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21/01/2012

Travaillons moins pour vivre mieux !

"N'oublions pas que, dans la mesure où les hommes veulent jouir des biens de l'existence, il faut les engager à des efforts sans lesquels nul ne peut subsister." En français contemporain, cela se traduit par: "Plus tu bosses, plus tu profites dposter-fr.pnge la vie."

Comme nous allons être gavés de ce genre d'oxymore au cours de la campagne sur l'initiative "6 semaines de vacances pour tous", il convient immédiatement de préciser que le passage cité plus haut date de 1858 et milite contre un loi limitant à 12 heures par jour le temps de travail des enfants zurichois. A ma connaissance, la loi a néanmoins été votée et Zurich n'a pas sombré dans la misère...

Les opposants aux améliorations des conditions de travail manient donc sans vergogne depuis plus de 150 ans les mêmes sophismes, mélanges d'hypocrisie, de malhonnêteté intellectuelle et de condescendance.

- Hypocrisie ? "6 semaines de vacances, cela nuirait à la productivité et rejaillirait sur les salaires les plus bas", clament-ils, soudain émus par les misérables conditions réservées aux moins bien lotis ! S'il y avait une once de bonne foi dans ce discours, les milieux patronaux s'empresseraient de militer pour la réduction des écarts salariaux dans les CCT et pour l'initiative 1:12 de la jeunesse socialiste. Ce n'est pas le cas ? Tiens ?
Et que dire de tous ces cadres qui profitent d'une 6ème ou 7ème semaine de vacances en expliquant que ce n'est pas raisonnable de traiter de la même façon les humbles ?
En 1858, on pro
posait exactement le même argument : "Et qu'en résultera-t-il pour les parents de ces enfants ? Ils obtiendront un salaire moins élevé ..."

-
Malhonnêteté intellectuelle ? "Travaillez, travaillez, sans quoi vous ne pourrez pas profiter de consommer !" En substituant la consommation au bonheur, les milieux patronaux gagnent sur deux tableaux
, puisqu'ils incitent leurs employés tout à la fois à voter contre leurs vrais intérêt - à savoir profiter des quelques décennies que la vie nous accorde dans ce bas monde - et à acheter les babioles et les services inutiles qu'ils sont contraints d'écouler à grand renfort de publicité, sous peine de voir leur entreprise plonger.
"On va décidément trop loin. Pendant des années, nos enfants ont travaillé 14 heures par jour dans les fabriques d'ici ... et cela ne les a pas empêchés non seulement de rester en bonne santé, mais encore de croître en stature et en vig
travail.jpgueur", disait-on en 1858 !


- Condescendance ? En filigrane de ces discours, se trouve systématiquement la
vieille idée qu'il vaut mieux une population docile et accablée de travail (ou de niaiseries télévisuelles), qu'un peuple qui se donne le temps d'échanger, de discuter et de réfléchir à sa condition. En 1858, on disait: "Ainsi la loi veut encore réduire la journée de travail dans les fabriques; mais que feront-ils de leur temps libre, sinon des sottises ?", en 2012 on dit: "Travailler sans réfléchir, cela vaut mieux pour son bonheur que l'inverse !" C'est évidemment faux !

On pourrait encore parler de la répartition des gains de productivité, de l'inégalité croissante de revenus entre les rentiers et les travailleurs, des ravages sociaux et économiques d'un monde du travail destructeur, des réformes économiques à entreprendre d'urgence, des conséquences écologiques d'une société consumériste, mais comme je redoute de vous faire arriver en retard au bureau, je résume:


Le 11 mars, votons tous OUI à l'initiative "6 semaines de vacances pour tous" !

10/12/2011

Fenêtre n°10: Money, money, money

Au cours du mois de décembre, je propose une sorte de calendrier de l'Avent laïc. Chaque jour, une proposition de lecture, censée constituer une fenêtre ouverte sur le monde. Je vais essayer de répartir ces fenêtres sur le plus de façades, de sorte que les points de vue et les panoramas couverts soient aussi variés que possible. Plus d'informations sur cette démarche dans ma note du 1er décembre.


