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14/12/2011

Fenêtre n°14: Jouons à saute-frontière !

Au cours du mois de décembre, je propose une sorte de calendrier de l'Avent laïc. Chaque jour, une proposition de lecture, censée constituer une fenêtre ouverte sur le monde. Je vais essayer de répartir ces fenêtres sur le plus de façades, de sorte que les points de vue et les panoramas couverts soient aussi variés que possible. Plus d'informations sur cette démarche dans ma note du 1er décembre.


Ma fascination pour la frontière puise dans l'arbitraire qui lui est consubstantiel. La frontière naturelle étant un mythe, il faut s'accommoder du fait que, pour faciliter la gestion d'un territoire, il faille le découper, le moins idiotement possible. Las, lorsqu'on examine de près le tracé de la plupart des frontières, on y découvre un palimpseste tenant plus des aléas politiques, militaires et généalogiques que de la clairvoyance de population occupant la région concernée.

Le canton de Genève est à ce titre une sorte de nirvana du chasseur de frontières étranges. Rarement sur les cours d'eau (et même à un endroit longeant une rive plutôt que le centre du lit), jamais sur les crêtes, parfois au beau milieu d'une agglomération ou d'une vigne, ses frontières permettent une découverte insolite de notre canton.
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Stéphane Bodénès a publié en 2001, Promenades sur la frontière franco-genevevoise (Slatkine). Il alterne des chapitres décrivant le tracé de la frontière (parfois loin en dehors des sentiers battus!) avec des passages rassemblant la somme de ses érudites recherches sur les bornes et autres signes de démarcation.

J'ai parcouru à pied (ou lorsque c'est possible) l'intégralité de la frontière entre Monniaz et le CERN. Mes passages préférés ?


- Les raides escaliers des bois de Chancy, où l'on retrouve, prisonniers des troncs, les barbelés rouillés, posés là par les occupants italiens de la Savoie en 1940 qui nous rappellent l'inhumanité historique de certaines frontières infranchissa
bles. 
- La route Fernand David, à Ville-la-Grand, où le seul accès aux maisons suisses du côté nord de la rue, se trouve sur territoire français.
- La frontière entre Challex et Dardagny, au beau milieu d'un vignoble, avec des points de vue superbes sur tout l'ouest du canton, les Alpes et le Jura.

13/12/2011

Fenêtre n°13: Oligarques d'ailleurs et d'ici

Au cours du mois de décembre, je propose une sorte de calendrier de l'Avent laïc. Chaque jour, une proposition de lecture, censée constituer une fenêtre ouverte sur le monde. Je vais essayer de répartir ces fenêtres sur le plus de façades, de sorte que les points de vue et les panoramas couverts soient aussi variés que possible. Plus d'informations sur cette démarche dans ma note du 1er décembre.


L'oligarque, nous le savons tous, se rencontre généralement au-delà de Dniepr, dans les vastes plaines de la Sainte Russie. Sorte de moyen terme entre le mafieux et le yakuza, nous n'ignorons pas que nos baKempf.jpgnques bénéficient de ses avoirs et nos grands hôtels de son goût pour le luxe tape-à-l'oeil. Cela ne nous empêche pas de mépriser souverainement le système politique qui lui permet de s'épanouir.

Et pourtant, lorsque Hervé Kempf, journaliste de longue date au Monde, publie L'oligarchie, ça suffit, vive la démocratie (Seuil, 2011), c'est bien le fonctionnement des démocraties occidentales qu'il remet en cause.

Il ne s'agit pas de prétendre que nous sommes en dictature, ni que la liberté d'expression n'est pas garantie, mais d'affirmer que les acteurs principaux du système agissent principalement dans le but de maintenir leur domination, cela au prix d'un accroissement des inégalités et des atteintes environnementales.

La nomination de technocrates ultra-libéraux (mais prétendumment apolitiques) à la tête des gouvernements grec et italien, qui s'empressent d'expliquer la larme à l'oeil que les sacrifices infligés aux plus démunis sont la seule solution envisageable, les pantalonnades de N. Sarkozy et A. Merckel dans leur prétendu désaccord quant aux moyens de résoudre la crise sont autant d'exemples portant de l'eau au moulin de Kempf.

