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16/08/2012

Parlementaires genevois: des bons, des brutes ou des truands ?

Parmi les commentaires suscités par ma note de mardi, celui de Jean d'Hôtaux pose une question qui me tarabuste depuis sa publication. Pour rappel, les turbulences dans lesquelles se trouve la caisse de pension de l'État ont pour cause le soudain changement dbbt.jpege la législation fédérale, qui impose aux caisses publiques en capitalisation partielle de passer d'un taux de couverture de 50% à 80%.

En français courant, cela signifie que le canton n'a plus le droit de garantir une éventuelle (et complètement inimaginable) faillite de sa propre fonction publique qu'à hauteur de 20%, ce qui implique l'injection de plusieurs milliards (quatre, cinq, plus ? - le montant dépend en effet des rendements sur ces actifs...) dans un délai de quarante ans, en commençant tout de suite par un « acompte » d'environ 1300 millions...

Le commentaire demandait simplement pourquoi les parlementaires avaient voté, le 17 décembre 2010, une loi si dommageable pour nos finances (et celles d'autres cantons et villes, d'ailleurs), et en particulier, comment les député-e-s genevois-e-s pouvaient justifier un vote pareil.

Une rapide recherche m'a confirmé que les parlementaires genevois-e-s avaient bien suivi leurs groupes sur cet objet. C'est ainsi que les trois socialistes (J.C. Rielle, M. Roth-Bernasconi et C. Sommaruga) l'avaient refusé alors que tous les autres (L. Barthassat, M. Brunschwig-Graf, H. Hiltpold, A. Hodgers, C. Luscher, Y. Nidegger et A. Reymond) l'ont accepté. A noter que U. Leuenberger s'est abstenu.

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14/08/2012

Qui veut perdre des milliards ?

mixretraite.jpgA ma droite, Roger Deneys, le défenseur des fonctionnaires, qui estime que c'est à l'État de contribuer au redressement de sa caisse de retraite, à ma gauche (enfin, façon de parler), Pierre Weiss, le défenseur des gros contribuables, qui demande aux fonctionnaires de combler le "trou".

Prenons un peu de recul pour observer le ring et rappelons quelques évidences concernant les caisses de pension, en particulier celle de l'État de Genève, ce qui nous permettra peut-être de prendre une position nuancée et dépassionnée.

Pour mémoire, il existe deux modalités de financement des retraites: la répartition ou l'argent des cotisations est directement redistribué aux rentiers et la capitalisation ou chaque employé cotise pour lui-même et perçoit une rente dépendant du montant accumulé, des rendements sur ce montant (rendements potentiellement énormes sur de pareils durées, c'est ce que l'on nomme le "tiers-cotisant") et de l'espérance de vie de sa génération.

Dans un monde idéal, de croissances économique et démographique constantes et de vie éternelle des entreprises, les deux systèmes sont équivalents, mais il suffit d'un déséquilibre dans le rapport rentiers/cotisants pour déstabiliser le système par répartition, alors que le système par capitalisation peut être mis en péril (voire anéanti) par les aléas financiers (allant jusqu'à la faillite d'une caisse...), par la baisse des rendements sur le capital et par l'allongement de l'espérance de vie. J'ai déjà exprimé ma nette préférence pour le système par répartition, plus juste et plus sûr selon moi, mais la suite de mon raisonnement devrait satisfaire également les tenants de la capitalisation.

La Suisse, pays lisse et pondéré, a fait le choix de n'en pas faire, puisque les retraites reposent sur deux piliers, le premier (AVS) par répartition, censé assurer le minimum vital (quoique...) et le second (les caisses de retraites) par capitalisation, devant garantir une bonne qualité de vie.

Il va de soi que les caisses de pension des entreprises doivent être autonomes et couvrir en permanence l'entier des rentes (donc être capitalisées à 100%), ce qui a permis, par exemple, à mes grands-pères, de bénéficier d'une bonne retraite plus de 20 ans après la faillite de leur employeur. Toutefois, comme celles-ci ne risquent pas la faillite, les collectivités publiques ont obtenu le droit de ne capitaliser leur caisse qu'à hauteur de 50%, ce qui équivaut de fait à adopter un système de répartition pour les 50% restant. Ce système a fait ses preuves au cours des décennies passées, puisqu'il a permis aux employés de la fonction publique d'obtenir de bonnes retraites pour des cotisations raisonnables, sans mettre en péril l'équilibre de leur caisse.

Or voilà que, pour d'obscures raisons idéologiques, la droite des chambres fédérales vient d'imposer une augmentation à 80% du taux de capitalisation des caisses publiques, et cela au pire moment, puisque c'est précisément maintenant que surviennent tous les facteurs de déstabilisation des systèmes par capitalisation (chute durable des rendements sur les actifs et allongement de l'espérance de vie). Ces circonstances auraient en soi nécessité des ajustements pour assurer le taux de 50%, mais, lorsqu'il s'agit soudain de passer à 80%, le trou à combler devient abyssal. Et voilà que l'on parle de "sauvetage" de la caisse ou même que l'on insinue que les "reponsables" devraient rendre des comptes à la justice, à l'instar de ceux de la BCGe.

Rappelons-le, on ne peut rien reprocher à la direction de la CIA, qui a assuré la pérennité de la caisse dans le strict respect du droit fédéral. Tout au plus peut-on regretter qu'elle n'ait pas tenu compte assez tôt de la hausse de l'espérance de vie et de la baisse des rendements, mais en aucun cas d'avoir sous-capitalisé la caisse.

Qui doit perdre ces milliards ?

On pourrait être tenté, comme Pierre Weiss, d'estimer que les fonctionnaires actuels doivent combler ce trou, tout en prenant le risque de déclencher une guerre des générations, puisqu'il semble politiquement impossible de faire passer à la caisse les rentiers actuels et les fonctionnaires en fin de carrière, "deux fois bénis" selon ses propres termes. Détail amusant, Pierre Weiss lui-même, en tant qu'employé de l'Université, fait partie de cette génération - comme quoi on n'est jamais si bien béni que par soi-même.

Il s'agit à l'évidence d'un détournement sémantique, puisque cette génération a payé des cotisations normales, qui sont allées pour moitié dans les rentes de la génération précédente et pour moitié dans leur bas de laine, selon le principe du financement mixte des caisses publiques énoncé plus haut, et qu'ils s'apprêtent à toucher une rente normale provenant pour une moitié de leurs cotisations et pour l'autre de celles de la génération suivante. Cotisation normale, rente normale - où est la bénédiction ?

De fait, ce sont les générations actuelles de fonctionnaires qui s'apprêtent à être "deux fois damnées" par les libéraux de Berne, puisque, dans des circonstances financières et démographiques déjà difficiles, elles se voient contraintes de capitaliser à 80% leurs propres rentes, tout en continuant à financer le 50% de la rente des générations précédentes. Elles devraient ainsi payer à 130% tout en espérant (dans un monde idéal sans krach boursier, ni inflation, ni baisse des rendements...) toucher 100%...

Évidemment, les contribuables n'ont aucune raison de se réjouir de voir de l'argent public partir dans une capitalisation absurde décidée par les chambres fédérales (mais quel défenseur des contribuables rappelle ces circonstances lorsqu'il vitupère contre la gestion de notre caisse ?), mais étant liés à la Confération pour le meilleur et pour le pire, il faudra bien que nous passions à la caisse.

Prenons alors la question par l'autre bout: qui a vraiment bénéficié de la faible capitalisation de la caisse de pension ?

Les fonctionnaires ? Non, car, comme cela est expliqué plus haut, ils ont payé une cotisation normale pour une rente normale. On peut certes imaginer que la première génération du système en a bénéficié, puisqu'elle a sans doute touché de bonnes rentes pour de faibles cotisations, mais nul ne songerait à réclamer le trop perçu aux descendants des ces employés...

L'État ? Oui, sans doute, car s'il partage avec ses employés le devoir de cotiser, il ne touche jamais de rente. C'est ainsi que, par une faible capitalisation, il a progressivement évité de mettre de côté des milliards, qu'il a pu, au cours des décennies précédentes, transformer en jolis investissements.  Il n'est ainsi pas abusif de penser que les nouvelles halles de Palexpo ou l'extension du réseau de tram ont été payées en partie par la faible capitalisation des caisses publiques. Le système n'est pas malsain en soi, mais lorsque Berne change arbitrairement les règles du jeu, il apparaîtrait absurde de demander aux seuls fonctionnaires de rembourser ces investissements.

Si l'on peut donc exiger des fonctionnaires qu'ils comblent les déficit liés aux baisses de rendement et à l'allongement de l'espérance de vie, il n'y a aucune logique économique à exiger d'eux le financement du passage de 50% à 80%. Tout autre discours équivaut à une instrumentalisation d'un sujet complexe dans un climat anti-fonctionnaire plutôt malsain, et contribue, à terme, à déclencher la lutte des générations que la droite libérale semble nettement préférer à celle des classes.


Employés de toutes les générations, unissez-vous !

29/03/2012

Le capital (suite et fin ?)

francs.jpgCertains se sont émus lorsqu'ils ont appris que de respectables oeuvres de bienfaisance avaient perdu de considérables montants dans des placements boursiers. A raison, leur est venue l'image de la modeste mère de famille versant 50 francs à Jean-Marc Richard, 50 francs qui iront engraisser les spéculateurs de tout poil plutôt que de financer la reconstruction de Port-au-Prince.

On peut, bien sûr, regretter que ces bonnes oeuvres choisissent de placer leur argent plutôt que de le distribuer, a fortiori lorsque ces placements ne semblent respecter aucun critère éthique...

On peut surtout s'étonner que, ce qui paraît aberrant lorsqu'il s'agit des quelques millions de La Chaîne du Bonheur semble soudain souhaitable lorsqu'il s'agit des centaines de milliards de nos caisses de pensions...

C'est ainsi que le CIA-info paru aujourd'hui informe les membres de cette noble institution (La CIA est en effet la Caisse de pension des employés de l'État de Genève) que les principaux indicateurs économiques étant décevants, l'État - donc les contribuables - va sans doute devoir investir plus d'un milliard pour combler un trou...inexistant ! Qui plus est, il y a malheureusement fort à parier que, à l'image des 50 francs de notre ménagère, ce milliard finisse dans les poches de spéculateurs boursiers plutôt que dans celle des futurs retraités de la fonction publique...

Pourquoi un "trou" inexistant ?

La CIA a choisi de longue date un mode de fonctionnement mixte. C'est ainsi que, contrairement aux caisses privées, elle ne capitalise qu'une partie des cotisations et fonctionne pour l'autre partie par répartition, comme l'AVS. Ce système est garanti par l'État, la fonction publique étant pérenne. Il est particulièrement stable, puisque l'argent circule et est donc moins soumis aux aléas boursiers et inflationnistes. La CIA est donc une caisse saine, parfaitement gérée, selon des principes qui garantissent le versements des rentes à longue échéance.

Malheureusement, le droit fédéral a changé fin 2010, et, pour des raisons de pur dogmatisme libéral, la Confédération contraint désormais les caisses à disposer en permanence de la couverture intégrale des rentes et les oblige à Puit-sans-fond-a20042545.jpgaugmenter leur taux de capitalisation à 80% à l'horizon 2052 (Le taux actuel de la CIA est de 54,1%).

La première de ces exigences crée donc un trou artificiel, que notre État va se voir contraint de combler à hauteur de 750 millions. La seconde va imposer aux cotisants actuels (et à l'État dans la mesure où il cotise également) de passer deux fois à la caisse pendant 40 ans, puisqu'ils devront assumer leur part de répartition dans les rentes des retraités actuels tout en augmentant le taux de capitalisation servant à financer leur future retraite... Tout en fragilisant leur propre rente, au vu des risques encourus par cet énorme capital...

Pourquoi ce milliard risque fort de disparaître ?

L'autre "mauvaise nouvelle", c'est que, contrairement à ce que banquiers et syndicalistes se plaisent à dire, les rendements à long terme vont inexorablement baisser. En effet, spéculer (!) sur des taux de 4-5% est parfaitement illusoire et participe de l'aveuglement de ceux qui croient qu'une croissance infinie est possible dans un monde fini. Le fait est que des rendements "normaux", sur des activités "normales", ne dépasseront pas les 1% ou 2% de façon durable, ce qui est d'ailleurs parfaitement juste d'un point de vue moral !

trou-noir-stellaire-443px_1_-138d5.jpgDe fait, le "taux technique" utilisé par les actuaires pour évaluer le rendement des actifs vient de passer de 4% à 3,5%. Ce petit saut suffit pour faire passer la facture "fictive" de 750 millions à 1,3 milliards (il faut en effet plus de capital pour couvrir les rentes, si les rendements diminuent...). Il n'y a aucune raison objective de penser que ce taux ne va pas continuer à baisser. Il est donc fort probable que, une fois ces 1300 millions versés (par l'État, les cotisants ou les assurés), il disparaisse soudainement. C'est d'ailleurs ce qu'a enduré le canton de Berne il y a quelques années... On risque fort de passer du "trou fictif" au "tonneau des Danaïdes fictif"...

La droite libérale joue donc au pompier pyromane. Au moment où elle devrait réaliser qu'il est aberrant de bloquer des montants aussi gigantesques sur des périodes aussi longues, elle s'emploie à démanteler les systèmes qui, eux, sont structurellement pérennes, puisque les cotisations sont immédiatement redistribuées. La conclusion est simple: il faudrait  augmenter rapidement la part de répartition dans le 2e pilier. Les chambres viennent de décider le contraire...

Décidément, la plupart des économistes ne sont que des prolongateurs de courbes... Ils ne parviennent pas à réaliser que, lorsque les conditions changent, que ce soit la déplétion des ressources naturelles, l'émergence de plusieurs pays ou les changements climatiques, il est stupide de croire que tout va continuer à fonctionner comme avant au prétexte unique que ça fonctionnait avant...

 

 

 

03/11/2011

Un géant au 2e pilier d'argile

Des syndicats qui exigent des placements boursiers plus risqués et des rendements plus élevés, des patrons qui viennent gémir que la bourse ne rapporte guère plus que le Tribolo. A force de tourner autour du 2e pilier, on finit par confondre la gauche avec la droite...tribolo.jpg

Réglons rapidement le sort des assureurs et leurs alliés habituels des milieux patronaux. En bons requins, ils se battent jusqu'à la moindre poussière de pourcent pour accroître leurs bénéfices. Après tout, ce n'est pas le sort de leurs assurés, mais celui de leur assurance, et donc de leurs actionnaires qui les motive. Leur souci de cohérence étant occulté par leur avidité, il ne faut donc pas s'étonner qu'ils crachent dans la soupe qui les nourrit - la bourse. On fera mine de s'étonner de constater que le Conseil Fédéral semble acquis à leur cause, puisqu'il a décidé hier de baisser le taux de rendement des capitaux LPP, sans voie de recours possible.

La position de certains milieux de gauche, notamment des syndicats, apparaît nettement moins compréhensible. Comment s'indigner sérieusement d'un rendement de 1,5%, alors que le taux obligataire des emprunts fédéraux n'atteint pas même 1% ? Est-ce à dire que les syndicats souhaitent que les caisses de pension placent l'argent des travailleurs sur les marchés d'actions les plus risqués (ou pire encore, en produits dérivés si chers à notre ministre des Phynances) ? Veulent-ils que ces capitaux soient prêtés aux Etats en semi-faillite à des taux usuraires ? Désirent-ils que les locataires des immeubles appartenant à nos caisses de pension soient pressés comme des citrons ?

 

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