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19/02/2013

LCPEG: Palmarès des affiches

Plutôt que de revenir sur les arguments expliquant une énième fois les raisons pour lesquelles il semble opportun de voter "oui" à une loi pourtant mauvaise, contrainte par un carcan fédéral absurde, je vous propose un tour d'horizon des affiches proposées par les partis appelant à accepter le projet, qui sont presque toutes un témoignage alambiqué de la gêne de tous à défendre un mauvais projet, et surtout de leur mutisme sur la fondamentale remise en question des retraites par capitalisation que ce scrutin aurait dû générer...

L'affiche la plus niaise...

...est sans conteste celle des Verts, qui ont dû organiser à l'interne un concours des adjectifs les plus incongrus pour qualifier cette loi.Verts.jpg Car si l'on peut encore défendre le "réaliste", les autres termes ont une résonnance pour le moins surréaliste lorsque l'on connaît les sacrifices demandés aux contribuables et aux fonctionnaires dans cette affaire et lorsque "l'équilibre" vanté consiste à épargner en fait les plus âgés pour péjorer considérablement les conditions des plus jeunes et des futures générations. Est-ce vraiment compatible avec le développement durable tant vanté par le parti ?

La cause de cette avalanche de guimauve ne résiderait-elle pas en fait dans la délicate position d'un parti dont l'un des représentants à Berne, candidat au Conseil d'État genevois, a accepté, en 2010, la révision de la LPP qui a débouché sur une recapitalisation des caisses aussi coûteuse qu'inutile... ?

L'affiche la plus hypocrite

PLR.jpgSans surprise, il est impossible de départager là le PLR de son clone PDC. Rappelons que le PLR, suivi de près par le PDC, a été le fer de lance de la loi fédérale imposant une recapitalisation des caisses publiques. De ce fait, les cantons, les villes et leurs employés sont coPDC.jpgntraints d'injecter des sommes gigantesques et inutiles dans les circuits bancaires et immobiliers...

Et voilà que l'on prêche l'"efficacité", ou pire encore que l'on menace "d'amputation" un système qu'on s'est pourtant acharné à destabiliser et à démanteler à Berne...

C'est par ce genre de manipulation que ces partis perdent progressivement toute crédibilité auprès de leur électorat populaire qui se tourne peu à peu vers les formations populistes. Je le regrette, sincèrement...

L'affiche la plus absconse...

PS.jpgAprès de longues réflexions, je n'ai toujours pas compris le moindre élément de l'affiche du PS. Une salle d'attente désertée, un slogan hermétique...

Faut-il comprendre que si la CEH devait être liquidée, les infirmières cesseraient de travailler. Mais pourquoi ? Et dans ce cas, la salle d'attente ne devrait-elle pas déborder de patients impatients ?

Il est facile et tendancieux de critiquer la position d'un parti qui a lutté pour obtenir la meilleure loi, a refusé le projet en plénière et renonce à soutenir le référendum, par crainte des énormes risques qu'un "non" engendrerait. Mais là, le PS tend vraiment les verges pour qu'on le batte...


L'affiche la plus incohérente...

Le comité unitaire pour le "oui" plonge la tête la première dans un brComOUI.jpgouet sans rapport avec les positions que ses composantes, partis de gauche et syndicats, ont défendues jusque là. Rappelons que le message a toujours été de dire que la fusion en tant que telle n'était ni un problème, ni une solution, et que c'étaient les conditions de la fusion, à savoir la loi et le plan de prestations en découlant qui devait être négocié, accepté ou combattu.

Et voilà qu'au moment de présenter la loi à la population, le comité retourne sa veste et laisse entendre que c'est le principe de la fusion qu'il s'agit de défendre "pour protéger les retraites de demain"...

Sachant que "les retraites de demain" et plus encore "d'après-demain" vont être englouties par les hydres de la finance, on aurait apprécié un slogan plus sobre... et plus en phase avec les idéaux anti-capitalistes des groupements formant le comité...

