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27/06/2013

Mort aux PME !

38712775artisan-jpg.jpgRassurez-vous, mitonneurs de plats du jour, démêleurs de chignons, sarcleurs de parchets, soudeurs de cheneaux, ingénieurs civils, comptables, forgerons et artisans, ce n'est pas votre entreprise que je vise...

Bien au contraire, c'est leur défense que je prends en dénonçant l'abus de langage consistant à les regrouper dans un terme flou, "PME" dont l'usage permet surtout à d'autres entrepreneurs bien moins méritants que vous de bénéficier des faveurs et des louanges que la communauté devrait vous réserver.

Commençons par l'acronyme lui-même. Moi qui suis père de trois enfants, je réalise au quotidien qu'il n'y a aucune raison de jumuler les moyens avec les petits plutôt qu'avec les grands... Or là, il est incontestable que les "moyennes" entreprises (qui emploient tout de même jusqu'à 250 personnes, voire plus selon d'autres définitions...) profitent indûment du terme "petit" auquel elles se rattachent, alors que leur fonctionnement et leurs buts diffèrent complètement des vôtres.

Poursuivons en nous demandant l'intérêt qu'il y a à regrouper les entreprises par taille. Du point de vue politique, c'est évidemment une ficelle démagogique permettant aux candidats de se montrer sympathiques et soucieux du développement de l'économie locale. Qui d'ailleurs se permettrait de développer un discours critique sur les PME ?

Du point de vue économique, ce n'est pas si simple. Car, quand je dis "PME", vous imaginez aussitôt la menuiserie, le Café du Commerce ou l'horloger de votre quartier, mais vous oubliez le sous-traitant du fabricant d'armes, le pollueur de nappes phréatiques, l'évadeur fiscal et l'exploiteur de clandestins. Pour faire court, toutes les PME ne concourent pas également au bonheur des gens et à la qualité de leur environnement et les regrouper sous un même terme ne bénéfice en fait qu'aux brebis galeuses bien heureuses de se voir introduites ainsi dans la bergerie.

Un exemple manifeste de cet abus est l'engagement de l'USAM comme fer de lance du NON à l'initiative 1:12. Rappelons que l'USAM est précisément censée défendre les PME qui, dans leur immense majorité ne sont en rien concernées par la question des écarts salariaux, puisque leurs patrons, comme chacun le sait, ont plutôt de la peine à joindre les deux bouts. Comment peuvent-ils alors accepter que leurs cotisations partent pour mener un combat qui ne concerne que des méga-entreprises dont les valeurs et le fonctionnement sont inverses des leurs ?

Ce qu'il faudrait, une fois que chacun aura extirpé "PME" de son vocabulaire, c'est inventer un nouvel acronyme désignant les entreprises locales qui produisent de l'utilité sociale, qui respectent leurs employés et leurs clients, bref, font vivre notre ville et notre canton. Elles existent, elles sont nombreuses, et ne méritent pas qu'on les confonde avec les entreprises inutiles, nuisibles ou malhonnêtes qui, malheureusement, prolifèrent également sous nos cieux.

21/06/2013

Veyrier, les fonctionnaires et les économistes de comptoir...

Effet d'annonce: La commune de Veyrier vient de liquider le statut de son personnel. "Archaïque", tel est l'unique argument utilisé par les fossoyeurs du statut de fonctionnaire qui prétendent sans doute désengluer leur "ville" des affres bolchéviques du XXe siècle genevois.

fonctionnaires_charb.jpgOr, dès lors que l'on parvient à s'extraire des arguments purement émotionnels, on peut se demander quels sont les raisons d'être des particularités du statut de fonctionnaire, à savoir une certaine sécurité de l'emploi (dont l'interprétation excessive nuit d'ailleurs à son crédit) et surtout une grille salariale fixe, publique et transparente.

Il n'est pas question de ressortir ici les arguments syndicaux mettant en évidence les avantages sociaux, voire psychologiques, de la sécurité de l'emploi, mais de montrer en quoi ces particularités sont nécessaires à une saine gestion des deniers publics.

On relèvera pour commencer que cette décision est un manifeste aveu de faiblesse des autorités veyrites. En effet, de deux choses l'unes:

- soit la fonction publique communale fonctionne sans problème, et cette décision inutile et vexatoire n'aurait donc pour but que de flatter les bas instincts populisants de l'électorat,

- soit les employés ne fournissent pas un travail satisfaisant, et c'est donc le Conseil Administratif qui admet ainsi son incapacité à créer des conditions de travail corrects et motivantes, sans devoir user de l'arme salariale... pas très brillant dans une petite commune où tous les employés devraient se connaître et travailler collégialement...

Mais ce qui frappe surtout, c'est cette aveuglante myopie consistant à croire qu'une collectivité publique se gère comme une PME et que c'est donc au "patron" de déterminer le niveau des salaires selon son bon plaisir. Les différences qui rendent ce fonctionnement impossible sont pourtant évidentes:

- Le circuit économique public est complètement différent. La commune n'a pas pour vocation de vendre des biens ou des services et donc ses autorités n'ont pas pour mission de redistribuer des plus-values réalisées par le travail de leurs employés. Cela semble pourtant évident: les revenus de la commune ne sont pas générés par la gestion du Conseil Administratif. Il n'a donc aucune légitimité économique à les redistribuer à sa guise.

