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Ecole - Page 2

  • À échanger: élèves contre bosons

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    Présents partout mais de masse quasi-nulle, presque indétectables, mais bénéficiant de crédits publics somptuaires, les bosons de Higgs doivent faire rêver Charles BEER et François LONGCHAMP qui ont, pour devoir de vacances, la lourde tâche de trouver une solution pour caser des élèves de l'ECG dont les particularités sont à peu près inverses de celles de la désormais célèbre particule.

    Rappelons que, à la faveur de réformes pédagogiques ambitieuses et de la croissance de la population, le nombre d'élèves du post-obligatoire, en particulier celui de l'ECG (École de Culture Générale) croît vertigineusement depuis une décennie. Nulle surprise donc, l'afflux d'élèves était prévisible...

    Et pourtant, rien - ou presque - n'a été fait au cours des dernières années pour accueillir décemment ces nouveaux étudiants. Certes, on a "ouvert" une troisième ECG, qui, depuis 4 ans occupe deux pavillons provisoires distants de 3 kilomètres et squatte des salles de gym et de cours dans 3 bâtiments voisins... Des conditions tellement pénibles que les maîtres des lieux ont déposé jeudi dernier une pétition réclamant légitimement de travailler sur un site unique.

    C'est dans ce contexte que le DIP a proposé aussi abruptement que sibyllinement de tranvaser 750 élèves dUbu-Jarry.pngu PO dans deux cycles d'orientation (Drize et Seymaz) dès la rentrée 2013. Sibyllinement, car, aucune modalité pratique n'ayant été annoncée, ni même imaginée, les acteurs malgré eux de ce drame à la Jarry se voient contraints d'imaginer la cohabitation d'enfants de 12 ans avec des adultes de plus de 20 ans, dans les préaux (quel règlement appliquer ?), dans les couloirs (qui aura droit à la casquette ?), à la cafétéria (pause café ou cigarette ?) et dans les vestiaires de gym (...?).

    A l'évidence, en prenant cette décision, le chef du DIP s'est pris pour un directeur de la logistique d'une boîte d'import-export, qui bourre ses hangars sans considération pour la marchandise entassée. Las, les élèves n'étant pas des briques de Tetris, il aurait sans doute fallu songer aux conséquences pédagogiques désastreuses d'un pareil choix.

    Car, au-delà de l'improvoyance des différents acteurs, il apparaît de plus en plus clair que c'est surtout le refus de dépenser le moindre sou qui est à la base des sureffectifs au post-obligatoire. Il faut donc rappeler que, si c'est bien le DIP qui formule les demandes, c'est le DU (ex-DCTI) qui les fait voter et les met en oeuvre. Et là, Mark MULLER semble s'être distingué par son refus de toute opération un tant soit peu coûteuse, au point même de ne pas desserrer les cordons de la bourse pour rénover des bâtiments dont les plafonds et les corniches menacent de s'effondrer sur leurs occupants, comme le révèle Le Courrier d'aujourd'hui.

    Aujourd'hui, face à l'uIMG_20120704_130036.jpgrgence, le Conseil d'État répond qu'il n'a plus le temps de construire. Pourtant, les associations de maîtres ont présenté nombre de terrains et de bâtiments qui permettraient, s'y l'on acceptait d'investir et d'utiliser des procédures administratives d'urgence, de construire rapidement des pavillons pour une nouvelle ECG.

    Le succès inouï de la pétition remise hier aux autorités (5128 signatures récoltées en 3 semaines et demi), et son soutien unitaire (fait rare !) de toutes les associations de parents d'élèves et de toutes les associations faîtières d'enseignants témoigne du refus massif d'une solution qui, sans résoudre les problèmes du PO, amplifierait ceux connus par le CO. Ce soutien doit conforter le DIP dans sa volonté maintes fois affichée, mais rarement exaucée, de construire de nouveaux bâtiments scolaires et mettre le nouveau maître du DU devant ses responsabilités. La population et le corps politique exigent des solutions rapides et durables, quitte à ce que l'une des républiques les plus riches du monde doive dépenser quelques millions.

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  • Des élèves et des comptables

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    Drize.jpgL'importance de la réaction est à la mesure de la violence et de la soudaineté de l'annonce. Prenant chacun de cours, y compris les directeurs des écoles concernées informés le 29 mai dernier, le DIP a annoncé (sans trop de vacarme toutefois... puisqu'il n'y a eu aucune communication publique...) qu'il entendait réquisitionner la moitié de Cycles de la Seymaz et de Drize pour y caser des élèves du post-obligatoire dès 2013.

    Unanimes les associations d'enseignants de tous les ordres (FAMCO, UCESG, SPG et SSP-Enseignement) et les associations de parents d'élèves ont demandé le retrait d'un projet aussi improvisé que mal ficelé (Leurs deux communiqués sont et ).

    Et, dans la rue, dans les préaux et dans les salles des maîtres, on aura rarement eu autant de facilité à faire signer une pétition, tant la désinvolture des autorités publiques dans la gestion de cette affaire est choquante. Tous les lecteurs sont d'ailleurs invités à signer et faire signer ce texte... sans oublier de le renvoyer ! (il est même possible de la signer en ligne.)

    Pourtant, depuis quelques jours (et particulièrement dans La Tribune d'aujourd'hui) on distingue des manoeuvres visant à diviser les fronts et à tenter de faire passer une mesure technocratique pour un projet pédagogique.

    D'où la nécessité de répondre à quelques questions essentielles:

    Les CO sont-ils en sous-effectifs ?

    Contrairement aux chiffres ahurissants prétendument présentés par Charles BEER, il est abusif de prétendre que les CO n'ont pas assez d'élèves. La FAO du 29.10.2008 le rappelle fièrement, les autorités s'étaient engagées à ne pas dépasser les 650 élèves par bâtiment. Aujourd'hui, les 13'087 élèves du Cycle se répartissent entre 20 bâtiments, ce qui donne une moyenne de 654...

    Est-il possible de faire cohabiter des élèves du CO et du PO ?

    Oui, sans aucun doute, puisque cela se fait ailleurs. Cependant, pour réaliser pareil projet pédagogique, il serait nécessaire:

    1. D'en exposer les avantages et les inconvénients lors d'un débat public et de le faire accepter au niveau politique.
    2. De ne pas caser 800 à 850 élèves dans des bâtiments prévus pour en accueillir 650 à 700.
    3. De le faire dans le cadre d'écoles uniques et non sous la forme d'élèves exportés dans un autre bâtiment, sous la responsabilité d'une direction et d'une administration distantes de plusieurs kilomètres.

    La question de la cohabitation des ordres d'enseignement est donc exclusivement pédagogique. Or, dans le cas présent, son traitement est purement technique. Les élèves sont traités comme des palettes de briques dont il faut optimiser le stockage dans différents entrepôts.

    Comment résoudre la question des sureffectifs au PO ?

    Certainement pas en squattant les bâtiments du CO (qui plus est en réquisitionnant les deux bâtiments les plus récents...), puisque cela ne ferait qu'étendre le problème des sureffectifs au CO.

    Alors ?

    Comme le rappelle l'UCESCG depuis de nombreuses années, la place pour les étudiants du PO fait cruellement défaut et il est honteux de proposer aux élèves de l'ECG Ella-Maillart de naviguer entre cinq sites distants. Or, malgré cela, aucune réponse tangible n'a été apportée ces dernières années

    Le chef du DIP a beau jeu de dire que personne n'est responsable de la non-construction des écoles nécessaires. C'est précisément l'inverse qui est vrai. Chaque département, chaque commune a sa responsabilité dans le fiasco actuel. C'est pourquoi il est urgent que des bâtiments provisoires ou pérennes soient bâtis sur des terrains publics, quitte à ce que l'État fasse usage de son droit de préemption ou qu'il récupère des terrains destinés à des activités moins essentielles...

    Sans prétendre à l'exhausitivité, ni même à la pertinence, je me permets de proposer les terrains suivants, tous situés dans le secteur Rhône-Arve...

    • Les parcelles visées par la Ville pour construire la Patinoire du Trèfle-Blanc. Est-il plus urgent de loger des étudiants ou des hockeyeurs ?
    • Une partie de la parcelle vide de 53'000m2 (n°1708), appartenant à l'Université, en haut du site de Batelle.
    • Tout ou partie du terrain déserté par l'armée aux Vernets.
    • La friche au centre des Palettes, sur laquelle la Ville de Lancy prévoyait de construire un centre culturel refusé en votation populaire en 2006.
    • Une partie des terrains rachetés aux CFF à la gare de la Praille.
    • Le parking de la Patinoire des Vernets. Est-il nécessaire de garder un gigantesque espace pour les voitures de ceux qui pourraient venir en bus ou à vélo à la piscine ou à la patinoire.
    • Une petite partie du gigantesque parc Navazza, à Lancy, qui, contrairement à ce qu'on pourrait croire, n'est pas en zone de verdure, mais en zone 5.
    • ...
  • Vraiment laïque, l'école genevoise ?

