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23/08/2015

Pendant les vacances, les cycles d'orientation auront gaspillé 92'000 francs d'électricité !

Demain, de nouvelles volées d'élèves enthousiastes sortiront les bâtiments scolaires de leur léthargie estivale. Certes, quelques adultes, secrétaires, techniciens, enseignants ont fréquenté leurs couloirs vides pendant l'été, se croisant de loin en loin. Pas suffisant pour donner une vraie vie à ces écoles privées d'élèves.

En fait, seuls les compteurs d'électricité ont continué à fonctionner comme si de rien n'était...

L'outil "webnergie", proposé par les SIG, permet de consulter les courbes de charge et les consommations de plusieurs bâtiments publics. Son usage n'est pas très convivial, mais il permet de constater que, sur les 17 cycles référencés, la consommation quotidienne d'électricité en juillet était de 297 kWh/jour par bâtiment, l'éqCapture du 2015-08-23 15:03:58.pnguivalent de 30 ménages... ce qui débouche sur une facture de 92'000.- pour l'ensemble des 20 cycles en juillet-août !

Alors oui, les périodes d'enseignement sont un peu plus gourmandes en énergie, mais de peu puisqu'on constate qu'un cycle en vacances consomme plus de la moitié de l'énergie utilisée pendant des périodes d'enseignement. Le tableau ci-contre permet de comparer la consommation de juillet et de mai 2015 des 17 CO référencés.

On pourrait penser que les quelque 10 à 20 personnes travaillant dans les bâtiments pendant l'été sont de gros consommateurs d'électricité. Ce n'est manifestement pas le cas, la consommation ne baissant pas significativement pendant les week-ends.

On pourrait aussi mettre en cause la vétusté des bâtiment. Là aussi, on se tromperait, puisque les moins gourmands (Marais, Golette, Pinchat) datent de 1965-66, alors que les bâtiments récents (Drize, Seymaz et surtout Montbrillant) consomment bien plus.

Un groupe de travail du CO Drize s'était penché sur la question en 2012 et avait réalisé que la complexité de la gestion de la domotique faisait qu'il semblait déjà impossible de modifier certains automatismes, alors que le bâtiment n'avait que 3 ans. Ainsi certaines lumières s'allument sans raison la nuit, certains appareils se mettent en marche automatiquement à 7 heures du matin, même le 23 juillet (date de la courbe de charge présentée ici !).

Capture du 2015-08-23 15:02:05.png

Les contacts pris avec des responsables des bâtiments (c'était à l'époque le DCTI...) n'avaient débouché sur aucune action efficace et, trois ans plus tard, le bâtiment continue à consommer lorsqu'il est vide... Or, sur une année, les élèves n'occupent le bâtiment que 20% du temps !

 

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15/02/2015

Supprimons la TVA et taxons les énergies sales !

Convaincus par ma dernière note de la pertinence d'abolir la TVA, vous vous demandez, en vue de la votation du 8 mars prochain, si son remplacement par une taxe sur les énergies sales* est vraiment une bonne idée...

De prime abord, il s'agit d'une solution de facilité, destiné à réduire un comportement jugé nuisible, tout en remplissant les caisses de l'État, comme on le fait avec l'alcool ou le tabac. On peut même relever que les deux buts semblent contradictoires, puisque l'État compte sur les ressources générées par un comportement qu'il souhaite voir diminuer. En l'occurrence, le projet est bien plus pertinent et nettement mieux construit.


Une taxe nécessaire pour promouvoir les énergies durables.

La taxe instaurée n'aura pas pour seul effet de réduire l'attrait des énergies sales, elle s'avère en fait indispensable pour promouvoir les énergies renouvelables. Ces derniers temps, la chute du prix du pétrole a donné un terrifiant coup d'arrêt aux projets durables (et même à la volonté de moins gaspiller). Car, sans être économiste, on comprend facilement que des panneaux solaires ou de la biomasse produisent une énergie à un coût donné - relativement faible d'ailleurs - et qu'ils ne peuvent faire leur place sur le marché avec un baril à 50$, lors même qu'elles seraient parfaitement concurrentielles si ce même baril coûtait 120 ou 150$.

Or, chacun sait que la baisse des prix pétroliers est liée à des choix politiques des États-Unis, qui ont décidé de pomper dans leurs schistes les dernières gouttes de pétrole qui leur restent, et des Russes et des Saoudiens, qui inondent sciemment le marché de pétrole pour conserver leur rôle stratégique. On sait que cette politique ne tiendra que les quelques années que ces pays pourront extraire autant de pétrole et que, le fameux "pic de pétrole" étant à peu près atteint, la production ne pourra que décliner. C'est d'ailleurs déjà le cas au Brésil, que l'on annonçait pourtant commeamericaovercars.jpg un futur géant du pétrole...

Sans même considérer les atteintes à l'environnement, on peut en conclure qu'il est infiniment plus durable d'anticiper un prix élevé (mais très faible en comparaison historique !) de l'énergie, plutôt que de se laisser bercer par un prix du baril déraisonnablement bas.

Autrement dit, le problème énergétique que nous devons affronter n'est pas de savoir quel est son prix demain, mais quel délai il nous reste pour revenir au tout renouvelable (ou presque), sans causer de dommages à notre population et à notre économie.

Dans ce sens, la taxe est un outil capital d'anticipation. Puisque l'on sait que l'énergie sera chère, autant orchestrer progressivement la croissance de son coût pour inciter les acteurs aux meilleures pratiques, qu'il s'agisse d'économiser ou d'investir dans la production d'énergie renouvelable. C'est à peu près ce mécanisme que proposaient Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean dans Le plein, s'il vous plaît, il y a neuf ans.

Un paradoxe pas si gênant que cela...

Pour traiter le paradoxe consistant à taxer ce qu'on souhaite voir disparaître, il faut anticiper les scénarios possibles, en cas d'acceptation. En gros, il y a deux possibilités:

- Scénario 1 - une diminution faible de la consommation, tendant vers un point d'équilibre: La taxe s’avérant relativement modeste - rappelons que, contrairement à ce qu'affirme la propagande des opposants, le litre d'essence passerait à 2.70 - 3 francs - et les besoins en énergie étant peu compressibles, la consommation globale diminuerait relativement lentement pour atteindre un point d'équilibre. Grâce au mécanisme proposé par l'initiative et à la taxation de l'énergie grise des importations, les revenus de l'État seraient assurés et la taxe augmenterait légèrement jusqu'au moment où l'équilibre serait atteint. Dans ce scénario, les ménages économiseraient des milliers de francs grâce à l'abolition de la TVA et pourraient, en évitant le gaspillage, ne payer que peu de taxe sur l'énergie. Évidemment, la boîte en alu risquerait de coûter plus que le soda qu'elle contient et peu de gens continueraient à faire Genève-Zurich au volant. Qui oserait s'en plaindre ?

- Scénario 2 - une diminution forte de la consommation. On peut aussi imaginer que la taxe soit suffisamment dissuasive pour inciter rapidement les acteurs à renoncer au gaspillage et à investir dans les énergies renouvelables. Dans ce cas, la taxe prendrait rapidement l'ascenseur et dissuaderait d'autant plus la consommation d'énergie sale. On pourrait arriver à un point où le coût du non-renouvelable serait tellement élevé qu'il dissuaderait n'importe qui et que donc la taxe ne produise plus aucun rendement. Même si ce scénario n'est pas pour demain, il faut pouvoir l'anticiper - et se réjouir de l'efficacité inespérée d'une pareille mesure ! Il est évident que, dans ce cas, il faudra trouver d'autres ressources pour assurer l'action publique d'un État qui aura fait un pas de géant dans le XXIe siècle !

 On le voit, quel que soit le scénario, il ne peut qu'être profitable à la qualité de vie des résidents de notre pays !

Votons donc sans hésiter l'abolition de la TVA et son remplacement par une taxe sur les énergies sales !

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* Le texte mis au voix le 8 mars propose une taxe sur les énergies non-renouvelable, d'origine fossile (pétrole, gaz, charbon...) ou nucléaire.

14/05/2014

Un océan de colza... pour nourrir nos voitures !

En déplacement dans la Beauce, je m'attendais à voir des milliers d'hectares de céréales. J'y ai trouvé des étendues jaunes presque à l'infini... comme chez nous où, depuis quelques années, les surfaces consacrées à la culture du colza ont fortement augmenté.

Colza, Chancy, Genève, SuisseLes photographes et les promeneurs s'en réjouissent, mais s'interrogent. Les Européens seraient-ils pris d'une frénésie d'huile à salade ?

La réalité est un peu plus inquiétante, puisqu'un rapport de l'IFPEN (ex-Institut Français du pétrole), nous révèle que près des deux tiers des surfaces de colza en Europe sont utilisées pour la production d'un agrocarburant mal nommé "biodiesel".

