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Genève - Page 7

  • Otages, ô désespoir ! (ou l'Escalade des réactions...)

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    "Vous prenez les élèves en otages", voilà l'argument désormais incontournable de ceux qui regrettent la décision des enseignants du CO Drize de boycotter les festivités de l'Escalade dans leur Cycle.

    On peinera à qualifier l'argument d'original, vu qu'il est systématiquement resservi dès lors qu'un groupe quelconque se manifeste d'une manière quelconque. Ce qui choque surtout c'est l'emploi d'un terme aussi violent, dans un contexte aussi bénin. Pas même besoin de se référer à Hervé Ghesquière, Christian Chesnot ou Ingrid Betencourt, la seule évocation de Max Göldi et Rachid Hamdani suffira à nous représenter l'absurde indécence de l'usage de pareils termes.

    Rappelons que le mouvement consiste en un boycott d'une activité de loisirs (deux heures de rallye, cinéma ou patinoire) suivie d'une disco. Rien à voir avec le sens historique, traditionnel ou même patriotique de l'Escalade, qui n'est plus évoqué depuis de longues décennies lors de cet après-midi.

    Le mécontentement de certains élèves est compréhensible, celui de leurs parents également. Cette insatisfaction, nous l'assumons car nous n'imaginions pas que cette décision réjouirait plus les élèves que nous...

    Cependant, il s'agit du moyen le meilleur que nous avons trouvé pour faire réaliser à la population la violence des attaques budgétaires contre l'école: augmentation du nombre d'élèves par classe, diminution du soutien scolaire, incapacité d'accueillir les élèves handicapés, personnel administratif surchargé, telles sont les solutions prônées par le nouveau projet de budget, que rêve d'empirer une partie des députés. Il faut à tout prix le faire savoir.

    Mission accomplie donc, car le succès de notre mouvement ne se mesure pas à sa popularité (nous aurions été bien imprévoyants de croire que les élèves seraient ravis...), mais bien à la prise de conscience qu'il a suscité.

    Honnêtement, je ne vois pas d'autre action qui aurait eu un pareil impact et s'il faut que je synthétise les réactions, personne ne nous a attaqués sur nos revendications, mais une part importante de la population, (et en particulier l'auteur d'une note particulièrement agressive à notre endroit), ignorait simplement les menaces pesant sur l'école et les a découvertes grâce à ce boycott.

    Désormais, le débat qui s'ouvre n'est plus: "Êtes-vous pour ou contre le boycott ?" mais "Êtes-vous favorables aux diminutions de prestation de l'école et à la remise en question de la loi scolaire votée en 2009 ?"

    Pour finir, on relèvera que jamais auparavant, le débat sur le sens de l'Escalade à l'école et sur le rôle de l'école comme pourvoyeuse de loisirs ne s'était tenu de façon aussi large et passionnée. Nos élèves ne sont manifestement pas des moutons dociles. Ils sont prêts à débattre. Tant qu'ils le font dans le respect des personnes et des biens, cela est réjouissant !

  • Lettre ouverte à un député libéral (parmi d'autres) en délicatesse avec la démocratie

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    Monsieur le député,

    Comme vous, je n'ai pas l'habitude de jeter des noms en pâture et contrairement à vous, je m'abstiendrai de renier cette habitude en citant le vôtre.

    Car, s'il faut parler de reniements, j'arrive progressivement à la conclusion que les représentants de l'ex-groupe libéral au Grand Conseil, dont vous faites partie, sont globalement interchangeables. Les fins observateurs objecteront certes que vos mesquineries et lâchetés diverses s'opèrent dans des champs sensiblement différents, en fonction des lobbies que vous défendez, il n'en reste pas moins que, à travers votre personne, c'est en fait à l'ensemble de votre députation que je m'adresse.

    Les derniers mois vous ont permis d'utiliser différents stratagèmes, dont le point commun a systématiquement été votre affligeante peur du débat public et le refus du respect de l'esprit démocratique. Votre désolant spectacle nous ainsi récemment infligé les numéros suivants:

    • Le libéral bétonneur retardant à dessein la remise d'un rapport de majorité dans le but de contrarier des référendaires.
    • Le libéral vélophobe reprenant le même procédé pour empêcher le vote sur les vélib avant le printemps.
    • Le libéral schizophrène (fonctionnaire qui rêve de démanteler la fonction publique) dévoyant le projet de budget 2013 de son cheminement démocratique,
    • Le libéral ami des multinationales mélangeant la forme et le fond pour faire honteusement invalider une initiative, de peur que le peuple ne donne son avis
    • Le libéral maître-chanteur, conditionnant la prise de position de son parti sur un objet capital (la fusion des caisses de pension) à la position d'autres acteurs sur d'autres objets...