Mais chez nous, à Genève, rassurons-nous, rien de tout cela... La proximité entre les politiciens et la population, les parlements de milice nous mettent évidemment à l'abri de la dérive oligarchique... Ce n'est pas chez nous que des grandes entreprises feraient pression sur des députés pour obtenir satisfaction, ce n'est pas chez nous que l'on taxerait de plus en plus les revenus du travail tout en épargnant ceux du capital, ce n'est pas chez nous qu'on s'obstinerait à s'acharner sur les handicapés, les étrangers, les retraités, les malades,... Ouf !

07:45 Publié dans Avent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kempf, oligarchie, démocratie |  Facebook | |

12/12/2011

Fenêtre n°12: De 1602 à 1932

Au cours du mois de décembre, je propose une sorte de calendrier de l'Avent laïc. Chaque jour, une proposition de lecture, censée constituer une fenêtre ouverte sur le monde. Je vais essayer de répartir ces fenêtres sur le plus de façades, de sorte que les points de vue et les panoramas couverts soient aussi variés que possible. Plus d'informations sur cette démarche dans ma note du 1er décembre.


L'Escalade est une fête d'une ampleur que connaissent peu de cantons. J'ai toujours été partagé entre l'émerveillement face à ce fait culturel populaire, travaillé dans tous les degrés de toutes les écoles et le rejet spontané de la commémoration d'un victoire militaire (certes défensive) avec tous les relents patriotards et nationalistes que cela véhicule. J'avais rédigé une note l'année passée, à propos de l'élégante solution trouvée par les institurices et instituteur de ma commune.

Union nationale2.jpgEn contrepoint, je m'étonne souvent de la méconnaissance qu'ont les Genevois du passé récent du canton, en particulier lorsqu'ils brocardent leurs cousins d'outre-Sarine pour leurs penchants droitiers et nationalistes. La plupart ne se rappellent pas que, au début des années 30, le canton comptait de fervents admirateurs des dictateurs voisins et que des défilés paramilitaires en uniforme fasciste n'étaient pas rares sur la Place de Neuve et cela en présence des autorités...
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L'"Union nationale" avait son journal (Le Pilori), son duce (Georges Oltramare) et son caricaturiste (Noël Fontanet). Les provocations de ce trio, nourries aux invectives anti-socialistes et aux injures antisémites, ont marqué la vie politique de notre canton, au point qu'elles sont sans conteste la cause première du dernier fait d'armes de notre armée, le 9 novembre 1932, lorsqu'un bataillon mal dirigé a ouvert le feu sur des contre-manifestants et abattu 13 d'entre eux, sur la plaine de Plainpalais.

Claude Torracinta avait produit 4 "Temps Présent" sur cette époque, en... 1977. L'année suivante, il publie Genève 1930-1939, le temps des passions (Tribune éd., 1978), recueil fourmillant de documents sur cette époque passionante.

Evidemment épuisé, on le trouve parfois chez des bouquinistes, vu son succès à l'époque.

11/12/2011

Fenêtre n°11: Plutôt à vélo qu'en TPG !

Au cours du mois de décembre, je propose une sorte de calendrier de l'Avent laïc. Chaque jour, une proposition de lecture, censée constituer une fenêtre ouverte sur le monde. Je vais essayer de répartir ces fenêtres sur le plus de façades, de sorte que les points de vue et les panoramas couverts soient aussi variés que possible. Plus d'informations sur cette démarche dans ma note du 1er décembre.


Loin de moi l'idée de polémiquer le jour de l'introduction du nouvel horaire TPG, mais je dois avouer que mon mode de transport préféré est de loin le vélo...

