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12/05/2014

Moi, je ne crois pas aux monstres...

L'initiative sur les pédophiles est en perte de vitesse... Preuve de l'efficacité d'une campagne discrète, mais axée sur les faits et le démontage de l'ignoble instrumentalisation politique d'un type de criminalité particulièrement répugnant.

Une fois le contexte expliqué, une fois que ceux qui croyaient bien faire en soutenant l’initiative ont compris les avantages peu contestables de la réforme pénale déjà adoptée par le parlement, il reste toutefois deux points d'achoppement qui tiennent à des différences fondamentales dans la perception de notre société.

Doit-on croire aux monstres ?

4440655316_b00a020ab0_o.jpgL'initiative, au contraire de la réforme pénale, met en place un système de punition définitif et non-discutable. Elle considère donc que certaines catégories de criminels sont irrécupérables à jamais. Or, si l'expérience montre effectivement que certains ne parviennent pas à s'amender, elle montre également que l'on ne peut pas reconnaître ces individus a priori. Autrement dit, il n'y a pas plus de prédestination à la criminalité que d'impossibilité pour un criminel à cesser de l'être, suite à une prise de conscience et une volonté de se réinsérer.

Croire le contraire, c'est admettre que la société est divisée en deux groupes étanches: les vertueux et les pécheurs. C'est évidemment s'arroger une position définitivement confortable, puisque l'on ne peut que se considérer comme vertueux, et, partant, s'arroger le droit de désigner sans hésitation les pécheurs et les vouer avec bonne conscience aux gémonies, tout en évitant de remettre en question sa propre place dans la société et de s'interroger sur les nuisances que l'on génère.


Or, chacun sait que nous sommes traversés de pulsions plus ou moins violentes et que la vie en société nous apprend précisément à éviter d'y céder, en particulier lorsqu'elles pourraient nuire à autrui. Chacun sait également qu'il arrive pourtant qu'on y cède et que l'apprentissage de la vie se fait également grâce à ces erreurs. Je confesse par exemple avoir tenté, il y a quelques années, de briser un rétroviseur d'une voiture garée sur une piste cyclable. Mon échec et la douleur au poignet en résultant, tout comme une réflexion sur la stupidité de ce geste m'ont convaincu de ne plus le refaire, même si l'envie m'en prend parfois... Pulsion maîtrisée !

Qu'on ne se méprenne pas, il ne s'agit pas de niveler toutes les pulsions et de considérer que toutes les violences se valent. Il est parfaitement normal de considérer qu'un meurtre est plus grave qu'un viol, lui-même plus grave qu'un coup ou qu'un vol. En revanche, il faut admettre que ces pulsions (comme les dégâts qu'elles entraînent) sont en continuité, et qu'il est impossible de mettre une limite objective entre celles qui sont soignables ou maîtrisables et celles qui ne le seront jamais.

Il n'y a donc pas de monstres a priori, et si les exemples sont nombreux de criminels qui récidivent, on trouve autant de cas de réinsertions réussies.

L'obsession de la sexualité

Un autre point d'achoppement réside dans le fait que la détermination du monstre a priori dépend, selon les initiants, du type de crime commis et non de sa gravité ou du profil psychologique du criminel.

Cette façon de percevoir la réalité est assez étrange et conduit à la conclusion qu'un jeune homme qui, dans un moment d'égarement coupable (que je ne saurais d'ailleurs minimiser) a caressé la poitrine d'une mineure non consentante est un pervers irrécupérable, alors que celui qui torture une grand-mère avant de la dévaliser peut envisager de se réinsérer.

En se fixant sur les crimes de nature sexuelle, les initiants trahissent une conception particulière des pulsions sexuelles, complètement déconnectées des autres, et réputées irrépressibles...

Sans me lancer dans la psychologie de comptoir, je me contenterai de relever que ce sont les mêmes milieux (l'extrême-droite traditionaliste) qui ont lancé une initiative visant à supprimer les cours d'éducation sexuelle à l'école. Or chacun sait que, malheureusement, c'est au sein des familles que se commettent le plus d'actes pédophiles et que c'est précisément par l'éducation sexuelle, donnée de façon remarquable dans les classes romandes, que les enfants parviennent à se doter d'outils leur permettant de dire NON !

