." (P.-L. Portier, 2003)

"Ceci touche la classe moyenne, voire moyenne supérieure, et c'est celles que l'ensemble de ce projet de loi vise." (J.-M. Gros, 2009)


Fausse bonne idée: Vraie bonne idée contre laquelle il n'y a que de vrais mauvais arguments.

"Il est important pour nous, aujourd'hui, de faire remarquer que cette initiative, qui est une fausse bonne idée, soulève néanmoins des problématiques intéressantes, comme celle du transfert modal qui est un enjeu vital pour notre canton..." (A. Hodgers, 2005) (v. autogoal)


Jeunesse: Doit se trouver au coeur de l'action politique, car elle constitue l'avenir de demain. Toujours considérée comme un ensemble uniorme, la jeunesse constitue dans les faits la victime systématique des politiques publiques et privées. Plans sociaux sans licenciements, droits acquis dans les réformes des systèmes de retraites, augmentation des taxes universitaires, la politique ne fait rien pour la jeunesse... qui le lui rend bien...


Transports (guerre des): Expression suggérant le plus souvent un état de paix des transports et une volonté de ses adversaires de revenir à un état antérieur plus conflictuel, d'où l'usage systématique des verbes "rallumer, ranimer, relancer ou rouvrir".

"Mais, Mesdames et Messieurs les députés, vous êtes bien inspirés d'ouvrir votre esprit à la concertation dans les zones, sinon vous risqueriez d'ouvrir à nouveau la guerre des transports, et vous savez bien que les capacités de nuisances et d'oppositions sont multiples et que si vous rouvrez la guerre des transports, il ne faudra ensuite pas venir nous demander de l'éteindre !" (M. Balestra, 2000)

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