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27/04/2014

Et si le Gripen n'était pas inutile ?

Comme beaucoup d'observateurs, j'ai la conviction qu'il est inutile de mettre 10 milliards sur la table pour acheter de nouveaux avions de combat censés servir une armée qui se cherche vainement une mission depuis plus de 20 ans... J'ai la conviction que la sécurité de notre pays dépend essentiellement de son niveau de formation, de sa capacité à créer une société inclusive de sa coopération avec les autres nations et de son rôle dans la préservation de l'environnement.

IMG_20140427_144145.jpgEt voilà que le lobby des armes nous arrose de tous-ménages expliquant, cartes à l'appui, que l'environnement sécuritaire de la Suisse évolue rapidement et que l'acquisition des fameux Gripen répond donc à ces menaces indistinctes et mouvantes.

Soit... admettons l'argument. Examinons donc les cartes d'un peu plus près et confrontons-les avec nos connaissances géopolitiques: ces dix dernières années, des conflits, parfois terribles ont effectivement éclatés en Géorgie, en Tunisie, en Syrie, en Libye et, tout récemment en Ukraine.

Or tous ces conflits ont une caractéristique commune: ils sont civils. C'est à dire que les armes employées par l'armée nationale ont systématiquement servi à abattre des civils en rébellion contre le pouvoir, pour des raisons ethniques ou idéologiques.

Prenons un peu de recul et examinons les autres guerres récentes: Soudan, Yougoslavie, RD du Congo, Afghanistan, Irak ou Somalie, là également, il s'agit de conflits civils, dans lesquels sont parfois intervenues, dans un second temps des troupes internationales à vocation pacifique.

J'ai beau chercher, à l'exception notable du conflit israélo-arabe et de l'invasion du Koweit par l'Irak, je ne trouve, dans les 30 dernières années, aucune guerre internationale, au cours de laquelle deux gouvernements de pays indépendants avant le conflit se disputent un territoire.

Doit-on comprendre que les tenants du Gripen, en puisant leurs arguments dans l'histoire récente, imaginent la Suisse sur le point d'exploser et envisagent le recours aux forces aériennes pour mater les insurgés, qu'ils divergent de la norme par leurs opinions, leurs croyances ou... leur langue maternelle ? Doit-on donc, en tant que minorité linguistique, financer des armes dont les usagers nous annoncent leur volonté des les retourner contre nous, le cas échéant ?

Soyons sérieux, la probabilité d'un conflit civil en Suisse est très faible, mais elle est incontestablement bien plus élevée que celle d'un conflit international. Et par conséquence, si un Gripen à croix blanche devait un jour tirer un obus sur une cible réelle, il y a bien plus de risque que cette cible soit suisse qu'étrangère...

Raison de plus de refuser sans aucun état d'âme de gaspiller l'argent du contribuable dans l'achat de joujoux aériens qui, non contents d'être bruyants et polluants, risquent même de devenir utiles...

30/08/2013

Militaire-fiction

Les commentaires suscités par ma note de mercredi sur l'initiative du GSsA se rejoignent sur un constat: Notre armée se cherche une mission...

Partant logiquement de cette situation un tantinet ubuesque où une institution bien ancrée semble errer depuis un quart de siècle dans les limbes d'une inutilité qu'elle semble elle-même reconnaître, je me permets de renverser notre point de vue et de poser la question suivante:

Imaginons... 26 novembre 1989, surprise: la population vote l'abolition de l'armée... Dès 1990 la conscription disparaît et, quelques mois plus tard, la Suisse se défait du matériel de guerre, abandonne les écoles de recrue et cours de répétition et vend ou transforme le patrimoine immobilier de son armée.

Pour le reste, on peut raisonnablement admettre que les 23 années suivantes se seraient globalement déroulées de la même façon, à quelques détails près (des randonnées alpines sans fighters, des vendredis ferroviaires sans beuveries, quelques milliards mieux investis,...). La géopolitique mondiale n'en eût guère été bouleversée...

Question: Aujourd'hui, en 2013, quelles forces politiques, quels milieux économiques ou sociaux réclameraient la réinstauration d'une armée dans notre pays, et avec quels arguments ?

A vos copies...

08:45 Publié dans armée, Suisse | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | |

28/08/2013

Armée: Comment se débarrasser de la charogne ?

Je dois confesser un manque de conviction face à l'initiative du GSsA sur l'abrogation de l'obligation de servir.armee2.jpg

Car enfin, si l'on ne peut que souhaiter l'abolition de cette dispendieuse mascarade qu'est l'armée suisse, doit-on nécessairement commencer par ce qu'elle a de moins haïssable, à savoir l'idée que chacun doit servir bénévolement la collectivité, à un moment de sa vie ?

Doit-on vraiment avancer pour seul argument que les jeunes n'ont pas "le temps" de jouer à servir, alors même que l'guerre.jpgon s'ingénie à imaginer des modèles de société où l'on ne serait plus obnubilés par la vitesse, l'appât du gain et l'obsession de l'efficacité ?

Alors vous me direz que l'armée est une vieille charogne dont l'inutilité et les nuisances sont de plus en plus évidentes, que l'obligation de servir ne concerne pas les femmes, et que plus de la moitié des hommes parviennent à s'en soustraire.

J'essaierai sans grande conviction de vous répondre que, malgré tout, une armée de citoyens vaudra toujours mieux qu'une armée de volontaires, fatras de têtes brûlées, de frustrés et de chefaillons.

Mais, au moment de voter, il me suffira de me rappeler les trois jours passés à la caserne de Berne, il y a 18 ans. Trois jours où j'ai été confronté à la laideur de l'uniforme, à la stupidité d'un système basé sur la valorisation des roquets, de la hiérarchie et des plus bas instincts, à la négation de la réflexion, à un étalage de bêtise, d'autoritarisme, d'ordres imbéciles, de virilité primaire, de fonds gaspillés, de nationalisme, de réveils au petit matin et de hurlements dans la cour de la caserne.

Trois jours qui m'ont suffi pour que je ne souhaite à personne pareille expérience et qui me convainquent de voter OUI à la suppression de l'obligation de servir.

16:34 Publié dans armée, Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | |