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21/06/2016

Les cyclistes, les piétons et les amendes

Imaginez une rue, belle, large, fréquentée. Empruntée chaque jour par des milliers d'automobilistes, de cyclistes et de piétons. Sans compter les transports publics...

Imaginez maintenant que, conséquence heureuse d'une politique visant à limiter la voiture dans l'environnement urbain, le nombre de piétons et de cyclistes soit en constante augmentation, au point de se mettre en danger mutuellement...

Ailleurs, on aurait tracé une piste ou une bande cyclable, quitte à empiétPiste cyclable, Gérone, Girona, bicier légèrement sur l'immense royaume bitumé des bagnoles. On aurait même envisagé d'instaurer des sens uniques pour gagner de l'espace de voirie pour la mobilité douce, comme on le voit désormais partout, de l'Espagne à l'Estonie.

A Genève, on a inventé la "zone mixte". En profitant d'une modification de 1998 de l'Ordonnance sur la Signalisation Routière qui rendait possible la circulation des cycles sur les "trottoirs peu fréquentés" (sic !), on a parsemé la ville de ces autorisations, partout où la peur de rétrécir l'espace dévolu aux voitures rendait paresseux.

Depuis, sur des axes aussi fréquentés que la route de Chancy à Onex, les Grandes-Communes à Lancy, mais également entre Uni-Mail et le pont des Acacias* ou devant l'hôpital (quand les travaux ne repoussent pas simplement les cyclistes sur la route), les milliers de cyclistes et de piétons quotidiens se partagent une très étroite bande commune.

Jusqu'à présent, cette politique se ne faisait que générer conflits et malentendus entre usagers qui, prompts à s'ériger les uns contre les autres, ne percevaient pas que, s'il devaient se partager une si petite portion d'espace, c'était dû à la gourmandises des motorisés.

Désormais, soutenues par une certaine vox populi avide d'inflexibilité envers les plus fragiles, les autorités semblent distribuer des amendes extravagantes à ceux qui pâtissent de ces aberrations d'aménagement. L'autre jour, on apprenait qu'un respectable pendulaire à pédales était invité à payer plus de 1000.- d'amende pour avoir tenté de s'extirper du bouchon automobile du quai du Mont-Blanc. Aujourd'hui, c'est une retraitée qui, non contente d'avoir fini à l'hôpital, victime de ces fameuses "zones mixtes", se voit infliger plus de 2500.- d'amende, sans n'avoir blessé personne d'autre qu'elle même !

Cette application ridicule du droit à des situation où l'aménagement est complètement défaillant devrait nous faire sourire. C'est omettre, qu'en plus des montants réclamés, elle révèle que l'incurie des autorités en matière d'aménagements cyclables et piétons, met en danger quotidiennement l'intégrité de centaines d'usagers respectueux...

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* La situation à Uni-Mail, bien que très insatisfaisante compte tenu de l'étroitesse du trottoir à se partager n'est toutefois pas celle d'une "zone mixte", puisqu'une bande cyclable y est tracée. Cependant, vu la fréquentation de ce trottoir et l'étroitesse de l'espace dévolu aux piétons, en particulier ceux qui sortent des commerces, la situation est de facto la même.

10:10 Publié dans Transports | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | |