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02/12/2015

De la volupté d'être élu

Les quelques mois que j'ai passés au Conseil Municipal d'Avusy m'ont valu quelques séances un peu houleuses, quelques succès d'estime et... deux délicieux repas fort bien arrosés, dans les deux excellents restaurants de la commune, offerts comme il se doit, par le contribuable. On peut y ajouter un très joli cadeau de départ et, évidemment, des jetons de présence constituant nettement plus qu'un défraiement.

Je n'ai pas boudé mon plaisir et ai accepté sans arrière-pensée ces cadeaux, comme j'ai accepté, l'autre soir, de piocher avec délices dans le buffet nems-champagne à gogo servi, dans un café Universal privatisé pour l'occasion, aux députés et aux membres des conseils d'administration des régies publiques à l'issue de la représentation spéciale de la Revue. J'y étais gentiment invitée par une amie députée qui a reçu, comme tous ses collègues, deux billets gratuits (vestiaire compris !).

Ces agapes et petits cadeaux ne pèsent pas lourds dans les comptes publics et sont nullement responsables de l'accroissement de la dette. Il n'empêche qu'ils donnent aux élu-e-s, y compris à l'échelle municipale, un sentiment très particulier, largement partagé de la gauche à la droite: Puisque je suis élu à de nobles fonctions, il est parfaitement normal que l'Etat se plie en quatre pour moi et, surtout, me permette d'accéder gratuitement à de menus à-côtés dignes de mon rang.

0ec9f72744.jpgCe sentiment est parfaitement incompatible avec la morgue avec laquelle ces mêmes élu-e-s traitent la fonction publique.

Conseiller municipal, lorsqu'il s'est agi de voter le statut du personnel communal, j'ai dû ferrailler, face à des collègues qui alignaient des poncifs complètement hors de propos sur des employés qu'ils côtoyaient pourtant quotidiennement. Avusy étant une petite commune, l'entier de sa fonction publique est connue personnellement des élus !

A l'échelle cantonale, c'est encore pire. On l'a vu cette semaine, ce sont ceux qui s'apprêtaient à envoyer en "camp de ski" le Grand Conseil in extenso dans un palace de luxe à Gstaad qui tiennent les propos les plus dénigrants, les plus décalés et les plus vils sur les vrais serviteurs de l'Etat.

Il va sans dire que, en bientôt dix ans d'enseignement à Genève, je n'ai jamais reçu le moindre repas, le moindre voyage ou spectacle gCapture du 2015-12-02 02:14:58.pngratuit en dehors de l'exercice strict de mes fonctions. Au point que c'est à nous de payer notre billet TPG lorsque nous accompagnons des classes au théâtre ou au musée !

Cette année, comme d'habitude, le repas de Noël est organisé par une équipe de collègues... et financé intégralement par nous.

Cela est parfaitement normal, il est peut-être temps que nos chers députés en prennent de la graine !