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15/01/2014

Surdensité: Ne faisons pas mentir les chiffres !

Depuis quelques jours, d'inquiétantes affiches nous invitent à refuser la loi sur les zones de développement, au prétexte que Genève serait plus densément peuplée que d'autres villes suisses ou étrangères.

Les Genevois sont-ils plus entassés que les Zurichois ou même les Hong-Kongais ? Évidemment non, puisqu'il s'agit d'une manipulation statistique franchement malhonnête.

En effet, il se trouve que la commune de Genève est, suite aux aléas de l'histoire, particulièrement petite et que l'espace urbain déborde largement ses limites. Elle est en effedensités.pngt 5,5 fois plus petite que la commune de Zurich et même 2,6 fois plus petite que celle de Lausanne.

Les densités décroissant rapidement lorsqu'on s'éloigne du centre, il est dès lors évident que comparer la commune de Genève à d'autres communes de superficies singulièrement différentes n'a aucune valeur scientifique.

Ainsi, si l'on voulait sérieusement comparer Genève à Zurich, il faudrait prendre en compte dans le calcul les communes adjacentes à la ville. Si l'on inclut les communes contiguës et contiguës de contiguës* , on obtient une superficie comparable et une densité... légèrement plus faible ! (4209 hab/km2 contre 4333)

La manipulation est encore moins honnête en ce qui concerne les métropoles étrangères, puisqu'on habilement choisi des villes qui évoquent, par leurs gratte-ciel, de fortes densités, mais surtout dont la commune s'étend sur une superficie considérable. Londres est ainsi près de 100 fois plus étendue que Genève ! (New York 76, Hong Kong 70).

Ce sont d'ailleurs des communes qui se distinguent par un bâti très peu dense, à l'exception de leur quartier d'affaire, comme en témoignent les vues "Google street" suivantes: New York, Londres, Hong Kong. On pourrait leur opposer la ville de Paris, qui compte 21'000 hab/km2, soit le double de Genève... ou le Grand Genève, de superficie comparable à Londres, mais de densité 11 fois plus faible...

Cette erreur pourrait passer pour de l'inadvertance ou de la naïveté si la loi concernait principalement la commune de Genève. Or, comme les référendaires le reconnaissent par les exemples qu'ils présentent, les quartiers susceptibles d'être densifiés se trouvent presque tous dans les communes de la couronne suburbaine.

Alors, que faut-il faire de ce référendum qui reproche par ailleurs à raison l'emballement de la machine à croissance que les autorités continuent à alimenter ? Que faut-il faire de cette loi qui, en s'attaquant aux zones de développement, évite de poser la question qui fâche, à savoir celle de la densification de la zone villa ?

A titre personnel, je voterai la loi, sans grande conviction, persuadé que la voie de la densification est une des solutions aux pressions sur le logement évitant le grignotage des terres agricoles, mais regrettant que, une fois de plus, aucune politique raisonnable de développement économique n'accompagne ce qui est présenté comme une croissance inéluctable...

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* à savoir Pregny-Chambésy, Le Gd-Saconnex, Vernier, Lancy, Carouge, Veyrier, Chêne-Bougeries, Cologny, Bellevue, Meyrin, Onex, Plan-les-Ouates, Troinex, Thônex, Chêne-Bourg, Vandoeuvres, Collonges-Bellerive -  Satigny et Bernex ont été écartées vu leur très grande zone non bâtie.

Commentaires

J'abonde dans votre sens. Le sujet est évidemment très technique et il peut être difficile de faire la différence entre l'Indice d'Utilisation du Sol (IUS) et celui de densité (ID). L'avantage de ce dernier est d'avoir une définition claire et facilement applicable, ce qui n'est pas le cas de l'IUS. Au final, L'ID et l'IUS ne sont pas très différent en termes de volumes effectivment construits. Il n'est pas certain que la densité soit synonyme d'entassement. Par contre, il correspond à une meilleure utilisation du sol. La vraie cible que vise le référendum est la densification de la zone villa, que ses auteurs veulent éviter à tout prix. Or, la zone villa représente 45% de la zone constructible à GE, alors que moins de 10% de la population y vit...Si nous voulons maintenir le dynamisme de notre région en limitant les conséquences sur notre environnement, nous devons regrouper l'habitat, les zones d'activités et celles de loisir. Ce qui permettta de rendre plus efficients les transports publics.Au surplus, les personnes cherchant un logement n'auront plus besoin de s'expatrier dans le canton de VD, ce qui générera d'autant plus de recettes fiscales pour notre canton.
Le noeud du problème se situe plutôt dans la qualité de l'aménagement du territoire, mais cela aucun indice ne pourra jamais en tenir compte.

Écrit par : vertlib | 15/01/2014

Bonjour, merci pour ces précisions, je me doutais bien qu'il y avait anguille sous roche dans cette présentation des faits, mais il me manquait les chiffres que vous nous donnez là pour me convaincre de l'imposture. Au demeurant, auriez-vous l'obligeance de nous indiquer vos sources, en tout cas pour ce qui concerne les différents niveaux territoriaux de Genève + région?

Par ailleurs qu'entendez-vous concernant la question de la zone villa? N'est-il pas possible de déclasser des zones villas en zones de développement lorsque leur situation semble rendre leur densification souhaitable (soit intercalées entre des zones urbaines plus denses, soit placées le long d'axes de transports importants)?

Écrit par : Mikhail Ivanovic | 15/01/2014

Votre article n'est pas clair. Vous commencez par dénoncer en gras l'imposture des chiffres. Vous terminez en annonçant votre presque réticence à accepter le principe que vous défendez si fort et vous suggérez un développement économique raisonnable ce qui ne veut rien dire.
Et puis je lis le nom de votre blog : La fin des haricots ou le début décroissant ? Je comprends le point d'interrogation...
Alors c'est quoi le message ?
- cessons de croitre ?
- développons l'offre de logements ?
- développons l'économie en paralèlle ?
- supprimons les zones villas ?
- densifions le territoire, mais en zone périférique ?
- sauvons la zone agricole ?
- c'est quoi une politique raisonnable de développement économique ?

