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14/02/2014

Non, nous ne sommes pas les 49,7% !

Face au choc de l'acceptation de l'initiative UDC se met en place un mouvement, qui, dans un compréhensible besoin de communion héminationale, base sa communication sur le fait que la moitié, ou presque, des Suisses ont tout de même voté NON.

Les idées fusent, les visuels sont réussis, l'humour est ravageur... et la psychothérapie de groupe fait son effet: Nous sommes minoritaires certes, mais de peu, et sommes dans le vrai, l'intelligent et l'ouvert. Bref, nous avons raison !

Cette simplification me laisse pourtant un goût plutôt désagréable et me fait espérer que, une fois le traumatisme passé, le niveau du discours politique reprendra son envol pour attendre des niveaux de nuance désormais délaissés.

Suisse morcelée texte.jpgPour tout dire, je ne parviens pas à m'identifier aux "49,7%" pour les raisons suivantes:

- Je ne peux me résoudre, par principe, à une approche binaire des questions politiques, qui sépare sans équivoque le bien du mal.

- La mise en évidence de ce taux écarte de l'analyse - et de la communauté - tous ceux qui n'ont pas voté: abstentionnistes, étrangers et jeunes, dont il aurait été intéressant de connaître l'avis sur la question.

- Les deux blocs dessinés par le vote sont en fait eux-mêmes complètement morcelés : Si je ne peux m'identifier à un xénophobe de souche, je dois admettre que, politiquement, je me sens plus proche du chômeur abusé par les arguments UDC, que du patron qui a refusé l'initiative dans l'espoir de pouvoir continuer à sous-payer ses employés.


- En traçant une ligne de démarcation infranchissable, on refuse de tenter de comprendre et surtout de convaincre ceux qui, sans être du tout xénophobes, ont voté l'initiative pour des raisons qui méritent d'être entendues et traitées politiquement. Au contraire, en les confinant de l'autre côté, on ne peut que les convaincre d'y rester.

- Derrière les visuels et les textes proposés transparaît souvent un mépris de la Suisse alémanique, assez peu compatible avec l'esprit d'ouverture revendiqué, et de fort mauvais aloi, alors que les différences se sont considérablement estompées entre les régions linguistiques et que certaines villes alémaniques ont refusé le texte plus nettement que les romandes. On peut dénoncer la bêtise d'un Blocher, mais il faut aussi relever le peu de consistance d'un Burkhalter humiliant un journaliste radio alémanique qui lui demandait une intervention en allemand pour ses auditeurs.

- Enfin, on remarque une troublante tentation de la Schadenfreude, montant en épingle toutes les réactions outrancières de représentants de l'Union Européenne. Cela est particulièrement inquiétant, car on risque ainsi de conforter une part de l'opinion suisse et européenne dans sa représentation d'une technocratie bruxelloise méprisant la volonté populaire exprimée démocratiquement.

La Suisse s'est engagée dans une période instable de négociations difficiles avec un partenaire lui-même en crise. Personne ne peut raisonnablement en anticiper l'issue.

C'est pourquoi il est nécessaire de se retrousser les manches et de faire de la politique, imaginer, convaincre et bâtir, plutôt que de se retrancher dans une morgue condescendante et d'expliquer en anglais à ses compatriotes qu'ils ne font pas partie de "the other half".

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25/01/2014

Gastrovaud et le PLR, nouveaux apôtres de la malbouffe ?

Grand moment d'hypocrisie gatronomique samedi soir sur Forum, lorsque Gilles Meystre, président de Gastrovaud et conseiller communal lausannois PLR est venu s'attaquer à l'initiative sur l'alimentation que les Verts entendent lancer ce printemps.

1402-Ballamanchevaldossier.jpgCar, comme il semblait trop indécent que la tête pensante des marmitons vaudois s'indigne d'un texte qui n'a pour but que de protéger la qualité des aliments importés et d'assurer que leurs conditions de production soient analogues à celles rencontrées en Suisse, notre chef-taulier n'a pu broder que sur trois arguments... pour finir par s'y empêtrer complètement...