Le meilleur slogan

UDC.jpgGardé pour la fin, il revient sans conteste à l'UDC qui, en cinq mots, ose résumer la pensée de la plupart des partisans du "oui". Evidemment, les raisons pour lesquelles l'UDC trouve la loi "mauvaise" ne sont pas les nôtres. Mais j'aurais mille fois préféré que les groupements progressistes annoncent clairement la couleur en affichant leur soutien à un "mauvais projet", pour la seule et simple raison qu'un refus ne pourrait que l'empirer. On aurait évité bien des contorsions, et l'électeur aurait sans doute moins l'impression d'être pris pour un crétin...

27/01/2013

Pince-mi et Pince-moi sont dans une caisse de pension...

Une pincette, voilà le prosaïque ustensile que j'associe spince-a-linge.jpgpontanément à la campagne sur la nouvelle caisse de pension de l'État. Après plusieurs mois de débats, suite à l'absurde modification de la LPP de décembre 2010, après un référendum attisant les divisions syndicales, il faudra bien nous prononcer sur cette loi. De mon côté, ce sera un OUI résigné et frustré. Frustré de ne pas avoir à me prononcer sur les vraies questions portant sur notre système de retraite et frustré d'assister une fois de plus à un déchirement des forces progressistes causé par une droite qui risque une fois de plus de se mettre en retrait de la campagne. D'où la pincette...

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16/12/2012

À propos de Depardieu, des fonctionnaires et des impôts

Les journaux nous apprennent donc qu'un acteur, dont le talent s'est progressivement effacé derrière l'obscénité de ses cachets et la grossièreté de ses frasques, s'est décidé à fuir son pays Néchain.jpgpour une riante bourgade frontalière belge (qu'on en juge sur la photo !).

Ce n'est évidemment ni la guerre, ni la peur de l'emprisonnement pour ses nobles idées qui l'ont transformé en réfugié d'outre-Quiévrain, mais les millions en jeu, avidemment convoités par le fisc français et, manifestement, encore plus chéris par leur détenteur, sans d'ailleurs qu'il n'ait jamais précisé l'usage qu'il comptait en faire. En effet, son train de vie parisien apparaissait suffisamment fastueux pour témoigner que le reliquat de l'avidité fiscale suffisait amplement à mener un train de vie honnête, loin du besoin et des soucis matériels.

Jusque-là, la ridicule vilenie du bonhomme semblait incontestable et l'adjectif "minable", employé par le premier ministre français, bien faible pour désigner pareil comportement.

Et voilà pourtant le ban et l'arrière-ban de la droite libérale de nous rechanter l'antienne du vampire fiscal français, qui assommerait les classes moyennes, sous-entendLouisXVI.jpgant à la fois que Depardieu en fait partie, et que sa fuite est encore plusestimable que celle de Louis XVI (qui, lui fut toutefois arrêté avant d'atteindre la Belgique...). Vous en trouverez quelques brillants exemples sur les réseaux sociaux, en particulier ceux relatifs à l'émission de la RTS "En ligne directe" qui traite de ce sujet lundi.

Au risque de briser quelques idées reçues, il faut rappeler que le système fiscal français, où seuls 46% des foyers paient de l'impôt sur le revenu et seuls 0,75% de l'impôt sur la fortune (tant décrié par les adorateurs de Sarcopé), est particulièrement juste sur le plan social et épargne largement la classe moyenne, qui, pour une grande part y échappe complètement ! On objectera que cette justice est amoindrie par un taux de TVA très élevé, particulièrement antisocial donc. Mais, à ce que je sache, ce n'est pas cela qui a fait fuir Depardieu, ce d'autant plus qu'il n'entend manifestement pas renoncer à fréquenter les commerces de son pays d'origine.

On remarquera aussi, avec un petit sourire, que les mêmes qui justifient que des ultra-riches se soustraient à la solidarité fiscale estiment que les employés de l'État sont outrageusement trop payés. La question de la juste rémunération ne pourra pas être traitée exhaustivement ici, mais on est tout de même en droit de se demander pourquoi une chanteuse peroxydée mérite des revenus quotidiens équivalents au salaire annuel d'une employée de l'Hospice Général, pourquoi un lippo-suceur mérite une meilleure rémunération qu'un fossoyeur et pourquoi un acteur faisandé peut se vanter de payer à lui seul plus d'impôts que 38 ans de budget de fonctionnement du Théâtre de Carouge ?

