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30/09/2015

Lettre ouverte à Serge dal Busco exposant les conditions auxquelles je suis prêt à continuer à payer des impôts les prochaines années.

Monsieur le Conseiller d'État,

Cher Serge,

J'ai appris dans la presse d'hier qu'il était désormais possible et souhaitable que chaque contribuable expose publiquement les conditions fiscales auxquelles il exige d'être soumis.

Aussi prends-je la plume pour vous faire part des miennes:

Tout d'abord, j'annonce solennellement que je compte participer activement et généreusement aux œuvres qui cimentent la solidarité et irriguent le tissu économique genevois.

Je m'engage donc à verser 500.- de la façon suivante:

- 100.- pour Terre des Hommes

- 100.- pour la Fondation le Lombric, qui défend et promeut l'agriculture locale

- 180.- pour un panier de produits de l'Affaire Tournerêve

- 100.- pour Solidar Suisse (payés en bons cumulus)

- 20.- sous forme d'un bon Balexert offert à ma femme

J'imagine que vous serez autant ébahi par cet accès de générosité qu'inquiet pour l'équilibre de mes finances. Ne vous en faites pas trop, je compte diminuer la taille des cadeaux de Noël des mes enfants et vais renoncer à augmenter le salaire de ma femme de ménage pour financer tout cela...

En compensation de cette importante participation à la vie économique locale et globale, je ne demande qu'une réduction de mes impôts de 5000.- (cinq mille francs, zéro centime) comme préalable non négociable à toute discussion sur la répartition de la généreuse contribution exposée ci-dessus, que je suis, évidemment prêt à négocier avec vos services (la répartition de la contribution, pas la réduction d'impôts, cela va sans dire).

En espérant que vous accueillerez ma proposition aussi favorablement que vous traitez celle - parfaitement identique - du représentant des entreprises dans le cadre de la réforme de leur imposition, je vous adresse, Monsieur le Ministre, mes cordiales salutations.

 

PS: Le lecteur distrait estimera sans doute que ma proposition est exagérée et qu'elle relève du marché de dupes. Elle est pourtant parfaitement analogue à celle des entreprises genevoises qui exigent, dans le cadre de la RIE III, que l'Etat fasse passer de 24% à 13% leur taux d'imposition, en "échange" d'une contribution 10 fois moindre, qui plus est proportionnelle à leur masse salariale et non à leur bénéfice. Tout cela en annonçant qu'elles refusent tout débat sur ce fameux 13%. Un simple calcul montre pourtant qu'un modeste passage à 14% sans ristourne serait bien plus favorable à l'État... et qu'il serait souhaitable pour chacun de fixer ce taux entre 18% et 22%, ce qui représenterait d'ailleurs une baisse fiscale déjà considérable pour les entreprises.

 

Dessin-credit-impots-ensemble-decembre-2012.jpg

 

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29/09/2015

Le mythe du franc fort

Les plus de trente ans se rappellent souvent avec nostalgie leurs voyages en Europe, à l'époque où les paëlla et les vitello tonnato étaient payés en lires et en pesetas et ne nous coûtaient presque rien. Le franc français, le schilling autrichien et la livre anglaise perdaient chaque année de leur valeur et le franc suisse était alors la seule vraie monnaie refuge. Il était vraiment fort... et personne ne s'en plaignait...

Aujourd'hui, tout ce que la Suisse compte de petits et de gros patrons geignards, de politiciens et de syndicalistes en quête de formules faciles pour quémander des avantages pour les lobbies qu'ils défendent utilisent le "franc fort" comme une formule magique, bien économique pour qui veut éviter de trop réfléchir... Jusqu'au Conseil d'État qui se permet d'utiliser cet argument pour broder un budget 2016 particulièrement dévastateur.

Brisons donc le mythe du franc fort en quatre étapes:

1. La Suisse gagne un franc sur deux sur le marché intérieur.

Si l'on dit souvent qu'un franc sur deux est gagné à l'étranger, on oublie parfois que la conséquence logique est que l'autre franc est gagné chez nous. Autrement dit que la moitié de l'économie est insensible à la question du change... ou même, comme nous le verrons ensuite, bénéficie du franc fort.

2. L'économie suisse achète beaucoup de matières premières, de produits manufacturés et de services à l'étranger

Les entreprises bénéficient ainsi de la valorisation du franc, puisque leurs charges diminuent. Ce phénomène adoucit fortement la hausse du franc, en particulier pour les entreprises qui génèrent une faible valeur ajoutée sur les produits qu'elle vend, qui sont en général les entreprises les plus fragiles.

3. Une part importante de l'économie suisse se situe hors de la simple loi de l'offre et de la demande

On pourrait croire qu'un renchérissement des prix a systématiquement une influence négative sur la demande. C'est souvent inexact, voire carrément faux.

Le secteur du luxe, par exemple, est absolument insensible au renchérissement, puisque c'est le prix élevé du bien proposé qui en fait l'attrait. Autrement dit, porter une Rolex sera d'autant plus valorisant pour vous lorsque vos interlocuteurs sauront que son prix a augmenté !
Par ailleurs, un certain nombre d'entreprises suisses sont tellement spécialisées dans leur niche économique que c'est la qualité et la spécificité de leurs produits et services qui déterminent le choix du consommateur et non le prix.

 

4. Le franc suisse n'est pas plus fort qu'il y a deux ans !


Certes, la découplage franc-euro opéré par la BNS en janvier a causé un sacré remous sur le marché des changes. Mais tout semble indiquer que, après deux mois troublés, le franc suisse a repris une place standard dans l'éventail des monnaies.

Si l'on compare le franc au dollar, à la livre sterling ou au yuan, on se rend compte qu'il s'est en fait affaibli, bien au contraire. Il ne faudrait donc pas parler de "franc fort", mais d'"euro faible".

Or chacun sait que l'UE n'est qu'un partenaire économique parmi d'autres. Vous trouverez sur le graphique ci-dessous l'évolution des taux de change entre le franc et 5 monnaies importantes ainsi qu'un indice correspondant à un panier composé de l'euro (30%), du dollar (30%), du yuan (20%), de la livre (10%) et du yen (10%).

Surprise: en 2 ans, le franc suisse s'est apprécié de moins de 2% par rapport à ce panier !

 

franc fort, mythe, graphique, indice

 

Conclusion

De façon générale, le franc n'est donc pas particulièrement fort et les entreprises qui utilisent sans vergogne cet argument pour justifier leur demandes anti-sociales doivent être dénoncées.

Cela ne signifie pas pour autant que la décision de la BNS n'a eu aucun impact sur les entreprises. Celles qui sont particulièrement exposées à la concurrence de leurs voisines européennes sont lourdement touchées et méritent un soutien, dans la mesure où leurs activités présentent un intérêt social ou économique.

Cependant, pour celles-ci - on pense en particulier à l'agriculture ou à certaines activités touristiques - l' "euro faible" n'a été qu'un révélateur supplémentaire du manque structurel de vision économique de nos gouvernants, incapables de choisir clairement quels types d'activités économiques doivent recevoir un soutien de l'État en échange des services environnementaux ou sociaux qu'elles livrent.

Si, pour vous, l'agriculture biologique fait partie de ces activités à protéger, n'hésitez pas à signer l'excellente initiative d'Uniterre sur la souveraineté alimentaire !

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