- L'initiative diminuerait l'offre et imposerait des normes non désirées par les Suisses. Certes, certains poulets industriels et haricots récoltés par des esclaves disparaîtraient des commerces. S'en désoler au nom du libre choix, c'est non seulement apporter son soutien implicite à ces pratiques, mais c'est aussi dénier à l'État son rôle de contrôleur du commerce. On se réjouit d'apprendre que, au nom de cette même liberté de choix, nos idéologues culinairo-PLR demanderont bientôt la réintroduction des isolations à l'amiante ou l'abolition de l'expertise périodique des automobiles...

- L'initiative renchérirait le coût de l'alimentation: Se lançant dans une périlleuse défense des sous-produits low-cost peu compatible avec la noble image de sa profession, il a surtout oublié de mentionner que si l'on veut se nourrir à bon marché, il faut surtout cuisiner soi-même de bons produits, plutôt que d'aller ingurgiter les indigestes plats du jour hors de prix de certains de ses collègues. Il a également oublié de rappeler que, contrairement aux idées reçues, l'alimentation n'a jamais pesé aussi peu dans le budget des ménages (6,8% en 2011) et que, lorsque l'on aura supprimé des étals les côtelettes et les bananes de la honte, l'éventuel surcoût alimentaire pourra facilement être absorbé par une diminution de notre consommation de produits carnés, par exemple. Non, ce qui fait exploser nos budgets, par les temps qui courent, ce sont nos assurances et nos logements, sujets sur lesquels le PLR n'est guère disert, si ce n'est pour soutenir ceux qui tiennent le couteau par le manche...

- Il y a déjà assez d'initiatives lancées sur la question alimentaire: Voilà, voilà... Nous avons donc affaire à un homme politique qui regrette que certains débats aient lieu, au prétexte que d'autres se tiennent également. Deux hypothèses: Soit il s'agit d'une étrange catégorie de politicien pour qui l'échange d'idées et la consultation populaire ne servent à rien dans la conduite d'une démocratie, soit il lui est soudainement apparu, que face à cette pertinente question, il se retrouvait coincé entre ses vraies valeurs et celles que sa profession est censée défendre... Et ce n'est pas à son honneur !

04/11/2013

Initiative UDC sur les familles: le vrai scandale !

Les sondages le confirment, le risque d'un succès de l'initiative UDC sur les familles est important. La faute en incombe principalement aux opposants qui ont axé leur campagne sur le prétendu "archaïsme" consistant à préférer garder soi-même ses enfants, plutôt que de rémunérer autrui pour le faire.

Refusons le procès d'intention à propos du modèle familial idéal de la bande à Maurer, et admettons humblement que, du côté de ceux qui veulent "travailler moins pour vivre mieux", l'idée de consacrer plus de temps à sa progéniture qu'à la productivité de son employeur est plutôt séduisante...

Ce qui est véritablement scandaleux, dans la proposition de l'UDC, c'est l'outil retenu, la déduction fiscale, dont l'effet sera l'inverse de celui annoncé, puisqu'il ne permettra pas à ceux qui travaillent actuellement de ne plus le faire, tout en offrant des cadeaux fiscaux à ceux qui n'en ont pas besoin.

Geluck Chat.jpgPour le démontrer, permettons-nous une petite digression historique:

Lors du passage au nouveau régime, un des principaux défis des nouveaux États de droit a été de changer la perception (dans tous les sens !) de l'impôt. De confiscation par la noblesse de la production des plus humbles, il devait devenir une contribution au fonctionnement de l'État démocratiquement acceptée.

C'est ainsi qu'à l'été 1789, les révolutionnaires ont jugé nécessaire de consacrer deux articles (sur 17) de la première Déclaration des droits de l'homme et du citoyen à la question de la nécessité d'un impôt démocratique et égalitaire.

Et c'est bien cette vocation égalitaire qui, confrontée à l'insoutenable inégalité des revenus, à incité les États démocratiques à instaurer un impôt progressif, dont le taux augmente pour chaque tranche de revenu supplémentaire.

On peut objecter qu'il aurait mieux fallu s'attaquer à la racine du mal (C'est ce que propose d'ailleurs l'initiative 1:12 !), il n'empêche que cet outil, politiquement acceptable, a été la cheville ouvrière de plus d'un d'un siècle de redistribution des revenus, de progrès social et de croissance de la consommation.

Ses vertus ne doivent cependant pas faire oublier deux de ses principales tares, surtout lorsqu'elles sont instrumentalisées à tout propos pour séduire le citoyen peu enclin de participer à l'effort collectif:

- L'impôt progressif crée une dépendance aux hauts revenus, qui en usent perpétuellement dans de sordides chantages au déménagement, quand bien même ils parviennent le plus souvent à modérer l'effet progressif par des outils spécialement créés pour eux (niches fiscales, forfaits, "optimisation",...)

- Effet collatéral inverse de l'impôt, les déductions favorisent les plus riches. En effet, vu que la déduction s'effectue sur la dernière tranche de revenus, elle permet une économie d'impôt bien plus élevée pour un contribuable aisé. La calculette à impôts du Département des Finances permet de simuler cela et de montrer qu'un couple gagnant 500'000.- économise 13 fois plus d'impôt fédéral direct en déduisant 1000.- (donc en passant à 499'000.- de revenu imposable) qu'un couple gagnant 50'000.-. L'excellent économiste Samuel Bendahan propose d'autres exemples analogues sur son blog.

C'est pour cela que les déductions devraient être réservées exclusivement aux dépenses engendrées par l'acquisition du revenu. Toutes les autres déductions (ou propositions de déduction), qu'elles concernent la prévoyance, l'encouragement à la propriété ou à la procréation sont en fait des cadeaux offerts aux plus riches par les plus pauvres et devraient être abolies.

Car il existe d'autres moyens, bien plus égalitaires, de favoriser financièrement un comportement jugé favorable au bien social, à commencer par l'injustement décriée politique de l'arrosoir, qui, par la magie de l'impôt progressif, permet, sans complication administrative, de récupérer une bonne part des montants distribués à ceux qui n'en auraient pas vraiment besoin...

11:11 Publié dans Famille, Suisse | Lien permanent | Commentaires (20) |  Facebook | |

19/10/2013

Vignette: Pour 100 balles t'as plus rien !

vignette.jpg- Il paraît que tu vas voter contre la vignette à 100 balles !  T'es plutôt tendance UDC ou TCS ?

- Parce toi, que t'es pour la construction de nouvelles autoroutes, pour le deuxième tube au Gothard ?

- Non, mais tu dis cela parce que tu as déjà une belle autoroute de contournement. Tu penserais différemment si tu habitais à Morges ou au Locle.

- Bof, je ne me déplace qu'à vélo...

- On voit bien que tu n'habites pas le long de ces axes... Même les cyclistes souffrent du trafic de transit.

- Oui, bien sûr, mais c'est un autre combat, c'est le péage urbain, les rues piétonnes, etc...

- Mais là, il s'agit de faire financer les routes par ceux qui les utilisent, plutôt que de puiser dans les impôts de tout le monde.

- Ça ne tient pas ! Les routes sont déjà financées par le biais de l'essence et la RPLP. D'ailleurs Nuria Gorrite disait, dans 24 Heures, que si l'augmentation de la vignette était refusée, il faudrait augmenter le prix de l'essence. Pour moi, entre les deux solutions, c'est clair que je trouve l'essence plus juste...

- Mais tu sais très bien que si la vignette est refusée, ce sont l'UDC et le TCS qui tireront les marrons du feu... et qu'ils seront encore plus virulents pour lutter contre l'augmentation de l'essence... et là, ce seront les impôts qui financeront les nouvelles routes.

- ... ou alors elles ne seront pas construites.

- C'est un pari risqué. Surtout que l'idée de faire raquer les automobilistes devrait te réjouir. Tout ce qui augmente le coût de l'automobile est en faveur du report modal.

- Pas du tout, la vignette est un exemple de taxe stupide sur le plan écologique. Vu que c'est un forfait qui ne dépend ni de la distance parcourue ni même des émissions du véhicule. C'est au contraire une incitation à rouler plus une fois qu'on l'a achetée.

- Tout de même ça coûtera moins cher que les péages français, espagnols ou italiens.

- Évidemment, si l'on se compare toujours à ce qui se fait de pire, on est heureux de ce que l'on a. Car, concéder à des entreprises privées l'exploitation d'un service public aussi important que les autoroutes, les laisser se faire des fortunes scandaleuses sur le dos des usagers, tout en étant mêlées à toutes les affaires de copinage en matière de BTP, on a vu meilleur modèle.
D'ailleurs, les pays les plus avancés en matière de mobilité douce, les Pays-Bas, l'Allemagne, les Scandinaves ont tous des autoroutes publiques et gratuites, mais taxent plus que nous les carburants...

- Mais bon, 100 balles, ce n'est quand même pas grand chose, sur budget d'un automobiliste, non ?

- Alors là, je suis bien d'accord. Je me demande même pourquoi on en parle autant alors qu'il y a d'autres problèmes politiques plus importants... et plus coûteux. Décidément, dès qu'on parle de bagnole, les gens deviennent intarissables, alors qu'ils se fichent de leur caisse de retraite et ne participent même pas aux élections... En fait, cette histoire de vignette n'est qu'un écran de fumée pour nous cacher les vrais problèmes.

- D'ailleurs, ça fait plus d'un quart d'heure qu'on en cause... Sinon, tu votes quoi sur les autres objets, le 24 novembre ?

- Ah, il y a d'autres objets ?

10/09/2013

Les coopératives maraîchères recherchent de nouveaux adhérents.

070819courgette.jpgVous serez peut-être surpris de l'apprendre: La plupart des coopératives maraîchères romandes sont à la recherche de coopérateurs. Après plusieurs années où les listes d'attente s'allongeaient monstrueusement, au point de décourager certains intéressés, le mouvement semble s'inverser. Le Jardin des Charrotons, par exemple, propose encore quelques paniers hebdomadaires pour l'année 2013, et commence à se faire du souci pour 2014... La situation est à peu près semblable dans les différentes initiatives ACP (agriculture contractuelle de proximité) de Romandie.

Pourquoi cela ?

1. Une incapacité à faire de la pub.

Foncièrement rétives au principe publicitaire et habituées à ne pas manquer de bonnes volontés, les ACP n'ont pas l'habitude, ni l'envie, de développer des trésors de séduction pour convaincre les consommateurs de leurs vertus. De ce fait, bien des gens renoncent encore à s'inscrire, croyant que les listes d'attente sont encore importantes, ce qui n'est plus le cas.

2. Une concurrence... plus ou moins loyale.

Le développement de nouvelles ACP a permis aux Romands de trouver un système d'approvisionnement qui leur convient... et c'est heureux !

Malheureusement, on constate que, le capitalisme se réappropriant systématiquement les bonnes idées pour les pervertir, de nombreux acteurs économiques ont bien compris que les termes "bio" et "local" pouvaient rapporter gros, par l'instrumentalisation du besoin de bonne conscience des consommateurs. C'est ainsi que la grande distribution n'hésite pas à vendre des produits "bio" ayant parcourus des milliers de kilomètres et produits dans des conditions sociales plus que douteuses.

La "vente directe" séduit également ceux qui ne réalisent pas que les agro-industriels concernés vendent bien souvent des fruits et légumes produits hors-sol dans des serres chauffées aux hydrocarbures...

La FRACP, qui fédère les ACP romandes commence à en prendre conscience et cherche à préciser sa charte, dans le but de distinguer les initiatives qui suivent ses principes de celles qui surfent sur la vague "local-bio". Ce travail semblait inutile, il est soudain devenu urgent.

3. La fin de la "mode verte" ?

Il y a quelques années encore, tout verdissait. Les animateurs TV, les marques de 4x4, et même les libéraux adoptaient une couleur résolument tendance. Nous avions d'ailleurs relevé la part d'hypocrisie de cette mode environnementaliste, dénuée de convictions et de programme politique. Aujourd'hui, Doris Leuthard diminue les subventions au solaire, Fukushima va accueillir les prochains JO et les opposants au gaz de schiste passent pour des réactionnaires.

 4. Un malentendu sur les principes fondant les coopératives maraîchères.

Certes, le caractère biologique et local de la production des coopératives est essentiel. Cependant, les ACP y ajoutent d'autres principes, tout aussi fondamentaux, qui ne sont pas toujours compris par certains coopérateurs.

Fondamentalement, les coopératives cherchent à redéfinir la relation producteurs-consommateurs. En effet, par leurs parts sociales, les coopérateurs sont de fait également producteur071819patates3.jpgs et donc responsables de ce qu'ils consomment. Cette responsabilité leur permet d'influer concrètement sur la conduite de l'entreprise, que ce soit lors de discussions à bâtons rompus sur le terrain ou lors des AG, qui permettent effectivement de prendre des décisions importantes concernant la production, son prix, les salaires versés, etc.

Cette responsabilité implique aussi que les consommateurs consacrent un peu de temps et d'énergie à la production, de part leur présence régulière sur le terrain (Les Charrotons et Les Jardins de Cocagne demandent par exemple 4 demi-journée de coups de main, nécessaires tant pour le travail effectué que pour les contacts établis avec les maraîchers et les autres coopérateurs) et leur implication dans les affaires de la coopérative.

Car il ne s'agit pas juste de produire mieux, moins cher, sans gaspillage. Il s'agit de faire vivre et évoluer un modèle économique alternatif visant à rompre avec l'idéologie de la concurrence et du profit.

Ça marche, c'est passionnant, c'est convivial et très souvent rigolo, mais c'est un chemin parfois difficile et parsemé de pièges inattendus. Si vous voulez le suivre en notre compagnie, n'hésitez pas à nous rejoindre !

30/08/2013

Militaire-fiction

Les commentaires suscités par ma note de mercredi sur l'initiative du GSsA se rejoignent sur un constat: Notre armée se cherche une mission...

Partant logiquement de cette situation un tantinet ubuesque où une institution bien ancrée semble errer depuis un quart de siècle dans les limbes d'une inutilité qu'elle semble elle-même reconnaître, je me permets de renverser notre point de vue et de poser la question suivante:

Imaginons... 26 novembre 1989, surprise: la population vote l'abolition de l'armée... Dès 1990 la conscription disparaît et, quelques mois plus tard, la Suisse se défait du matériel de guerre, abandonne les écoles de recrue et cours de répétition et vend ou transforme le patrimoine immobilier de son armée.

Pour le reste, on peut raisonnablement admettre que les 23 années suivantes se seraient globalement déroulées de la même façon, à quelques détails près (des randonnées alpines sans fighters, des vendredis ferroviaires sans beuveries, quelques milliards mieux investis,...). La géopolitique mondiale n'en eût guère été bouleversée...

Question: Aujourd'hui, en 2013, quelles forces politiques, quels milieux économiques ou sociaux réclameraient la réinstauration d'une armée dans notre pays, et avec quels arguments ?

A vos copies...

08:45 Publié dans armée, Suisse | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | |

28/08/2013

Armée: Comment se débarrasser de la charogne ?

Je dois confesser un manque de conviction face à l'initiative du GSsA sur l'abrogation de l'obligation de servir.armee2.jpg

Car enfin, si l'on ne peut que souhaiter l'abolition de cette dispendieuse mascarade qu'est l'armée suisse, doit-on nécessairement commencer par ce qu'elle a de moins haïssable, à savoir l'idée que chacun doit servir bénévolement la collectivité, à un moment de sa vie ?

Doit-on vraiment avancer pour seul argument que les jeunes n'ont pas "le temps" de jouer à servir, alors même que l'guerre.jpgon s'ingénie à imaginer des modèles de société où l'on ne serait plus obnubilés par la vitesse, l'appât du gain et l'obsession de l'efficacité ?

Alors vous me direz que l'armée est une vieille charogne dont l'inutilité et les nuisances sont de plus en plus évidentes, que l'obligation de servir ne concerne pas les femmes, et que plus de la moitié des hommes parviennent à s'en soustraire.

J'essaierai sans grande conviction de vous répondre que, malgré tout, une armée de citoyens vaudra toujours mieux qu'une armée de volontaires, fatras de têtes brûlées, de frustrés et de chefaillons.