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    Au début de chaque année civile, les parents d'élèves genevois-es sont prié-e-s de vérifier la formule BDS-DIP, terme jargonnant désignant la fiche de leur enfant dans la base de données scolaire. Les vieilles habitudes occultant les questions qui peuvent fâcher, plus grand monde ne se formalise de voir, parmi les champs à remplir, la mention de la religion du gosse concerné (voir illustration...).

    Pourtant, à ma connaissance - et je m'exprime ici avec la double casquette de père d'élève et d'enseigant :

    - La religion d'un élève n'a, je l'espère, BDS2.jpgaucun impact sur l'enseignement qui lui est prodigué, sur ses chances de réussite ou sur les décisions d'orientation le concernant.

    - Dans un État laïc, les choix religieux des citoyen-ne-s appartiennent strictement à la sphère privée. Il est donc très malvenu de leur demander de rendre publics leur appartenance religieuse ou leur athéisme. Pour mémoire, ce sujet a été une des pierres d'achoppement entre une Grèce aux relents cléricaux et revanchards anti-turcs qui voulait maintenir l'appartenance religieuse sur les papiers d'identité hellènes, et l'Union Européenne qui le lui refusait. Par ailleurs, même si ce n'est à ma connaissance pas le cas en Suisse, plusieurs États européens interdisent aux employeurs de s'enquérir de la religion de leurs employés.

    - La Loi fédérale sur la protection des données
    (art. 4) pose comme principe que la finalité du recueil des données doit être communiquée à la personne concernée. Ces données doivent donc être clairement utiles. De plus, l' art. 3 classe la religion parmi les "données sensibles", au même titre que les opinions politiques, syndicale ou la "race". Autrement dit, demander aux parents d'indiquer la religion de leur enfant équivaut à s'enquérir de leur dernier vote ou de la couleur de leur peau.

    - La plupart des religions, même les plus obtuses, reconnaissent que l'enfant ne peut légitimement choisir sa religion - et donc procéder au rite de passage ad hoc, que ce soit la communion, la bar (ou bat) mitsva ou  autre rumspringa - qu'à un âge nettement supérieur à celui de l'entrée à l'école. Le raccourci consistant à attribuer de facto la religion d'un parent à l'enfant est donc éthiquement très discutable et participe au renforcement de la reproduction sociale génération après génération que l'école devrait au contraire combattre.

    Les maîtres et les directions pouvant au mieux ne rien faire de cette information (et au pire, je n'ose pas y penser...), je ne comprends pas pourquoi le DIP continue à la collecter. A ma connaissance, l'année passée, le bureau de la FAMCO avait transmis ma demande de suppression au département, qui avait été reçue favorablement, mais manifestement sans aucun effet. C'est pourquoi je me permets à nouveau de demander la suppression de la BDS la mention de la religion des élèves.

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  • Qu'ainsi s'unissent les amis de la République !

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    L'Escalade-Mere_Royaume.jpgA peine arrivés dans le canton de Genève, les étrangers (comprendre: les Vaudois, Valaisans, Neuchâtelois et autres Confédérés...) marquent leur étonnement devant l'importance des festivités liées à l'Escalade. Leur séjour se prolongeant, ils constatent l'effort des écoles pour enseigner ce haut-fait de l'histoire genevoise.

    Dès les classes enfantines, les élèves colorient des images de bataille et les maître-sse-s racontent la vilenie du Duc qui cherchait à s'emparer de la fière Genève. Les écoliers de la Ville visitent les lieux de mémoire: Le Passage Monnetier, les endroits où se trouvaient les portes, la herse d'Isaac Mercier...

    On ne peut que s'incliner devant cette volonté de s'intéresser à son passé et transmettre un forme de mémoire collective aux générations futures, mais on doit se rappeler que l'Escalade est avant tout un épisode militaire, certes défensif, et que, en tant que tel, sa mémoire charrie des remugles patriotico-revanchards et occulte souvent les souffrances et l'horreur vécues par les deux parties.

    Pour preuve, le contenu des chants patrotiques qui louent par exemple ces "vaillants Genevois" qui se battaient contre des "Savoyards furieux", tout cela sous l'oeil bienveillant de "C'é qu'è l'ainô, le maître dé bataillé ", éternel refrain du "Gott mit uns", célébrant la victoire, la justice et l'histoire des vainqueurs.