Un peu de cohérence donc ! Soit l'on estime avec les tenants du "moins d'impôt!" que la classe moyenne commence à 200'000 francs annuels pour se terminer à 5'000'000 et on adapte les salaires de la fonction publique en conséquence, soit on admet humblement que ceux qui gagnent trop pour simplement vivre, peuvent simplement partager un peu...

01/11/2012

L'État auto-assureur, un mythe ?

Demandez à un haut fonctionnaire ou à un député auprès de quelle compagnie l'État de Genève assure ses biens, on vous répondra invariablement qu'il a fait le choix de s'auto-assurer, plutôt que de recourir aux services d'un assureur privé.

J'ai toujours estimé ce choix comme hautement louable, car il me semblait que, vu sa taille, l'État pouvait aisément lisser les différents sinistres affectant ses biens, en provisionnant régulièrement un fonds adéquat permettant d'indemniser les services touchés, tout en évitant les frais engendrés par la rapacité bien connue des assurances privées.

Le fait divers suivant m'a fait déchanter... et réaliser que si l'État s'auto-assure effectivement lorsqu'il s'agit d'absences de son personnel, cette auto-assurance n'existe vraisemblablement que dans les discours lorsqu'il s'agit de biens matériels...

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19/09/2012

Retraites: pistes pour une réforme durable du 2e pilier

Sans doute le sujet est-il moins raccoleur que les consternantes péripéties barbues opposant quelque cinéaste minable et quelques lobotomisés outrageusement instrumentalisés... Je prends pourtant le pari que la question de la perennité de notre système 74_olympie.jpegde retraites aura autrement plus d'impact sur le quotidien des citoyen-ne-s d'ici et d'ailleurs, au cours des prochaines décennies.

Rappelons que la généralisation du 2e pilier a été obtenue en 1985. Il s'agissait alors d'étendre à (presque...) tous les travailleurs la possibilité d'obtenir une retraite décente, en considérant que la seule AVS assure le minimum vital (et encore...). L'obligation pour les employeurs de participer à 50% minimum des cotisations (mais la moyenne suisse est de l'ordre de 60%) et le système de financement par capitalisation sont les bases d'un consensus qui avait l'avantage essentiel de permettre à toutes les systèmes de prévoyance professionnelle antérieurs de perdurer.

Malheureusement, les faiblesses du système (cf. ma note à ce propos), pourtant déjà perceptibles dans les années 1980, se sont douloureusement révélés à la faveur de la crise que nous traversons depuis cinq ans. La baisse durable des rendements sur les actifs conjuguée à une hausse plus forte que prévue de l'espérance de vie ont pour conséquence une pression forte sur les rentes (par la volonté de baisser le taux de conversion) et sur les cotisations.

Il faut désormais constater que le choix de la capitalisation intégrale a échoué. En effet, alors que le système a contraint l'injection de capitaux énormes dans les circuits financiers et immobiliers (milieux qui omettent généralement de vous remercier pour votre soutien aussi généreux qu'involontaire), la situation tend à revenir à celle d'avant 1985, puisque le 2e pilier ne sera à terme plus capable d'assurer un niveau de vie décent, et que seuls ceux qui peuvent s'offrir un 3e pilier peuvent envisager leurs vieux jours avec sérénité.

Le récent débat sur la création de la nouvelle Caisse de Pension du Canton de Genève était exemplaire du déni par les milieux libéraux de l'échec du système de capitalisation, puisque, malgré les efforts des syndicats et des députés socialistes, la question du système de financement des retraites a complètement été occultée par une querelle stérile sur les mérites relatifs des employés de l'État et de ceux du privé.