Écrit par : Pierre Jenni | 15/01/2014

Merci pour vos commentaires.
Mes sources:
- pour les communes et cantons suisses: Office Fédéral de la Statistique
http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/01/02/blank/key/raeumliche_verteilung/kantone__gemeinden.Document.67224.xls
et
http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/02/03/blank/data/gemeindedaten.Document.87942.xls
- pour les estimations pour le Grand Genève: http://www.grand-geneve.org/grand-geneve/le-territoire/chiffres-cles
- pour les autres villes étrangères: leur article de Wikipedia.

En ce qui concerne les zones villa, oui il est possible de les déclasser, et c'est bien cela qui fait peur à certains propriétaire. Mais ce processus est excessivement long, ce qui justifie d'ailleurs la préférence pour les déclassements agricoles... (De l'aveu même de Mark Müller, alors qu'il était Conseiller d'État)
C'est bien pour cela qu'il conviendrait de mettre en place un système incitant à densifier les propriétaires de villas, qui occupent effectivement la moitié de la zone habitable. Je reviendrai bientôt sur le dispositif que j'imaginerais...

Écrit par : Julien Nicolet | 15/01/2014

Pierre Jenni: Comment pouvez-vous affirmer qu'un "développement économique raisonnable" est une aberration ?
Au contraire, il me semble important d'affirmer la capacité et la volonté du corps politique de maîtriser son économie. Reste à trouver un consensus sur cette maîtrise.
De mon point de vue, tant au niveau local (mitage du territoire, nuisances croissantes,...) qu'au niveau global (déplétion des ressources, évolution démographique, croissance des inégalités,...), il est illusoire de croire à une croissance économique continue et infinie. Il s'agit donc de l'accepter et de créer les conditions les meilleures pour encaisser le choc d'une future décroissance.
Et là, soit on ne fait rien, ou pas grand chose, et ça se passera mal... Soit on construit une société qui réussira à se répartir de façon équilibrée les fruits de sa production, à toutes les échelles. Vaste programme, certes, mais incontournable à terme.
J'espère que ces quelques lignes auront éclairci à la fois ma position sur la loi, l'argumentaire fallacieux des référendaires et ma position sur les enjeux économiques à plus ou moins long terme...

Écrit par : Julien Nicolet | 15/01/2014

Qui parle d'aberration ? Je pose simplement des questions pour tenter de comprendre votre note.

La croissance maîtrisée, le développement durable, la prospérité pour tous, ce sont des axes de ma campagne pour le CE. Je vous encourage à jeter un oeil si ça vous intéresse. Par exemple :

www.pierrejenni.ch/page/18-lat-densification-et-exode-chez-les-voisins

www.pierrejenni.ch/page/19-croissance-decroissance-croissance-zero

www.pierrejenni.ch/page/58-chomage-et-solidarite

Écrit par : Pierre Jenni | 16/01/2014

"La croissance maîtrisée, le développement durable, la prospérité pour tous, ce sont des axes de ma campagne pour le CE."

Voeux pieux.

Quant aux statistiques, on leur fait dire ce qu'on veut. Les uns comme les autres.
Si on souhaite une décroissance, la réponse au référendum est non.

Écrit par : Johann | 16/01/2014

Comme vous l’avez vous-même constaté, certaines communes (comme celle de Genève) sont presque entièrement urbanisées alors que d’autres (comme Lausanne ou Zürich) ne le sont que partiellement. Ces dernières englobent également de grandes zones non-bâties (zone forestières, agricoles ou autres). Mais le fait est que Genève, si on ne tient compte que du tissu bâti, reste la ville la plus dense de Suisse, loin devant les autres Big Six (Lausanne, Berne, Bâle, Zurich et Winterthur).

En ne tenant compte que du tissu bâti (qui inclut les zones industrielles, les rues, les installations ferroviaires ou portuaires, etc.), on arrive aux densités suivantes (calcul d’après sources OFS):


Genève (13202 hab./km2)
Carouge (8891 hab./km2)
Vevey (8622 hab./km2)
Onex (8193 hab./km2)
Bâle (7959 hab./km2)
Renens (7258 hab./km2)
Chêne-Bourg (7194 hab./km2)
Lausanne (7013 hab./km2)
Zurich (6924 hab./km2)
Lancy (6842 hab./km2)
Prilly (6459 hab./km2)
Chavannes-près-Renens (6452 hab./km2)
Vernier (6162 hab./km2)
Ostermundigen BE (6158 hab./km2)
Fribourg (6058 hab./km2)
Lucerne (5638 hab./km2)
Neuenhof AG (5545 hab./km2)
Berne (5406 hab./km2)
Bienne (5351 hab./km2)
Pully (5285 hab./km2)
Morges (5264 hab./km2)
Thalwil ZH (5207 hab./km2)
Nyon (5205 hab./km2)
Neuchâtel (5204 hab./km2)
Dietikon ZH (5178 hab./km2)
Allschwil BL (5134 hab./km2)
Birsfelden BL (5049 hab./km2)
La Tour-de-Peilz (5027 hab./km2)
Thônex (5008 hab./km2)

Mais attention! Non seulement, je n’ai pas écrit ce commentaire pour dire qu’il faille arrêter de densifier Genève, bien au contraire. J’ai surtout tendance à penser que les autres villes devraient faire beaucoup plus dans le sens d’une plus grande densification.

Écrit par : Marco | 17/01/2014

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