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14/08/2012

Qui veut perdre des milliards ?

mixretraite.jpgA ma droite, Roger Deneys, le défenseur des fonctionnaires, qui estime que c'est à l'État de contribuer au redressement de sa caisse de retraite, à ma gauche (enfin, façon de parler), Pierre Weiss, le défenseur des gros contribuables, qui demande aux fonctionnaires de combler le "trou".

Prenons un peu de recul pour observer le ring et rappelons quelques évidences concernant les caisses de pension, en particulier celle de l'État de Genève, ce qui nous permettra peut-être de prendre une position nuancée et dépassionnée.

Pour mémoire, il existe deux modalités de financement des retraites: la répartition ou l'argent des cotisations est directement redistribué aux rentiers et la capitalisation ou chaque employé cotise pour lui-même et perçoit une rente dépendant du montant accumulé, des rendements sur ce montant (rendements potentiellement énormes sur de pareils durées, c'est ce que l'on nomme le "tiers-cotisant") et de l'espérance de vie de sa génération.

Dans un monde idéal, de croissances économique et démographique constantes et de vie éternelle des entreprises, les deux systèmes sont équivalents, mais il suffit d'un déséquilibre dans le rapport rentiers/cotisants pour déstabiliser le système par répartition, alors que le système par capitalisation peut être mis en péril (voire anéanti) par les aléas financiers (allant jusqu'à la faillite d'une caisse...), par la baisse des rendements sur le capital et par l'allongement de l'espérance de vie. J'ai déjà exprimé ma nette préférence pour le système par répartition, plus juste et plus sûr selon moi, mais la suite de mon raisonnement devrait satisfaire également les tenants de la capitalisation.

La Suisse, pays lisse et pondéré, a fait le choix de n'en pas faire, puisque les retraites reposent sur deux piliers, le premier (AVS) par répartition, censé assurer le minimum vital (quoique...) et le second (les caisses de retraites) par capitalisation, devant garantir une bonne qualité de vie.

Il va de soi que les caisses de pension des entreprises doivent être autonomes et couvrir en permanence l'entier des rentes (donc être capitalisées à 100%), ce qui a permis, par exemple, à mes grands-pères, de bénéficier d'une bonne retraite plus de 20 ans après la faillite de leur employeur. Toutefois, comme celles-ci ne risquent pas la faillite, les collectivités publiques ont obtenu le droit de ne capitaliser leur caisse qu'à hauteur de 50%, ce qui équivaut de fait à adopter un système de répartition pour les 50% restant. Ce système a fait ses preuves au cours des décennies passées, puisqu'il a permis aux employés de la fonction publique d'obtenir de bonnes retraites pour des cotisations raisonnables, sans mettre en péril l'équilibre de leur caisse.

Or voilà que, pour d'obscures raisons idéologiques, la droite des chambres fédérales vient d'imposer une augmentation à 80% du taux de capitalisation des caisses publiques, et cela au pire moment, puisque c'est précisément maintenant que surviennent tous les facteurs de déstabilisation des systèmes par capitalisation (chute durable des rendements sur les actifs et allongement de l'espérance de vie). Ces circonstances auraient en soi nécessité des ajustements pour assurer le taux de 50%, mais, lorsqu'il s'agit soudain de passer à 80%, le trou à combler devient abyssal. Et voilà que l'on parle de "sauvetage" de la caisse ou même que l'on insinue que les "reponsables" devraient rendre des comptes à la justice, à l'instar de ceux de la BCGe.

Rappelons-le, on ne peut rien reprocher à la direction de la CIA, qui a assuré la pérennité de la caisse dans le strict respect du droit fédéral. Tout au plus peut-on regretter qu'elle n'ait pas tenu compte assez tôt de la hausse de l'espérance de vie et de la baisse des rendements, mais en aucun cas d'avoir sous-capitalisé la caisse.

Qui doit perdre ces milliards ?