On reproche bien souvent à ceux qui proposent des changements sociaux et/ou économiques d'être des utopistes sans lien avec la réalité.

  • Comment ose-t-on imaginer dépasser le capitalisme ? (Quand bien même chacun s'accorde à constater les ravages de ce système)
  • Comment ose-t-on proposer de restreindre le pouvoir des multinationales ? (Quand bien même chacun s'accorde à constater les ravages socio-économiques de ces dernières)
  • Comment ose-t-on proposer d'imaginer une économie solidaire et sans croissance ? (Quand bien même chacun sait qu'une croissance infinie dans un monde fini est impossible...)Lietaer.jpg


Bernard Lietaer quant à lui, est tout sauf un idéaliste. Froid économiste ayant occupé d'importantes fonctions à la Banque Centrale de Belgique, puis à la BCE, il fait partie des géniteurs de l'euro.
Et pourtant, dans Monnaies régionales - De nouvelles voies vers une prospérité durable (C.-L. Mayer, 2008), rédigé avec l'urbaniste Margrit Kennedy, il nous propose ni plus ni moins que de bouleverser notre système monétaire.

Les monnaies parallèles existent déjà et fonctionnent mieux que jamais, nous les nommons "Points cumulus" ou "miles&more". Il suffirait de reprendre ces systèmes et de leur donner des buts sociaux plutôt que publicitaires pour imaginer des solutions monétaires locales séduisantes. "Suffirait" ? Le conditionnel est de trop, car ces systèmes existent et se développent déjà partout en Europe: "SEL" (Systèmes d'Echange Locaux), Regio, monnaies fondantes,...

Suivez le guide et imaginez le futur système monétaire de votre région !

11:42 Publié dans Avent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lietaer, monnaie, économie |  Facebook | |

05/12/2011

Fenêtre n°5: Vive la Revue Durable !

Au cours du mois de décembre, je propose une sorte de calendrier de l'Avent laïc. Chaque jour, une proposition de lecture, censée constituer une fenêtre ouverte sur le monde. Je vais essayer de répartir ces fenêtres sur le plus de façades, de sorte que les points de vue et les panoramas couverts soient aussi variés que possible. Plus d'informations sur cette démarche dans ma note du 1er décembre.


Revue durable.jpg
Aujourd'hui, en bon adepte du recyclage, je me permets de vous présenter à nouveau l'excellente Revue Durable, éditée par Susana Jourdan et Jacques Mirenowicz. J'y avais consacré une note le 28 septembre dernier. Elle reste d'actualité, tant dans mon appréciation positive de la qualité de cette publication que dans les difficultés économiques qu'elle rencontre...

Et une bonne idée de plus comme cadeau de Noël permettant d'éviter les attroupements dans les grandes surfaces: Abonnez vos proches à La Revue Durable !



04/12/2011

Fenêtre n°4: Adieu à la croissance !

 

Au cours du mois de décembre, je propose une sorte de calendrier de l'Avent laïc. Chaque jour, une proposition de lecture, censée constituer une fenêtre ouverte sur le monde. Je vais essayer de répartir ces fenêtres sur le plus de façades, de sorte que les points de vue et les panoramas couverts soient aussi variés que possible. Plus d'informations sur cette démarche dans ma note du 1er décembre.



En 1972, le C
Gadrey.jpglub de Rome posait la question: Halte à la croissance ?, en 2010, l'économiste Jean Gadrey répond:

"Adieu à la croissance" (Les Petits Matins / Alternatives Economiques)


Il n'est en effet plus question de savoir si la croissance est souhaitable ou non, mais de se demander comment affronter les périls que notre obsession de croissance a placés sur notre chemin. "Il n'est rien de pire qu'une soci
été de croissance sans croissance", disait Serge Latouche.