    Depuis quelques années, les maître-sses de mon village - et peut-être d'autres - font également chanter des chants de l'Escalade célébrant la fraternité et mettant en évidence la souffrance des petites gens face aux décisions des princes belliqueux. Je trouve la démarche salutaire et courageuse, dans un temps où le nationalisme et la haine de tout ce qui vit au-delà de la frontière se réveillent (voir certains commentaires à cet article !). Merci à elles et eux !

    Voici quelques vers des ces chansons, dont je ne connais malheureusement pas les paroliers.

    Il était savoyard
    Il avait sa maison
    Du côté de Fillinges
    Elle s'appelait Lison
    Elle vivait au Molard
    Elle était blanchisseuse
    Allait livrer le linge
    Léon le petit ramoneur
    Noir des pieds à la tête
    L'a trouvée si jolie
    Transportant ses paniers
    Quand ils se retrouvaient
    C'était toujours la fête
    C'était dur de se séparer

    Les enfants de l'Escalade
    N'ont rien à faire des frontières
    Ils préfèrent les mascarades
    A la guerre, à la guerre.


    La nuit de l'Escalade
    En mille six cent et deux
    Quand les soldats du Duc
    Ont attaqué Genève
    Lison a eu très peur
    Au bruit des coups de feu
    Attendant sous son lit
    Que le matin se lève
    Léon le petit ramoneur
    Aimerait la retrouver
    Mais il faut passer les remparts
    La maman de Lison
    En veut aux Savoyards
    ...
    Quand les grands font la guerre
    Ce sont les pauvres gens
    Et les petits enfants
    Qui ont de la misère

    Sur les champs de bataille
    Quand sonne le clairon
    Quand tonne le canon
    Au coeur de la mitraille...

    Savoyards, Genevois, on est chocolat, chocolat !
    Savoyards, Genevois, on est chocolat !

    Les reines et les rois
    Les ducs et les princes
    Se battent pour des provinces
    Des plaines et des bois

    Dans leur lointain château
    Ils préparent des combats
    Ils sont là bien au chaud
    Sans penser aux soldats

    D’Espagne ou d’Italie
    De Flandre ou de Navarre
    De Rome ou de Paris
    On commande l’histoire

    Même si ça vous déplaît
    Vous, les grands de ce monde
    Depuis qu’on est en paix
    Le bonheur nous inonde

    Savoyards, Genevois, on est chocolat, chocolat !
    Savoyards, Genevois, on est chocolat !


     

     

  • Schwyzerdütsch à l'école. Pourquoi tant de häääään?

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    Grisée par le plébiscite populaire sur la réforme du Cycle, l'audace de Charles Beer semble avoir dépassé toute mesure mercredi passé. Les réactions courroucées pleuvent et les quolibets s'accumulent.

    Qu'a donc commis l'impudent ? A-t-il proposé l'érection d'un crucifix en travaux manuels ou la suspension d'un portrait du duc de Savoie dans chaque classe ?

    Bien pire, il a osé suggérer que les élèves du canton s'initient à la langue parlée par 70% de leurs concitoyen-ne-s...

    Si je m'associe aux regrets de la FAMCO concernant le manque de concertation présidant (une fois de plus...) au projet, je suis consterné par la quantité des réactions négatives, et par leur virulence, pour ne pas parler d'idiotie...

    Allons-y, abdiquons le peu de sympathie que je pouvais espérer inspirer à mes rares ami-e-s, avouons-le, je trouve que, sur le coup, Charles Beer n'a pas tout faux. Et pour tenter de faire valoir mon point de vue à celles et ceux qui continuent malgré mon infamie à me lire, je reprends les "arguments" les plus souvent évoqués pour démolir le projet de Charles le Téméraire :

     

    • Les Suisses-Allemands sont tous des barbares réactionnaires qui votent les initiatives UDC du haut de leurs alpages parsemés d'edelweiss et de cors des alpes.
    1. Quel argument pertinent, venant justement de ceux qui se prévalent de leur ouverture à l'étranger par leurs votes clairvoyants ! L'alterité, du point de vue du Genevois progressiste, c'est les 6'800'000'000 d'êtres humains, moins les 5'000'000 de Suisses-Allemands. D'accord pour ne pas renvoyer Ivan S., mais alors, de là à vouloir communiquer avec Hans-Werner K., il ne faut tout de même pas pousser !
    2. Si l'on observe objectivement une malheureuse tendance à voter de façon encore plus réactionnaire de l'autre côté de la Sarine, il faut tout de même humblement se rappeler les Zurichois, les Bernois et même les Argoviens ont été plus nombreux à refuser l'initiative UDC que les Genevois, et que notre canton si ouvert et si généreux ne l'a refusée qu'à 55%... Par mon expérience personnelle, après avoir traversé 25 des 26 cantons suisses sur mon vélo, je suis arrivé à la conclusion objective que le taux de tronches de rats et de faces de raie était en fait sensiblement égal A-048-D.jpg(quoiqu'étonnamment élevé) dans toutes les parties de notre merveilleux pays.
    3. Et pour finir, c'est en apprenant à connaître son adversaire qu'on découvre les moyens de le (con-)vaincre !
    • Le schwyzerdütsch n'est pas une langue, c'est un dialecte.
    1. Quelle est la différence au juste ? Un dialecte, ça s'écrit ! On trouve quantité de textes écrits en schwyzerdütsch... Une langue, ça ne varie pas d'un village à l'autre ! Grave erreur ! Seul le français, langue hyper-centralisée et hyper-normalisée ne varie pas (ou presque). La norme, c'est la variation continue d'une région à l'autre et l'élaboration tacite ou non d'une lingua franca utilisée par les médias et les instances nationales. Exactement comme le suisse-allemand !
    2. Et alors ? Pourquoi ne pas apprendre un dialecte, au nom de quoi un "dialecte" serait moins digne d'intérêt qu'une langue ?
    • Le schwyzerdütsch, de toutes façons, ça ne sert à rien !
    1. Quelle assurance ! Qui peut vraiment déterminer ce qui sert à quoi ? A quoi servent les maths, l'art, l'accord du participe passé ? Ou, à l'inverse, qui peut sciemment décider qu'un pan du savoir humain est tellement indigne d'intérêt qu'il faut militer avec virulence pour que nos enfants ne puissent pas y avoir accès...
    2. Plus prosaïquement, il s'agit tout de même de la langue parlée par 5'000'000 d'êtres humains qui vivent à un jet de pierre de notre jet d'eau et qui, qu'on le veuille ou non,  habitent (encore) dans notre pays. Et d'ailleurs, si l'on discutait sérieusement de scission, on s'apercevrait bien vite que bien des Bâlois se sentent bien plus à l'aise avec les Genevois que les habitants du Muothatal et préfereraient sans doute être minoritaires en Suisse occidentale... De plus, si l'on refuse d'apprendre le schwyzerdütsch, les langues suivantes, par ordre de proximité, sont le tchèque, le slovène et le catalan. Personnellement, je n'ai rien contre - je les ai vaguement étudiées les trois-, mais je ne suis pas sûr d'être majoritaire.
    • Pourquoi encombrer l'esprit déjà bien rempli des élèves avec une langue supplémentaire ?
    1. Ce sophisme est proféré par celui qui croit que le cerveau humain fonctionne comme une clé USB. Plus on remplit, moins il y a de place. Or on sait depuis longtemps que notre fonctionnement est presque inverse. Plus on apprend, plus on a de facilité à apprendre. Plusieurs expériences faites avec l'espéranto, dans le but de démontrer sa valeur propédeutique, ont été très concluantes. Il n'y a pas de raison que cela soit différent avec le schwyzerdütsch.
    2. Et, en particulier, découvrir instinctivement les façons de dériver des mots d'une langue (heute -> hütt, abend -> aabe, Blut -> Bluet, gewesen -> gsii...) à l'autre permet d'accéder plus facilement à la compréhension d'une quantité inimaginable de langues, et en premier lieu les langues latines (Comment passer du portugais au gallego, au castillan, au catalan, etc...). Vous le faites tous les jours lorsque que vous comparez les versions norvégienne et danoise du mode d'emploi de votre dernier lecteur MP3 (Vous ne le faites pas ? étrange... moi j'adore ça)

    Pour conclure, j'ai plus que souvent constaté qu'on n'apprend pas une langue en classe. En revanche, on peut y découvrir les bases qui permettront de l'apprendre sur place, ou au contact de ses médias. Passer 5, 7 ou 10 ans à réviser l'accord de l'adjectif au datif ne transformera jamais automatiquement les Genevois-e-s en habiles germanophones. En revanche, leur faire entrevoir que les peuplades paissant au-delà de Fribourg présentent peut-être quelque intérêt et que leur(s) langue(s), contrairement à ce qui est véhiculé par l'opinion publique et ses blagues de comptoir, est d'une richesse et d'une beauté insoupçonnées, permettrait peut-être d'en faire des citoyen-ne-s plus ouvert-e-s d'esprit.