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26/01/2016

Comment assurer (vraiment) la sécurité au Gothard ?

Le 24 octobre 2001, à l'intérieur du tunnel du Gothard, un camion transportant des pneus d'Allemagne en Italie entre en collision avec un poids-lourd chargé de matériaux d'isolation à destination de la Belgique. Les pneus s'embrase et leurs émanations tueront 11 personnes. C'est le chauffeur du deuxième camion, passablement alcoolisé et dépourvu de permis de travail, qui a causé l'accident.

Cette tragédie sert de prétexte sécuritaire aux tenants d'un projet insensé: gaspiller des milliards pour construire un deuxième tunnel complètement inutile à côté du premier.

Vous voulez un transit plus sûr ? Soit. Voici quelques pistes d'idées bien plus efficaces et meilleures marché.

Pourquoi transporter des pneus à travers les Alpes ?

Comme dit plus haut, les poids-lourds transportaient des marchandises que l'on peut aisément produire des deux côtés des Alpes (des pneus et des isolants, auxquels on peut ajouter la margarine belge qui a embrasé le tunnel du Mont-Blanc). Ne serait-il pas plus sage de trouver des moyens, fiscaux par exemple, de limiter ou d'interdire le passage absurdes de pareilles marchandises (d'autant plus quand elles sont inflammables) ? Si on limitait le passage aux poids-lourds chargés de produits impossibles à concevoir de l'autre côté des Alpes, sans doute gagnerait-on bien plus en sécurité...

Pourquoi faire conduire des chauffeurs sans permis de travail ?

C'est un secret de polichinelle, le monde du transport routier est extrêmement déréglementé. Son atomisation et la faible protection sociale des chauffeurs, ajouté à la capacité des entreprises de se jouer des législations nationales sont une des causes majeures d'accidents. L'immense majorité des drames impliquant des poids-lourds sont liés à la fatigue, au mauvais entretien des véhicules et à la mauvaise formation des chauffeurs. Imposer des normes plus contraignantes aurait le triple avantage d'améliorer la sécurité de tous, la qualité de vie des chauffeurs et de limiter les trajets inutiles, devenus trop onéreux. Mais de cela, on n'en parle jamais, sur les bancs de la droite...

Comment lutter contre l'alcoolémie au volant ?

Étonnamment, ceux qui militent pour un deuxième tube sont les premiers à dénoncer les prétendus excès de Via Sicura. Les accidents de la route sont pourtant causés majoritairement par de braves gens alcoolisés ou des bons gars un peu généreux sur la pédale des gaz, à côté de chez nous. Le drame du Gothard est, quant à lui, extrêmement exceptionnel.

Et si les tunnels à contre-sens étaient vraiment dangereux ?

Ce ne sont pas les contre-sens qui sont dangereux, mais la vitesse associée au poids des véhicules (ce que les physiciens appellent la quantité de mouvement). Alors oui, deux mobiles circulant en sens opposés additionnent leur vitesse. Mais il faut rappeler que, lors de l'impact de 2001, un camion roulait à 40 km/h et l'autre à 10 km/h. Le choc a été latéral. Autant dire que l'impact est moins violent que celui d'un camion qui, ne respectant pas les distances de sécurité, entrerait en collision à 50 km/h avec un véhicule à l'arrêt, situation tout à fait vraisemblable dans un cas de sens unique. Et si le sens unique était la seule solution garante de sécurité, pourquoi ne pas le mettre en vigueur dès maintenant, en alternant le sens de circulation toutes les heures ? Nord-sud les heures paires, sud-nord les heures impaires. Voilà une mesure qui serait également de nature à limiter les passages inutiles tout en améliorant la sécurité !

 

Quelles solutions pour faire passer les marchandises, les passagers (et les blessés) ?

Le Gothard est sans doute l'axe alpin le mieux doté en passages possibles. Qu'on en juge:

  1. Une route historique pavée (celle du Val Tremola, magnifique à gravir à vélo !)
  2. Une nouvelle route passant le col, très large et facilement déneigeable, comme celle du Simplon.
  3. Un tunnel routier, le quatrième plus long du monde relié à deux autoroutes quatre pistes.
  4. Un tunnel ferroviaire de faîte à double voie
  5. Un tunnel ferroviaire de base, le plus long du monde, qui sera ouvert cette année, et parcouru par des trains à grande vitesse.
  6. Un tunnel routier alternatif, par le San Bernardino

Affirmer que la fermeture provisoire d'une de ces 6 solutions équivaut à isoler le Tessin est un non-sens complet, qui fait d'ailleurs bien rire mes amis tessinois.

On a même entendu que les blessés ne pourraient plus être transférés du Tessin en Suisse-Allemande, cela alors qu'un train à haute vitesse permettra de joindre Biasca à Erstfeld en 20 minutes, contre une heure pas la route. Sans compter que, pour transférer quelques dizaines de blessés, il semble de toute façon moins onéreux de les mettre dans un avion à Agno que de leur creuser un tunnel à 3 milliards !

 

Comme on le voit, au-delà des enjeux écologiques et de respect de la volonté populaire, la construction d'un deuxième tube au Gothard n'a aucun sens, même lorsqu'on envisage la question sous l'aspect de la sécurité.

Privilégions les solutions de mobilité douce, investissons dans les agglomérations et, surtout, pour cela, refusons le deuxième tube du Gothard !