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29/09/2015

Le mythe du franc fort

Les plus de trente ans se rappellent souvent avec nostalgie leurs voyages en Europe, à l'époque où les paëlla et les vitello tonnato étaient payés en lires et en pesetas et ne nous coûtaient presque rien. Le franc français, le schilling autrichien et la livre anglaise perdaient chaque année de leur valeur et le franc suisse était alors la seule vraie monnaie refuge. Il était vraiment fort... et personne ne s'en plaignait...

Aujourd'hui, tout ce que la Suisse compte de petits et de gros patrons geignards, de politiciens et de syndicalistes en quête de formules faciles pour quémander des avantages pour les lobbies qu'ils défendent utilisent le "franc fort" comme une formule magique, bien économique pour qui veut éviter de trop réfléchir... Jusqu'au Conseil d'État qui se permet d'utiliser cet argument pour broder un budget 2016 particulièrement dévastateur.

Brisons donc le mythe du franc fort en quatre étapes:

1. La Suisse gagne un franc sur deux sur le marché intérieur.

Si l'on dit souvent qu'un franc sur deux est gagné à l'étranger, on oublie parfois que la conséquence logique est que l'autre franc est gagné chez nous. Autrement dit que la moitié de l'économie est insensible à la question du change... ou même, comme nous le verrons ensuite, bénéficie du franc fort.

2. L'économie suisse achète beaucoup de matières premières, de produits manufacturés et de services à l'étranger

Les entreprises bénéficient ainsi de la valorisation du franc, puisque leurs charges diminuent. Ce phénomène adoucit fortement la hausse du franc, en particulier pour les entreprises qui génèrent une faible valeur ajoutée sur les produits qu'elle vend, qui sont en général les entreprises les plus fragiles.

3. Une part importante de l'économie suisse se situe hors de la simple loi de l'offre et de la demande

On pourrait croire qu'un renchérissement des prix a systématiquement une influence négative sur la demande. C'est souvent inexact, voire carrément faux.

Le secteur du luxe, par exemple, est absolument insensible au renchérissement, puisque c'est le prix élevé du bien proposé qui en fait l'attrait. Autrement dit, porter une Rolex sera d'autant plus valorisant pour vous lorsque vos interlocuteurs sauront que son prix a augmenté !
Par ailleurs, un certain nombre d'entreprises suisses sont tellement spécialisées dans leur niche économique que c'est la qualité et la spécificité de leurs produits et services qui déterminent le choix du consommateur et non le prix.

 

4. Le franc suisse n'est pas plus fort qu'il y a deux ans !


Certes, la découplage franc-euro opéré par la BNS en janvier a causé un sacré remous sur le marché des changes. Mais tout semble indiquer que, après deux mois troublés, le franc suisse a repris une place standard dans l'éventail des monnaies.

Si l'on compare le franc au dollar, à la livre sterling ou au yuan, on se rend compte qu'il s'est en fait affaibli, bien au contraire. Il ne faudrait donc pas parler de "franc fort", mais d'"euro faible".

Or chacun sait que l'UE n'est qu'un partenaire économique parmi d'autres. Vous trouverez sur le graphique ci-dessous l'évolution des taux de change entre le franc et 5 monnaies importantes ainsi qu'un indice correspondant à un panier composé de l'euro (30%), du dollar (30%), du yuan (20%), de la livre (10%) et du yen (10%).

Surprise: en 2 ans, le franc suisse s'est apprécié de moins de 2% par rapport à ce panier !

 

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Conclusion

De façon générale, le franc n'est donc pas particulièrement fort et les entreprises qui utilisent sans vergogne cet argument pour justifier leur demandes anti-sociales doivent être dénoncées.

Cela ne signifie pas pour autant que la décision de la BNS n'a eu aucun impact sur les entreprises. Celles qui sont particulièrement exposées à la concurrence de leurs voisines européennes sont lourdement touchées et méritent un soutien, dans la mesure où leurs activités présentent un intérêt social ou économique.

Cependant, pour celles-ci - on pense en particulier à l'agriculture ou à certaines activités touristiques - l' "euro faible" n'a été qu'un révélateur supplémentaire du manque structurel de vision économique de nos gouvernants, incapables de choisir clairement quels types d'activités économiques doivent recevoir un soutien de l'État en échange des services environnementaux ou sociaux qu'elles livrent.

Si, pour vous, l'agriculture biologique fait partie de ces activités à protéger, n'hésitez pas à signer l'excellente initiative d'Uniterre sur la souveraineté alimentaire !

11:51 Publié dans Franc fort | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |

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