En croisant cette information avec les données de la FAO, on réalise rapidement que plus de 5 millions d'hectares de terres européennes sont consacrées au colza-carburant, soit environ 5 fois la surface agricole utile de la Suisse !

Et pourtant, cet usage massif du sol européen ne permet de fournir que 5% du diesel (à l'exclusion donc des autres carburants et combustibles) consommé en Europe.

On se trouve donc face à un exemple représentatif des désastres causés par une approche purement technique des problèmes environnementaux:


- Le pétrole est non renouvelable ?

Fabriquons du pétrole renouvelable !

- Ces agrocarburants nécessitent des intrants chimiques polluants entrent en concurrence avec l'alimentation ?

Développons des filières innovantes "de deuxième génération" basées sur les déchets agricoles ou des plantes robustes poussant là où il est impossible de cultiver des aliments.

Mais, loin de ces réflexions, les acteurs économiques ont vite réalisé qu'il était plus rentable de nourrir les réservoirs que les estomacs et qu'il est bien plus aisé et profitable de cultiver du colza sur des terres riches que du jatropha dans le désert. La "deuxième génération" se rencontre donc bien plus souvent dans des rapports ou des conférences que dans nos réservoirs !

En attendant, le cours du maïs (utilisé massivement aux États-Unis pour produire de l'éthanol-carburant) explose et affame les Mexicains les plus démunis, et une marée jaune inonde chaque année les terres européennes, entamant progressivement nos capacités de produire notre propre alimentation et justifiant l'importation de denrées agricoles provenant d'autres continents...

29/08/2012

Essence de gauche, essence de droite et sens unique...

Étrange débat qui voit s'opposer de part et d'autre du Jura un ministre socialiste prêt à sabrer dans les taxes sur les carburEssence, carburant, prix, déplétionants pour diminuer leur coût et une conseillère fédérale ex-UDC défendant sans sourciller une augmentation de 150% du prix de l'essence...

La première analyse, qui montre l'inefficacité de ces deux mesures a déjà largement été faite: la première ne concernant que quelques poussières d'euro par litre et la seconde ne prenant effet que pour le 94e anniversaire de sa conceptrice.

Ce qui frappe dans ce débat, c'est tout d'abord la présomption des acteurs politiques, qui croient pouvoir influer de façon notable sur le prix des carburants:

De fait, lorsque le baril était presque gratuit, c'est bien l'État qui fixait le prix à la pompe. Mais désormais chacun sait que les stocks de pétrole les plus faciles à pomper ayant été pompés en premier, chaque baril est plus difficile à extraire, ce qui augmente son prix de production et fait diminuer la quantité sur mise sur le marché. C'est le phénomène du "pic de pétrole", abondamment documenté, dont seules les compagnies pétrolières les plus bornées refusent de reonnaître l'existence. De ce fait, il est évident que le prix du baril va tendanciellement augmenter et que les seules inconnues sont le rythme et la régularité de cette augmentation.

Depuis 2004, on observe en effet que les quantités de pétrole mises sur le marché n'augmentent plus et que, par conséquent (si l'on écarte la question de la spéculation) c'est la demande qui fixe le prix. En gros, quand la crise se renforce, le prix baisse, ce qui permet à l'économie de se reprendre... et de faire aussitôt réaugmenter le prix... ce qui la re-plombe.

Tout cela pour dire que, dans un proche avenir, le gros du prix de l'essence sera lié au prix du baril hors taxe et que les gesticulations des ministres n'auront aucun impact sur son coût. A moins que la Suisse ne souhaite subventionner la consommation de pétrole (comme le fait le Venezuela), je prends le pari que l'essence coûtera bien plus de 5 frs en 2050...

Ce qui frappe également, c'est le manque d'imagination des acteurs politiques. P. Moscovici comme les Valaisans interrogés à la radio le disent: "Nous ne sommes pas tous égaux devant les carburants !". Certains en ont plus besoin que d'autres, et la hausse du prix affecte avant tout les plus démunis.

Si la deuxième partie de l'énoncé mériterait tout de même vérification (après tout, les vrais démunis n'ont souvent pas de véhicule personnel et ne doivent chauffer qu'un petit appartement...), il est parfaitement vrai que la solution Widmer-Schlumpf s'inscrit dans une tradition purement libérale consistant à répartir les biens en fonction de la richesse et non de l'usage qu'on en fait.

Or, comme nous le savons, le pétrole, au-delà des nuisances collectives que sa combustion génère, est une substance si précieuse et si utile qu'il serait judicieux, dans un débat politique raisonnable, de se poser les deux questions suivantes, plutôt que de gesticuler en ne touchant qu'un seul curseur, celui du prix:

- Quels sont les usages véritablement raisonnables du pétrole ?