Mais, au moment de voter, il me suffira de me rappeler les trois jours passés à la caserne de Berne, il y a 18 ans. Trois jours où j'ai été confronté à la laideur de l'uniforme, à la stupidité d'un système basé sur la valorisation des roquets, de la hiérarchie et des plus bas instincts, à la négation de la réflexion, à un étalage de bêtise, d'autoritarisme, d'ordres imbéciles, de virilité primaire, de fonds gaspillés, de nationalisme, de réveils au petit matin et de hurlements dans la cour de la caserne.

Trois jours qui m'ont suffi pour que je ne souhaite à personne pareille expérience et qui me convainquent de voter OUI à la suppression de l'obligation de servir.

16:34 Publié dans armée, Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | |

03/03/2013

Votations: vers une guerre des générations ?

À bien observer les résultats de ce dimanche, au-delà des satisfactions et des déceptions, dans ce fatras a priori peu cohérent, on distingue un fil rouge un peu inquiétant...

Car de l'initiative sur les TPG à l'arrêté sur les familles, en passant par la LCPEG, tous ces résultats sont autant de victoires des générations majoritaires - celles nées entre 1950 et 1970, sur les suivantes, notamment celles nées après 1990.

Le cas des TPG est emblématique, où par "erreur", les initiants ont raccourci de 7 ans la période "junior" et renchéri ainsi les abonnements des 18-25 ans. Sans volonté de leur nuire, sans doute, mais avec un mépris assez troublant pour cette jeunesse que chacun prétend placer au centre de ses préoccupations politiques.

Idem pour la LCPEG où, dans un contexte de calendrier tendu et de négociations malmenées, nous avons fini par accepter une loi qui, au nom de la préservation des acquis, fait objectivement passer deux fois à la caisse les générations en début de carrière (et les futurs employés), tout cela pour assurer la retraite promise à ceux quien ont atteint l'âge ou en sont sur le point.

pyr âge CH.jpg

Quant à l'arrêté sur la politique familiale, nul besoin de préciser à quel point le mépris pour les jeunes couples sourd de ce rejet.

L'analyse classique affirme que les jeunes votent moins que les quinquagénaires et sexagénaires, ce qui explique le conservatisme trop souvent observé dans les votes. Certes, mais on omet souvent de rappeler que les tranches d'âge n'ont pas toutes le même effectif, et que, à participation égale, les jeunes seraient de toute façon défavorisés.

Or, il arrivera nécessairement un jour où ces générations se rendront compte que l'image d'Epinal des retraités nécessiteux, si elle n'a pas disparu, n'est plus généralisable, et que ce sont bien souvent ceux qui entrent sur le marché du travail ou les jeunes familles monoparentales qui connaissent les plus grandes difficultés financières.

Car, aujourd'hui, une part importante des nouveaux retraités bénéficie de revenus supérieurs à leurs enfants. Si la tendance observée ce week-end se confirme, l'on risque bientôt d'accuser les baby-boomers d'avoir cueilli les fruits d'une croissance aussi éphémère qu'addictive et d'avoir laissé un verger vide (d'argent comme de ressources naturelles) à leurs enfants.

Cette guerre des générations n'est à souhaiter ni aux uns ni aux autres (ni même à ceux qui, comme moi, sont entre deux âges...). Mais pour l'éviter, il est nécessaire que les plus de 40 ans, nourris au lait de l'individualisme psychologisant des années 60-70 et à celui de l'individualisme des requins des années 80, acceptent de partager, sans crainte, ce qui reste de l'opulence de notre pays, avec les générations suivantes.

Car, il ne faut pas s'y tromper, rares sont les électeurs (j'ai bien écrit "électeurs" et non "habitants") de ce pays qui craignent vraiment la misère. Non, ceux qui ont refusé l'article sur la famille ou exigé une baisse de 50 centimes de leur billet TPG sont pour la plupart plus effrayé par l'idée de devoir n'aller à Majorque ou à St-Domingue qu'une année sur deux ou de devoir renoncer à la peinture métallisée pour la voiture de madame, que de devoir finir leur mois sans rien dans le garde-manger.