19/03/2014

Pédophilie: Ne nous laissons pas abuser !

L'initiative sur les pédophiles mise au voix le 18 mai prochain est un exemple (parmi d'autres) de ce que la Constitution suisse permet de pire en matière d'usage de droits démocratiques.

En effet, alors que, dans l'idéal, on rêverait que ce soit la tête qui motive les initiants et les électeurs, il est fort probable que nos concitoyens votent avec leurs tripes, qui, comme chacun sait, sont plus proches de l'entrejambe que du cerveau... et ce également en ce qui concerne leurs capacités cognitives.

Et voilà donc que, flirtant sur quelques faits divers particulièrement révoltants, usant jusqu'à la corde la bonne conscience lénifiante du Suisse moyen, et même la peur de passer pour un défenseur des criminels publics n°1 (ou pire encore, pour un des leurs), un quarteron de bachotteurs aux motivations diverses nous propose un texte bourré de défauts et d'inepties, que nous refuserons sans état d'âme.

Car, si la volonté d'empêcher des violeurs de travailler avec des enfants est louable, elle ne justifie pas les graves distorsions du droit et du bon sens que nous imposerait cette initiative.

Pour faire bref, on rappellera tout d'abord que le parlement a récemment considérablement renforcé le Code Pénal dans ce sens, au point qu'on peine à trouver les failles dans la législation actuelle, désormais largement suffisante pour atteindre les buts annoncés des initiants, qui n'ont cependant pas retiré leur texte.

Le vote ne porte donc plus que sur les mesures qui ne sont pas contenues dans le renforcement du code pénal et dont l'application se révélerait très problématique en pratique, comme en logique:

- Une définition vague du forfait visé: Entre le violeur récidiviste et le couple d'amoureux de 17 et 15 ans, l'application de la sanction serait la même puisqu'il s'agit de punir sans distinction et sans nuance "quiconque est condamné pour avoir porté atteinte à l’intégrité sexuelle d’un enfant". Aberrant, évidemment !

- Une sanction définitive et sans voie de recours: Le mot "définitivement" figurant dans l'article constitutionnel présenté, il ne laisse aucune marge d'appréciation au juge, ni, surtout, aucune voie de recours possible, quel que soit le forfait et les perspectives de changement de comportement du condamné. C'est une grave atteinte au droit international et au principe universel qui veut que l'on mesure le développement d'une société à l'impartialité de sa justice et au respect du droit des accusés.

- Un impact important sur les associations œuvrant bénévolement: L'étendue de l'interdiction aux activités bénévoles pourrait avoir une conséquence pour le moins gênante. En effet, s'il n'est pas précisé explicitement à qui revient la responsabilité de vérifier la virginité du casier judiciaire du bénévole, il semble évident que se satisfaire de sa bonne foi est insuffisant. On doit donc logiquement s'attendre à ce que tous les organisateurs de pédibus, de sorties dans la nature, de service de repas aux cantines scolaires se voient contraints d'exiger un extrait de casier judiciaire de chacun des nombreux bénévoles œuvrant dans ces activités pourtant capitales dans la cohésion sociale d'un village ou d'un quartier, cohésion dont l'absence est d'ailleurs un facteur incitant aux délits pédophiles et inhibant leur dénonciation.

- Une efficacité nulle: On le sait, la plupart des actes pédophiles sont commis dans l'entourage immédiat de l'enfant. Membres de la famille, voisins, connaissances des parents sont dans la plupart des cas coupables de ces actes. Non que certains professionnels de l'enfance ne soient pas susceptibles d'en commettre, mais que les circonstances les rendent bien plus malaisés dans le cadre professionnel et associatif qu'à l'intérieur des ménages. En se trompant de cible, on se donne la trompeuse impression de lutter efficacement contre un fléau qui mérite un combat ciblé et raisonné.

Voilà pourquoi, loin de l'hystérie contre-productive d'une marche dont la blancheur brunit dangereusement avec le temps, il est important que les citoyen-ne-s raisonnables et responsables se mobilisent longtemps à l'avance pour s'opposer à un texte plus dangereux qu'il n'y paraît pour nos institutions judiciaires et notre vie associative.

Deux mois ne seront pas de trop pour convaincre notre entourage de ne pas se laisser abuser !