On pourrait être tenté, comme Pierre Weiss, d'estimer que les fonctionnaires actuels doivent combler ce trou, tout en prenant le risque de déclencher une guerre des générations, puisqu'il semble politiquement impossible de faire passer à la caisse les rentiers actuels et les fonctionnaires en fin de carrière, "deux fois bénis" selon ses propres termes. Détail amusant, Pierre Weiss lui-même, en tant qu'employé de l'Université, fait partie de cette génération - comme quoi on n'est jamais si bien béni que par soi-même.

Il s'agit à l'évidence d'un détournement sémantique, puisque cette génération a payé des cotisations normales, qui sont allées pour moitié dans les rentes de la génération précédente et pour moitié dans leur bas de laine, selon le principe du financement mixte des caisses publiques énoncé plus haut, et qu'ils s'apprêtent à toucher une rente normale provenant pour une moitié de leurs cotisations et pour l'autre de celles de la génération suivante. Cotisation normale, rente normale - où est la bénédiction ?

De fait, ce sont les générations actuelles de fonctionnaires qui s'apprêtent à être "deux fois damnées" par les libéraux de Berne, puisque, dans des circonstances financières et démographiques déjà difficiles, elles se voient contraintes de capitaliser à 80% leurs propres rentes, tout en continuant à financer le 50% de la rente des générations précédentes. Elles devraient ainsi payer à 130% tout en espérant (dans un monde idéal sans krach boursier, ni inflation, ni baisse des rendements...) toucher 100%...

Évidemment, les contribuables n'ont aucune raison de se réjouir de voir de l'argent public partir dans une capitalisation absurde décidée par les chambres fédérales (mais quel défenseur des contribuables rappelle ces circonstances lorsqu'il vitupère contre la gestion de notre caisse ?), mais étant liés à la Confération pour le meilleur et pour le pire, il faudra bien que nous passions à la caisse.

Prenons alors la question par l'autre bout: qui a vraiment bénéficié de la faible capitalisation de la caisse de pension ?

Les fonctionnaires ? Non, car, comme cela est expliqué plus haut, ils ont payé une cotisation normale pour une rente normale. On peut certes imaginer que la première génération du système en a bénéficié, puisqu'elle a sans doute touché de bonnes rentes pour de faibles cotisations, mais nul ne songerait à réclamer le trop perçu aux descendants des ces employés...

L'État ? Oui, sans doute, car s'il partage avec ses employés le devoir de cotiser, il ne touche jamais de rente. C'est ainsi que, par une faible capitalisation, il a progressivement évité de mettre de côté des milliards, qu'il a pu, au cours des décennies précédentes, transformer en jolis investissements.  Il n'est ainsi pas abusif de penser que les nouvelles halles de Palexpo ou l'extension du réseau de tram ont été payées en partie par la faible capitalisation des caisses publiques. Le système n'est pas malsain en soi, mais lorsque Berne change arbitrairement les règles du jeu, il apparaîtrait absurde de demander aux seuls fonctionnaires de rembourser ces investissements.

Si l'on peut donc exiger des fonctionnaires qu'ils comblent les déficit liés aux baisses de rendement et à l'allongement de l'espérance de vie, il n'y a aucune logique économique à exiger d'eux le financement du passage de 50% à 80%. Tout autre discours équivaut à une instrumentalisation d'un sujet complexe dans un climat anti-fonctionnaire plutôt malsain, et contribue, à terme, à déclencher la lutte des générations que la droite libérale semble nettement préférer à celle des classes.


Employés de toutes les générations, unissez-vous !

31/05/2012

Pourquoi je voterai Anne Émery-Torracinta...

Trop souvent, les élections à la majoritaire révèlent les pires aspects des partis, qui se transforment pour l'occasion en clubs de supporters décerébrés dont la tâche principale est de déifier leur candidat-e tout en soulignant les tares de ses adversaires. La récente élection présidentielle française en a été le parfait exemple, lorsque nous avons eu l'occasion de contempler des militants émus aux larmes émettre des borborygmes aussi laudatifs que primaires à l'occasion de l'élection banale d'un président sans doute meilleur que le précédent, mais dont l'action ne sera en rien révolutionnaire.