    Tous ces éléments (manipulations dilatoires, refus du fonctionnement démocratique, peur du vote populaire, chantage) sont à l'évidence autant de preuves que votre parti usurpe depuis de longues années l'adjectif dont vous l'affublez et salit par là-même la mémoire de tous les vrais Libéraux qui ont construit notre État de droit et notre démocratie.

    Dernière démonstration de ce détestable état d'esprit, vous avez, dans votre blog, remis en cause le mouvement de boycott initié par les enseignants d'un Cycle d'Orientation. C'est votre droit, même si les arguments avancés et les attaques aussi frontales qu'injustes envers ma collègue Salima Moyard, masquent à l'évidence votre malaise face à une action irréprochable, puisque consistant à travailler plus que ce qui était demandé, non pour défendre des « privilèges », mais bien pour contrer les incessantes attaques envers l'école et la fonction publique que vous menez.

    La règle du jeu explicite de ces blogs veut que les commentateurs se doivent d'être courtois, concis et qu'ils signent leur intervention. Or il se trouve que, alors que vous n'avez manifestement pas hésité à publier un commentaire aussi anonyme qu'agressif, vous avez refusé de publier le mien et celui de ma collègue Salima Moyard qui respectaient pourtant scrupuleusement les règles énoncées plus haut.

    Mesquinerie ? Sans doute ! Lâcheté ? Vraisemblablement ! Peur du débat ? Assurément ! Étrange, pour qui se voudrait être un élu du peuple, mais somme toute assez attendu de la part d'un membre d'un parti dont la dérive populiste et démocratophobe inquiète même certains de ses membres historiques, parmi lesquels son ancien président.

    Pour nourrir le débat et permettre au lecteur de se forger une opinion, on trouvera ci-dessous une reconstitution de mon commentaire (je n'ai malheureusement pas gardé une copie exacte de l'original...) et de celui de Salima Moyard. Commentaires auxquels j'aurai le plaisir d'ajouter le votre, si toutefois vous daignez entrer dans le débat.

    Veuillez recevoir, Monsieur le député, mes militantes salutations.

     

    Mon commentaire censuré par vos soins

    Votre texte attaque frontalement notre décision de boycotter la fête de l'Escalade et tente maladroitement de retourner l'adjectif « sournois » contre ma collègue Salima Moyard, dont vous semblez découvrir qu'elle cumule une vie professionnelle d'enseignante et une vie politique de députée.

    Plus que jamais pourtant, j'assume l'emploi de cet adjectif :

    Sournois, votre parti l'a été lorsqu'il a dévoyé le projet de budget 2013, en empêchant les autres groupes politiques de se prononcer dessus,

    Sournois également, lorsque vous avez émis vos propositions ultra-libérales par voie de presse, hors de tout débat démocratique,

    Sournois plus encore, lorsque vous suggérez que l'État renfloue trop sa caisse de pension, alors qu'il demande surtout aux générations futures de rembourser les parts patronales que l'État a économisées sur les générations passées.

    Sournois, enfin, lorsque vous vous livrez à un odieux chantage sur une prise de position politique, que seules vos convictions politiques devraient dicter.

    Je pourrais continuer, mais doutant de votre courage à publier ce commentaire, je me contente de renvoyer les hypothétiques lecteurs à une note plus complète à ce sujet : http://bit.ly/SXnbWO

    Avec mes cordiales salutations militantes.

    Julien Nicolet

     

    Le commentaire de Salima Moyard, que vous avez également censuré.

    Monsieur Cuendet,

    Heureusement que vous n’êtes pas enseignant car vous semblez accorder bien plus d’importance au fait que les élèves puissent faire la fête une après-midi que de péjorer durablement et considérablement les conditions de travail de ces mêmes élèves.

    Vous vous étonnez que soient lus par d’autres vos propositions et autres remèdes faciles à la dette cantonale que votre propre parti a créée, en étant systématiquement majoritaire au gouvernement et au parlement à deux exceptions près dans l’histoire récente ? Vous devriez plutôt vous en réjouir.

    Rétablissons ensuite une contre-vérité : vous confondez porte-parole et assemblée décisionnaire. Les trois signataires dont je fais partie sont des membres du bureau de l’association des maîtres du CO Drize qui ont rédigé le communiqué de presse annonçant une position, elle, prise démocratiquement par l’assemblée des maîtres. J’ai, contrairement à d’autres, l’humilité de me placer là où est ma fonction, celle de représentation et non de dictatrice.

    Que dire ensuite de votre conception de la démocratie, celle où la majorité de droite se croit toute-puissante et où les employés des services publics sont privés du droit d’expression, sinon que la satisfaction de ne vous savoir « que » député ? Et si le fait de servir par son travail la population (car les services publics, c’est bien cela, au cas où vous l’auriez oublié) devait ôter toute liberté de pensée, de parole et de critique, comment se fait-il que votre collègue de parti, Pierre Weiss, n’ait pas déjà renoncé à sa fonction à l’Université, à son salaire ou à sa caisse de pension provenant d’un Etat à vous entendre si mal gouverné, dispendieux et incapable ?

    Votre parti tente par ailleurs constamment de corréler le budget 2013 au vote populaire du 3 mars prochain sur la fusion des caisses de pension CIA et CEH pour tenter au passage de couper encore dans les suppressions de prestations à la population. Ce lien est excessif, mais je vais vous faire une confidence : j’aurais voté la loi si les principaux amendements socialistes avaient été votés, ce qui n’a pas été le cas. Cette loi est mauvaise et j’ai voté contre pour indiquer ma conviction profonde. Je voterai par contre oui le 3 mars car je considère que cette loi, même mauvaise, est moins pire que le risque de liquidation et cette position est aussi celle de la FAMCO que je préside ainsi que du Cartel intersyndical de la fonction publique, notre faîtière. Vous pouvez bien dès lors gesticuler et menacer de ne pas voter pour la loi le 3 mars ; vous ne bernez personne car vous ne voulez pas non plus, et cela sera certainement notre seul point commun, la mise en liquidation des caisses de pension publiques car ce serait, outre la risée de la Suisse, une catastrophe pour les finances du canton avec les prestations légales de libre-passage à verser par l’Etat.

    Pour terminer, revenons aux élèves qui sont chaque jour l’objet de toute mon action professionnelle. Priver nos élèves d’une séance de cinéma ou d’un moment de patinoire et - quelle horreur, à vous entendre ! - leur donner nos cours, seul métier qui est en définitive le nôtre ; voilà « le châtiment » dont vous parlez, alors que les seules choses « lamentables » dans cette affaire sont bien les propositions que vous et votre parti, majoritaire au parlement, avez faites avec 2 élèves de plus par classe et surtout le non-remplacement d’un fonctionnaire sur 2 partant à la retraite. Alors un enseignant pour une classe de 48 élèves au lieu de 24 ? C’est pour dénoncer cette attaque en règle contre les conditions de formation des élèves que les enseignants du CO Drize ont, modestement, à leur manière et sans nuire à l’enseignement de leurs élèves, décidé cette action symbolique. Si par contre vous pensez qu’il est possible d’enseigner avec qualité à 48 élèves en même temps, je vous invite à venir tenter l’expérience un matin au CO Drize… Vous serez ainsi confrontés aux réalités que vous semblez si mal connaître.

  • Les maîtres du CO Drize décident de boycotter l'Escalade

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    Longtemps après la fin des cours, les maîtres du Cycle de Drize se demandaient, mardi soir, quelle action leur permettrait au mieux de compléter les mouvements de manifestation du 29 novembre et de grève du 6 décembre.

    En effet, face à la violence sournoise des attaques budgétaires du PLR et de ses alliés, la réaction de la fonction publique se devait d'aller au-delà de la manifestation et de la grève, malheureusement devenues habituelles en décembre...

    Comment manifester notre écoeurement face aux sinistres manoeuvres visant à assécher l'État ? Comment montrer aux citoyens que les propositions du PLR sont en grave contradiction avec les engagements de leurs Conseillers d'État de plafonner le nombre d'élèves par classe et de respecter les termes de l'accord entre l'État et ses employés ? Comment le faire sans nuire à notre enseignement et à nos élèves ? Comment le faire de façon visible et différente ?

    Après avoir envisagé et évalué plusieurs idées d'actions, l'AMDRIZE (Association des Maîtres de Drize) s'est mise d'accord sur un boycott des festivités de l'Escalade. Concrètement, il s'agit de refuser de participer à la demi-journée d'activités récréatives organisée par la direction, et de dispenser nos cours normalement. Il s'agit également de refuser de venir surveiller bénévolement - comme nous le faisons depuis de nombreuses années -  la disco du soir.

    Évidemment, l'association entend faire connaître son action et a publié le communiqué de presse suivant:

    FACE AUX PROVOCATIONS BUDGÉTAIRES, LES MAÎTRES DÉCIDENT LE BOYCOTT DES FESTIVITÉS DE L'ESCALADE AU CO DRIZE

     

    COMMUNIQUÉ DE PRESSE

     

    Carouge, le 21 novembre 2012

     

    Dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602, les troupes du duc de Savoie, assistées de mercenaires félons, attaquaient sournoisement la République de Genève.

    410 ans plus tard, les troupes PLR, assistées de quelques soudards opportunistes, s'en prennent à Genève en tentant d'asphyxier la République par des propositions budgétaires qui sont autant d'attaques envers les Genevois, avant tout les plus modestes d'entre eux. La manoeuvre est en tout cas aussi sournoise que celle du comte d'Albigny, puisque la Commission des finances a été littéralement dessaisie du projet de budget, alors que le PLR et l'UDC publiaient leurs desseins par voie de presse, sans oser prendre le risque du débat démocratique.

    Comme en 1602, seules la vaillance et l'union nous permettront de mettre fin aux funestes espoirs des sinistres fossoyeurs de notre fonction publique. Et c'est l'AMDRIZE qui se propose de jouer les Isaac Mercier en faisant tomber la herse ce qui, l'espère-t-on, donnera le signal de la révolte.

    L'heure n'est donc plus aux réjouissances et c'est pour cela que l'AMDRIZE a décidé de demander à tous les enseignants de refuser de participer aux activités festives organisées dans le cadre de la commémoration de l'Escalade, le 11 décembre prochain. Concrètement, les enseignants n'accompagneront pas les élèves dans les activités prévues par la direction de l'école, mais donneront leurs cours selon l'horaire habituel. Le soir, ils refuseront de participer à la surveillance de la disco.

    Par ce geste fort, qui s'ajoutera évidemment à sa participation massive aux mouvements de manifestation et de grève des 29 novembre et 6 décembre, l'AMDRIZE entend manifester son profond écoeurement face aux attaques budgétaires et verbales dont est perpétuellement victime la fonction publique et, à travers elle, la population du canton.

    Elle tient à rappeler que les partis concernés, largement représentés au Conseil d'État, entendent revenir sur des accords fondamentaux pour la qualité de l'enseignement, à commencer par le plafonnement du nombre d'élèves par classe, partie intégrante de la loi sur le Cycle d'Orientation largement votée en 2009,et maintenant remis en cause par les propositions du PLR et de l'UDC.

    Par cette action, elle entend également limiter les nuisances pédagogiques causées par les actions syndicales, en proposant précisément de dispenser des heures d'enseignement qui avaient été supprimées pour cause d'activités annexes. Elle espère aussi porter le débat auprès de ceux qui font et feront notre République, à savoir les familles de nos élèves, qui ne manqueront pas de commenter cette action et d'en apprécier les raisons.

    Nous sommes évidemment à votre disposition pour tout complément d'information.

     

    Contacts:

    Julien NICOLET, membre du bureau

    Gabriel MOTA, membre du bureau

    Salima MOYARD, membre du bureau


     


  • PLR: L'effroyable machination !

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    On savait que les Libéraux rêvaient d'un autre monde, plus injuste, où l'État serait recroquevillé sur ses fonctions policières et juridiques. On savait que, en fonction des époques, ce rêve séduisait parfois les nébuleuses radicales et démocrates-chrétiennes qui gravitent autour de ce trou noir de la politique, paroxysme du néant auto-proclamé - Je veux que l'État dont je suis le représentant disparaisse ! -, dont la force gravitationnelle est parfois capable de dévoyer certaines formes d'humanismes et d'altruismes.

