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22/04/2014

Familles genevoises: 10'000.- par mois, c'est être pauvre ?

Ma note de jeudi passé à propos de la faible pression fiscale sur les familles genevoises de la classe moyenne a généré beaucoup de commentaires. Suivant la règle que j'ai instituée en mars, j'ai renoncé à publier les anonymes. On y trouve pourtant des réflexions confirmant avec éclat la pertinence du titre que je lui avais donné: Ceux qui prétendent que la classe moyenne est écrasée d'impôts n'en font pas partie.

Écartons d'emblée toutes les questions techniques (méthodologie, prise en compte des déductions, des allocations familiales, commune de domicile considérée...). Ils suffit de télécharger le rapport de référence pour obtenir des réponses, qui semblent garantir l'impartialité de la méthode de calcul (pourquoi d'ailleurs des fonctionnaires fédéraux feraient-ils des choix visant à défavoriser Genève ?).

La plupart des autres commentaires avaient pour but, avec plus ou moins de circonvolutions, de démontrer que, 125'000.- par année, c'est en fait un revenu inférieur à la "classe moyenne", en particulier à Genève où tout est plus cher qu'ailleurs, donc que Genève serait la seule ville au monde où les familles avec un revenu de 10'000$ mensuels seraient à considérer comme pauvres.

Deux réflexions:

- Certes, les loyers genevois et les assurances maladies sont excessivement élevés. Cela dit, tous les autres prix sont identiques au reste de notre pays. On peut même imaginer que les frais de mobilité ou des chauffage sont plus importants dans les régions périphériques et on doit rappeler que les loyers à Lausanne ou à Berne sont également très élevés... Le surcoût pour une famille genevoise peut être évalué à 12'000.- ou 15'000.- par année. Or, l'impôt payé par une famille avec 100'000.- de revenus à Lausanne, Berne ou Neuchâtel est supérieur à celui payé par notre famille genevoise gagnant 125'000.- !

Conclusion: A Genève, la modération du fisc compense plus que largement (on peut se demander si elle ne les encourage pas) les vrais excès dans les postes "logement" et "assurances" du budget des ménages.

- Le revenu médian des couples mariés à Genève était de 123'624.- en 2010. Prendre 125'000.- est donc parfaitement représentatif de la classe moyenne. Or tous les commentateurs estiment que ce revenus est juste suffisant pour vivre et exclut toute capacité contributive supplémentaire. Le constat est sans doute discutable et dépend sans doute des choix en matière de mobilité et de loisirs des familles concernées. Il fait surtout la démonstration que ces gens ignorent que la moitié des familles (puisque c'est le sens du terme "médiane") vit avec des revenus inférieurs et méritent notre considération.

Conclusion: Puisque, selon ces élites, 125'000.- de revenus annuels ne permet pas de sortir de la pauvreté, la conclusion logique serait de soutenir avec enthousiasme l'initiative pour un salaire minimum mise aux voix le 18 mai prochain...

Étrangement, là, ils semblent estimer que 4'000.- par mois, c'est largement exagéré... !

16/04/2014

Ceux qui prétendent que la classe moyenne est ecrasée d'impôts n'en font pas partie...

Il y a quelques semaines, je m'étais fait reprendre plutôt sèchement par des connaissances de gauche comme de droite, après avoir osé suggérer que l'écrasement de la classe moyenne par l'impôt tenait du mythe.

Un article de la Tribune d'aujourd'hui tend à me donner raison. En marge de l'excellente nouvelle concernant la fin possible de la sous-enchère fiscale orchestrée par les cantons de Suisse centrale, il propose une carte plutôt malaisée à lire, mais riche en enseignements.

Selon vous, dans quel canton cette fameuse "classe moyenne" (nous prendrons ici un couple mariés, 2 enfants, avec un revenu de 125'000.-) paie-t-elle le moins d'impôts ? Vous citerez rapidement Zoug, puis Schwytz, et vous aurez raison ! MaisCanton, Suisse, charge fiscale, classe moyenne il est fort probable que vous ignoriez que Genève vient en troisième position, avant Zurich, avant Nidwald, avant Uri et surtout bien avant Vaud ou Neuchâtel.

Le tableau ci-contre, tiré d'un rapport annuel de l'OFS, risque de vous surprendre et mériterait d'être présenté à tous les acteurs du monde politique local qui n'ont d'autre horizon que la baisse de la fiscalité. Il semble en effet évident que ces gens sont mal renseignés sur la réalité de la charge fiscale d'une classe à laquelle ils n'appartiennent manifestement pas...

17/09/2013

Les CCT, cache-misère du partenariat social...

Chaque fois qu'il s'agit d'ancrer dans la loi une amélioration des conditions sociales, c'est le même refrain: Les CCT sont la solution-miracle à la sauce helvétique, garantes d'un sain partenariat social et d'une paix du travail que nos voisins nous envient.

Et voilà qu'une fois de plus, un employeur, Gate Gourmet, nous fait la démonstration que, si les CCT sont effectivement des outils nécessaires, elles ne sont malheureusement pas suffisantes pour protéger correctement les travailleurs lorsque les conditions économiques leur sont défavorables.

Pour s'en convaincre, mettons en parallèle deux situations...

Il est inutile d'imposer aux fabricants d'équiper les voitures avec des ceintures de sécurité. En effet, la sécurité des conducteurs relève avant tout de leur responsabilité personnelle, et l'immiscion de l'État dans cette affaire n'aurait pour conséquence que de déresponsabiliser les partenaires routiers, alors même que, dans l'immense majorité des cas, les trajets se déroulent à la satisfaction de toutes les parties, sans incident.

De plus, équiper tous les véhicules de ceintures aurait un coût insupportable qui nuirait à la capacité concurrentielle des fabricants et se reporterait inévitablement sur les consommateurs.

Il est vrai que certains conducteurs sont victimes de chauffards méprisant les règles de la circulation. Mais il faut relever que ces cas sont très rares (moins de 0,001% des trajets effectués se terminent par un décès) et que l'État a mis en place un train de mesures dissuasives envers ces dangers publics.

Tout ces éléments nous montrent que le respect mutuel des usagers de la route et leur responsabilisation sont la seule voie envisageable pour assurer la sécurité routière.

Il est inutile d'imposer aux employeurs des conditions sociales contraignantes. En effet, le contenu des contrats relève avant tout de la responsabilité personnelle des employés, et l'immiscion de l'État dans ces affaires n'aurait pour conséquence que de déresponsabiliser les partenaires sociaux, alors même que, dans l'immense majorité des cas, les conditions de travail satisfont toutes les parties, sans incident.

De plus, imposer des normes sociales contraignantes aurait un coût insupportable qui nuirait à la capacité concurrentielle des entreprises et se reporterait inévitablement sur les consommateurs.

Il est vrai que certains employés sont victimes de patrons-voyous méprisant les règles du partenariat social. Mais il faut relever que ces cas sont très rares (moins de 30% des employés se plaignent de leurs conditions de travail) et que l'État a mis en place un train de mesures dissuasives envers ces employeurs indélicats.

Tout ces éléments nous montrent que le respect mutuel des partenaires sociaux et leur responsabilisation, dans le cadre de négociations sur des CCT, sont la seule voie envisageable pour assurer la paix du travail.

Dans l'immédiat:

- Soutenons les employés de Gate Gourmet qui mènent une grève courageuse et nécessaire. Les lève-tôt peuvent s'y rendre mercredi 18, dès 6h15 !

- Examinons ce qu'il adviendra de la proposition de résolution déposée par les Verts et le PS, demandant que le Conseil d'État exige de l'Aéroport, entreprise public, qu'il fasse respecter les règles élémentaires du partenariat social à ses sous-traitants.

- Refusons la Xème péjoration de la Loi sur le Travail dimanche prochain.

- Réfléchissons bien avant d'élire nos autorités le 6 octobre...


27/06/2013

Mort aux PME !

38712775artisan-jpg.jpgRassurez-vous, mitonneurs de plats du jour, démêleurs de chignons, sarcleurs de parchets, soudeurs de cheneaux, ingénieurs civils, comptables, forgerons et artisans, ce n'est pas votre entreprise que je vise...

