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15/01/2015

Rire, réfléchir, douter... et rire encore

Pas facile de reprendre la plume... Pas facile, après avoir réalisé progressivement l'ampleur du massacre de ceux qui venaient chaque semaine rendre visite à ma boîte aux lettres, de ceux dont les bouquins forment une part significative de ma bibliothèque. Bernard Maris, bien sûr, mais aussi Charb, Tignous et Honoré... et Fabrice Nicolino qui a la chance de n'être "que blessé"... et tous les autres...

Pas facile non plus de trouver sa place entre les extatiques et les désillusionnés, les dénonciateurs et les opportunistes, lorsqu'il apparaît impossible de donner un sens aux événements, aux informations qui nous assaillent depuis huit jours.

Une fois la poussière et les décombres évacués, que reste-t-il ? Un pays uni (mais est-ce vraiment le cas ?) dans la défense d'une idée très vague: "Il faut être d'accord sur les conditions qui nous permettent d'exprimer nos désaccords". Cela paraît absurde. C'est en fait capital.

Car, une opinion, mon opinion par exemple, ne mérite d'être communiquée, publiée, que si j'accepte en la publiant, qu'elle soit discutée, critiquée ou réfutée. Ce faisant, j'accepte également l'idée de changer d'avis si les discours d'autrui me semblent plus convaincants que le mien. Réfléchir est essentiellement une activité dynamique qui doit être aiguillonné en permanence par le doute. Ce que je pense est toujours approximatif, mérite toujours des ajustements, et parfois la mise au rebut.

Si je refuse ce jeu, il ne sert à rien d'émettre un discours, à moins d'avoir les moyens coercitifs de l'imposer aux autres. Et là, on sort du champ du débat pour entrer dans celui de la certitude, du dogme, imposé à autrui par tant de dictatures et de religions.

Les débats des derniers jours permettent de tracer une ligne assez nette entre ceux qui se cherchent, ceux qui débattent et ceux qui affirment, se vexent, invectivent parfois celui qui n'aurait pas utilisé le bon slogan, qui aurait fait alliance avec un hypocrite ou qui aurait produit un dessin trop lénifiant ou trop agressif...

Ces dogmes sont bien évidemment les fondements de la plupart des religions (Rappelons au passage que le catholicisme comme l'islam imposent à leur fidèle de réciter un credo, une chahada), mais également de théories du complot qui ne supportent pas la réfutabilité, par des sophismes assez subtils: "Si tu mets en doute ce que je dis, c'est bien la preuve que j'ai raison."

Cela ne signifie évidemment pas que la parole des hommes d'église (ou de mosquée ou de synagogue) relayée ces derniers jours ait été dogmatique, mais simplement que, en s'exprimant, ils ont abandonné une partie de leur défroque pour revêtir l'habit du philosophe, qui sied d'ailleurs bien mieux à la plupart d'entre eux.

Dans ce contexte, la place de l'humour est essentielle. Par essence, le décalage opéré par un trait d'humour génère un choc, une remise en question. Si je suis capable de l'accepter, d'en rire - quand bien même la plaisanterie peut sembler plate ou douteuse -, c'est que je suis du côté de l'opinion. Si je me vexe, si j'ai des envies de meurtres - au sens propre, parfois - c'est que je suis du côté du dogme.

On devrait - mais je suis prêt à admettre que vous pensiez le contraire - soumettre chacune de nos idées au test du rire. Suis-je prêt à voir cette opinion tournée en dérision, suis-je prêt à assumer qu'on la caricature ou même qu'on l'outrage ? Si ce n'est pas le cas, je devrais la garder pour moi, elle devrait restée confinée dans ma sphère privée.

Sans doute cette hommage aux humoristes est-il un peu plat, sans doute son titre vous promettait une plus franche poilade. J'en suis vraiment désolé, et, pour me faire pardonner, je vous propose un petit dessin de Stef paru dans le GHI en 2012, année où nous avions semé un peu d'émois en boycottant les activités de l'Escalade dans le cycle ou je travaille. Malgré sa maladresse quant à nos revendications supposées (nous luttions pour que les moyens nécessaires à l'éducation soit voté dans le budget 2013), il nous avait bien fait rigoler.

Escalade, Drize, boycott


Commentaires

Je vous ai lu une première fois et je me suis dit : "Tiens, il est capable de se remettre en question !"
Et puis j'ai cherché cette remise en question dans vos différentes prises de position. Je n'ai jamais trouvé cette place que vous laissez aujourd'hui au doute.
Pour faire passer le message, vous prônez le test de l'humour. Pourquoi pas ?
Mais là, à mon tour de douter. Ultimement, face à notre échéance à tous, tout peut prêter à rire et les camps disparaissent.
Or, vous êtes labellisé. Par choix de vie, vous défendez une couleur, le vert, qui se traduit essentiellement dans le respect de l'environnement et son cortège d'actions pour un monde durable et une gestion des ressources renouvelables. C'est bien, c'est noble, mais ça reste une posture avec son lot d'idéologies discutables qui n'a pas grand chose à voir avec l'humour.
Alors, oui, j'ai bien aimé votre aveu, mais je ne puis m'empêcher de penser qu'il ne sera pas vraiment suivi d'effets et qu'il ne vous permettra pas de remettre en question vos fondements et vos conclusions.
Mais c'est un bon début.

Écrit par : Pierre Jenni | 20/01/2015

Ouh la la. Je vais essayer de troquer ma défroque de grand inquisiteur contre celle d'apôtre de la zététique. Je concède volontiers qu'il m'arrive d'asséner mes opinions avec assurance, il n'empêche qu'elles sont toujours (me semble-t-il) le produit éphémère d'une réflexion en cours d'élaboration. Cela ne signifie pas que je change d'avis avec le vent - certaines de mes opinions m'accompagnent depuis 4 décennies... -, mais que je crois accepter l'idée qu'on les remette en question et d'en débattre.
En ce qui concerne l'humour, je maintiens qu'il s'agit d'un bon test et, sans fausse modestie, il me semble que je suis capable d'une certaine auto-dérision, peut-être plus perceptible dans mes productions courtes ou orales que dans mon blog.
Bien à vous.

Écrit par : Julien Nicolet | 20/01/2015

Zététique : (Merci Wiki !) La zététique est définie comme « l'art du doute » par Henri Broch1. La zététique est présentée comme « l'étude rationnelle des phénomènes présentés comme paranormaux, des pseudosciences et des thérapies étranges ». La zététique est destinée aux théories scientifiquement réfutables, c'est-à-dire respectant le critère de discrimination de Popper (1902-1994). De fait, contrairement aux autres mouvements sceptiques, elle ne pose pas la question des religions et des croyances non réfutables. Son objectif est la mise à l'épreuve d'énoncés pourvus de sens et de nature scientifique (c'est-à-dire réfutables selon Popper) dont les explications ne semblent pouvoir se rattacher à aucune théorie communément acceptée.

On en apprend tous les jours...

De là à considérer vos postures comme des théories scientifiques réfutables, vous me permettrez de sourire.

Mais je ne doute pas de vos bonnes intentions. Et puis, finalement, tous comptes faits, vous me faites bien rire.
C'est déjà bien, non ?

Écrit par : Pierre Jenni | 20/01/2015

J'ai particulièrement goûté le " produit éphémère d'une réflexion en cours d'élaboration."

Écrit par : Pierre Jenni | 20/01/2015

Quatre décennies ?!

Écrit par : Pierre Jenni | 20/01/2015

Et oui, quatre décennies.
Et disons que si j'ai le double de l'âge d'Adrien Faure, je n'ai que la moitié de son vocabulaire..., ce qui n'est pas si mal...

Écrit par : Julien Nicolet | 20/01/2015

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