    Les idées brouillées par ce maëlstrom, nous faisions mine d'oublier que la réalité est souvent moins poétique et que, pour parvenir à leurs funestes desseins, les archontes PLR n'hésitent pas à jouer les satrapes de fantaisie en tentant d'accomoder Machiavel à la sauce locale.

    On peut résumer la farce tragique que ces apprentis Basam-Damdu sont en train de nous jouer en sept actes dont le prochain dénouement nous confirmera que, une fois les masques tombés, se révèlent à nos yeux de mesquines faces cupides d'arrivistes sans scrupule.

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  • L'État auto-assureur, un mythe ?

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    Demandez à un haut fonctionnaire ou à un député auprès de quelle compagnie l'État de Genève assure ses biens, on vous répondra invariablement qu'il a fait le choix de s'auto-assurer, plutôt que de recourir aux services d'un assureur privé.

    J'ai toujours estimé ce choix comme hautement louable, car il me semblait que, vu sa taille, l'État pouvait aisément lisser les différents sinistres affectant ses biens, en provisionnant régulièrement un fonds adéquat permettant d'indemniser les services touchés, tout en évitant les frais engendrés par la rapacité bien connue des assurances privées.

    Le fait divers suivant m'a fait déchanter... et réaliser que si l'État s'auto-assure effectivement lorsqu'il s'agit d'absences de son personnel, cette auto-assurance n'existe vraisemblablement que dans les discours lorsqu'il s'agit de biens matériels...

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  • Constitution: approche critique et nuancée (dans la mesure du possible...)

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    Comme promis dans ma note de l'autre jour, je me lance à l'eau et vous propose une approche personnelle, critique et, si possible, nuancée, du projet de Constitution soumis au peuple dimanche prochain.

    A. Commençons par élaguer...

    Dans la jungle de la campagne, écartons les arguments les moins convaincants en espérant atteindre le coeur de la question.

    On commencera par celui du coût de l'exercice, anti-argument classique, mais dangereusement répété par les médias, comme si la qualité de la démocratie se mesurait aux coûts prétendumment inutiles qu'elle engendre... On relèvera également celui du manque de souffle, seriné à longueur d'ondes par des adversaires en manque de coffre et d'imagination argumentative. Thierry Tanquerel le contre avec passablement d'humour, et traite de la même façon celui du cénacle d'érudits coupé de la population, que j'estime également irrecevable au vu des efforts méritoires et souvent mal récompensés des constituants pour aller à la rencontre de la population. Écartons du même revers l'argument jeunophile consistant à mettre en avant quelques personnalités de moins de 30 ans (à quelques années près pour certaines...), au prétexte que 4 sympathiques constituants dont la somme des âges n'atteint pas la hauteur du jet d'eau soutiennent le projet. Argument d'autant moins recevable, lorsque l'on se rappelle le désespoir de certain-e-s après l'élection d'une assemblée fort âgée, il y a quatre ans. Pour finir, nous ne retiendrons pas non plus celui de l'âge vénérable de notre Constitution, la plus vieille de Suisse, en nous rappelant qu'elle fonctionne à la satisfaction du plus grand nombre et que celle des États-Unis est son aînée de plus d'un demi-siècle.

    Écartons ensuite sans remords les interminables listes d'organismes soutenant ou refusant le projet. Dans le meilleur des cas, il s'agit d'associations qui n'ont examiné - et c'est parfaitement normal -  que les aspects relatifs à leurs buts. Dans le pire, ce sont à l'évidence des groupes noyautés par des individus farouchement favorables ou opposés au projet.

    Dans le même mouvement, renonçons, en l'occurence, à toute loyauté envers des amis, des connaissances ou des personnalités jugées estimables. A l'évidence, on en trouve de chaque bord (sans compter ceux qui appellent à votre blanc) et faute de vouloir se fâcher avec personne, on risque de se mettre à dos tout le monde.

    B. ...puis découvrons le(s) texte(s)

    Pas moyen donc d'entrer dans le vif du sujet en faisant l'économie de la lecture du projet... et de sa comparaison avec le texte actuellement en vigueur. Heureusement, la FAGE propose un document fort utile mettant en regard le texte proposé avec les articles de la Constitution actuelle. 32 pages en petits caractères, tout de même, auxquelles on peut ajouter les commentaires colorés de toutes les associations formant la FAGE. C'est donc bien d'une comparaison entre les deux textes qu'il s'agit et c'est pour cela que, même si j'aurais préféré une extension des droits de vote des étrangers et l'absence de référence à l'armée, je suis contraint de constater que le texte actuel interdit également l'élections des étrangers et a permis le massacre de 1932... Sur ce point, match nul (dans tous les sens du terme...) entre les deux textes.

