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19/03/2014

Pédophilie: Ne nous laissons pas abuser !

L'initiative sur les pédophiles mise au voix le 18 mai prochain est un exemple (parmi d'autres) de ce que la Constitution suisse permet de pire en matière d'usage de droits démocratiques.

En effet, alors que, dans l'idéal, on rêverait que ce soit la tête qui motive les initiants et les électeurs, il est fort probable que nos concitoyens votent avec leurs tripes, qui, comme chacun sait, sont plus proches de l'entrejambe que du cerveau... et ce également en ce qui concerne leurs capacités cognitives.

Et voilà donc que, flirtant sur quelques faits divers particulièrement révoltants, usant jusqu'à la corde la bonne conscience lénifiante du Suisse moyen, et même la peur de passer pour un défenseur des criminels publics n°1 (ou pire encore, pour un des leurs), un quarteron de bachotteurs aux motivations diverses nous propose un texte bourré de défauts et d'inepties, que nous refuserons sans état d'âme.

Car, si la volonté d'empêcher des violeurs de travailler avec des enfants est louable, elle ne justifie pas les graves distorsions du droit et du bon sens que nous imposerait cette initiative.

Pour faire bref, on rappellera tout d'abord que le parlement a récemment considérablement renforcé le Code Pénal dans ce sens, au point qu'on peine à trouver les failles dans la législation actuelle, désormais largement suffisante pour atteindre les buts annoncés des initiants, qui n'ont cependant pas retiré leur texte.

Le vote ne porte donc plus que sur les mesures qui ne sont pas contenues dans le renforcement du code pénal et dont l'application se révélerait très problématique en pratique, comme en logique:

- Une définition vague du forfait visé: Entre le violeur récidiviste et le couple d'amoureux de 17 et 15 ans, l'application de la sanction serait la même puisqu'il s'agit de punir sans distinction et sans nuance "quiconque est condamné pour avoir porté atteinte à l’intégrité sexuelle d’un enfant". Aberrant, évidemment !

- Une sanction définitive et sans voie de recours: Le mot "définitivement" figurant dans l'article constitutionnel présenté, il ne laisse aucune marge d'appréciation au juge, ni, surtout, aucune voie de recours possible, quel que soit le forfait et les perspectives de changement de comportement du condamné. C'est une grave atteinte au droit international et au principe universel qui veut que l'on mesure le développement d'une société à l'impartialité de sa justice et au respect du droit des accusés.

- Un impact important sur les associations œuvrant bénévolement: L'étendue de l'interdiction aux activités bénévoles pourrait avoir une conséquence pour le moins gênante. En effet, s'il n'est pas précisé explicitement à qui revient la responsabilité de vérifier la virginité du casier judiciaire du bénévole, il semble évident que se satisfaire de sa bonne foi est insuffisant. On doit donc logiquement s'attendre à ce que tous les organisateurs de pédibus, de sorties dans la nature, de service de repas aux cantines scolaires se voient contraints d'exiger un extrait de casier judiciaire de chacun des nombreux bénévoles œuvrant dans ces activités pourtant capitales dans la cohésion sociale d'un village ou d'un quartier, cohésion dont l'absence est d'ailleurs un facteur incitant aux délits pédophiles et inhibant leur dénonciation.

- Une efficacité nulle: On le sait, la plupart des actes pédophiles sont commis dans l'entourage immédiat de l'enfant. Membres de la famille, voisins, connaissances des parents sont dans la plupart des cas coupables de ces actes. Non que certains professionnels de l'enfance ne soient pas susceptibles d'en commettre, mais que les circonstances les rendent bien plus malaisés dans le cadre professionnel et associatif qu'à l'intérieur des ménages. En se trompant de cible, on se donne la trompeuse impression de lutter efficacement contre un fléau qui mérite un combat ciblé et raisonné.

Voilà pourquoi, loin de l'hystérie contre-productive d'une marche dont la blancheur brunit dangereusement avec le temps, il est important que les citoyen-ne-s raisonnables et responsables se mobilisent longtemps à l'avance pour s'opposer à un texte plus dangereux qu'il n'y paraît pour nos institutions judiciaires et notre vie associative.

Deux mois ne seront pas de trop pour convaincre notre entourage de ne pas se laisser abuser !

Commentaires

Très bon article, qui explique bien les enjeux: bravo!

Écrit par : Diego Esteban | 21/03/2014

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