Il y a malheureusement fort à parier que les milieux financiers et immobiliers continueront à fausser les débats lorsqu'ils tendront de contraindre les contribuables et les employés à leur verser encore plus, lors des réformes futures de la LPP ou des caisses de pensions publiques, toutes les collectivités étant confrontées aux mêmes difficultés.

Quelles pistes suivre ?

Tout d'abord, il convient de rappeler que les facteurs démographiques (faible natalité, forte espérance de vie) vont inévitablement imposer des choix douloureux, en terme de cotisations, de rentes et d'âge d'entrée en retraite. On doit toutefois rappeler qu'il est possible de répartir les efforts de façon différenciée, dans le but de maintenir des conditions de retraite décentes aux moins favorisés. On rappelera également au passage que l'immigration est un moyen élégant de combler les trous de notre pyramide des âges, pour peu que l'on légalise les personnes concernées et que l'on lutte vigoureusement contre le travail clandestin.

En soi, le principe des trois piliers peut être maintenu, puisqu'il correspond à un conception des retraites assurant à tous le minimum vital, plus une rente à peu près proportionnelle à ses revenus, censée maintenir le niveau de vie. Le 3e pilier est certes particulièrement inégalitaire (puisqu'il permet des déductions fiscales aux plus riches), mais moyenSelinonte.jpgnant adaptation, il n'est pas pire qu'un autre choix d'épargne.

C'est bien le système de capitalisation qui nuit durablement au 2e pilier (et l'anéantira peut-être en cas de gros krach ou d'hyper-inflation). Cependant, il est illusoire d'imaginer des caisses privées fonctionner par répartition, puisque leur éventuelle faillite priverait de rentes ceux qui ont cotisé tout au long de leur vie de travailleurs.

On arrive donc à la conclusion logique que le 2e pilier de chacun devrait être géré par des caisses de droit public, avec un système de financement mixte et un contrôle pointu de l'État (fédéral ou cantonal) qui devrait garantir les engagements envers les affiliés.

Dans la mesure où les citoyens devraient bénéficier du système - et non en être les victimes, comme c'est trop souvent le cas aujourd'hui - il serait souhaitable que la politique de placements de ces institutions soit essentiellement (ou exclusivement) tournée vers les emprunts publics et l'immobilier local. L'argent des cotisants permettrait ainsi à la fois aux collectivités publiques d'investir pour le bien collectif et de maîtriser le foncier et donc les coûts du logement.

On pourrait ainsi imaginer une caisse par canton (avec une péréquation compensant les variations démographiques) ou une caisse par branche professionnelle, dont le taux de couverture cible avoisinerait 50% (avec des variations entre 35% et 65%). On peut même envisager plusieurs plans de prestation en concurrence, choisis paritairement par les employés et les employeurs de chaque entreprise.

Une pareille réforme pourrait entrer en vigueur demain, puisqu'il suffirait d'appliquer la loi sur le libre passage pour assurer chaque employé à la nouvelle caisse lui correspondant.

Rien de nouveau, me direz-vous, puisque c'est à peu près ainsi que fonctionnaient, à la satisfaction de chacun, les principales caisses publiques, avant la désastreuse réforme de la LPP de 2010...

Effectivement, puisqu'il s'agirait grosso modo d'étendre à l'ensemble de la population un système qui a fait ses preuves, plutôt que de le saborder, à coût de milliards de fonds publics, au nom de la rancoeur anti-fonctionnaires...

12/09/2012

Retraites: Les grandes fontaines abreuvent-elles mieux ?

Fontaine vide.JPGUne chaleur torride, un soleil de plomb et un chemin de randonnée poussiéreux...  Enfin, à l'horizon, une belle et grande fontaine. Las, en vous approchant, vous réalisez que l'eau s'échappe goutte à goutte du goulot et ne suffira jamais à désaltérer les assoiffés de votre groupe.

Un peu plus loin heureusement, un vulgaire robinet sans aucun bassin étanchera vos soifs et vous évitera la dessication définitive.