    De ces lectures, je retiens les éléments majeurs suivants, proposés à la volée:

     - Préservation de l'acquis des initiatives votées au cours des temps.

    Si je comprends la circonspection d'initiants qui, suite à de valeureuses et parfois pénibles campagnes, avaient inséré dans notre Constitution le texte qu'ils avaient rédigé de leurs petits doigts, transformant ainsi le texte de Fazy en un pittoresque palimpseste, je dois dire que la récriture de ces initiatives ne me pose aucun problème de fond.

    Leur esprit reste inchangé et leur application restera garantie d'une part par la population qui les a votées et d'autre par une Cour constitutionnelle dont la mission sera de veiller au respect de la lettre et de l'esprit du texte.

    L'exemple de la chasse est le plus patent, mais celui du nucléaire l'est également.

    Naïveté de ma part ? Paranoïa de la leur ? Évitons les jugements de valeur et demandons-nous si, vraiment, demain, la chasse ou le nucléaire pourraient revenir contre l'avis du peuple. La réponse est évidemment non.

    - A propos des institutions

    Pas d'avis définitif sur le passage des législatures à cinq ans. L'instauration d'une présidence du Conseil d'État me séduit peu (D'où vient cet étrange besoin de personnaliser ainsi les institutions ?). Très déçu du maintien du quorum à 7% pour les législatives (Comme pour d'autres domaines, il ne s'agit pas d'un recul, mais du maintien d'une disposition contestable). Le passage à une élection à deux tours pour les majoritaires est en revanche un réel progrès démocratique, puisque les élections seront moins téléguidées par les partis.

    L'augmentation à terme du nombre de signatures pour les initiatives et référendums est, cela va de soi, regrettable. Il faut toutefois rappeler que, dans l'immédiat, ces nombres seraient revus à la baisse* et ce n'est qu'en proportion de l'augmentation de la population qu'ils dépasseraient les valeurs absolues actuelles. la position argumentative des opposants est donc faible... On peut aussi rappeler que la plupart des référendums et initiatives déposés ces dernières années avaient obtenus bien plus que le minimum de signatures et on doit se réjouir de l'instauration de féries interrompant la récolte dans les périodes les moins favorables. L'instauration d'un nombre restreint de signatures pour les initiatives législatives est également intéressante.

    - A propos des droits fondamentaux

    Joli catalogue que celui proposé par le texte. Les articles 14 à 39 étoffent sans conteste nos droits et les articles 40 à 41 garantissent leur application. Les restrictions de l'article 42 ne me semblent pas de nature à multiplier les exceptions douteuses. On pourra regretter l'absence de droits importants, regrets amplifiés par la présence des autres. Cependant, il est intellectuellement difficile de renoncer à des droits au prétexte que d'autres ne figurent pas dans le texte.

    - A propos des finances, de la fiscalité, de l'économie et du rôle de l'État

    Dès qu'il aborde les aspects économiques, le texte en a une approche très libérale. On relèvera l'obsession de l'équilibre des comptes et d'un État considéré a priori comme gaspilleur (art. 152 et 156). On doit également dénoncer le scandaleux article 155 qui définit la fiscalité uniquement comme une prédation, qui "doit ménager les personnes économiquement faibles", "maintenir la volonté d'exercer une activité lucrative" et, pire encore, "encourager la prévoyance individuelle" et "la compétitivité" des entreprises. Aucune référence aux besoins de financement des services et infrastructures collectives, non, l'impôt n'est perçu que comme un mal nécessaire.

    Je suis moins dur avec l'art. 9 qui prévoit que "L’Etat agit au service de la collectivité, en complément de l'initiative privée et de la responsabilité individuelle." Non seulement, il remplace un article où l'État se voyait cantonné à un rôle subsidiaire, mais surtout, il pose le principe que l'État n'intervient que lorsque c'est nécessaire au "service de la collectivité". Sans doute s'agit-il d'un vieux fond anarchisant, mais savoir que l'État n'intervient pas a priori dans les actions collectives, associatives ou entrepreneuriales ne me dérange en fait pas. De plus, une lecture concluant à un retrait de l'État de ses domaines régaliens me semble largement excessive. En effet, ces domaines (éducation, justice, police, services industriels,...) sont listés par la suite comme relevant du domaine d'action de l'État.

