UA-74655322-1

La fin des haricots ou le début décroissant ? - Page 14

  • Chávez: le moyen terme entre Stéphane Hessel et Kim Jong-Il

    Imprimer

    Généralement, soit on aime soit on conspue les personnalités fortes. Hugo Chávez avait la particularité d'être simultanément estimable et détestable.

    chavez2.jpgSorte de moyen terme entre Stéphane Hessel et Kim Jong-Il, El Commandante, sous ses airs de mi-bouffon populiste, malgré ses amitiés internationales plus que sulfureuses et son mépris total des questions environnementales, a incontestablement mis son pays sur la voie de la justice sociale et a incarné un des rares contre-pouvoirs à l'hégémonie libérale sino-étatsunienne. Il aura surtout impressionné par son strict respect des institutions démocratiques lorsque "son" peuple refusa "son" référendum en 2007.

    On peut maintenant s'évertuer à trouver le juste rang de Chávez dans un classement latino-socialiste qui irait de Cristina Kirchner aux frères Castro, on peut aussi se réjouir que, alors que Staline disparaissait jour pour jour 60 ans plus tôt, les autocrates se soient entretemps adoucis.

    On doit surtout espérer que le peuple vénézuélien suive une voie juste et démocratique, qu'il parvienne à développer une politique pétrolière nationale et parcimonieuse et à rompre ses liens avec les régimes iraniens et cubains.

    Et pour cela, il faut souhaiter l'élection de Nicolás Maduro.

    chavez1.jpg

  • Votations: vers une guerre des générations ?

    Imprimer

    À bien observer les résultats de ce dimanche, au-delà des satisfactions et des déceptions, dans ce fatras a priori peu cohérent, on distingue un fil rouge un peu inquiétant...

    Car de l'initiative sur les TPG à l'arrêté sur les familles, en passant par la LCPEG, tous ces résultats sont autant de victoires des générations majoritaires - celles nées entre 1950 et 1970, sur les suivantes, notamment celles nées après 1990.

    Le cas des TPG est emblématique, où par "erreur", les initiants ont raccourci de 7 ans la période "junior" et renchéri ainsi les abonnements des 18-25 ans. Sans volonté de leur nuire, sans doute, mais avec un mépris assez troublant pour cette jeunesse que chacun prétend placer au centre de ses préoccupations politiques.

    Idem pour la LCPEG où, dans un contexte de calendrier tendu et de négociations malmenées, nous avons fini par accepter une loi qui, au nom de la préservation des acquis, fait objectivement passer deux fois à la caisse les générations en début de carrière (et les futurs employés), tout cela pour assurer la retraite promise à ceux quien ont atteint l'âge ou en sont sur le point.

    pyr âge CH.jpg

    Quant à l'arrêté sur la politique familiale, nul besoin de préciser à quel point le mépris pour les jeunes couples sourd de ce rejet.

    L'analyse classique affirme que les jeunes votent moins que les quinquagénaires et sexagénaires, ce qui explique le conservatisme trop souvent observé dans les votes. Certes, mais on omet souvent de rappeler que les tranches d'âge n'ont pas toutes le même effectif, et que, à participation égale, les jeunes seraient de toute façon défavorisés.

    Or, il arrivera nécessairement un jour où ces générations se rendront compte que l'image d'Epinal des retraités nécessiteux, si elle n'a pas disparu, n'est plus généralisable, et que ce sont bien souvent ceux qui entrent sur le marché du travail ou les jeunes familles monoparentales qui connaissent les plus grandes difficultés financières.

    Car, aujourd'hui, une part importante des nouveaux retraités bénéficie de revenus supérieurs à leurs enfants. Si la tendance observée ce week-end se confirme, l'on risque bientôt d'accuser les baby-boomers d'avoir cueilli les fruits d'une croissance aussi éphémère qu'addictive et d'avoir laissé un verger vide (d'argent comme de ressources naturelles) à leurs enfants.

    Cette guerre des générations n'est à souhaiter ni aux uns ni aux autres (ni même à ceux qui, comme moi, sont entre deux âges...). Mais pour l'éviter, il est nécessaire que les plus de 40 ans, nourris au lait de l'individualisme psychologisant des années 60-70 et à celui de l'individualisme des requins des années 80, acceptent de partager, sans crainte, ce qui reste de l'opulence de notre pays, avec les générations suivantes.

    Car, il ne faut pas s'y tromper, rares sont les électeurs (j'ai bien écrit "électeurs" et non "habitants") de ce pays qui craignent vraiment la misère. Non, ceux qui ont refusé l'article sur la famille ou exigé une baisse de 50 centimes de leur billet TPG sont pour la plupart plus effrayé par l'idée de devoir n'aller à Majorque ou à St-Domingue qu'une année sur deux ou de devoir renoncer à la peinture métallisée pour la voiture de madame, que de devoir finir leur mois sans rien dans le garde-manger.

  • M13, Hercule et la Grande-Ourse

    Imprimer

    M13.jpgJusqu'à récemment, M13 ne m'évoquait qu'un amas stellaire de la constellation d'Hercule, treizième objet céleste remarquable catalogué par l'astronome Messier au XVIIIe siècle.

    L'homonymie avec le malheureux plantigrade insomniaque abattu ce mercredi m'a fait réaliser que si je préfère l'astronomie à la zoologie, c'est que peut-être les astres resteront à jamais hors de portée des sales pattes de certains humains et qu'ils seront toujours des objets de pure contemplation...

    Misanthropie ? Refus d'accepter les dangers objectifs que faisait courir le trop sociable ursidé de Poschiavo ? Admettons... Mais apprendre que l'unique chef d'accusation réglant le sort de cet animal était son manque de crainte de l'homme est de nature à plomber le moral du plus joyeux des drilles... Le but de l'humanité est-il vraiment uniquement de dominer et effrayer ?

    Car s'il fallait éliminer tous ceux qui non seulement font "courir des risques" à l'humanité, mais surtout tuent au quotidien, par la famine, la pollution, les guerres et les injustices qu'ils génèrent, je proposerais volontiers une liste à la Commission Intercantonale pour la Gestion des Grands Prédateurs. Mais alors, il lui faudrait embaucher du personnel, car la tâche serait... herculéenne.

    Le grand astrophysicien et militant écologiste Hubert Reeves nous apprenait en 1984 que, sans aucun mysticisme, nous sommes tous des "poussières d'étoiles". Puissent les molécules de M13 se retrouver un jour dans la constellation d'Hercule... ou de la Grande-Ourse.

  • LCPEG: Palmarès des affiches

    Imprimer

    Plutôt que de revenir sur les arguments expliquant une énième fois les raisons pour lesquelles il semble opportun de voter "oui" à une loi pourtant mauvaise, contrainte par un carcan fédéral absurde, je vous propose un tour d'horizon des affiches proposées par les partis appelant à accepter le projet, qui sont presque toutes un témoignage alambiqué de la gêne de tous à défendre un mauvais projet, et surtout de leur mutisme sur la fondamentale remise en question des retraites par capitalisation que ce scrutin aurait dû générer...

    L'affiche la plus niaise...

    ...est sans conteste celle des Verts, qui ont dû organiser à l'interne un concours des adjectifs les plus incongrus pour qualifier cette loi.Verts.jpg Car si l'on peut encore défendre le "réaliste", les autres termes ont une résonnance pour le moins surréaliste lorsque l'on connaît les sacrifices demandés aux contribuables et aux fonctionnaires dans cette affaire et lorsque "l'équilibre" vanté consiste à épargner en fait les plus âgés pour péjorer considérablement les conditions des plus jeunes et des futures générations. Est-ce vraiment compatible avec le développement durable tant vanté par le parti ?

    La cause de cette avalanche de guimauve ne résiderait-elle pas en fait dans la délicate position d'un parti dont l'un des représentants à Berne, candidat au Conseil d'État genevois, a accepté, en 2010, la révision de la LPP qui a débouché sur une recapitalisation des caisses aussi coûteuse qu'inutile... ?

    L'affiche la plus hypocrite

    PLR.jpgSans surprise, il est impossible de départager là le PLR de son clone PDC. Rappelons que le PLR, suivi de près par le PDC, a été le fer de lance de la loi fédérale imposant une recapitalisation des caisses publiques. De ce fait, les cantons, les villes et leurs employés sont coPDC.jpgntraints d'injecter des sommes gigantesques et inutiles dans les circuits bancaires et immobiliers...

    Et voilà que l'on prêche l'"efficacité", ou pire encore que l'on menace "d'amputation" un système qu'on s'est pourtant acharné à destabiliser et à démanteler à Berne...

    C'est par ce genre de manipulation que ces partis perdent progressivement toute crédibilité auprès de leur électorat populaire qui se tourne peu à peu vers les formations populistes. Je le regrette, sincèrement...

    L'affiche la plus absconse...

    PS.jpgAprès de longues réflexions, je n'ai toujours pas compris le moindre élément de l'affiche du PS. Une salle d'attente désertée, un slogan hermétique...

    Faut-il comprendre que si la CEH devait être liquidée, les infirmières cesseraient de travailler. Mais pourquoi ? Et dans ce cas, la salle d'attente ne devrait-elle pas déborder de patients impatients ?

    Il est facile et tendancieux de critiquer la position d'un parti qui a lutté pour obtenir la meilleure loi, a refusé le projet en plénière et renonce à soutenir le référendum, par crainte des énormes risques qu'un "non" engendrerait. Mais là, le PS tend vraiment les verges pour qu'on le batte...


    L'affiche la plus incohérente...

    Le comité unitaire pour le "oui" plonge la tête la première dans un brComOUI.jpgouet sans rapport avec les positions que ses composantes, partis de gauche et syndicats, ont défendues jusque là. Rappelons que le message a toujours été de dire que la fusion en tant que telle n'était ni un problème, ni une solution, et que c'étaient les conditions de la fusion, à savoir la loi et le plan de prestations en découlant qui devait être négocié, accepté ou combattu.

    Et voilà qu'au moment de présenter la loi à la population, le comité retourne sa veste et laisse entendre que c'est le principe de la fusion qu'il s'agit de défendre "pour protéger les retraites de demain"...

    Sachant que "les retraites de demain" et plus encore "d'après-demain" vont être englouties par les hydres de la finance, on aurait apprécié un slogan plus sobre... et plus en phase avec les idéaux anti-capitalistes des groupements formant le comité...

    Le meilleur slogan

    UDC.jpgGardé pour la fin, il revient sans conteste à l'UDC qui, en cinq mots, ose résumer la pensée de la plupart des partisans du "oui". Evidemment, les raisons pour lesquelles l'UDC trouve la loi "mauvaise" ne sont pas les nôtres. Mais j'aurais mille fois préféré que les groupements progressistes annoncent clairement la couleur en affichant leur soutien à un "mauvais projet", pour la seule et simple raison qu'un refus ne pourrait que l'empirer. On aurait évité bien des contorsions, et l'électeur aurait sans doute moins l'impression d'être pris pour un crétin...

  • Battir: un portfolio de cartes exceptionnelles

    Imprimer

    Le 16 janvier dernier, je vous faisais part du destin d'un petit village palestinien, dont les terres agricoles sont menacées par le tristement fameux mur de séparation.

    J'évoquais l'admirable combat de ses habitants pour le maintien d'une agriculture traditionnelle et pour le développement d'un éco-musée.

    Je mentionnais également l'aide apportée par la cartographe Jasmine Salachas et un groupe d'étudiants lillois. Je reçois à l'instant de leur part une série de cartes exceptionnelles, qui mettent en évidence le grignotage subi par Battir avec une force qu'aucun texte ne saurait atteindre...

    J'aime les cartes. Elle sont souvent belles. Celles-ci sont en plus utiles.

  • Conseil d'État: L'oukaze des Verts

    Imprimer

    Ce soir, les Verts genevois fêtent leur 30 ans. Ce sera l'occasion pour les ancien-ne-s militant-e-s de se remémorer l'époque des premières campagnes, des JA-Verts.jpgaffiches en papier kraft et de la liberté de ton qui caractérisait le parti.

    Souvenirs émus et un brin nostalgiques, car, si la plupart des militants conservent cette grinta un peu naïve, toujours véhémente et surtout amoureuse de la nature et de l'humain, on doit réaliser que les têtes dirigeantes se sont désormais converties à la realpolitik dans ce qu'elle a de moins ragoûtant.

    Triste illustration de cela, le choix des candidats pour l'élection au Conseil d'État...

    Lorsque, il y a deux semaines, la présidence du parti a fait savoir son désir de partir sur une liste à deux, de nombreuses voix se sont élevées pour regretter cela, au moment même où la nouvelle Constitution (dont les Verts nous promettent pourtant par leurs affiches de faire le "Service Après-Vente") change les règles du jeu électoral, imposant un deuxième tour aux élections majoritaires. C'est ainsi, que dans l'esprit du texte, le premier tour devrait être une sorte primaire, lors de laquelle la population choisit celles et ceux qu'elle souhaite voir au second tour.

    Ce devait être la fin des calculs politiques et de la chasse au candidat le plus lisse.

    Face aux nombreuses critiques, la direction du parti a assuré que, comme dans toute institution démocratique, ce serait le congrès qui trancherait la question... Certes, mais aujourd'hui nous avons la très désagréable surprise d'apprendre par un communiqué que seuls deux candidats à la candidature se présentent, annulant par là-même tout débat et faisant taire toute voix discordante.

    En observateur naïf, j'explore donc quelques hypothèses:

    - N'y a-t-il réellement pas plus de vocations à la candidature dans le parti ?

    C'est désormais l'hypothèse servie à ceux qui posent des questions: La charge de Conseiller d'État est épuisante et ingrate. Personne n'en veut.

    Admettons, mais pourquoi alors les candidatures se pressent-elles dans les autres partis ? Est-il vraiment concevable que, dans un des partis les plus influents du canton, on ne trouve pas plus de deux personnes intéressées par cette fonction ? Y a-t-il vraiment un pareil déficit d'ambition, ou alors compétences ? Allons donc...

    On notera au passage que, si cette hypothèse devait être la bonne, la liste à deux ne serait plus un choix stratégique, mais une nécessité, faute de combattants. Le parti n'aurait donc aucune légitimité à demander à ses partenaires de réduire leur liste, s'ils devaient souhaitaient partir avec plus de candidat-e-s.

    - A-t-on bloqué les velléités de candidatures ?

    Sans doute pas de blocage actif, mais le communiqué précisant la volonté de la direction du parti de partir à deux a manifestement eu pour effet (et sans doute pour but) de brider les éventuelles bonnes volontés.

    - Y a-t-il un vraiment risque à présenter plus de deux candidat-e-s ?

    L'élection se déroulant en deux tours, ce risque est nul. De plus, dans la perspective d'une bonne mobilisation au second tour, il est même souhaitable qu'aucun candidat ne passe la barre des 50% au premier tour, ce qui est de toute façon peu probable.

    On m'a rétorqué que le PS et les Verts vaudois étaient partis à quatre lors des dernières élections. Cela est vrai, mais il n'y a aucune raison de croire que, s'ils étaient partis à 6, ils n'auraient pas aussi obtenu 4 sièges (ou même plus !).

    - Doit-on à ce point protéger Michèle Künzler ?

    La raison de ce blocage peu respectueux des nouvelles institutions ne peut être autre. Il est vrai que Michèle Künzler a plus d'une fois été la cible d'attaques médiatiques et politiques aussi violentes qu'injustifiées. Le bizutage a commencé avec la répartition des dicastères et a continué régulièrement jusqu'au camouflet du Vélib'.

    Elle ne le mérite pas. Mais mérite-t-elle d'être protégée d'une façon aussi grossière ? Plutôt que de défendre son bilan, son parti préfère lui créer un bouclier électoral, qui sonne comme un aveu de faiblesse. Ce qui ne pourra que la plomber en cas de réélection.

    Non, je préférerais mille fois qu'elle se défende, qu'elle attaque, et que l'électeur tranche - si possible en sa faveur. Cela s'appelle la démocratie, c'est ce qui a permis, au cours des décennies précédentes, au parti de se créer une jolie place dans le paysage politique.

    Un peu déçu de cette évolution, mais toujours enthousiasmé par les enjeux qui font que les militant-e-s vert-e-s ont plus que jamais raison de se manifester et de se battre, je souhaite au parti un excellent anniversaire en espérant qu'au cours de sa quatrième décennie, il retrouve un peu l'esprit de son enfance...

  • Pince-mi et Pince-moi sont dans une caisse de pension...

    Imprimer

    Une pincette, voilà le prosaïque ustensile que j'associe spince-a-linge.jpgpontanément à la campagne sur la nouvelle caisse de pension de l'État. Après plusieurs mois de débats, suite à l'absurde modification de la LPP de décembre 2010, après un référendum attisant les divisions syndicales, il faudra bien nous prononcer sur cette loi. De mon côté, ce sera un OUI résigné et frustré. Frustré de ne pas avoir à me prononcer sur les vraies questions portant sur notre système de retraite et frustré d'assister une fois de plus à un déchirement des forces progressistes causé par une droite qui risque une fois de plus de se mettre en retrait de la campagne. D'où la pincette...

    Lire la suite

  • Palestine: Battir, un paysage en danger !

    Imprimer

    2012-12-12T160619Z_01_JER03_RTRIDSP_3_PALESTINIANS-ISRAEL-BARRIER.jpg

    La scène se passe à Battir, 5 km à l'ouest de Béthléem. L'histoire a voulu que, en 1949, la ligne verte séparant Israël de la Cisjordanie passe entre le village, sur la colline, et une partie de ses terres agricoles, mises en terrasses sur les flancs de la vallée en contrebas.

    Cette situation particulière, les habitants de Battir vivent avec depuis 60 ans, franchissant tous les jours sans incident la ligne pour cultiver leurs terrasses, construites par leurs ancêtres, qui avaient imaginé des systèmes d'irrigation complexes, typiques des civilisations hydrauliques des terres arides.

    Peu à peu, cependant, l'autre versant de la vallée, en Israël, a été planté de pins, dont les aiguilles ont progressivement acidifié, puis stérilisé les sols. Peu à peu, sous la pression du développement, et de la concurrence économique de l'agriculture industrielle, l'exode rural a fait son oeuvre et certaines terrasses ont été abandonnées.

    Et pourtant, il y a quelques années, une équipe d'ingénieurs et d'architectes a réalisé la richesse des paysages de la région: Les terrasses et l'irrigation, bien sûr, mais également des vestiges archéologiques témoins de l'histoire riche et mouvementée de ce lieu.

    Avec le soutien de l'UNESCO et des fonds italiens, un Ecomusée a été fondé. Son but: préserver le paysage, mais également le patrimoine immatériel de la région, en premier lieu les pratiques agricoles.

    Or, comme on le sait, Israël projette d'ériger un mur de protection cloisonnant les territoires palestiniens. Comme on pouvait le redouter, les plans prévoient de séparer irrémédiablement le village des terrasses agricoles, parachevant ainsi leur abandon et détruisant un paysage d'une valeur unique. Sans même polémiquer sur la pertinence du principe d'un mur de séparation, on ne peut que s'effrayer des conséquences locales d'un pareil projet. Ce d'autant plus que, le village et ses terres appartenant aux zones B et C des accords d'Oslo, il est déjà séparé du reste des territoires palestiniens (zone A) par un autre mur, visible sur la carte ci-dessous (en orange, le tracé des murs, en jaune les surfaces confisquées, parmi lesquelles, la vallée d'Al Makhrour)... L'argument sécuritaire semble bien mince...

    Un jeune ingénieur natif de Battir, Hassan Muamer, a intégré l'équipe de l'Écomusée il y a trois ans. Je l'ai rencontré l'automne passé à St-Dié-des-Vosges, au Festival International de Géographie. Il animait un "café-cartographique" en compagnie de jeunes paysagistes de l'ENSAPL de Lille.

    Son énergie, sa volonté de réaliser un projet alliant la recherche scientifique, la préservation du patrimoine et la défense de la qualité de vie des habitants de son village forcent le respect. Aucune animosité envers l'occupant, mais une forme d'enthousiasme lucide. Il sait ce qu'il peut attendre d'Israël, à vrai dire pas grand chose, mais est prêt à se battre pour l'obtenir, car sa cause, loin du nationalisme, et encore plus loin du fondamentalisme religieux, est juste et universelle.Boules de neige.jpg

    Aujourd'hui, une partie de l'opinion israélienne se mobilise contre le projet de mur à Battir. En témoignent les propos de Gidon Blomberg, président des Amis de la Terre-Moyen Orient, recueillis par Haaretz: "Il est important de relever qu'il ne s'agit pas d'un patrimoine palestinien ou israélien. Il s'agit d'un patrimoine commun à toute la région, et à toute l'humanité. Cette région a connu des guerres tout au long de son histoire. De quel droit pourrions-nous détruire un patrimoine vieux de 5'000 au nom de notre conflit ? En particulier lorsqu'il y a d'autres moyens utilisables pour résoudre les problèmes de sécurité".

    Hassan sait que l'Ecomusée est un outil idéal pour ouvrir le village au monde et freiner l'exode rural. Sans lui, les jeunes qui y vivent encore partiront chômer à Hébron, à Ramallah. Certains iront grossir les rangs du Hamas et alimenteront les haines. Il sait que tant les Palestiniens que les Israéliens ont intérêt à ce que le projet se développe et que le mur ne se construise pas.

    Il va de l'avant. Propose des randonnées dans la région. Crée du travail pour les maîtres d'oeuvres locaux. Veut créer un forum d'échange dans lequel les habitants de la région pourraient s'informer et partager les bonnes pratiques. Fait reconnaître le bien-fondé de son projet par les plus hautes instances de l'UNESCO. Parvient à sensibiliser des journalistes du monde entier.

    Et pourtant, la construction du mur est toujours planifiée pour le printemps 2013...

    L'équipe de l'Ecomusée et les habitants de Battir ont besoin de notre aide. Jasmine Salachas, organisatrice de passionants "cafés-cartographiques", à Paris comme à St-Dié, reste en contact avec les villageois de Battir et soutient leurs efforts.

    Les nouvelles sont inquiétantes. Je centralise et transmets volontiers les coordonnées des lectrices et lecteurs désireux d'être informé-e-s de l'évolution de la situation et/ou qui souhaitent envoyer un message de soutien, agrémenté ou non d'une aide pécunière, aux efforts des habitants de Battir. N'hésitez pas à me contacter !

    battir carte2.jpg