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28/08/2013

Armée: Comment se débarrasser de la charogne ?

Je dois confesser un manque de conviction face à l'initiative du GSsA sur l'abrogation de l'obligation de servir.armee2.jpg

Car enfin, si l'on ne peut que souhaiter l'abolition de cette dispendieuse mascarade qu'est l'armée suisse, doit-on nécessairement commencer par ce qu'elle a de moins haïssable, à savoir l'idée que chacun doit servir bénévolement la collectivité, à un moment de sa vie ?

Doit-on vraiment avancer pour seul argument que les jeunes n'ont pas "le temps" de jouer à servir, alors même que l'guerre.jpgon s'ingénie à imaginer des modèles de société où l'on ne serait plus obnubilés par la vitesse, l'appât du gain et l'obsession de l'efficacité ?

Alors vous me direz que l'armée est une vieille charogne dont l'inutilité et les nuisances sont de plus en plus évidentes, que l'obligation de servir ne concerne pas les femmes, et que plus de la moitié des hommes parviennent à s'en soustraire.

J'essaierai sans grande conviction de vous répondre que, malgré tout, une armée de citoyens vaudra toujours mieux qu'une armée de volontaires, fatras de têtes brûlées, de frustrés et de chefaillons.

Mais, au moment de voter, il me suffira de me rappeler les trois jours passés à la caserne de Berne, il y a 18 ans. Trois jours où j'ai été confronté à la laideur de l'uniforme, à la stupidité d'un système basé sur la valorisation des roquets, de la hiérarchie et des plus bas instincts, à la négation de la réflexion, à un étalage de bêtise, d'autoritarisme, d'ordres imbéciles, de virilité primaire, de fonds gaspillés, de nationalisme, de réveils au petit matin et de hurlements dans la cour de la caserne.

Trois jours qui m'ont suffi pour que je ne souhaite à personne pareille expérience et qui me convainquent de voter OUI à la suppression de l'obligation de servir.

16:34 Publié dans armée, Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | |

Commentaires

L'armée c'est comme les couilles, si tu remarques qu'il y en a plus que normal c'est qu'elles sont pas toutes à toi.

Il vaut mieux une armée du peuple qu'un peuple désarmé. Qui sait si nous ne sommes pas à la veille d'un gros boum avec les conneries des français qui veulent en découdre avec la Syrie alors qu'ils ne sont même pas capables de maintenir l'ordre à Marseille avec les mêmes abrutis fanatisés?

Voter non c'est comme de laisser aux autres le soin de dire qui juge quoi chez nous.
Non merci

Écrit par : SIMON DURANT | 28/08/2013

Autant je rêve d'un monde sans frontières, autant j'aurais peur de ne pas avoir une armée pour venir en aide aux habitants.

Vous avez le droit de détester l'ordre, les ordres, les uniformes, mais vous seriez bien marri le jour où personne ne viendrait pour aider à la suite d'une catastrophe naturelle.

Autant je refuse l'idée d'une armée guerrière, autant j'approuve le temps passé sous les drapeaux pour non pas aller tuer mais apprendre à obéir aux ordres d'un(e) chef(fe) capable.

Un pays sans armée, c'est utopique. Mais une armée de paix, c'est l'idéal! Remplacer les fusils par des charrues, troquer les cartouches contre des semences, échanger les baïonnettes pour des scies et apprendre à construire au lieu de détruire ou tuer.

Écrit par : Denise Park | 28/08/2013

Merci pour vos commentaires:
Denise, votre extrapolation sur ma haine des ordres et de l'ordre est erronée. Je suis convaincu de la nécessité d'une certaine organisation. Cependant, il se trouve que l'institution militaire substitue l'autoritarisme à la compétence et, surtout, cherche, par essence, à résoudre les conflits de façon violente. Il n'y a qu'à observer le ridicule (ou effarant) cérémonial de la remise du fusil aux recrues pour s'en convaincre.
Son utilité lors de catastrophes naturelles n'est pas liée à son statut de force militaire et, précisément, dans le second paragraphe, je défends l'idée d'un service bénévole à la communauté, qui pourrait s'inscrire dans une forme de protection civile. A titre personnel, j'ai toujours accepté de bonne grâce de faire de la PC, même si j'y ai trouvé des travers organisationnels similaires à l'armée (organisation pléthorique, gaspillage de ressource et de temps, hiérarchisation excessive,...).
En l'occurrence, l'armée suisse ne vient pas en aide aux habitants, elle pompe des ressources énormes, en APG et en temps humains, pour un service dérisoire qui pourrait être produit de façon bien plus efficiente par un corps civil.
Pour finir, non, un pays sans armée n'est pas une utopie, c'est une réalité, par exemple pour les Islandais, les Panaméens, les Mauriciens ou les Costa-Riciens.

Écrit par : Julien Nicolet | 28/08/2013

Il y a des bonnes et des mauvaises raisons d'être pour comme d'être contre cette initiative, ce qui pour une fois en effet ne rend pas la décision si simple.

