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13/04/2015

Non aux CFF low-cost !

Le PLR ne cherche manifestement pas ses électeurs chez les pendulaires... Son idée de tarification des transports publics en fonction de l'heure équivaut à faire passer à la caisse ceux qui n'ont pas la maîtrise de leurs horaires, bien souvent les moins fortunés... Ou alors à les faire se déplacer longtemps avant et après leurs horaires de travail.

Même les automobilistes voient le piège, eux qui souffriraient d'un inévitable report sur les routes des voyageurs dégoûtés par le prix des CFF aux heures de pointe, au moment où le trafic automobile est justement le plus encombré.

Au-delà de ces considérations, c'est à un des fondements des CFF que le PLR s'attaque. Fondement commun avec tous les systèmes ferroviaires de qualité: le principe du tarif constant pour une prestation semblable.

En gros, on peut distinguer deux camps dans les systèmes ferroviaires européens:

- Celui des "low-cost": où le tarif est fonction de savants algorithmes tenus secrets et où deux passagers voisins ne paient pas le même tarif. A priori attrayant par ses offres d'appel, le système est financé par un prix exorbitant demandé à ceux qui, pour différentes raisons, ne peuvent réserver leur billet deux mois à l'avance. En général ces systèmes font la part belle aux liaisons rapides entre les métropoles et délaissent les périphéries, mal desservies par des trains vétustes. Les choix de la SNCF correspondent exactement à ce modèle. Un simple détour sur son site vous convaincra du coût élevé de ses billets et de la complexité de leur grille tarifaire. Un simple trajet dans un TER bondé entre Bellegarde et Lyon suffira à vous convaincre de la déliquescence de son offre régionale (et, si vous avez des enfants, de l'absence d'une politique tarifaire familiale dissuadant l'emploi de la voiture...)

- Celui des "fair-play": Dans ces systèmes, un simple billet permet de faire un trajet entre deux gares, à n'importe quelle heure, sur n'importe quel train, sans réservation. Il est hyper-flexible et chacun connaît à l'avance le prix précis payé pour un trajet donné. Il est globalement adopté par les CFF, les chemins de fer autrichiens ou néerlandais et, bien sûr, par la DB. Il s’accommode parfaitement d'offres particulières pour les usagers fréquents (demi-tarif, abonnements de parcours, cartes multicourses, Bahn-Card, VorteilsCard...). Il permet également de moduler les tarifs non pas dans un esprit de lucre, mais dans l'idée de favoriser le report modal. On remarque que, dans ces pays, le taux d'usage du train est bien plus élevé qu'en France ou qu'en Espagne et que le service sur les lignes régionales y est souvent excellent. Par ailleurs, ces systèmes offrent tous des avantages aux familles et aux groupes inconnus ailleurs. En Suisse et en Allemagne, rappelons que les enfants voyagent gratuitement avec leur parents jusqu'à 16 ans (en Suisse, avec la carte Junior).

Obnubilé par son analyse économiste de toute question sociale, le PLR rêve de passer du "fair-play" au "low-cost". Les expériences sont là pour nous démontrer qu'il est difficile d'avoir plus mauvaise idée, si l'on veut vraiment disposer d'un système ferroviaire attrayant et efficace... Mais est-ce vraiment le but de la majorité de droite qui, en augmentant année après année le prix du "sillon ferroviaire", contribue à faire augmenter le prix des billets et à dissuader les Suisses de voyager en train ?

01/04/2015

Le Conseil d'État va délocaliser le jet d'eau !

Coup de sac dans le monde du tourisme genevois: l'annonce du Conseil d'État, lors de son point-presse de ce matin, de la suppression définitive du jet d'eau, dès le 1er juin de cette année, dans le cadre d'un projet ambitieux de recomposition de la carte touristique cantonale.

Ahmed Pirque-Lemal, coordinateur du projet, réfute catégoriquement le terme de suppression. "Il s'agit en fait d'une réorganisation ambitieuse de la carte touristique. Le jet d'eau actuel sera remplacé par une douzaine de jets délocalisés dont le débit total sera supérieur au jet d'eau actuel, ce qui représentera un potentiel d'attraction touristique plus important qu'aujourd'hui".

Genève, touristes, carteLa cause de ce bouleversement ? Les inégalités criantes dans la répartition des touristes à Genève d'une part, et l'intolérable éclatement des sites d'intérêt qui contraint le visiteur pressé à parcourir pas moins de 7 lieux différents (jet d'eau, horloge fleurie, cathédrale, mur des réformateurs...) situés parfois à plus d'un kilomètre les uns des autres. Et sur ce point, le jet d'eau est indéniablement l'attraction la plus excentrée, ce qui ne pouvait déboucher que sur sa suppression. La carte produite pour le Programme Organisationnel Interdépartemental pour la Saturation des Sites à Opportunités Naturelles est sans appel.

Le projet, imaginé par le bureau d'urbanisme lituano-québécois Šferāk&Légaugaux, propose une "déclinaison séquentielle urbanistique novatrice, polycentrée et multidurable" qui a séduit d'emblée les experts locaux. Ainsi la déclinaison des parcours touristiques se fera en trois versions:

  • Une séquence "Genève vite fait bien fait": Une halle de Palexpo sous douane présentera aux touristes à hautes exigences spatio-temporelles des fac-similés des principaux monuments genevois, ce qui leur permettra de prendre quelques clichés avant de repartir en avion visiter une autre métropole.

  • Une séquence "Genève dont vous rêvez", articulée autour de l'horloge fleurie, ou un mini-jet d'eau facilitera le travail des photographes amateurs, la disproportion entre la taille du monument et du visiteur photographié étant moindre qu'actuellement.

  • Une séquence "Genève exigeante", qui proposera des visites à haute valeur ajoutée où l'équilibre entre les aspects monumentaux, culturels et patrimoniaux sera particulièrement soigné. Dans cet objectif de rééquilibrage monuments/culture, une série d'incunables sera par exemple mise en libre-accès pour les badauds, par la Fondation Bodmer, sur l'esplanade de Baby-Plage. Chacun de ces highlights sera articulé autour d'un mini-jet d'eau symbolique. La carte interactive (on peut même cliquer sur les jets d'eau !) ci-dessous présente quelques sites suitables pour un développement touristo-centré.



Cette révolution plaira-t-elle aux vendeurs de glaces et de souvenirs pour qui le jet d'eau actuel est une source de revenus indéniable ?

« Sans doute pas, répond A. Pirque-Lemal, mais il faut bien comprendre que ces gens bénéficient d'une rente de situation particulièrement inéquitable, et que, une fois l'émotion bien compréhensible passée, ils réaliseront que les vendeurs de glaces et de souvenirs de Bernex, Plan-les-Ouates ou Thônex ont également le droit de disposer d'un accès au marché. Le sentiment de solidarité prédominera, j'en suis certain ! ». Et d'ajouter que ce n'est pas la première fois que l'État déplace le jet d'eau, puisque jusqu'en 1891, il se trouvait au bâtiment des Forces Motrices et qu'alors, son déplacement aux Eaux-Vives n'avait soulevé aucune protestation.