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21/06/2013

Veyrier, les fonctionnaires et les économistes de comptoir...

Effet d'annonce: La commune de Veyrier vient de liquider le statut de son personnel. "Archaïque", tel est l'unique argument utilisé par les fossoyeurs du statut de fonctionnaire qui prétendent sans doute désengluer leur "ville" des affres bolchéviques du XXe siècle genevois.

fonctionnaires_charb.jpgOr, dès lors que l'on parvient à s'extraire des arguments purement émotionnels, on peut se demander quels sont les raisons d'être des particularités du statut de fonctionnaire, à savoir une certaine sécurité de l'emploi (dont l'interprétation excessive nuit d'ailleurs à son crédit) et surtout une grille salariale fixe, publique et transparente.

Il n'est pas question de ressortir ici les arguments syndicaux mettant en évidence les avantages sociaux, voire psychologiques, de la sécurité de l'emploi, mais de montrer en quoi ces particularités sont nécessaires à une saine gestion des deniers publics.

On relèvera pour commencer que cette décision est un manifeste aveu de faiblesse des autorités veyrites. En effet, de deux choses l'unes:

- soit la fonction publique communale fonctionne sans problème, et cette décision inutile et vexatoire n'aurait donc pour but que de flatter les bas instincts populisants de l'électorat,

- soit les employés ne fournissent pas un travail satisfaisant, et c'est donc le Conseil Administratif qui admet ainsi son incapacité à créer des conditions de travail corrects et motivantes, sans devoir user de l'arme salariale... pas très brillant dans une petite commune où tous les employés devraient se connaître et travailler collégialement...

Mais ce qui frappe surtout, c'est cette aveuglante myopie consistant à croire qu'une collectivité publique se gère comme une PME et que c'est donc au "patron" de déterminer le niveau des salaires selon son bon plaisir. Les différences qui rendent ce fonctionnement impossible sont pourtant évidentes:

- Le circuit économique public est complètement différent. La commune n'a pas pour vocation de vendre des biens ou des services et donc ses autorités n'ont pas pour mission de redistribuer des plus-values réalisées par le travail de leurs employés. Cela semble pourtant évident: les revenus de la commune ne sont pas générés par la gestion du Conseil Administratif. Il n'a donc aucune légitimité économique à les redistribuer à sa guise.

- Si l'on peut relativement facilement calculer le rendement d'un carrossier ou d'une secrétaire médicale, on ne peut faire ce calcul pour un employé public, dont la mission première est d'assurer une bonne qualité de vie et de service à la population. Va-t-on donner un bonus à celui qui aura ramassé toutes les feuilles en deux heures ou à celui qui aura préféré ne pas faire fonctionner sa souffleuse sous les fenêtres de l'EMS et de l'école, quitte à perdre un peu de temps ?

- L'existence d'une grille salariale publique et transparente est avant tout une garantie pour le contribuable que l'argent de ses impôts n'est pas utilisé de façon arbitraire. La disparition progressive de ces grilles ou l'apparition de bonus et de malus rend non seulement la planification budgétaire impossible (Que faire par exemple, lorsque le budget ne permet pas d'attribuer à tous des bonus, même s'ils le "mériteraient" ?), mais donne des pouvoirs indus à l'autorité exécutive. A l'heure où l'on crée partout des Cours des Comptes, voilà de micro-collectivités publiques qui veulent s'arroger le droit de distribuer la manne fiscale sans en référer à la population, pourtant souveraine... Comment l'accepter ?

En bref, plutôt que de surfer sur la vague anti-fonctionnaire qui submerge notre canton, les autorités de Veyrier auraient mieux fait de se rappeler que, lorsque nous élisons un Maire, nous souhaitons qu'il administre intelligemment et humainement notre patelin et non qu'il rêve de se transformer en Père Noël... ou en Père Fouettard...

 

Commentaires

Merci pour votre coup de Gueule....

Ce que ces politiques ne voient pas c'est qu'en éliminant la fonction publique, il détruise le coeur des institutions, le noyau de notre communauté de destin, au bout du compte c'est un peu Veyrier qui s'étiole, et puis un peu du canton de Genève et puis un peu de la Confédération...et puis faudra venir vous plaindre que notre identité est en danger !!

....la fonction publique est au service du public , rien d'autre. elle est justement garante que les citoyens recevront un service équitable, payé par un impôt équitable... mais les ultra-libéraux pullulent encore partout, surfant sur un populisme crasse, sur la crise qui effraie..

une solution ???interdire les formations en MBA qui égrainent des dingues de la rentabilité aveugle, de la comptabilité analytique (alchimie dans laquelle il se perdent eux-même), de l'efficience à tout grain (bla-bla positiviste bien connu de tous aujourd'hui), du dogme ultra-libéral (ça suffit les fainéants et les glandeurs!), savent-ils eux-même de quoi ils parlent ?..tout n'est qu'argent.. pourquoi pas envoyer ceux déjà diplômé d'un MBA garder des chèvres dans les verts pâturages de nos montagnes pour les reconnectés avec eux-mêmes et leur égaux (et non pas leur égo !!).

Écrit par : Léon | 21/06/2013

Très surpris par votre billet qui se trompe manifestement d'époque (et de cible).

Premièrement, le texte veyrite a été accepté par tous les bords politiques. C'est déjà un gage que les droits de tous les employés communaux seront respectés.

Deuxièmement, à trop enfermer les fonctionnaires dans un cocon, on les coupe de la réalité et on ne crée pas les conditions d'un service optimal à la population.

N'avez-vous jamais affaire à l'administration ? Etes-vous toujours satisfait de la manière dont on répond à vos demandes et au ton avec lequel on s'adresse à vous ? N'avez-vous pas constaté que les autres cantons qui ont "injecté" un peu de "privé" dans d'anciens services étatiques (p.ex. certains offices de la circulation) ont pu se développer, mieux répondre à la demande du public et améliorer leur service ?

Beaucoup de fonctionnaires travaillent bien, avec soin et conscience professionnelle. Ils ont droit à notre respect et peuvent se réjouir de la démarche veyrite ; ils verront leurs efforts récompensés.

Quant à la "vague anti-fonctionnaires qui submerge notre canton" n'ayez crainte : loin d'être un tsunami, cette vaguelette ne sera jamais suffisamment forte pour briser toutes les digues de protection érigées par des hordes de fonctionnaires, caste surnuméraire et intouchable dont Genève, me semble-t-il, détient le record de Suisse par habitant !!

Écrit par : A. Piller | 22/06/2013

Et encore une fois des idées préconçues, de la désinformation, et pour cause, la grande TDG s'est totalement plantée (encore une fois)....

Pour information donc, Veyrier n'invente rien, pur ceux que je connais (et ce n'est pas tous) les employés de Bernex n'ont plus le statut de fonctionnaires deuis au moins 20 ans, ceux de Perly-Certoux ne l'ont jamais eu, ce sont pourtant des communes qui fonctionnent à merveille, et les employés sont heureux et serviables. On est loin de la "nouvelle vague" annoncée par la TDG, croyez-moi.

Maintenant comparons à d'autres communes qui elles ont gardé le statut de fonctionnaire, au hasard, Carouge. Eh bien vous m'excuserez mais c'est pas beau à voir, les salariés compétents n'y résistent pas plus de 5 ans et partent vers d'autres communes, sont traités comme de la m... sous prétexte que leurs statuts les "protègent" et ils n'ont droit à aucune considération. La Cour des comptes est en train de faire un joli rapport, à suivre

Et que dire de la grande Genève, dont Mme Salerno vante les mérites de la fonction publique, affirmant que personne ne veut toucher aux statuts, puisqu'elle est d'accord avec elle-même. :)

Plus sérieusement, moi je pense que c'est courageux comme décision, j'avais personnellement il y a quelque temps renoncé à mon statut de fonctionnaire pour voguer vers de nouveaux horizons, et je ne m'en porte que mieux. En effet rien à voir avec le statut, juste parce maintenant je travaille avec de vrais êtres humains, et c'est que du bonheur!