C'est pourquoi les habitués de ce blog peineront à trouver des prises de position de ma part à l'occasion d'élections, et moins encore lorsqu'il s'agit d'une partielle où trop souvent les partis nous imposent des candidat-es que nous ne souhaitions pas et nous empêchent de voter pour ceux que nous aimerions...

Et pourtant, là, je dois avouer que la personnalité d'Anne Émery-Torracinta me séduit suffisamment pour que je me réjouisse de participer à son élection et propose aux lecteurs de ce blog d'en faire de même.

Qu'on s'entende, il ne s'agit pas d'affirmer mon adhésion à l'entier de son action politique - nous avons d'ailleurs eu l'occasion de discuter de nos désaccords, en particulier lors de la campagne sur les Cherpines.

Non, il s'agit d'affirmer que, parmi tou-te-s les élu-e-s avec qui j'ai eu l'occasion de deviser, j'ai rarement perçu un pareil souci de précision, de rigueur, d'honnêteté intellectuelle et d'ouverture sincère et directe à la discussion. Ces qualités sont pour le moins précieuses dans un monde de la haute-politique fréquenté principalement par des orgueilleux dont l'essentiel du discours est de rappeler à qui veut l'entendre les importantes fonctions auxquelles ils ont été auparavant élus et par des incompétents qui profitent de n'importe quelle élection pour tester ad aeternam le principe de Peter.

Et puis, il y a son discours sur le logement, auquel on ne peut qu'adhérer. Genève ne manque pas de logements, elle manque de logements abordables. Dans ce sens, l'État doit jouer son rôle en préemptant les terrains qu'il a la possibilité de préempter pour les sortir de l'infernal circuit des promoteurs et des régies et pour les attribuer à des collectifs d'habitants, seuls à même d'imaginer des solutions d'habitat à la fois écologiques et économiques.

Et puis, il y a les attaques injustes qu'elle subit depuis sa désignation par des institutions auto-proclamées, que ce soit du côté de P. Décaillet ou de La Tribune du 30 mai. Attaques d'autant plus basses qu'elles visent des défauts imaginaires: Elle ne la ramène pas sur chaque sujet et n'a pas de profil Facebook, voilà qu'elle manquerait de charisme; elle défend ses convictions et refuse les mauvais projets, on la taxe automatiquement de dogmatisme; elle a deux chromosomes X et serait donc automatiquement une insupportable féministe...

Allons donc! Prenons le temps d'apprécier son action politique, sa capacité de réunir une majorité sur des projets aussi utiles et rassembleurs que la revalorisation des allocations familiales, la précision sans fard de son discours, son refus de noyer le poisson sur les sujets qui fächent et réjouissons-nous de pouvoir bientôt compter sur une ministre aussi compétente !

AET.png

 

 

23/02/2012

Pour un péage urbain... à l'heure !

Deux nouvelles se collisionnent et me rappellent une idée d'il y a quelques années. En effet, la Tribune nous apprend que la Fondation des Parkings annonce officiellement l'augmentation des tarifs de stationnement au centre-ville le jour même où la RSR nous informe que la droite bourgeoise serait prête à entrer en matière sur le principe d'un péage urbain (certes pour une traversée de la rade d'autant plus inutile qu'elle serait loin en amont, mais l'important reste l'accord de principe...).London_Congestion_Charge,_Old_Street,_England.jpg

Plus grand monde ne conteste les nuisances générées par le trafic motorisé en ville et, s'il semble difficile d'interdire – mêmes les décisions démocratiques en ce sens sont remises en cause par les partis les plus pro-bagnole -, il devrait être possible de passer par le porte-monnaie du fauteur de nuisances, à savoir par le péage urbain.

Oui, mais...

Dans toutes les villes où cela a été mis en application – à la plus grande satisfaction des habitants, au demeurant – il s'agit d'une taxe d'entrée unique, dont le montant est parfois modulé selon l'heure de passage.

Or chacun sait que le fléau principal est constitué par le trafic pendulaire qui congestionne matin et soir les artères de la cité et occupe un espace considérable dans une ville où il est précieux. On ignore en revanche souvent qu'une des plus fortes incitations au choix modal de la voiture est la perspective de pouvoir la stationner facilement et donc que les nombreuses entreprises qui mettent à disposition des places sur domaine privé causent une part importante et difficilement contrôlable de ce trafic (après tout, elles font ce qu'elles veulent de leur domaine).

D'où l'idée suivante:

Mettons en place un péage urbain, oui, mais payable à l'heure. Il s'agirait donc de considérer la ville – dont il faudrait évidemment s'entendre sur le périmètre - comme un gigantesque parking payant, de placer des barrières (physiques ou automatiques) aux entrées et de taxer l'accès d'un montant qui resterait raisonnable pour celui qui doit faire une course indispensable (chercher sa grand-mère impotente ou son nouveau lave-linge), mais qui Graphique péage.jpgdeviendrait complètement rédhibitoire pour celui qui entend engluer 10 heures par jour son véhicule en ville. En s'entendant sur 4.- ou 5.- l'heure (on pourrait même imaginer un tarif progressif et/ou une première ½ heure gratuite), le système devrait assez aisément atteindre son objectif.

Chacun y gagnerait, puisque le trafic regagnerait en fluidité et que trouver une place de stationnement ne serait plus un problème, les professionnels du transport effaceraient par leur gain de rapidité le léger surcoût que la taxe impliquerait en regard de leur chiffre d'affaire, les piétons et les cyclistes seraient moins menacés par le trafic motorisé et, globalement, les nuisances diminueraient.

Ce projet suppose évidemment un énorme effort de construction de parkings d'échange à plusieurs endroits (à proximité des barrières, mais également en amont), et de développement des transports publics. Effort sans doute gagnant, vu l'amélioration de la qualité de vie urbaine qui en résulterait.

14/12/2011

Fenêtre n°14: Jouons à saute-frontière !

Au cours du mois de décembre, je propose une sorte de calendrier de l'Avent laïc. Chaque jour, une proposition de lecture, censée constituer une fenêtre ouverte sur le monde. Je vais essayer de répartir ces fenêtres sur le plus de façades, de sorte que les points de vue et les panoramas couverts soient aussi variés que possible. Plus d'informations sur cette démarche dans ma note du 1er décembre.


Ma fascination pour la frontière puise dans l'arbitraire qui lui est consubstantiel. La frontière naturelle étant un mythe, il faut s'accommoder du fait que, pour faciliter la gestion d'un territoire, il faille le découper, le moins idiotement possible. Las, lorsqu'on examine de près le tracé de la plupart des frontières, on y découvre un palimpseste tenant plus des aléas politiques, militaires et généalogiques que de la clairvoyance de population occupant la région concernée.

Le canton de Genève est à ce titre une sorte de nirvana du chasseur de frontières étranges. Rarement sur les cours d'eau (et même à un endroit longeant une rive plutôt que le centre du lit), jamais sur les crêtes, parfois au beau milieu d'une agglomération ou d'une vigne, ses frontières permettent une découverte insolite de notre canton.
Frontiere.jpg

Stéphane Bodénès a publié en 2001, Promenades sur la frontière franco-genevevoise (Slatkine). Il alterne des chapitres décrivant le tracé de la frontière (parfois loin en dehors des sentiers battus!) avec des passages rassemblant la somme de ses érudites recherches sur les bornes et autres signes de démarcation.

J'ai parcouru à pied (ou lorsque c'est possible) l'intégralité de la frontière entre Monniaz et le CERN. Mes passages préférés ?


- Les raides escaliers des bois de Chancy, où l'on retrouve, prisonniers des troncs, les barbelés rouillés, posés là par les occupants italiens de la Savoie en 1940 qui nous rappellent l'inhumanité historique de certaines frontières infranchissa
bles. 
- La route Fernand David, à Ville-la-Grand, où le seul accès aux maisons suisses du côté nord de la rue, se trouve sur territoire français.
- La frontière entre Challex et Dardagny, au beau milieu d'un vignoble, avec des points de vue superbes sur tout l'ouest du canton, les Alpes et le Jura.