Vous l'aurez compris, ces images représentent le système de retraites par capitalisation (le bassin de la fontaine) et par répartition (où l'on s'abreuve directement au goulot) et, partant, vous conviendrez que ce qui compte, pour que le système fonctionne, ce n'est fontaine-Wallace1.JPGpas la taille du bassin, mais un débit d'eau proportionné à la soif des randonneurs.

Les tenants de la capitalisation arguent que les grands bassins bénéficient d'apports supplémentaires sous forme de pluie (en l'occurence les rendements sur le capital), leurs adversaires leur rappellent que les bassins courent le risque de se fissurer et de voir leur contenu disparaître dans la nature (sous forme de pertes boursières ou d'inflation, la CIA a perdu ainsi la bagatelle de 1'000'000'000 de francs en 2008...).

Quelle que soit votre position sur la question, la suite devrait vous troubler...

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05/09/2012

Retraites: les députés sauront-ils sur quoi ils votent ?

Tombé de haut... Alors que Martine Brunschwig Graf a répondu de façon immédiate et argumentée à ma note du 16 août dernier, le député Luc Barthassat a cru bon de s'immiscer dans un débat, sur la page Facebook de Cyril Mizrahi qui relayait mon texte.

Mal lui en prit, car ses propos pour le moins confus, pétris de clichés indignes d'un Conseiller Municipal MCG aviné, et surtout sans aucun rapport avec le sujet m'ont malheureusement fait réaliser que certains députés votent des textes sans les lire, voire sans les comprendre.

Pour illustrer ce lamentable épisode, quelques-unes de ses répliques les plus déroutantes (telles quelles et non FB Barthassat.jpgtronquées...). Rappelons que la question était de savoir pourquoi les parlementaires genevois à Berne avaient voté une loi modifiant la LPP dont les conséquences sont désastreuses pour les finances cantonales:

  • Y ceux qui creuse des trous ? et ceux qui ne reboucherons pas indéfiniment ......


  • Carl Marx disait ..... Si vous voulez tuer le capitalisme ? Augmentez les impôts ..... Augmentez ..... Augmentez ! Et pendant ce temps la nomenclature faisait ripaille ? Vive la gauche ..... Les nantis de la gauche caviar en France ! N on pas fini de déchanté .


  • On a tous été cigale ou fourmis .... Peut être certain plus que d autre . Vous accusez la droite ? Je veux pas rentrer dans ce genre de gué guerre ? Désolé. Mais j apprécié pas toujours ceux qui pleure la bouche pleine !


Encore remué par ce triste témoignage des charmes discutables des parlements de milice, je reçois aujourd'hui l'avis de publication du rapport sur la loi 10847, qui fixe les conditions de la fusion des caisses de pension de l'État... et réalise qu'il contient 816 pages résumant les auditions et les réflexions de la commission des finances et tous les documents utiles à la compréhension de cette loi.

Et j'en conclus que nos 100 députés ont pour mission de prendre connaissance de ces 816 pages avant la session du 13-14 septembre consacrée essentiellement à ce projet, pour pouvoir se forger une opinion...

Mission impossible évidemment.

L'État risque donc de se retrouver avec une Caisse de Pension dont les fondements auront été votés par des députés qui ne les connaissaient pas.

Démocratie, vous avez dit démocratie...?

29/08/2012

Essence de gauche, essence de droite et sens unique...

Étrange débat qui voit s'opposer de part et d'autre du Jura un ministre socialiste prêt à sabrer dans les taxes sur les carburEssence, carburant, prix, déplétionants pour diminuer leur coût et une conseillère fédérale ex-UDC défendant sans sourciller une augmentation de 150% du prix de l'essence...

La première analyse, qui montre l'inefficacité de ces deux mesures a déjà largement été faite: la première ne concernant que quelques poussières d'euro par litre et la seconde ne prenant effet que pour le 94e anniversaire de sa conceptrice.