    - A propos du logement et de l'aménagement du territoire

    Très satisfait des articles 178.4 et 179.4 qui imposent la lutte contre la spéculation (mais avec quels moyens ?) et, surtout, une politique active d'acquisition de terrains et de mise à disposition de coopérative. Mais ces deux points existent déjà sous une forme proche dans le texte actuel, avec l'effet que l'on sait...

    Circonspect face à l'imprécision des adjectifs dans les tournures "procédures simples" (179.2) et "besoins divers" (179.2). Même si ce "divers" est repris par un "prépondérant" à peine plus clair à l'alinéa suivant, on est en droit de redouter que le nombre de villas continue à augmenter au fur et à mesure des déclassements de plus en plus intempestifs. On peut aussi rappeler que, dans notre démocratie, c'est le peuple qui a le dernier mot en matière d'aménagement et que s'il soutient généralement les locataires dans l'évolution du droit du bail et de la LDTR, il semble toujours prêt à sacrifier la zone agricole plutôt que la zone villa pour tenter d'absorber la croissance économique mal maîtrisée de notre canton. Jusqu'à quand ?

    Le point le plus rédhibitoire est sans conteste pour moi l'article 180 qui promeut l'encouragement à la propriété du logement au rang des valeurs fondamentales de notre République (!). Or, chacun le sait, les différents encouragements à la propriété (défiscalisation du 3e pilier, mise à disposition du 2e pilier, épargne-logement...) n'ont pour effet que d'augmenter les prix des objets en vente, par un simple jeu de concurrence et donc de transférer des fonds des caisses publiques dans celles des promoteurs immobiliers. Je suis tellement remonté contre cet article que je me suis demandé un certain temps s'il ne justifiait pas à lui seul le rejet de tout le texte.

    - A propos de l'énergie (et des régies publiques)

    Certains se sont émus de la disparition du catalogue de mesures d'économies d'énergie de l'art. 160 de la Consitution actuelle. Il faut toutefois admettre que ces alinéas n'étaient pas de rang constitutionnel et que la loi sur l'énergie votée en 2010 (contestable dans ses aspects économiques, mais plus ambitieuse que le texte constitutionnel sur le plan énergétique) nous garantit tout aussi bien que la Constitution actuelle un semblant de lutte contre le gaspillage.

    Satisfait également du maintien du monopole des SIG (même si le nom n'apparaît pas !) et du maintien de l'interdiction des tarifs régressifs (à quand les tarifs progressifs !)

    C. Puisqu'il faut conclure...

    Nous avons affaire à un texte très libéral dans tous les sens du terme. Incontestablement contraire à ma conception du fonctionnement économique d'une collectivité, il garantit, sur le plan social, cependant des libertés et des droits très étendus à toute la population, et en particulier à un certain nombre de minorités la composant. Qu'en faire alors ?

    Deux réflexions m'ont conduit à finalement accepter ce texte:

    La première vient du constat que, contrairement à ce qu'affirment bon nombre d'opposants, je vois mal des régressions concrètes survenir suite à l'adoption de cette Constitution, car, il faut le rappeler, la Consitution de Fazy n'est pas un modèle de texte progressiste. En revanche, j'imagine volontiers des progrès pour bon nombre d'entre nous, en fonction de notre statut dans la société.

    La seconde vient du constat que si beaucoup d'articles méritent d'être votés, les articles les plus déplaisants de ce texte (notamment l'art. 180) ne sont en fait que le reflet d'un rapport de force politique qui ne correspond pas à mes idéaux. Constitution ou non, ces principes guideront l'action politique au cours des prochaines années, sauf renversement spectaculaire de l'équilibre politique. Et là, lorsque la gauche se sera donné les moyens d'arriver au pouvoir (plutôt que de passer son temps à se dénigrer mutuellement) et de l'exercer de façon réellement progressiste, il sera toujours temps de biffer ces quelques honteux alinéas dans l'enthousiasme général.

    _______________

    * Comme le relève T.S. dans son commentaire, il s'agit d'une erreur factuelle de ma part. L'ayant lue je ne sais où (ou mal interprétée), j'ai repris l'information telle quelle. En fait le nombre de signature pour les référendum serait plus élevé, contrairement à celui pour les initiatives, même constitutionnelles. (Voir à ce propos l'excellent tableau proposé par la FAGE)

  • Constitution: La gauche s'écharpe, la droite compte les coups...

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    Comme la plupart de mes concitoyen-ne-s, je n'ai pas d'a priori face au projet de Constitution et comme certains d'entre eux, je cherche à me forger un avis par la découverte du texte lui-même (reçu aujourd'hui seulement - heureusement qu'Internet existe !) et par les avis opposés exprimés par ceux qui débattent publiquement...

    Et là, je suis doublement troublé par l'effacement quasi-total d'une droite pourtant majoritaire dans l'assemblée constituante, dont le rôle principal semble de compter de façon goguenarde les coups bas échangés par les deux camps que le texte a créés au sein de la gauche.

    Certes, la division de camarades objectivement proches servant une droite unie au-delà des fossés idéologiques qui la traversent n'est pas une nouveauté. Qu'on se rappelle le vote sur les Cherpines, celui du budget 2012 ou celui de la Loi sur l'énergie, la droite a trop souvent profité de ces divisions. Ce qui frappe aujourd'hui c'est la capacité de la gauche à se saborder toute seule, sans aide de la droite.

    Qu'on se comprenneconstitution,genève,droite,gauche, ce n'est évidemment pas le débat qui pose problème, c'est bien la façon de débattre. Quand on a d'un côté des outrances interprétatives (La chasse, l'armée, le nucléaire reviennent !) et de l'autre des tentatives honteuses d'interdire de parole des voix minoritaires ou des raccourcis à la limite de l'acceptable (Si vous aimez (*biffez les mentions inutiles) *les homosexuels/*les artistes/*les handicapés/*les sportifs/*les vieux/*les jeunes, votez le texte !), on entre dans un dialogue de sourds dont l'intensité augmente en fonction de la surdité du partenaire pour dégénérer en une cacophonie inaudible.

    Aucune disposition à la nuance, aucune acceptation d'un argument adverse chez des débatteurs convaincus a priori de leur choix et manifestement prêts à user de tout artifice rhétorique pour justifier leur position. Exactement l'inverse de ce que l'électeur en mal d'éclairage attend...

    Quel que soit le résultat, la gauche sortira de l'exercice affaiblie, par sa propre faute, et ce sera la principale victoire de la droite. Quel que soit le résultat, il faudra, en prévision des élections de 2013, imaginer des solutions qui permettront à la gauche d'éviter de laisser filer les sièges bêtement perdus au cours des deux dernières élections au Grand Conseil. Car, j'en suis de plus en plus persuadé, ce n'est pas dans le texte constitutionnel que se situent les principaux enjeux politiques de notre république, mais bien dans les décisions que prendront nos autorités au cours des prochaines législatures.

    Heureusement, de ce maëlstrom émerge le remarquable travail de la FAGE, qui a épluché pour vous le projet de texte et l'a mis en regard du texte actuel. Remarquable également, le dossier du Courrier qui fait le tour des points de divergences du texte.

    Quant à moi, ma position est désormais arrêtée, et je l'argumenterai de la façon la plus nuancée possible dans un prochain billet.

  • Pour des rues piétonnes en ville... et à la campagne !

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    Remarquable succès pour la journée "A pied à l'école" organisée par les Pédibus genevois ! Les responsables de ce qui est sans conteste une des actions les plus remarquables du "Penser global, agir local" ont aujourd'hui organisé des fêtes et des spectacles dans tout le canton.

    ballons.jpg A Avusy, comme l'année dernière, une portion de route communale (parallèle à 150 m. de la route cantonale...) a été fermée au trafic, pour la plus grande satisfaction des enfants qui se sont approprié ces quelques décamètres de bitume.

    Sans surprise, les parents - ainsi que les autorités locales, puisque le Maire et un Conseiller Administratif ont participé à la manifestation - ont constaté à quel point le chemin de l'école gagnait en plaisir et en sécurité, lorsque les enfants-piétons et les enfants-cyclistes ne sont pas sans cesse dérangés (voire mis en danger) par les parents-chauffeurs.

    Vive le Pédibus, vivent les rues piétonnes !

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