Après une introduction démontant le mythe du lien entre PIB et niveau de vie, une fois un certain seuil atteint, Jean Gadrey esquisse les solutions économiques qui nous permettront d'affronter une inévitable décroissance avec sérénité.


Pas de catastrophisme, un regard scientifique et un talent de vulgarisation qui devraient vous convaincre de mettre la pédale douce sur vos achats de Noël et de profiter du temps gagné en évitant les embouteillages à Balexert pour recontacter votre vieille tante délaissée dans son EMS
...

14:37 Publié dans Avent | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : economie, croissance |  Facebook | |

26/10/2011

La nature ne reconnaît que les valeurs absolues.

Ma note d'avant-hier, intitulée "L'écologie, ce n'est pas le capitalisme, plus des panneaux solaires" a généré quelques réactions plutôt agressives, parmi lesquelles un long commentaire (en trois parties) et même une contre-note intégralement consacré à ma prose et à ma personne...

Je ne chercherai pas à répondre aux accusations personnelles de mauvaise foi ou de malhonnêteté. Ce sont des appréciations personnelles de mon contradicteur et, en ce sens, elles me laissent indifférents. Je n'aurais sans doute pas non plus réagi aux allusions à mes origines et ma formation (les deux partiellement erronées d'ailleurs) si l'auteur ne s'était rendu compte de lui-même dans un 2e commentaire qu'elles passaient les bornes de la décence dans ce genre de débat. Après tout, l'indignation étant dans l'air du temps, il est assez logique qu'elle gagne tous les bords de l'échiquier politique.

C'est donc exclusivement sur le fond de ces commentaires que je répondrai, en me conformant au plan élaboré dans ma brève réponse d'hier matin: "Je vous promets d'ici demain une réponse dans laquelle il sera question de valeurs relatives et absolues, de goûts et de couleurs et d'arithmétique électorale".

 

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23/06/2011

D'Athènes à Genève: Le jet d'eau de Salamine ?

Il y a une vingtaine d'années, les autorités grecques auraient pu tenter de créer un état socialement fort, basP1010420.pngé sur le développement d'une économie endogène, l'intégration des plus faibles et une coexistence pacifique avec ses voisins.

Au lieu de cela, les partis majoritaires, que ce soit le PASOK ou la Néa Dimokratía, se sont lancés dans un marathon aux objectifs au mieux futiles, au pire clientélistes. Par exemple:

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22:31 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : economie, grèce, genève |  Facebook | |

04/12/2010

Bienheureux les pollueurs, car ils pourront dépolluer.

btn-inscrire.pngDepuis quelques semaines, les SIG tapissent les murs, les journaux et leur site Internet d'annonces incitant les citoyen-ne-s à participer à l'action "double-éco" dont le but est de faire la chasse aux "énergivores".

Loin de vouloir stigmatiser l'entreprise dans son ensemble - rares en effet sont les producteurs et les distributeurs d'électricité à développer des politiques aussi responsables - je dois avouer que cette offre me laisse plus que dubitatif.

De quoi s'agit-il ?

L'idée, fort simple, consiste à payer une prime équivalente au montant économisé par le consommateur grâce à la diminution de sa consommation d'électricité.

Où sont les problèmes ?

- Cette mesure est-elle juste ? Imaginons une famille A, qui par souci de protection de l'environnement, économise depuis longtemps l'énergie. Depuis plusieurs années, son compteur est au plancher. Sa voisine, la famille B, en revanche, chauffe son appartement au sèche-cheveux, n'éteint pas son four de toute la nuit et laisse son projecteur halogène allumé pendant ses vacances. On comprendra rapidement qu'en améliorant superficiellement son comportement, la famille B pourra toucher d'importantes primes tout en consommant bien plus que sa voisine qui, elle ne touchera rien (et contribuera de plus, via sa facture SIG, à financer ces primes ...et la publicité pour cette action !).