- Quels moyens se donne-t-on pour éviter d'en gaspiller le peu qu'il nous reste ?

La première suppose automatiquement une forme de rationnement, solution certes inconfortable, mais inévitable lorsqu'une société fait face à une pénurie. Elle suppose un débat ouvert où les moyens d'évaluer le degré d'utilité sociale des différents usages du pétrole seraient déterminés et déboucheraient sur un système de répartition juste des quantités que nous nous permettrions d'utiliser.

La seconde, beaucoup plus classique, suppose non pas, comme c'est trop souvent le cas, de se fixer un objectif chiffré dans un avenir aussi lointain que possible (après la fin de mon mandat, après ma mort, après le déluge...), mais de corriger dès maintenant les choix collectifs qui nous ont conduits à dépendre à ce point du pétrole.

On peut se gausser de celui qui va en 4x4 au fitness ou de celle qui laisse son moteur tourner au ralenti, il n'empêche que la critique de comportements individuels masque bien souvent la responsabilité collective de la situation de dépendance dans laquelle nous nous trouvons.

Le débat sur l'efficacité énergétique des bâtiments, sur l'évolution des transports publics et la densification des zones habitables est mené depuis longtemps, mais paradoxalement, on ne parvient pas à appliquer la loi sur l'énergie, on construit de plus en plus de villas, on préfère déclasser des zones agricoles et les automobiles sont de plus en plus nombreuses sur les routes...

Nous ne nous trouvons pas face à un problème économique, mais face à des choix de société importants qui nous permettront, si nous les effectuons assez tôt, d'éviter les non-solutions consistant à laisser à la "loi du marché" le soin de laisser les plus nantis gaspiller une ressource aussi précieuse.

09/05/2012

5 excellentes raisons de soutenir la grève de la fonction publique du jeudi 10 mai (chapitre 3)

Les syndicats l'ont annoncé, les parents d'élèves ont reçu l'information, la fonction publique a lancé un mot d'ordre de grève pour l'après-midi de jeudi prochain.

Ce mini-mouvement (pudiquement appelé « débrayage » ou même « après-midi de discussion ») risque d'être pourtant l'objet de telles médisances d'une partie du public et des médias que de nombreux agents de la fonction publique hésiteraient à y participer.

Et pourtant, les enjeux sont colossaux !

Ne nous y trompons pas. Il ne s'agit pas (que) de défendre des acquis ou des positions favorables au revenu ou au bien-être des fonctionnaires. Non ! De cet embryon de lutte se dégagent cinq questions fondamentales dont les réponses devraient nous inciter à rejoindre ou à soutenir ce mouvement. Après avoir traité des quatre premières questions ( et ), nous nous attaquons à la cinquième:

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12/01/2012

Vive le gaz de schiste de proximité ?

2012 risque fort d'êtgaz.jpgre l'année du gaz. Depuis plusieurs années, la consommation de ce volatile hydrocarbure croît continûment. Sans doute est-ce dû à ses inconstestables vertus (pour peu qu'on le compare aux autres énergies fossiles) mais aussi à une campagne à la limite de l'honnêteté des milieux gaziers qui usent et abusent de l'adjectif "naturel" (L'usage courant veut en effet qu'on nomme "gaz naturel" le méthane, mais, après tout, le pétrole, comme le charbon mériteraient autant d'être appelés "naturels" !), joint à une jolie feuille verte censée nous faire croire que la consommation de gaz protège l'environnement...

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04/12/2010

Bienheureux les pollueurs, car ils pourront dépolluer.

btn-inscrire.pngDepuis quelques semaines, les SIG tapissent les murs, les journaux et leur site Internet d'annonces incitant les citoyen-ne-s à participer à l'action "double-éco" dont le but est de faire la chasse aux "énergivores".

Loin de vouloir stigmatiser l'entreprise dans son ensemble - rares en effet sont les producteurs et les distributeurs d'électricité à développer des politiques aussi responsables - je dois avouer que cette offre me laisse plus que dubitatif.

De quoi s'agit-il ?

L'idée, fort simple, consiste à payer une prime équivalente au montant économisé par le consommateur grâce à la diminution de sa consommation d'électricité.

Où sont les problèmes ?