Bien au contraire, c'est leur défense que je prends en dénonçant l'abus de langage consistant à les regrouper dans un terme flou, "PME" dont l'usage permet surtout à d'autres entrepreneurs bien moins méritants que vous de bénéficier des faveurs et des louanges que la communauté devrait vous réserver.

Commençons par l'acronyme lui-même. Moi qui suis père de trois enfants, je réalise au quotidien qu'il n'y a aucune raison de jumuler les moyens avec les petits plutôt qu'avec les grands... Or là, il est incontestable que les "moyennes" entreprises (qui emploient tout de même jusqu'à 250 personnes, voire plus selon d'autres définitions...) profitent indûment du terme "petit" auquel elles se rattachent, alors que leur fonctionnement et leurs buts diffèrent complètement des vôtres.

Poursuivons en nous demandant l'intérêt qu'il y a à regrouper les entreprises par taille. Du point de vue politique, c'est évidemment une ficelle démagogique permettant aux candidats de se montrer sympathiques et soucieux du développement de l'économie locale. Qui d'ailleurs se permettrait de développer un discours critique sur les PME ?

Du point de vue économique, ce n'est pas si simple. Car, quand je dis "PME", vous imaginez aussitôt la menuiserie, le Café du Commerce ou l'horloger de votre quartier, mais vous oubliez le sous-traitant du fabricant d'armes, le pollueur de nappes phréatiques, l'évadeur fiscal et l'exploiteur de clandestins. Pour faire court, toutes les PME ne concourent pas également au bonheur des gens et à la qualité de leur environnement et les regrouper sous un même terme ne bénéfice en fait qu'aux brebis galeuses bien heureuses de se voir introduites ainsi dans la bergerie.

Un exemple manifeste de cet abus est l'engagement de l'USAM comme fer de lance du NON à l'initiative 1:12. Rappelons que l'USAM est précisément censée défendre les PME qui, dans leur immense majorité ne sont en rien concernées par la question des écarts salariaux, puisque leurs patrons, comme chacun le sait, ont plutôt de la peine à joindre les deux bouts. Comment peuvent-ils alors accepter que leurs cotisations partent pour mener un combat qui ne concerne que des méga-entreprises dont les valeurs et le fonctionnement sont inverses des leurs ?

Ce qu'il faudrait, une fois que chacun aura extirpé "PME" de son vocabulaire, c'est inventer un nouvel acronyme désignant les entreprises locales qui produisent de l'utilité sociale, qui respectent leurs employés et leurs clients, bref, font vivre notre ville et notre canton. Elles existent, elles sont nombreuses, et ne méritent pas qu'on les confonde avec les entreprises inutiles, nuisibles ou malhonnêtes qui, malheureusement, prolifèrent également sous nos cieux.

21/06/2013

Veyrier, les fonctionnaires et les économistes de comptoir...

Effet d'annonce: La commune de Veyrier vient de liquider le statut de son personnel. "Archaïque", tel est l'unique argument utilisé par les fossoyeurs du statut de fonctionnaire qui prétendent sans doute désengluer leur "ville" des affres bolchéviques du XXe siècle genevois.

fonctionnaires_charb.jpgOr, dès lors que l'on parvient à s'extraire des arguments purement émotionnels, on peut se demander quels sont les raisons d'être des particularités du statut de fonctionnaire, à savoir une certaine sécurité de l'emploi (dont l'interprétation excessive nuit d'ailleurs à son crédit) et surtout une grille salariale fixe, publique et transparente.

Il n'est pas question de ressortir ici les arguments syndicaux mettant en évidence les avantages sociaux, voire psychologiques, de la sécurité de l'emploi, mais de montrer en quoi ces particularités sont nécessaires à une saine gestion des deniers publics.

On relèvera pour commencer que cette décision est un manifeste aveu de faiblesse des autorités veyrites. En effet, de deux choses l'unes:

- soit la fonction publique communale fonctionne sans problème, et cette décision inutile et vexatoire n'aurait donc pour but que de flatter les bas instincts populisants de l'électorat,

- soit les employés ne fournissent pas un travail satisfaisant, et c'est donc le Conseil Administratif qui admet ainsi son incapacité à créer des conditions de travail corrects et motivantes, sans devoir user de l'arme salariale... pas très brillant dans une petite commune où tous les employés devraient se connaître et travailler collégialement...

Mais ce qui frappe surtout, c'est cette aveuglante myopie consistant à croire qu'une collectivité publique se gère comme une PME et que c'est donc au "patron" de déterminer le niveau des salaires selon son bon plaisir. Les différences qui rendent ce fonctionnement impossible sont pourtant évidentes:

- Le circuit économique public est complètement différent. La commune n'a pas pour vocation de vendre des biens ou des services et donc ses autorités n'ont pas pour mission de redistribuer des plus-values réalisées par le travail de leurs employés. Cela semble pourtant évident: les revenus de la commune ne sont pas générés par la gestion du Conseil Administratif. Il n'a donc aucune légitimité économique à les redistribuer à sa guise.

- Si l'on peut relativement facilement calculer le rendement d'un carrossier ou d'une secrétaire médicale, on ne peut faire ce calcul pour un employé public, dont la mission première est d'assurer une bonne qualité de vie et de service à la population. Va-t-on donner un bonus à celui qui aura ramassé toutes les feuilles en deux heures ou à celui qui aura préféré ne pas faire fonctionner sa souffleuse sous les fenêtres de l'EMS et de l'école, quitte à perdre un peu de temps ?

- L'existence d'une grille salariale publique et transparente est avant tout une garantie pour le contribuable que l'argent de ses impôts n'est pas utilisé de façon arbitraire. La disparition progressive de ces grilles ou l'apparition de bonus et de malus rend non seulement la planification budgétaire impossible (Que faire par exemple, lorsque le budget ne permet pas d'attribuer à tous des bonus, même s'ils le "mériteraient" ?), mais donne des pouvoirs indus à l'autorité exécutive. A l'heure où l'on crée partout des Cours des Comptes, voilà de micro-collectivités publiques qui veulent s'arroger le droit de distribuer la manne fiscale sans en référer à la population, pourtant souveraine... Comment l'accepter ?

En bref, plutôt que de surfer sur la vague anti-fonctionnaire qui submerge notre canton, les autorités de Veyrier auraient mieux fait de se rappeler que, lorsque nous élisons un Maire, nous souhaitons qu'il administre intelligemment et humainement notre patelin et non qu'il rêve de se transformer en Père Noël... ou en Père Fouettard...

 

19/06/2013

Le hold-up de la législature...

Les distraits croient volontiers que la dilapidation des finances publiques est une activité exclusivement pratiquée à gauche. Les événements récents nous donnent une fracassante démonstration de leur erreur.

Nous apprenons en effet que le parlement vaudois vient de "signer le plus gros chèque de son histoire" pour reprendre la formule du Courrier. 1440 millions, ce n'est effectivement pas rien... Surtout si l'on considère que cette somme ne financera ni un M3 à sustentation magnétique, ni une traversée du lac Lausanne-Evian, ni des JO à Château d'Oex, ni même une statue chryséléphantine du Général Guisan...

Non, il s'agit juste d'engraisser nos amis bétonneurs et leurs bras droits des milieux financiers... via une inutile recapitalisation de la caisse de pension de l'État (CPEV), quelques mois après que les Genevois ont été amenés à avaler la mcourrier.jpgême amère pilule.

Comment en effet résumer mieux la modification de la loi fédérale sur la prévoyance profesionnelle votée en décembre 2010 qui s'apparente de plus en plus au hold-up de la législature... qui va siphonner les finances publiques des cantons, l'un suivant l'autre...

Rappelons que la nouvelle loi contraint désormais les caisses publiques à atteindre un taux de couverture de 80%, contre 50% précédemment. Tout a été dit sur l'inutilité économique de ce changement, tout a été dit sur l'imbécillité consistant à tirer des plans à long terme (40 ans!) sur des paramètres aussi imprévisible que l'évolution des cours boursiers, de l'espérance de vie, du marché de l'immobilier,...

On peut donc se demander qui va bénéficier de cette soudaine manne. Et là, pas de surprise, cet afflux de capitaux vont contraindre les caisses à investir, pour le plus grand profit des banques qui prennent leur marge, des milieux boursiers (quand des centaines de millions arrivent, ça fait augmenter les cours...) et, surtout des milieux immobiliers. En effet, l'augmentation de la demande de biens immobiliers ne peut que faire monter les prix... au détriment évident des particuliers, qu'ils soient propriétaires ou locataires...

Pour l'anecdote, un délégué à la CIA me disait récemment, que, déjà en l'état, la concurrence entre caisses pour l'achat d'immeubles à Genève était terrible. On imagine ce qu'elle sera lorsque nos impôts les auront abreuvées de milliards inutiles...

Au moment de se demander qui a accepté d'assécher les collectivités au profit des bétonneurs et des banquiers, on ne feindra pas d'être supris... L'Abstimmungprotokol de ce moment-clé de la dernière législature fédérale nous confirme que la droite, largement aidée par les Verts, se sont unis pour signer ce scandaleux blanc-seing.

Au niveau de notre canton, il est troublant que constater que les deux parlementaires qui aspirent au Conseil d'État, soit Luc Barthassat et Antonio Hodgers, avaient accepté cette loi.

Connaissant les mérites et les qualités de ces candidats, je ne peux qu'imaginer qu'il s'agit d'une erreur d'appréciation de leur part. Il serait cependant heureux qu'ils aient l'occasion de s'en expliquer publiquement, ailleurs que lors de discussions à bâtons rompus sur un réseau social...

Car, après tout, leur vote aura eu un impact bien plus négatif sur nos finances que tous les prétendus gaspillages dénoncés à longueur de législature par une droite aussi arrogante que populiste.

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25/04/2013

Budget 2013: Pile tu gagnes, face je perds

Désagréable impression au moment où les bien-pensants se réjouissent tous de voir le PLR et le PS "revenus à la raison". Car, au sortir du ring, on trouve un PLR qui a obtenu, à 30 petits millions près, tout ce qu'il a voulu et, de l'autre côté, un PS groggy qui a encaissé successivement:

- un refus d'entrée en matière sur un premier budget pas particulièrement social

- un budget 2.0 qui, selon les dires des députés concernés, mettait en péril les missions de l'État, en particuleir l'application de textes votés démocratiquement (qu'on pense aux initiatives sur les EMS, sur l'accueil continu ou les pistes cyclables, sans parler des textes défendus pourtant par le gouvernement comme le nouveau Cycle d'Orientation et le mercredi matin)

- un passage au rabot de la commission des finances qui a réduit encore aux entournures ce budget pour arriver au chiffre "magique" de 100 millions de déficit.

- un proposition de coupe linéaire de 2% complètement ahurissante et pour tout dire franchement insultante pour tous les services qui ont conscieusement limé tout ce qu'ils pouvaient quitte à toucher les nerfs plus que l'épiderme.

Bouquet final, en échange du renoncement à cette dernière extravagance, voilà les partis de gauche qui, au nom de la sempiternelle "politique du moindre mal" viennent de renoncer à discuter d'une proposition fiscale hautement symbolique, puisque précisément destinée à s'assurer que chacun contribue aux efforts nécessaires pour faire tourner l'État.

Dommage, car, sans nier les énormes difficultés qu'aurait engendrées la prolongation de l'absence de budget et sans méconnaître les douloureuses incertitudes vécues par les associations qui comptent sur les subventions de l'État, on aurait souhaité une vision à plus long terme car:

- Rappelons-nous que c'est sur la base de ce budget que seront envisagées les coupes du suivant. Celui de 2012 avait été déjà sévèrement amputé et l'on nous avait déjà promis qu'aucune aggravation ne serait acceptée. Il serait heureux que l'on nous dise quand se terminera ce jeu...

- Rappelons-nous qu'une des missions de l'État est de minimiser, tant que faire se peut, les inégalités les plus choquantes... et là, ce budget qui s'en prend aux plus faibles - la santé publique, l'aide sociale, les étudiants, les élèves en difficulté - et qui protège les plus forts, aurait dû être fermement refusé.

- Rappelons-nous également que la différence de déficit de 100 à 31 millions est uniquement due à des prévisions de recettes qui ne cessent de croître. C'est la preuve évidente que, malgré ce qu'annoncent les Cassandre du PLR, l'économie genevoise se porte bien. Plus précisément, les nantis et les grosses entreprises continuent à s'enrichir en hurlant à la crise dans le seul but d'assécher l'État et d'accroître encore leur opulence...

- Rappelons-nous aussi que le prochain budget sera voté par le nouveau Grand Conseil et que c'est n'est pas en se couchant que les partis de gauche obtiendront la victoire qu'ils devraient mériter...

03/03/2013

Votations: vers une guerre des générations ?

À bien observer les résultats de ce dimanche, au-delà des satisfactions et des déceptions, dans ce fatras a priori peu cohérent, on distingue un fil rouge un peu inquiétant...

Car de l'initiative sur les TPG à l'arrêté sur les familles, en passant par la LCPEG, tous ces résultats sont autant de victoires des générations majoritaires - celles nées entre 1950 et 1970, sur les suivantes, notamment celles nées après 1990.

Le cas des TPG est emblématique, où par "erreur", les initiants ont raccourci de 7 ans la période "junior" et renchéri ainsi les abonnements des 18-25 ans. Sans volonté de leur nuire, sans doute, mais avec un mépris assez troublant pour cette jeunesse que chacun prétend placer au centre de ses préoccupations politiques.

Idem pour la LCPEG où, dans un contexte de calendrier tendu et de négociations malmenées, nous avons fini par accepter une loi qui, au nom de la préservation des acquis, fait objectivement passer deux fois à la caisse les générations en début de carrière (et les futurs employés), tout cela pour assurer la retraite promise à ceux quien ont atteint l'âge ou en sont sur le point.

pyr âge CH.jpg

Quant à l'arrêté sur la politique familiale, nul besoin de préciser à quel point le mépris pour les jeunes couples sourd de ce rejet.

L'analyse classique affirme que les jeunes votent moins que les quinquagénaires et sexagénaires, ce qui explique le conservatisme trop souvent observé dans les votes. Certes, mais on omet souvent de rappeler que les tranches d'âge n'ont pas toutes le même effectif, et que, à participation égale, les jeunes seraient de toute façon défavorisés.

Or, il arrivera nécessairement un jour où ces générations se rendront compte que l'image d'Epinal des retraités nécessiteux, si elle n'a pas disparu, n'est plus généralisable, et que ce sont bien souvent ceux qui entrent sur le marché du travail ou les jeunes familles monoparentales qui connaissent les plus grandes difficultés financières.

Car, aujourd'hui, une part importante des nouveaux retraités bénéficie de revenus supérieurs à leurs enfants. Si la tendance observée ce week-end se confirme, l'on risque bientôt d'accuser les baby-boomers d'avoir cueilli les fruits d'une croissance aussi éphémère qu'addictive et d'avoir laissé un verger vide (d'argent comme de ressources naturelles) à leurs enfants.

Cette guerre des générations n'est à souhaiter ni aux uns ni aux autres (ni même à ceux qui, comme moi, sont entre deux âges...). Mais pour l'éviter, il est nécessaire que les plus de 40 ans, nourris au lait de l'individualisme psychologisant des années 60-70 et à celui de l'individualisme des requins des années 80, acceptent de partager, sans crainte, ce qui reste de l'opulence de notre pays, avec les générations suivantes.

Car, il ne faut pas s'y tromper, rares sont les électeurs (j'ai bien écrit "électeurs" et non "habitants") de ce pays qui craignent vraiment la misère. Non, ceux qui ont refusé l'article sur la famille ou exigé une baisse de 50 centimes de leur billet TPG sont pour la plupart plus effrayé par l'idée de devoir n'aller à Majorque ou à St-Domingue qu'une année sur deux ou de devoir renoncer à la peinture métallisée pour la voiture de madame, que de devoir finir leur mois sans rien dans le garde-manger.