04/10/2011

Calvin, Farel, Procter & Gamble

Au début du XVIe siècle, Genève accueillait à bras ouverts les huguenots chassés de France, dont l'apport culturel et économique a sans doute pJean_Calvin_mod_pt.jpgermis à notre ville d'atteindre un rayonnement international inégalé pour une ville de sa taille. Cinq cents ans plus tard, certains esprits chagrins, au simple prétexte qu'ils sont élus du peuple, se permettent de contester l'implantation de multinationales, dont les actes philanthropiques et émancipateurs méritraient d'être reconnus à leur juste valeur.

C'est à n'en pas douter leur incommensurable modestie qui conduit les défenseurs des ces entreprises à ne faire valoir que deux arguments: Ces entreprises laissent une obole fiscal dans la sébile de l'Etat et, par pure générosité, vont jusqu'à créer des emplois, parfois même destinés à des résidents de la région franco-valdo-genevoise.

La menace se précisant, il conviendrait que ces frêles géants injustement agressés par la harpie de l'hôtel de ville mettent en évidence l'universalité de leur oeuvre bienfaisante et expliquent à la population à quelle point leur existence est bénéfique non seulement à notre canton, mais surtout à la planète entière.

Prenons par exemple Cargill, petite multinationale familiale (elle n'est pas côtée en bourse) dont l'antenne genevoise donne du travail à 661 miséreux qui connaîtraient les affres de l'aide sociale sans elle. Bien au-delà des frontières genevoises, elle agit également pour le bien de toute l'humanité puisqu'elle contrôle une part importante du négoce de céréales et organise leur juste distribution, privilégiant le réservoir des voitures américaines ou l'estomac des bovins avant leur transformation en hamburger, plutôt que les enfants des démunis du tiers-monde, dont les terres ont été rachetées précisément par Cargill ou d'autres multinationales. On peut également relever le rôle important de cette compagnie dans l'assainissement de la forêt amazonienne, auparavant presque impénétrable et désormais transformée en vastes champs de soja transgénique débarrassés des tous les anacondas et autres vermines qui l'infestaient.

Prenons Japan Tobacco, qui non seulement fait travailler 700 personnes à Genève, mais dont la lutte incessante pour le contrôle du vieillissement de la population font de son CEO un candidat potentiel pour le Nobel de la paix (ou celui de médecine pour sa contribution aux connaissances sur l'inocuité du tabac...)

Au tour de la banque HSBC, 1543 employés à Genève. Robin des Bois des temps modernes, elle a construit son savoir-faire sur la légitime indignation que des nantis ressentaient à l'idée de payer leurs impôts dans leur pays. Elle permet ainsi de diminuer les recettes de régions qui n'ont que trop d'argent et se vante de contribuer par ses propres impôts aux finances d'un des Etats les plus démunis: le canton de Genève.

On pourrait encore citer Procter&Gamble, firme qui transforme nos précieuses ressources en produits aussi essentiels au bonheur de l'humanité que des crèmes anti-rides et des shampooings anti-calvitie, ou DuPont qui a même accepté de payer une amende lorsqu'elle a pollué l'environnement de 60'000 américains (après avoir d'ailleurs été classé n°1 des pollueurs aux USA en 2004 par des chercheurs de l'Unversité du Massachussets.). Rassurons-nous, DuPont a eu la clairvoyance de n'implanter que des bureaux dans notre belle région et concentre ses activités polluantes dans des lieux où la santé de la population a moins de valeur qu'ici.

En examinant de près le fonctionnement économique de toutes ces entreprises, on ne peut qu'être émerveillé par leur rationnalité ! On place les dirigeants là où les impôts sont le moins cher, on place les usines là où la main d'oeuvre est la moins chère, on puise les ressources naturelles là où elles sont le moins cher et on organise le bal de tout cela à travers la planète, en profitant des coûts dérisoires des transports, organisés justement par d'autres multinationales. Autant d'ingéniosité légitime largement leur prise de pouvoir et leur dédain du fonctionnement démocratique des pays qu'elles inondent de leurs bienfaits.