Écrit par : Maria | 22/06/2013

Merci pour vos commentaires. Les deux derniers sont particulièrement intéressants puisqu'ils sont l'illustration à la fois de ce que j'appelle arguments "purement émotionnels" (Sans compter que le premier reprend l'antienne de l'archaïsme, argument faible par excellence... -En quoi quelque chose d'archaïque serait-il mauvais, parce qu'archaïque ?-, consistant à considérer que, une (ou plusieurs) mauvaise expérience face à un fonctionnaire justifie toutes les vexations, sans se poser la question de leur pertinence ou, plus important, de leur applicabilité en matière de gestion publique.
Or c'est précisément ce second point que développe ma note et que vous n'abordez aucunement... Quelle raison économique ou juridique peut permettre à un Conseil Administratif de se comporter comme un chef d'entreprise, à savoir de distribuer des augmentations ou diminutions de salaire à sa guise. Evidemment aucune...
En ce qui concerne le "statut de fonctionnaire" prétendument disparu dans d'autres collectivités, cela rejoint ce que j'appelle "effet d'annonce". En effet, toute collectivité publique doit avoir un statut pour son personnel, ne serait-ce que parce qu'elle déroge à la Loi fédérale sur le Travail (Il y aurait d'ailleurs d'intéressantes enquêtes à mener à ce sujet). De fait, ce statut continue à subsister partout, mais ce sont deux des particularités saillantes de ce statut qui sont systématiquement mises en cause: La sécurité de l'emploi (et ma note n'aborde pas cette question, qui pourtant mérite de l'être) et les grilles salariales publiques, transparentes et applicables à toutes et tous. C'est ce second point que, en tant que contribuable, je ne supporterais pas de voir remplacé par l'arbitraire des autorités, en particulier dans des entités de la taille d'une commune où le clientélisme et le népotisme, même involontaires, sont inévitables tant les liens entre administrées et administrants sont étroits.

Écrit par : Julien Nicolet | 22/06/2013

ok alors que dire de "mauvais" employés (et ça existe dans le domaine privé et public) qui touchent toutes les années des majorations juste parce que c'est la grille salariale qui oblige l'employeur...

je ne dis pas qu'il ne faut pas de gardes fous, au contraire, mais de mon point de vue, je préfère que les élus du peuple puissent (ou non) décider de geler les salaires des employés qui ne donnent pas satisfaction,plutôt que de se retrouver dans la spirale infernale du protectionnisme extrême. Un bon employé serait ainsi reconnu, et c'est les élus CHOISIS PAR LE PEUPLE QUI PAIE qui en effet décideraient. Maintenant, quel que soie la méthode choisie, il y aura toujours des profiteurs, des victimes... mais ce serait un moindre mal. Donc oui l'argument existe!

De là à dire que ces commentaires sont purement émotionnels, c'est pas fair play, pas honnête... c'est de l'observation de base, rien de compliqué, prétendre ça c'est un jugement qui ne se base sur rien.

Aussi je reconnais que le débat se défend :) bonne journée ensoleillée!

Écrit par : Maria | 22/06/2013

Il est temps de supprimer totalement, et partout, le statut de fonctionnaire, rémunérer ces personnes au salaire au mérite, de contrôler leur temps de travail et leur efficacité. Il faut aussi les informer que, sans entreprises privées et employés du privé ils ne recevraient pas de salaire. C'est uniquement le privé qui subvient à leurs salaires ainsi qu'aux autres avantages (retraites, impôts, etc.)

Écrit par : Gedeon Teusmany | 25/06/2013

Merci Maria, pour votre commentaire. Aucun souci de ma part pour reconnaître que certains employés ne travaillent pas correctement. Simplement le constat qu'il vaudrait mieux un encadrement de qualité que du chantage au salaire ou au licenciement pour que le service s'améliore. En définitive, l'usager s'en fiche un peu de savoir que tel ou tel employé incapable n'aura pas d'annuité, ce dont il a besoin, c'est d'une fonction publique efficace...
Gedeon: Entièrement d'accord, ces fonctionnaires devraient même être exécutés en place publique tant il s'agit d'une caste, que dis-je d'une race, méprisable, inutile et cupide...
Plus sérieusement, on dit souvent que le meilleur moyen de démolir une cause et de la défendre avec de mauvais arguments... Votre commentaire en est la parfaite illustration...

Écrit par : Julien Nicolet | 25/06/2013

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