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14/05/2014

Un océan de colza... pour nourrir nos voitures !

En déplacement dans la Beauce, je m'attendais à voir des milliers d'hectares de céréales. J'y ai trouvé des étendues jaunes presque à l'infini... comme chez nous où, depuis quelques années, les surfaces consacrées à la culture du colza ont fortement augmenté.

Colza, Chancy, Genève, SuisseLes photographes et les promeneurs s'en réjouissent, mais s'interrogent. Les Européens seraient-ils pris d'une frénésie d'huile à salade ?

La réalité est un peu plus inquiétante, puisqu'un rapport de l'IFPEN (ex-Institut Français du pétrole), nous révèle que près des deux tiers des surfaces de colza en Europe sont utilisées pour la production d'un agrocarburant mal nommé "biodiesel".

En croisant cette information avec les données de la FAO, on réalise rapidement que plus de 5 millions d'hectares de terres européennes sont consacrées au colza-carburant, soit environ 5 fois la surface agricole utile de la Suisse !

Et pourtant, cet usage massif du sol européen ne permet de fournir que 5% du diesel (à l'exclusion donc des autres carburants et combustibles) consommé en Europe.

On se trouve donc face à un exemple représentatif des désastres causés par une approche purement technique des problèmes environnementaux:


- Le pétrole est non renouvelable ?

Fabriquons du pétrole renouvelable !

- Ces agrocarburants nécessitent des intrants chimiques polluants entrent en concurrence avec l'alimentation ?

Développons des filières innovantes "de deuxième génération" basées sur les déchets agricoles ou des plantes robustes poussant là où il est impossible de cultiver des aliments.

Mais, loin de ces réflexions, les acteurs économiques ont vite réalisé qu'il était plus rentable de nourrir les réservoirs que les estomacs et qu'il est bien plus aisé et profitable de cultiver du colza sur des terres riches que du jatropha dans le désert. La "deuxième génération" se rencontre donc bien plus souvent dans des rapports ou des conférences que dans nos réservoirs !

En attendant, le cours du maïs (utilisé massivement aux États-Unis pour produire de l'éthanol-carburant) explose et affame les Mexicains les plus démunis, et une marée jaune inonde chaque année les terres européennes, entamant progressivement nos capacités de produire notre propre alimentation et justifiant l'importation de denrées agricoles provenant d'autres continents...

Commentaires

Là où ça devient très intéressant (mais hélas très triste), c'est de mesurer l'énergie grise nécessaire pour obtenir ce biodiesel: coût en fabrication des machines agricoles (on est très loin de l'auguste geste du semeur), coût en produits chimiques (engrais, fongicides, pesticides), en eau (le colza réclame de l'eau), en ressources humaines (ce ne sont pas des machines automatiques sans pilote), et surtout, surtout : le gaspillage et la perte d'une énorme quantité de matières qui auraient pu être cultivées dans l'optique de fabriquer de la protéine destinée à la consommation humaine.

Et je conclus en acquiesçant avec une mine sombre à votre dernier paragraphe : oui, on est importateurs de denrées agricoles d'autres continents, et qui plus est : de denrées agricoles hors saison.

Ce sont des pétrodenrées. Il suffit de les renifler, elles n'ont ni parfum, ni odeur. C'est fade.

Écrit par : Keren Dispa | 14/05/2014

Merci Keren, pour ces compléments.
Pour toute personne intéressée à un approfondissement de la question, je suggère la lecture de l'excellent bouquin de Fabrice Nicolino: La faim, la bagnole, le blé et nous. (http://www.fayard.fr/la-faim-la-bagnole-le-ble-et-nous-9782213634623)
Fidèle à son habitude, il nous propose un enquête fouillée sur les mécanismes économiques et politiques qui ont mené à la promotion d'une fausse solution dont les conséquences sont désastreuses.
Sur les bilans écologiques des agrocarburants, on trouve plusieurs études dont la comparaison montre surtout les marges d'erreurs importantes liées aux différentes méthodologies, mais également l'impact important de l'usage de ces carburants sur les cours des matières premières, sur la déforestation, la monoculture et la concentration des terres agricoles.

Écrit par : Julien Nicolet | 14/05/2014

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