Vivent les multinationales ! Vivement qu'elles fassent définitivement taire les parasites de la société moderne que sont les citoyen-ne-s et leurs élu-e-s !

23/06/2011

D'Athènes à Genève: Le jet d'eau de Salamine ?

Il y a une vingtaine d'années, les autorités grecques auraient pu tenter de créer un état socialement fort, basP1010420.pngé sur le développement d'une économie endogène, l'intégration des plus faibles et une coexistence pacifique avec ses voisins.

Au lieu de cela, les partis majoritaires, que ce soit le PASOK ou la Néa Dimokratía, se sont lancés dans un marathon aux objectifs au mieux futiles, au pire clientélistes. Par exemple:

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23/01/2011

Espéranto 2: Sus aux fripons - Haltigu la friponojn !

Vu le succès de ma première note vous invitant à l'apprentissage de l'espéranto, voici la 2e leçon:

 

Apprendre l'espéranto 2: Haltigu la friponojn - Sus aux fripons !


Ma note du 12 janvier vous proposait de découvrir à la fois le fonctionnement de l'espéranto et les causes profondes de la crise du logement à Genève.
zamenhof.jpg
Aujourd'hui, au menu: Les mots interrogatifs qui vous permettront de partager mes doutes sur le sens moral de ceux qui se veulent indulgents avec les riches fraudeurs et intransigeants avec les voyous à la petite semaine...


Au cours des prochaines semaines et à intervalles irréguliers, je vais essayer de continuer à vous initier aux subtilités de cet idiôme. Si vous vous prenez au jeu et que ce rythme ne vous convient pas, je vous suggère de rendre visite à l'excellent site lernu.net, dédié à l'apprentissage de cette langue.


Texte en espéranto
Traduction
Remarques
Multaj Ĝenevanoj pagas bone la imposton. Sed kelkaj friponas.
Beaucoup de Genevois paient bien leurs impôts. Mais quelques-uns trichent.
- Le suffixe "-an-" signifie "membre de..." (Ĝenevo = Genève -> Ĝenevano = habitant de Genève, ~ Genevois)
- Les adverbes se terminent tous par "-e". N'importe quel mot peut être transformé en adverbe.
- On ajoute
"-n" aux compléments du verbe direct. Cette forme d'accusatif est peu intuitive pour les francophones, mais permet de modifier aisément l'ordre des mots.
- Les possessifs (mon, ton,... - mia, via,...) existent, mais ne sont pas utilisés quand le sens est évident.
Kelkaj politikistoj volas senkulpigi ilin.
Quelques politiciens veulent les innocenter.
- Le suffixe "-ist-" signifie "spécialiste de..." (politiko = politique -> politikisto = politicien)
-
La préposition "sen" (sans), comme toutes les autres, peut s'utiliser comme préfixe.
- Le suffixe "-ig",très utile, à le sens de "rendre", "faire". Il permet de transformer un nom ou un adjectif en verbe (kulpo = faute -> kulpigi = rendre fautif -> senkulpigi = innocenter)
Kiom da ĝeneva mono ili ŝtelis ?
Combien d'argent genevois ont-ils volé ?
- Les mots interrogatifs commencent par "k-". Leur terminaison indique le sens ("-iom"= "quantité" -> "kial" = "combien" ?
- La terminaison "-is" marque les verbes au passé.
- (rappel) La terminaison "-a" permet de créer des adjectifs.
Kial oni devus kuraĝigi friponemon ?
Pourquoi devrait-on encourager la fraude ?
- Les mots interrogatifs commencent par "k-". Leur terminaison indique le sens ("-ial"= "raison" -> "kial" = "pourquoi" ?
- La terminaison "-us" marque les verbes au conditionnel.
- Le suffixe "-em-" signifie "enclin à..." (fripono = tricheur -> friponemo = inclination à tricher, ~ fraude)
- On peut former n'importe quel mot en combinant radicaux, préfixes, suffixes et terminaisons.
- La terminaison "-i" marque les infinitifs.
Pro kia kialo oni ne kondamnu ilin ?
Pour quelle raison ne devrait-on pas les condamner ?
- Les mots interrogatifs commencent par "k-". Leur terminaison indique le sens ("-ia"= "type de..." -> "kia" = "quelle type de" ?
- Le mot "kialo" est simplement le nom dérivé de l'interrogatif "kial"=pourquoi -> raison, motif
- La terminaison "-u" marque les verbes au volitif. Il s'agit d'un mode indiquant une volonté ou un ordre. Dans une interrogation, permet de rendre l'idée de devoir.
Ĉu estu aparta leĝo por la riĉuloj ?
Est-ce qu'il doit y avoir une loi particulière pour les riches ?
- u" (= est-ce que) permet de construire une question fermée (réponse en oui ou non)
-
Le suffixe "-ul-" signifie "individu" (riĉa = riche -> riĉulo = individu riche)
Voĉdonu "NE" je la leĝo pri imposta senkulpigo !
Voter "NON" à la loi d'amnistie fiscale !
- "Voĉdoni" est un mot composé de "voĉo" = voix et "doni" = donner -> voter.
- La terminaison "-u" marque les verbes au volitif. Sans pronom, il s'agit clairement du sens impératif.

