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18/03/2013

Catalogue des idées reçues en politique locale - 2

En appendice à Bouvard et Pécuchet, Gustave Flaubert nous laissait un Dictionnaire des idées reçues, certainement inachevé, catalogue de clichés et de tournures rhétoriques vides de sens. Cent trente ans plus tard, nous devons malheureusement constater que, si le discours politique permet parfois la transmission de positions et d'arguments clairs, il est trop souvent parasité de formules toutes faites, sortes de raccourcis permettant aux orateurs de retomber sur leurs pieds sans avoir pris le risque d'émettre la moindre idée...

Dans le double but de nous amuser et de réfléchir à notre usage des mots dans le débat politique, nous proposerons quelques termes à fréquence irrégulière et les ajouterons, au fur et à mesure, dans une ébauche de catalogue.

 

Abstentionnisme: Fléau principal de la démocratie. Lutter avec la dernière énergie contre. Comment peut-on renoncer à un droit alors que certains risquent leur vie pour l'obtenir ? Mettre en cause ses adversaires, trop populistes ou trop éloignés des réalités populaires, ou les deux à la fois. Manifestement, alors que chacun s'accorde à trouver des causes politiques à l'abstentionnisme (dont le caractère massif pourrait pourtant être relativisé), les seules solutions qu'on y apporte sont d'ordre technique (vote par correspondance, internet,...)


Bisounours: Généralement utilisé, dans les milieux de gauche, pour stigmatiser ceux qui s'émeuvent de l'emploi de pratiques droitières dans la conduite du parti. S'emploie également à droite (syn. dans ce cas: angélisme)

"Tu souhaites que nous laissions la minorité du parti s'exprimer ? Mais la politique, ce n'est pas le monde des bisounours !" (membre du PSG, 2011)

 
Fédérer: Nécessité pour un "grand projet", qui se doit d'être "fédérateur". Permet de faire l'impasse sur la question de l'opportunité d'un projet pour mettre en évidence l'enthousiasme indispensable à sa réalisation et discréditer les inconvenants qui se permettraient de douter de sa pertinence. étym: Joueur de tennis au profil de gendre idéal aveuglement apprécié, sans considération pour ses nombreuses tares.

"L’utilité d’un préambule est à notre avis celui d’une colonne vertébrale. Le rôle est précisément de fédérer et d’intégrer." (M. Barde, 2010)


Genferei: Situation invraisemblablement ubuesque dans laquelle se retrouve parfois la République ou la ville. On notera que de pareilles situations se retrouvant dans toutes les démocraties (Neuchâtel ayant par exemple fait fort récemment en ce domaine), l'emploi du terme Genferei témoigne surtout de la particularité bien genevoise de croire sa ville unique dans ses particularités... y compris les plus ridicules...

"On ne voit pas très bien ce qu'il adviendrait de toute cette réforme du pouvoir judiciaire si, à compter du 1er janvier 2011, de nouveau - Genferei ultime ! - le seul canton à ne pas avoir pu faire le travail requis pour la mise en application de cette réforme continue à fonctionner dans le flou sans avoir achevé son travail." (V. Maitre, 2010)

 

PME: Nous les avons toujours défendues, car elles créent xx% des emplois (xx = 65% ± 25%) . (v. tabou). Étonnamment, tous les partis semblent les défendre et se targuer d'avoir de nombreux membres qui en ont créé, sans relever l'extrême diversité de leurs activités, de leurs tailles et surtout de leur utilité sociale. (v. tabou)

"Lorsqu'on parle de PME, le PDC répond toujours présent. Le PDC est là pour soutenir les PME. Et si on peut faire quelque chose pour rendre plus facile le travail des PME, eh bien il faut le faire !" (B. Buchs, 2012)

"En effet, vous nous avez toujours dit que 80% des emplois sont créés par les PMI et PME, par des gens qui ont eu le courage de se lancer dans une activité indépendante... Et Dieu sait si c'est difficile ! Pourquoi ? Parce que, la plupart du temps, les gens doivent investir leurs fonds propres..." (L. Bolay, 2004)

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