Je suis contre le but ultime du GSsA à savoir la suppression de l'armée. Je pense qu'une armée repensée, fortement réduite, moderne et spécialisée est nécessaire. Evidemment ce n'est pas l'armée d'aujourd'hui, ni celle qui est préconisée avec le rapolsec 2010 qui pourra l'être. Mais peut-être celle qui est ébauchée par Pierre Maudet dans sa relecture du rapolsec. Définir d'abord clairement les missions, en déduire les besoins et construire une armée sur la base de ces besoins serait le juste chemin, plutôt que de partir du nombre d'hommes à disposition. (La fin ou les moyens: http://suissexpress.wordpress.com/2013/08/17/la-fin-ou-les-moyens/)

Et ça c'est à mon avis un très bon argument pour la suppression de l'obligation de servir.

Parmi les contre-arguments celui d'une armée de rambo en cas de milice volontaire ("malgré tout, une armée de citoyens vaudra toujours mieux qu'une armée de volontaires, fatras de têtes brûlées, de frustrés et de chefaillons") est une insulte envers les très nombreux officiers qui sont tout sauf des abrutis abreuvés de haine et de violence (j'en connais beaucoup et me considère moi-même comme quelqu'un de plutôt équilibré...) ainsi que les nombreuses femmes qui s'engagent.

Mais ton argument final n'est pas plus convainquant et beaucoup l'utiliseraient dans l'autre sens: je l'ai fait, ils n'ont qu'à le faire. En 18 ans, l'armée a aussi évolué, de même que ceux qui la constitue.

Les vrais arguments sont à mon avis beaucoup plus simple: il n'existe pas de bonne raison, ni sécuritaire, ni économique, ni sociale, ni de cohésion nationale pour maintenir l'obligation de servir.

Écrit par : christophe | 29/08/2013

Salut Christophe,

Mon but n'était évidemment pas de te blesser, toi, ni tous les autres (sous-)officiers équilibrés et pondérés que je connais et je t'adresse mes excuses si j'ai manqué la cible... Le fait qu'ils évoluent à leur aise dans cette armée et même que certains aient été volontaires pour grader reste à mes yeux une énigme. Car ma courte expérience, comme les innombrables faits que m'ont rapportés des proches me confirment la déliquescence continue d'une institution qui, de façon générale, perd tous ses repères et valorise la hiérarchie, l'obéissance et la force brutale.

Je peux comprendre que certains soient séduits par l'occasion de rompre leur train-train quotidien, de retrouver des camarades, de s'extraire des soucis familiaux ou de découvrir des nouveaux coins de pays, mais il n'empêche que ce qui fait le fond du fonctionnement militaire continue à me révulser et j'imagine que l'on ne peut apprécier cela que comme le fin gourmet se délecte de cervelas M-Budget au ketchup, en sachant pertinemment que c'est ignoble.

Car tu as raison, ce qui manque à notre armée depuis plus de 20 ans, c'est une mission autre que ses tâches logistiques civiles. Et c'est sur cette mission que s'attrapent le nez les spécialistes, militaires ou civils, qui posent comme préambule l'existence de l'armée avant de lui chercher une hypothétique raison d'être, lors même qu'il paraît de plus en plus évident que mettre autant de moyens pour défendre un territoire que personne ne convoite (De quand date la dernière attaque militaire contre un pays occidental ?) est un non-sens.

Au-delà des fonds gaspillés pour (mal) traiter un risque extrêmement faible (tout en accusant ceux qui demandent un peu de protection sociale de n'être pas assez "risquophiles"), il faut aussi envisager les risques réels que l'armée fait courir à la population. Ce que j'ai vu en Krajina croate à la fin des années 90 m'a définitivement convaincu du danger d'entretenir un corps militaire dans un pays fédéral.

Pour finir, ton allusion au SFA m'a rappelé d'autres mauvais souvenirs, de gars rassemblés dans des chambrées, accompagnateurs de camps de ski. Leur complaisance à raconter leurs exploits de caserne et leur goûts pour les blagues graveleuses m'avaient fait réaliser qu'un des pilier de l'armée est précisément son absence de mixité qui révèle ce que les chromosomes Y ont de plus bas...

Quant à la suggestion que j'aurais pu, au contraire, souhaiter à d'autres les mauvais moments que j'ai vécus, là, c'est à mon tour de me sentir insulté, car, pour avoir pareille idée, ne faut-il pas être animé par les sentiments de ceux qui, il y a quelques décennies répétaient que ce qui manquait à notre jeunesse, c'était une bonne guerre ?

J'espère avoir l'occasion de rediscuter de tout ça et de plein d'autres choses (sur lesquels nos avis divergent certainement moins) en 3 dimensions !

Amitiés

Julien

Écrit par : Julien Nicolet | 29/08/2013

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