- La préposition "je" n'a pas de sens défini. Elle est utilisée lorsque les autres ne conviennent pas (pas de sens temporal, spatial, causal,...)
- La préposition "pri" (au sujet de...) est très largement utilisée.

Entre les deux premières leçons, vous aurez appris:
- Beaucoup de préfixes et suffixes importants (mal-, -ej-, -eg-, -aĵ-,
-an-,-ist-, -ig-, -em-, -ul-)AmnistieNON.jpg
- La conjugaison de tous les verbes à l'infinitif (-i), au présent (-as), au passé (-is), au conditionnel (-us) et au volitif (-u)
- Plusieurs interrogatifs (kiom, kial, kia et ĉu)
- Comment former tous les noms (-o), tous les adjectifs (-a), tous les adverbes (-e).
- Comment mettre tous les mots au pluriel (-j) et/ou à l'accusatif (-n)

- Plusieurs prépositions (en, pro, sen, da, por, je, pri)

Bref, vous maîtrisez déjà une bonne part de la grammaire de l'espéranto. Il reste maintenant à retravailler tout cela, à le compléter et, surtout, à apprendre du vocabulaire.

Vous avez également saisi les nuances que la langue permet, nuances parfois impossibles à rendre en français (ĝeneva ≠ ĝenevano traduits tous deux en "genevois", "fripono" = tricheur (celui qui triche) "friponemulo" = tricheur (celui qui a tendance à tricher) !)

Vocabulaire
La plupart des racines sont d'origine latine ou germanique. Il est donc relativement facile de comprendre le vocabulaire. Cela peut-être traître, car, dès lors que l'on s'exprime, il faut utiliser le mot correct. L'apprentissage du vocabulaire est donc incontournable...

pagi payer
kelkaj
quelques (-uns)
kulpa
coupable
fripono
tricheur
mono
argent
ŝteli
voler
kuraĝo
courage
oni
on
voli
vouloir
devi
devoir
leĝo loi aparta
particulier
riĉa
riche
voĉo
voix
imposto
impôts


En espérant que ces quelques phrases vous auront donné envie d'en savoir plus... A bientôt ! Ĝis baldaŭ !

12/01/2011

Une bonne résolution: apprendre l'espéranto

Pour compenser celles que vous avez prises il y a deux semaines et déjà oubliées, je vous propose une bonne résolution à laquelle vous n'auriez peut-être pas pensé sans moi:

Apprendre l'espéranto.