Ce qui frappe dans ce débat, c'est tout d'abord la présomption des acteurs politiques, qui croient pouvoir influer de façon notable sur le prix des carburants:

De fait, lorsque le baril était presque gratuit, c'est bien l'État qui fixait le prix à la pompe. Mais désormais chacun sait que les stocks de pétrole les plus faciles à pomper ayant été pompés en premier, chaque baril est plus difficile à extraire, ce qui augmente son prix de production et fait diminuer la quantité sur mise sur le marché. C'est le phénomène du "pic de pétrole", abondamment documenté, dont seules les compagnies pétrolières les plus bornées refusent de reonnaître l'existence. De ce fait, il est évident que le prix du baril va tendanciellement augmenter et que les seules inconnues sont le rythme et la régularité de cette augmentation.

Depuis 2004, on observe en effet que les quantités de pétrole mises sur le marché n'augmentent plus et que, par conséquent (si l'on écarte la question de la spéculation) c'est la demande qui fixe le prix. En gros, quand la crise se renforce, le prix baisse, ce qui permet à l'économie de se reprendre... et de faire aussitôt réaugmenter le prix... ce qui la re-plombe.

Tout cela pour dire que, dans un proche avenir, le gros du prix de l'essence sera lié au prix du baril hors taxe et que les gesticulations des ministres n'auront aucun impact sur son coût. A moins que la Suisse ne souhaite subventionner la consommation de pétrole (comme le fait le Venezuela), je prends le pari que l'essence coûtera bien plus de 5 frs en 2050...

Ce qui frappe également, c'est le manque d'imagination des acteurs politiques. P. Moscovici comme les Valaisans interrogés à la radio le disent: "Nous ne sommes pas tous égaux devant les carburants !". Certains en ont plus besoin que d'autres, et la hausse du prix affecte avant tout les plus démunis.

Si la deuxième partie de l'énoncé mériterait tout de même vérification (après tout, les vrais démunis n'ont souvent pas de véhicule personnel et ne doivent chauffer qu'un petit appartement...), il est parfaitement vrai que la solution Widmer-Schlumpf s'inscrit dans une tradition purement libérale consistant à répartir les biens en fonction de la richesse et non de l'usage qu'on en fait.

Or, comme nous le savons, le pétrole, au-delà des nuisances collectives que sa combustion génère, est une substance si précieuse et si utile qu'il serait judicieux, dans un débat politique raisonnable, de se poser les deux questions suivantes, plutôt que de gesticuler en ne touchant qu'un seul curseur, celui du prix:

- Quels sont les usages véritablement raisonnables du pétrole ?

- Quels moyens se donne-t-on pour éviter d'en gaspiller le peu qu'il nous reste ?

La première suppose automatiquement une forme de rationnement, solution certes inconfortable, mais inévitable lorsqu'une société fait face à une pénurie. Elle suppose un débat ouvert où les moyens d'évaluer le degré d'utilité sociale des différents usages du pétrole seraient déterminés et déboucheraient sur un système de répartition juste des quantités que nous nous permettrions d'utiliser.

La seconde, beaucoup plus classique, suppose non pas, comme c'est trop souvent le cas, de se fixer un objectif chiffré dans un avenir aussi lointain que possible (après la fin de mon mandat, après ma mort, après le déluge...), mais de corriger dès maintenant les choix collectifs qui nous ont conduits à dépendre à ce point du pétrole.

On peut se gausser de celui qui va en 4x4 au fitness ou de celle qui laisse son moteur tourner au ralenti, il n'empêche que la critique de comportements individuels masque bien souvent la responsabilité collective de la situation de dépendance dans laquelle nous nous trouvons.

Le débat sur l'efficacité énergétique des bâtiments, sur l'évolution des transports publics et la densification des zones habitables est mené depuis longtemps, mais paradoxalement, on ne parvient pas à appliquer la loi sur l'énergie, on construit de plus en plus de villas, on préfère déclasser des zones agricoles et les automobiles sont de plus en plus nombreuses sur les routes...

Nous ne nous trouvons pas face à un problème économique, mais face à des choix de société importants qui nous permettront, si nous les effectuons assez tôt, d'éviter les non-solutions consistant à laisser à la "loi du marché" le soin de laisser les plus nantis gaspiller une ressource aussi précieuse.