Pas besoin de dresser la liste des avantages du vélo, vous la connaissez tous et de remarquables associations, parmi lesquelles Pro Vélo, défendent avec succès les cyclistes.
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Cependant, il faut admettre que le vélo, de part sa légèreté est un instrument fragile. Pour parcourir 5'000 à 6'000 km par année, par tous les temps, de nuit comme de jour, à travers la campagne et la ville, je mesure à quel point il faut savoir entretenir son vélo si l'on veut s'assurer qu'il fonctionne n'importe quand.

La plupart des opérations ne demandent pas une grande habileté ni un outillage trop spécialisé, mais il ne faut pas les prendre à la légère (c'est tout de même sa sécurité qu'on met en jeu quand on change ses patins de freins...). C'est pourquoi un ouvrage de référence s'avère indispensable aux néophytes de la clé à pédale et du fouet à chaîne.

J'utilise depuis quelques années Réparation et entretien de votre vélo (Chris Sidwells, Ha
chette, 2007). Simple et précis, très bien illustré, il m'a permis, jusqu'à maintenant, de réussir systématiquement à remettre ma bécane en état et de ne jamais (ou presque...) arriver en retard à mes rendez-vous !

10/12/2011

Fenêtre n°10: Money, money, money

Au cours du mois de décembre, je propose une sorte de calendrier de l'Avent laïc. Chaque jour, une proposition de lecture, censée constituer une fenêtre ouverte sur le monde. Je vais essayer de répartir ces fenêtres sur le plus de façades, de sorte que les points de vue et les panoramas couverts soient aussi variés que possible. Plus d'informations sur cette démarche dans ma note du 1er décembre.


On reproche bien souvent à ceux qui proposent des changements sociaux et/ou économiques d'être des utopistes sans lien avec la réalité.

  • Comment ose-t-on imaginer dépasser le capitalisme ? (Quand bien même chacun s'accorde à constater les ravages de ce système)
  • Comment ose-t-on proposer de restreindre le pouvoir des multinationales ? (Quand bien même chacun s'accorde à constater les ravages socio-économiques de ces dernières)
  • Comment ose-t-on proposer d'imaginer une économie solidaire et sans croissance ? (Quand bien même chacun sait qu'une croissance infinie dans un monde fini est impossible...)Lietaer.jpg


Bernard Lietaer quant à lui, est tout sauf un idéaliste. Froid économiste ayant occupé d'importantes fonctions à la Banque Centrale de Belgique, puis à la BCE, il fait partie des géniteurs de l'euro.
Et pourtant, dans Monnaies régionales - De nouvelles voies vers une prospérité durable (C.-L. Mayer, 2008), rédigé avec l'urbaniste Margrit Kennedy, il nous propose ni plus ni moins que de bouleverser notre système monétaire.

Les monnaies parallèles existent déjà et fonctionnent mieux que jamais, nous les nommons "Points cumulus" ou "miles&more". Il suffirait de reprendre ces systèmes et de leur donner des buts sociaux plutôt que publicitaires pour imaginer des solutions monétaires locales séduisantes. "Suffirait" ? Le conditionnel est de trop, car ces systèmes existent et se développent déjà partout en Europe: "SEL" (Systèmes d'Echange Locaux), Regio, monnaies fondantes,...

Suivez le guide et imaginez le futur système monétaire de votre région !

11:42 Publié dans Avent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lietaer, monnaie, économie |  Facebook | |

09/12/2011

Fenêtre n°9: Du côté de chez Maalouf

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Au cours du mois de décembre, je propose une sorte de calendrier de l'Avent laïc. Chaque jour, une proposition de lecture, censée constituer une fenêtre ouverte sur le monde. Je vais essayer de répartir ces fenêtres sur le plus de façades, de sorte que les points de vue et les panoramas couverts soient aussi variés que possible. Plus d'informations sur cette démarche dans ma note du 1er décembre.


"Cette idée de mettre face à face des personnes qui parlent chacune au nom de sa tribu, qui rivalisent de mauvaise foi et et d'habileté gratuite, oui, cela me choque et me dégoûte. Je trouve ces duels grossier, barbares, de mauvais goût, et j'ajouterais parce que c'est là toute la différence: inélégants."

250 pages en compagnie d'Ossyane, incurable naïf qui se fera balloter par les péripéties de son siècle, le vingtième, sans prise sur son destin. Regard transparent, fondamentalement bon et dénué d'a priori, confronté à la laide absurdité des génocides et des guerres qui ont ensanglanté le bassin méditerranéen.

Amin Maalouf est sans conteste un des meilleurs conteurs de la langue française. Les critiques ont primé Le rocher de Tanios, Samarcande ou Léon l'Africain. Mon préféré est sans hésitation

Les échelles du Levant (Grasset, 1996)


)

08:42 Publié dans Avent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, maalouf |  Facebook | |

08/12/2011

Fenêtre n°8: Voyage au pays des langues

Au cours du mois de décembre, je propose une sorte de calendrier de l'Avent laïc. Chaque jour, une proposition de lecture, censée constituer une fenêtre ouverte sur le monde. Je vais essayer de répartir ces fenêtres sur le plus de façades, de sorte que les points de vue et les panoramas couverts soient aussi variés que possible. Plus d'informations sur cette démarche dans ma note du 1er décembre.


Je suis souvent émerveillé par la complexité quasi-organique des systèmes linguistiques. Comment a-t-il été possible de créer, de partager et de faire évoluer nos langues pendant des millénaires, pour les faire devenir ce qu'elles sont
Kersaudy.jpg. Quels liens y a-t-il entre nos langues ? Quelles incroyables différences rencontre-t-on entre elles ?

Kersaudy, véritable gourmet des langues, nous embarque dans

Langues sans frontières (Autrement, 2001)

à la découverte du fonctionnement des langues européennes. Ce pavé se lit comme un roman et me sert fréquemment d'ouvrage de référence.


Adepte d'une étymologie mettant en évidence les liens plus que les différences, il raconte de façon savoureuse l'itinéraire de mots du quotidien (lait, cheval...) à travers les territoires linguistiques.

Pour les quelques lecteurs maîtrisant l'espéranto, on recommandera, sur le même sujet, l'éclectique Lingvaj babilaĵoj, d'André Cherpillod, qui propose un incroyable panorama impressioniste et anecdotique des variétés linguistiques.

07:20 Publié dans Avent | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : langues, linguistique, europe |  Facebook | |

07/12/2011

Fenêtre n°7: Yves Cochet

Au cours du mois de décembre, je propose une sorte de calendrier de l'Avent laïc. Chaque jour, une proposition de lecture, censée constituer une fenêtre ouverte sur le monde. Je vais essayer de répartir ces fenêtres sur le plus de façades, de sorte que les points de vue et les panoramas couverts soient aussi variés que possible. Plus d'informations sur cette démarche dans ma note du 1er décembre.


Dans un monde de l'écologie tiraillé entre les arrivistes, prêts à renoncer à leurs valeurs pour accéder au pouvoir et les ultras, qui peinent à accepter le dialogue avec ceux qui ne partagent pas exactement leurs points de vue, on trouve quantité de femmes et d'homm
Cochet.jpges mesurés et de bonne volonté.


Yves Cochet
a été élu à plusie
urs reprises - il est actuellement député à l'Assemblée Nationale - et a manqué de peu d'être investi par les Verts pour l'élection présidentielle de 2007.

Malgré cela, il a toujours tenu un discours clair et argumenté, à mille lieues des lénifiantes inepties d'un Daniel Cohn-Bendit ou d'un Nicolas Hulot. Pas d'appel du pied électoraliste, pas de compromission avec les multinationales les plus polluantes, mais un regard scientifique et acéré sur notre société.

J'aurais pu vous proposer Pétrole apocalypse, je préfère l'Antimanuel d'écologie (Bréal, 2009). Richement illustré et émaillé de longs extraits de textes fondateurs de sa pensée, Yves Cochet nous fait parcourir avec compétence et un grand talent de vulgarisation les différentes facettes de la question écologique (La matière et la vie - Les humains - La politique).

07:15 Publié dans Avent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ecologie, france, yves cochet |  Facebook | |