- Si l'on peut relativement facilement calculer le rendement d'un carrossier ou d'une secrétaire médicale, on ne peut faire ce calcul pour un employé public, dont la mission première est d'assurer une bonne qualité de vie et de service à la population. Va-t-on donner un bonus à celui qui aura ramassé toutes les feuilles en deux heures ou à celui qui aura préféré ne pas faire fonctionner sa souffleuse sous les fenêtres de l'EMS et de l'école, quitte à perdre un peu de temps ?

- L'existence d'une grille salariale publique et transparente est avant tout une garantie pour le contribuable que l'argent de ses impôts n'est pas utilisé de façon arbitraire. La disparition progressive de ces grilles ou l'apparition de bonus et de malus rend non seulement la planification budgétaire impossible (Que faire par exemple, lorsque le budget ne permet pas d'attribuer à tous des bonus, même s'ils le "mériteraient" ?), mais donne des pouvoirs indus à l'autorité exécutive. A l'heure où l'on crée partout des Cours des Comptes, voilà de micro-collectivités publiques qui veulent s'arroger le droit de distribuer la manne fiscale sans en référer à la population, pourtant souveraine... Comment l'accepter ?

En bref, plutôt que de surfer sur la vague anti-fonctionnaire qui submerge notre canton, les autorités de Veyrier auraient mieux fait de se rappeler que, lorsque nous élisons un Maire, nous souhaitons qu'il administre intelligemment et humainement notre patelin et non qu'il rêve de se transformer en Père Noël... ou en Père Fouettard...

 

19/06/2013

Le hold-up de la législature...

Les distraits croient volontiers que la dilapidation des finances publiques est une activité exclusivement pratiquée à gauche. Les événements récents nous donnent une fracassante démonstration de leur erreur.

Nous apprenons en effet que le parlement vaudois vient de "signer le plus gros chèque de son histoire" pour reprendre la formule du Courrier. 1440 millions, ce n'est effectivement pas rien... Surtout si l'on considère que cette somme ne financera ni un M3 à sustentation magnétique, ni une traversée du lac Lausanne-Evian, ni des JO à Château d'Oex, ni même une statue chryséléphantine du Général Guisan...

Non, il s'agit juste d'engraisser nos amis bétonneurs et leurs bras droits des milieux financiers... via une inutile recapitalisation de la caisse de pension de l'État (CPEV), quelques mois après que les Genevois ont été amenés à avaler la mcourrier.jpgême amère pilule.

Comment en effet résumer mieux la modification de la loi fédérale sur la prévoyance profesionnelle votée en décembre 2010 qui s'apparente de plus en plus au hold-up de la législature... qui va siphonner les finances publiques des cantons, l'un suivant l'autre...

Rappelons que la nouvelle loi contraint désormais les caisses publiques à atteindre un taux de couverture de 80%, contre 50% précédemment. Tout a été dit sur l'inutilité économique de ce changement, tout a été dit sur l'imbécillité consistant à tirer des plans à long terme (40 ans!) sur des paramètres aussi imprévisible que l'évolution des cours boursiers, de l'espérance de vie, du marché de l'immobilier,...

On peut donc se demander qui va bénéficier de cette soudaine manne. Et là, pas de surprise, cet afflux de capitaux vont contraindre les caisses à investir, pour le plus grand profit des banques qui prennent leur marge, des milieux boursiers (quand des centaines de millions arrivent, ça fait augmenter les cours...) et, surtout des milieux immobiliers. En effet, l'augmentation de la demande de biens immobiliers ne peut que faire monter les prix... au détriment évident des particuliers, qu'ils soient propriétaires ou locataires...

Pour l'anecdote, un délégué à la CIA me disait récemment, que, déjà en l'état, la concurrence entre caisses pour l'achat d'immeubles à Genève était terrible. On imagine ce qu'elle sera lorsque nos impôts les auront abreuvées de milliards inutiles...

Au moment de se demander qui a accepté d'assécher les collectivités au profit des bétonneurs et des banquiers, on ne feindra pas d'être supris... L'Abstimmungprotokol de ce moment-clé de la dernière législature fédérale nous confirme que la droite, largement aidée par les Verts, se sont unis pour signer ce scandaleux blanc-seing.

Au niveau de notre canton, il est troublant que constater que les deux parlementaires qui aspirent au Conseil d'État, soit Luc Barthassat et Antonio Hodgers, avaient accepté cette loi.

Connaissant les mérites et les qualités de ces candidats, je ne peux qu'imaginer qu'il s'agit d'une erreur d'appréciation de leur part. Il serait cependant heureux qu'ils aient l'occasion de s'en expliquer publiquement, ailleurs que lors de discussions à bâtons rompus sur un réseau social...

Car, après tout, leur vote aura eu un impact bien plus négatif sur nos finances que tous les prétendus gaspillages dénoncés à longueur de législature par une droite aussi arrogante que populiste.

22:46 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |