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28/02/2014

L'Europe, Erasmus et le Sbrinz

Même aux heures les plus tendues de la guerre froide, les chercheurs et les Universités se faisaient un point d'honneur à construire l'image d'une science universelle et émancipatrice, qui ne connaissait pas les frontières. Nous savions par exemple que les seuls ressortissants du bloc de l'Est qui pouvaient espérer obtenir des visas pour nous rendre visite étaient certains sportifs et certains scientifiques.

Black recherche 2.jpgNous avons grandi, imprégnés de cette idée, sans doute d'ailleurs largement mythifiée, puisqu'il est également vrai, dès que les scientifiques découvrent ou inventent quelque chose, leurs pays (parfois d'adoption) semblent prêts à s'entre déchirer pour en identifier une hypothétique paternité unique et nationale.

Si l'on peut comprendre le courroux européen suite au 9 février, et à la décision incroyablement prématurée de ne pas faire ratifier l'accord de libre-circulation avec la Croatie, le choix de la première mesure de rétorsion semble gravement dommageable, tant pour notre pays que pour l'entier de l'Union.

En bloquant les accords de collaboration universitaire, l'UE renforce son image de monstre technocratique, qui ramène à des effets de commerce toute activité humaine, de la production de choucroute à la recherche scientifique. Cela est extrêmement grave, car cela risque d'entériner la disparition des valeurs humanistes fondamentales de la construction européenne, valeurs essentielles à rappeler et à entretenir dans un continent sur le point de se déchirer, à nouveau, sous le poids des nationalistes et des commerçants.

Ce faisant, elle s'attaque sans doute à la partie de la population, en Suisse comme dans l'UE, la plus convaincue de la pertinence du projet européen. Le vote du 9 février le montre clairement, ce sont dans les villes, et principalement les villes universitaires, que le rejet de l'initiative de l'UDC a été le plus net. Les retraités des vallées obwaldiennes ou jurassiennes qui ont accepté le texte ne mesurent sans doute pas la portée du blocage d'Horizon 2020, ... et les universitaires suisses et européens ne peuvent que s'interroger sur la clairvoyance scientifiques de commissaires politiques qui viennent les empêcher de travailler.

A Bruxelles, j'aurais volontiers plaidé pour le décuplement des taxes d'importation sur le Sbrinz ou les vaches sculptées, j'aurais imaginé des mesures vexatovache.jpgires et dilatoires pour les envois postaux ou le trafic des poids-lourds, j'aurais augmenté le prix du transit des hydrocarbures à destination de la Suisse, bref, tout ce qui relève d'une vraie concurrence inter-étatique. Tout, sauf la recherche scientifique.

En agissant ainsi, il faut craindre que Bruxelles et Strasbourg ne s'aliènent les quelques citoyens encore prêts à faire le pari de la construction commune, cela à quelques semaines des élections. Malheureusement, on peut anticiper sans risque que le vote des déçus de l'UE se porte sur les formations les plus nationalistes et démagogues plutôt que sur les rares partis qui continuent à rêver d'une Europe qui soit autre chose qu'un vaste centre commercial...


08:36 Publié dans Europe, Science | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | |

Commentaires

Tout à fait d'accord avec vous! L'UE a perdu une occasion de se taire…

Écrit par : jmo | 28/02/2014

Pourquoi parlez-vous de mesures de rétorsion comme le font les commentateurs du café du commerce, alors qu'il s'agit d'une conséquence - comprenez corollaire - inéluctable du refus par le Conseil fédéral de l'accord de libre circulation avec la Croatie?
Conséquence que le CF n'ignorait nullement puisqu'il en avait été informé par Bruxelles avant sa décision, sachant que le renouvellement des accords Erasmus et Horizon 2020 était en cours de négociation.

Refus d'autant plus injustifié que l'initiative de l'UDC accordait trois ans au CF pour en formuler les modalités d'application et les négocier avec l'UE. Ce qu'attendait cette dernière avant de décider quoi que ce soit.

La ligne rouge Croate (et non pas le vote du 9 février, dont Bruxelles avait pris acte) ayant été franchie par la Suisse, il lui appartient désormais de revenir sur sa décision, ce qui réglera ipso-facto les accords Erasmus et Horizon 2020.

Écrit par : J.-C. Heritier | 28/02/2014

@JMO.
Au contraire. C'est le Conseil fédéral qui a perdu une occasion de se taire.
A lui de réparer les suites de sa boulette. Et vite.
Bruxelles ne peut en rien être tenue pour responsable de la politique helvétique. Trop facile de se défausser !

Écrit par : J.-C. Heritier | 28/02/2014

C'est ou l'UE ou nos droit démocratique, à voir venir !

On va pas en faire un fromage !

Écrit par : Corto | 01/03/2014

Où l'on voit la gauche se faire l'alliée objective de l'extrême droite. CQFD.

Écrit par : Déblogueur | 01/03/2014

Y a t-il un pilote dans l'avion ??

Écrit par : Corto | 01/03/2014

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