Cette logique, qui rappelle étonnamment celle qui a permis l'attribution du prix Nobel de la Paix à des criminels notoires, part du principe qu'il vaut mieux récompenser le pêcheur repenti que celui qui a toujours été vertueux. Je peine à percevoir où s'y niche la justice, sans doute aurais-je besoin d'un psychologue ou d'un théologien pour me l'expliquer.

- Cette mesure est-elle efficace ?

NON, car tous les analystes sérieux (lisez J.-M. Jancovici par exemple) rappellent que ce type de mesures crée un effet rebond. Pour l'expliquer simplement, il est impossible de savoir ce que la famille B fera de la prime (payée en partie par la famille A, rappelons-le). Mais, statistiquement, il y a fort à parier que son utilisation générera de la pollution sous une forme ou sous une autre qui anihilera tout ou partie de l'économie effectuée pour gagner la prime.

OUI, car, malgré l'effet rebond, on peut supposer que la quantité de kWh consommés à Genève va bel et bien diminuer grâce à ce genre de mesure. Et c'est là que se pose le problème éthique. Dans le domaine des économies d'énergie, toute mesure est-elle automatiquement bonne dès lors qu'elle est efficace ? Personnellement, je ne le pense pas, même si je suis convaincu qu'il est urgent de réduire notre consommation énergétique.

Ce genre de mesure sous-entend que nous sommes tous égaux face aux pollutions, que nous partageons tous la même responsabilité quels que soient notre position sociale, notre comportement ou notre réflexion politique. Ces présupposés sont non seulement lénifiants, ils sont surtout erronés.

La nécessaire et incontestée réduction de la voilure ne peut être acceptée et bien vécue par la population que si les plus nantis, les plus pollueurs, reconnaissent leur responsabilité particulière et, dans un certain sens, montrent l'exemple (sur ce sujet, vous pouvez lire Hervé Kempf). Sans réduction des inégalités, il n'y aura pas de vraie politique écologique. Or cette mesure consiste justement à favoriser ceux qui polluent le plus, donc ceux qui ont les moyens de se le permettre...

- Que faire ?

Ce genre de mesure repose sur un consensus autour de l'idée que les ressources énergétiques sont limitées et qu'il faut les préserver. Cependant, on n'ose pas (et la raison m'en échappe - à nouveau, un psychologue à ma rescousse, svp !) utiliser le mot qui correspond à cette situation: pénurie.

Et en situation de pénurie, il y a trois options:

- Laisser le marché libre agir et faire que les plus riches se gavent éhontément au détriment des plus faibles qui n'ont pas les moyens de se payer le strict nécessaire (à ce sujet, vous pouvez lire F. Nicolino). Comme chacun le sait, il s'agit d'ailleurs de la solution retenue actuellement à l'échelle mondiale.

- Appliquer un taxation progressive de l'énergie. Un socle jugé indispensable n'est pas taxé (ou est même subventionné) et chaque kWh supplémentaire est taxé de plus en plus fortement. Ce système est apparemment simple, mais pose le problème de la définition du socle, de l'extrernalisation de la consommation (quand je mange au restaurant, je ne consomme pas d'énergie domestique, mais je nuis plus à l'environnement que quand je mange chez moi), et surtout, est complètement incompatible avec le processus de libéralisation du marché de l'électricité qui incite justement les opérateurs à proposer des prix de gros aux consommateurs importants.

- Mettre en place un rationnement. Le mot rappelle péniblement les années grises du marché noir et de l'occupation. Mais il faut surtout rappeler que ç'a été la seule solution pour permettre aux populations européennes de jouir du minimum malgré la pénurie. Evidemment, les vents économiques et politiques soufflent dans la direction opposée, évidemment, un système juste et incontestable ne serait pas facile à élaborer, évidemment l'acceptabilité sociale d'une telle mesure est douteuse. Mais, à bien y réfléchir, ne serait-ce pas le seul moyen juste et efficace de parvenir à vivre bien ensemble tout en évitant de constuire qui une centrale nucléaire, qui une centrale à gaz... ? A voir...