- Cette mesure est-elle juste ? Imaginons une famille A, qui par souci de protection de l'environnement, économise depuis longtemps l'énergie. Depuis plusieurs années, son compteur est au plancher. Sa voisine, la famille B, en revanche, chauffe son appartement au sèche-cheveux, n'éteint pas son four de toute la nuit et laisse son projecteur halogène allumé pendant ses vacances. On comprendra rapidement qu'en améliorant superficiellement son comportement, la famille B pourra toucher d'importantes primes tout en consommant bien plus que sa voisine qui, elle ne touchera rien (et contribuera de plus, via sa facture SIG, à financer ces primes ...et la publicité pour cette action !).

Cette logique, qui rappelle étonnamment celle qui a permis l'attribution du prix Nobel de la Paix à des criminels notoires, part du principe qu'il vaut mieux récompenser le pêcheur repenti que celui qui a toujours été vertueux. Je peine à percevoir où s'y niche la justice, sans doute aurais-je besoin d'un psychologue ou d'un théologien pour me l'expliquer.

- Cette mesure est-elle efficace ?

NON, car tous les analystes sérieux (lisez J.-M. Jancovici par exemple) rappellent que ce type de mesures crée un effet rebond. Pour l'expliquer simplement, il est impossible de savoir ce que la famille B fera de la prime (payée en partie par la famille A, rappelons-le). Mais, statistiquement, il y a fort à parier que son utilisation générera de la pollution sous une forme ou sous une autre qui anihilera tout ou partie de l'économie effectuée pour gagner la prime.

OUI, car, malgré l'effet rebond, on peut supposer que la quantité de kWh consommés à Genève va bel et bien diminuer grâce à ce genre de mesure. Et c'est là que se pose le problème éthique. Dans le domaine des économies d'énergie, toute mesure est-elle automatiquement bonne dès lors qu'elle est efficace ? Personnellement, je ne le pense pas, même si je suis convaincu qu'il est urgent de réduire notre consommation énergétique.

Ce genre de mesure sous-entend que nous sommes tous égaux face aux pollutions, que nous partageons tous la même responsabilité quels que soient notre position sociale, notre comportement ou notre réflexion politique. Ces présupposés sont non seulement lénifiants, ils sont surtout erronés.

La nécessaire et incontestée réduction de la voilure ne peut être acceptée et bien vécue par la population que si les plus nantis, les plus pollueurs, reconnaissent leur responsabilité particulière et, dans un certain sens, montrent l'exemple (sur ce sujet, vous pouvez lire Hervé Kempf). Sans réduction des inégalités, il n'y aura pas de vraie politique écologique. Or cette mesure consiste justement à favoriser ceux qui polluent le plus, donc ceux qui ont les moyens de se le permettre...

- Que faire ?

Ce genre de mesure repose sur un consensus autour de l'idée que les ressources énergétiques sont limitées et qu'il faut les préserver. Cependant, on n'ose pas (et la raison m'en échappe - à nouveau, un psychologue à ma rescousse, svp !) utiliser le mot qui correspond à cette situation: pénurie.

Et en situation de pénurie, il y a trois options:

- Laisser le marché libre agir et faire que les plus riches se gavent éhontément au détriment des plus faibles qui n'ont pas les moyens de se payer le strict nécessaire (à ce sujet, vous pouvez lire F. Nicolino). Comme chacun le sait, il s'agit d'ailleurs de la solution retenue actuellement à l'échelle mondiale.

- Appliquer un taxation progressive de l'énergie. Un socle jugé indispensable n'est pas taxé (ou est même subventionné) et chaque kWh supplémentaire est taxé de plus en plus fortement. Ce système est apparemment simple, mais pose le problème de la définition du socle, de l'extrernalisation de la consommation (quand je mange au restaurant, je ne consomme pas d'énergie domestique, mais je nuis plus à l'environnement que quand je mange chez moi), et surtout, est complètement incompatible avec le processus de libéralisation du marché de l'électricité qui incite justement les opérateurs à proposer des prix de gros aux consommateurs importants.

- Mettre en place un rationnement. Le mot rappelle péniblement les années grises du marché noir et de l'occupation. Mais il faut surtout rappeler que ç'a été la seule solution pour permettre aux populations européennes de jouir du minimum malgré la pénurie. Evidemment, les vents économiques et politiques soufflent dans la direction opposée, évidemment, un système juste et incontestable ne serait pas facile à élaborer, évidemment l'acceptabilité sociale d'une telle mesure est douteuse. Mais, à bien y réfléchir, ne serait-ce pas le seul moyen juste et efficace de parvenir à vivre bien ensemble tout en évitant de constuire qui une centrale nucléaire, qui une centrale à gaz... ? A voir...