Comme vous le savez sans doute, l'espéranto est une langue créée à la fin du XIXe siècle par un ophtalmologue d'Europe orientale qui souffrait des dissenssions entre les communautés polonaise, russe
zamenhof.jpg, juive et lituanienne qui résidaient dans sa ville de Białystok.
Il a imaginé un système absolument génial et totalement flexible, qui permet de créer le mot dont on a besoin et d'être aussitôt compris. Quelques semaines d'études suffisent à comprendre le principe et, avec un peu de vocabulaire, en quelques mois, on parvient aisément à s'exprimer. Aujourd'hui, la langue a évolué et permet à des milliers de gens de communiquer sur tous les sujets imaginables. Pour preuve, la version en espéranto de Wikipédia compte plus de 139'000 articles et est classée 26e, devant les versions serbe, perse, hébreuse ou bulgare.

Au cours des prochaines semaines et à intervalles irréguliers, je vais essayer de vous initier aux subtilités de cet idiôme. Si vous vous prenez au jeu et que ce rythme ne vous convient pas, je vous suggère de rendre visite à l'excellent site lernu.net, dédié à l'apprentissage de cette langue.


Texte en espéranto
Traduction
Prononciation
Remarques
LA LOĜO EN ĜENEVO LE LOGEMENT À GENÈVE
L'espéranto est une langue phonétique. Toutes les lettres se prononcent et ne donnent qu'un son et inversement. Dans l'exemple le "ĝ" se prononce "dj" (Comme le "j" de "jazz")
/la lodjo én djénévo/
- Les noms se terminent tous par "-o"
- Le seul article est "la". Il s'utilise comme en français. Il n'y a pas d'article indéfini ("un", "une", "des" ne se traduisent pas).
Ĝenevo estas malgranda urbo.
Genève est une petite ville.
Pas de difficulté particulière: "an" se prononce séparément, "u" se prononce "ou" ->

/djénévo éstas malgrannda ourbo/
- Les verbes au présent se terminent par "-as".
- Les adjectifs se terminent par "-a".
- Le préfixe "mal-" permet de créer les contraires.
Multaj homoj loĝas en malgrandaj loĝejoj. Sed malmultaj homoj loĝas en grandegaj loĝejoj.
Beaucoup de gens logent dans de petits logements. Mais peu de gens logent dans d'immenses logements.
"j" se prononce "y", le "h" est aspiré. Pas d'autre difficulté.

/moultay Homoy lodjas én malgrannday lodjéyoy. séd malmoultay Homoy lodjas én granndégay lodjéyoy/
- Le pluriel des noms et adjectifs est marqué par "-j".
- Le suffixe "-ej-" signifie "lieu" (loĝejo = lieu pour loger = logement)
- Le suffixe "-eg-" est augmentatif (grandega = immense)
- On peut former n'importe quel mot en combinant radicaux, préfixes, suffixes et terminaisons.
Pro tiuj, la loĝa problemo estas ĝenevaĵo.
A cause de ceux-là, le problème du logement est une Genferei (genevoiserie ?).
"ĵ" se prononce "j". Dans "tiuj" bien séparer le "i" du "u".

/pro tiouy, la lodja problémo éstas djénévajo/
- Vous aurez remarqué que "loĝ-" peut donner un nom (loĝo = logement), un verbe (loĝas = réside) ou un adjectif (loĝa = du logement, résidentiel). On peut faire cela avec n'importe quelle racine.
- Le suffixe "-aĵ-" signifie "chose" (ĝenevaĵo = chose genevoise = Genferei)


Vocabulaire
La plupart des racines sont d'origine latine ou germanique. Il est donc relativement facile de comprendre le vocabulaire. Cela peut-être traître, car, dès lors que l'on s'exprime, il faut utiliser le mot correct. L'apprentissage du vocabulaire est donc incontournable...

loĝo le logement
en
dans, à
estas
est (suis, es, sommes,...)
granda
grand,e
pro
à cause de
multa
nombreux
urbo
ville
tiu, tiuj
celui-là, ceux-là
homo
personne


En espérant que ces quelques phrases vous auront donné envie d'en savoir plus... A bientôt ! Ĝis baldaŭ !