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25/01/2014

Gastrovaud et le PLR, nouveaux apôtres de la malbouffe ?

Grand moment d'hypocrisie gatronomique samedi soir sur Forum, lorsque Gilles Meystre, président de Gastrovaud et conseiller communal lausannois PLR est venu s'attaquer à l'initiative sur l'alimentation que les Verts entendent lancer ce printemps.

1402-Ballamanchevaldossier.jpgCar, comme il semblait trop indécent que la tête pensante des marmitons vaudois s'indigne d'un texte qui n'a pour but que de protéger la qualité des aliments importés et d'assurer que leurs conditions de production soient analogues à celles rencontrées en Suisse, notre chef-taulier n'a pu broder que sur trois arguments... pour finir par s'y empêtrer complètement...

- L'initiative diminuerait l'offre et imposerait des normes non désirées par les Suisses. Certes, certains poulets industriels et haricots récoltés par des esclaves disparaîtraient des commerces. S'en désoler au nom du libre choix, c'est non seulement apporter son soutien implicite à ces pratiques, mais c'est aussi dénier à l'État son rôle de contrôleur du commerce. On se réjouit d'apprendre que, au nom de cette même liberté de choix, nos idéologues culinairo-PLR demanderont bientôt la réintroduction des isolations à l'amiante ou l'abolition de l'expertise périodique des automobiles...

- L'initiative renchérirait le coût de l'alimentation: Se lançant dans une périlleuse défense des sous-produits low-cost peu compatible avec la noble image de sa profession, il a surtout oublié de mentionner que si l'on veut se nourrir à bon marché, il faut surtout cuisiner soi-même de bons produits, plutôt que d'aller ingurgiter les indigestes plats du jour hors de prix de certains de ses collègues. Il a également oublié de rappeler que, contrairement aux idées reçues, l'alimentation n'a jamais pesé aussi peu dans le budget des ménages (6,8% en 2011) et que, lorsque l'on aura supprimé des étals les côtelettes et les bananes de la honte, l'éventuel surcoût alimentaire pourra facilement être absorbé par une diminution de notre consommation de produits carnés, par exemple. Non, ce qui fait exploser nos budgets, par les temps qui courent, ce sont nos assurances et nos logements, sujets sur lesquels le PLR n'est guère disert, si ce n'est pour soutenir ceux qui tiennent le couteau par le manche...

- Il y a déjà assez d'initiatives lancées sur la question alimentaire: Voilà, voilà... Nous avons donc affaire à un homme politique qui regrette que certains débats aient lieu, au prétexte que d'autres se tiennent également. Deux hypothèses: Soit il s'agit d'une étrange catégorie de politicien pour qui l'échange d'idées et la consultation populaire ne servent à rien dans la conduite d'une démocratie, soit il lui est soudainement apparu, que face à cette pertinente question, il se retrouvait coincé entre ses vraies valeurs et celles que sa profession est censée défendre... Et ce n'est pas à son honneur !

15/01/2014

Surdensité: Ne faisons pas mentir les chiffres !

Depuis quelques jours, d'inquiétantes affiches nous invitent à refuser la loi sur les zones de développement, au prétexte que Genève serait plus densément peuplée que d'autres villes suisses ou étrangères.

Les Genevois sont-ils plus entassés que les Zurichois ou même les Hong-Kongais ? Évidemment non, puisqu'il s'agit d'une manipulation statistique franchement malhonnête.

En effet, il se trouve que la commune de Genève est, suite aux aléas de l'histoire, particulièrement petite et que l'espace urbain déborde largement ses limites. Elle est en effedensités.pngt 5,5 fois plus petite que la commune de Zurich et même 2,6 fois plus petite que celle de Lausanne.

Les densités décroissant rapidement lorsqu'on s'éloigne du centre, il est dès lors évident que comparer la commune de Genève à d'autres communes de superficies singulièrement différentes n'a aucune valeur scientifique.

Ainsi, si l'on voulait sérieusement comparer Genève à Zurich, il faudrait prendre en compte dans le calcul les communes adjacentes à la ville. Si l'on inclut les communes contiguës et contiguës de contiguës* , on obtient une superficie comparable et une densité... légèrement plus faible ! (4209 hab/km2 contre 4333)

La manipulation est encore moins honnête en ce qui concerne les métropoles étrangères, puisqu'on habilement choisi des villes qui évoquent, par leurs gratte-ciel, de fortes densités, mais surtout dont la commune s'étend sur une superficie considérable. Londres est ainsi près de 100 fois plus étendue que Genève ! (New York 76, Hong Kong 70).

Ce sont d'ailleurs des communes qui se distinguent par un bâti très peu dense, à l'exception de leur quartier d'affaire, comme en témoignent les vues "Google street" suivantes: New York, Londres, Hong Kong. On pourrait leur opposer la ville de Paris, qui compte 21'000 hab/km2, soit le double de Genève... ou le Grand Genève, de superficie comparable à Londres, mais de densité 11 fois plus faible...

Cette erreur pourrait passer pour de l'inadvertance ou de la naïveté si la loi concernait principalement la commune de Genève. Or, comme les référendaires le reconnaissent par les exemples qu'ils présentent, les quartiers susceptibles d'être densifiés se trouvent presque tous dans les communes de la couronne suburbaine.

Alors, que faut-il faire de ce référendum qui reproche par ailleurs à raison l'emballement de la machine à croissance que les autorités continuent à alimenter ? Que faut-il faire de cette loi qui, en s'attaquant aux zones de développement, évite de poser la question qui fâche, à savoir celle de la densification de la zone villa ?

A titre personnel, je voterai la loi, sans grande conviction, persuadé que la voie de la densification est une des solutions aux pressions sur le logement évitant le grignotage des terres agricoles, mais regrettant que, une fois de plus, aucune politique raisonnable de développement économique n'accompagne ce qui est présenté comme une croissance inéluctable...

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* à savoir Pregny-Chambésy, Le Gd-Saconnex, Vernier, Lancy, Carouge, Veyrier, Chêne-Bougeries, Cologny, Bellevue, Meyrin, Onex, Plan-les-Ouates, Troinex, Thônex, Chêne-Bourg, Vandoeuvres, Collonges-Bellerive -  Satigny et Bernex ont été écartées vu leur très grande zone non bâtie.